Le Parti communiste turc stalinien (TKP) a organisé un grand meeting intitulé «Le TKP défie!» au Centre de Congrès Congresium d'Ankara le dimanche 1er février. La salle de 3000 places était pleine, tandis que des centaines d'autres personnes ont suivi l'événement sur des écrans à l'extérieur de la salle.
La forte participation de jeunes et de travailleurs témoigne de leur aspiration à une alternative de gauche à la politique capitaliste de droite incarnée par le Parti républicain du peuple (CHP), kémaliste et le Parti pour l'égalité des peuples et la démocratie, nationaliste kurde (DEM) sur lequel sont alignés de nombreux courants politiques de la classe moyenne. La rhétorique politique « anti-impérialiste » et « indépendante » du TKP y joue un rôle. Les questions cruciales soulevées par cet événement doivent donc faire l'objet d'une critique marxiste, et les illusions politiques concernant le TKP doivent être sérieusement abordées.
L'événement a débuté par le chant de «l’ Internationale », suivi d'un résumé de la «propre» histoire du TKP. Aydemir Güler, membre dirigeant du parti, a déclaré à propos de la fondation du TKP à Bakou en tant que section turque de l'Internationale communiste en 1920, alors que la Turquie était occupée par les puissances impérialistes et leurs alliés après la Première Guerre mondiale: « La Grande révolution d'Octobre 1917 a prouvé que le socialisme pouvait prendre le pouvoir et remplacer l'impuissance de la social-démocratie, qui avait sombré dans le chaos avec le déclenchement de la guerre de division [Première Guerre mondiale] et fut incapable de répondre à la crise.»
Il poursuivit ainsi: «Les bolcheviks ont empêché la Russie d’être l’une des puissances occupantes à se partager l’Anatolie. Ils ont révélé les accords et les plans secrets des impérialistes et les ont officiellement jetés au rebut. Le bolchevisme a apporté son aide dans tous les coins de l’Anatolie.»
Bien que Güler n'ait cité aucun nom, l'accord secret Sykes-Picot de 1916, dans lequel les puissances impérialistes visaient à se partager les territoires ottomans, a été révélé par Léon Trotsky, co-dirigeant de la révolution d'Octobre aux côtés de Vladimir Lénine et commissaire du peuple soviétique aux Affaires étrangères à l'époque.
Güler a ensuite ajouté:
Le Parti communiste turc a été fondé avec une grande ambition, à un moment charnière où les vieux programmes, les vieilles thèses et les vieux partis s'étaient effondrés. À ce carrefour, la lutte nationale à Ankara a coïncidé avec l'affirmation de Mustafa Suphi [leader du TKP] et de ses camarades, que la libération nationale s'accomplirait par la libération sociale.
Les intérêts de la Russie soviétique, premier régime ouvrier, coïncidaient avec ceux de la résistance nationale contre l'impérialisme [en Turquie]. Cette coïncidence sauva effectivement le pouvoir des bolcheviks [en Russie] où faisait rage la guerre civile, une véritable offensive impérialiste. Elle offrit ainsi à la Turquie, que l'impérialisme cherchait à étrangler, un nouvel avenir.
Bien que ces analyses soient globalement correctes, elles soulèvent des questions quant aux raisons pour lesquelles le TKP est devenu de plus en plus un partisan «de gauche» du nouveau régime kémaliste national bourgeois après la victoire de la guerre de libération nationale en 1922 et l'établissement de la République en 1923, abandonnant son indépendance politique et remplaçant l'objectif d'une «république de conseils ouvriers et paysans» par le programme d’une révolution « en deux stades ».
Şefik Hüsnü et la ligne collaborationniste de classe de Staline
Dans ce changement, l'ancien secrétaire général du TKP, Şefik Hüsnü (1887-1959), mis à l'honneur lors de l'événement du 1er février où il a été recréé sous forme d'avatar d'intelligence artificielle, joua un rôle crucial. Comme indiqué dans les Fondements historiques et internationaux du Sosyalist Eşitlik Partisi–Dördüncü Enternasyonal (Parti de l’égalité socialiste – du Comité international de la Quatrième Internationale) :
Şefik Hüsnü, l'un des dirigeants du TKP, représentant la tendance de la collaboration de classe avec la bourgeoisie, déclara que trois courants principaux étaient désormais possibles dans le pays: 1. Le courant kémaliste, « représenté par ceux qui ont mené la révolution actuelle et sont déterminés à la perpétuer », 2. Le courant réactionnaire, lié au féodalisme et à la monarchie, et 3. Le courant socialiste, qui visait à développer la révolution au profit des masses pauvres des ouvriers, des paysans et des classes moyennes, et à la parachever par une révolution sociale fondée sur la propriété commune. Hüsnü affirmait que le gouvernement kémaliste et les socialistes devraient agir « main dans la main pendant longtemps » contre la «réaction» et « affronter les forces du mal d'une seule voix». [1]
Cependant, le facteur décisif de la domination d'une ligne politique collaborationniste de classe tout au long du reste de l'histoire du TKP fut la lutte historique et mondiale qui commença en Union soviétique en 1923.
Dans cette lutte, Joseph Staline s'est imposé comme le principal représentant politique de la caste bureaucratique qui grandissait et usurpait le pouvoir à la classe ouvrière, tandis que Trotsky, qui a dirigé la fondation de l'Opposition de gauche en 1923, allait devenir le principal représentant des intérêts historiques du prolétariat soviétique et international.
L’adoption de la théorie nationaliste du «socialisme dans un seul pays», proposée par Staline et Nikolaï Boukharine en 1924, a conduit le Komintern à cesser d’être le chef de file de la révolution socialiste mondiale pour devenir un outil pragmatique de la politique étrangère soviétique.
L'Opposition de gauche rejeta cette proposition; elle défendait la stratégie de la révolution socialiste mondiale qui avait guidé la révolution d'Octobre 1917 menée par Lénine et Trotsky, et que le TKP prétendait défendre. Cette stratégie reposait sur la théorie de la révolution permanente de Trotsky.
La « brève histoire » du TKP présentée à ce meeting ignore complètement cette lutte décisive entre le stalinisme et le trotskysme et ses conséquences, qui allaient avoir un impact déterminant sur l'histoire ultérieure du mouvement communiste et de la classe ouvrière, en Turquie comme au plan international.
Şefik Hüsnü justifia l'alliance avec le gouvernement d'Ankara en attribuant un rôle progressiste au kémalisme et à la bourgeoisie nationale contre l'impérialisme. Dans un article paru en avril 1926, il affirmait:
Les masses laborieuses doivent reconnaître que les efforts économiques de la bourgeoisie kémaliste ont effectivement bloqué l'entrée du capitalisme impérialiste dans le pays et ont donc eu un caractère progressiste, mais elles doivent aussi comprendre que les mécanismes internes de ce développement économique ont pesé lourdement sur leurs épaules et qu'elles en ont elles-mêmes payé le prix. Tant que le système mis en place par la bourgeoisie nationaliste joue un rôle anti-impérialiste, il est fondamentalement acceptable pour les masses laborieuses. [2]
Cette perspective, adoptée par le Komintern sous Staline, allait non seulement subordonner politiquement le TKP à la bourgeoisie et à l'État turc, mais sera aussi la base politique de l'échec de la révolution chinoise de 1925-1927 et d'innombrables luttes révolutionnaires dans le monde colonial et semi-colonial au cours des décennies suivantes. Comme l'écrivait Trotsky en mai 1927 contre la politique de Staline qui subordonnait le Parti communiste chinois au Kuomintang nationaliste bourgeois:
C'est une grossière erreur que de penser que l'impérialisme soude de façon mécanique toutes les classes chinoises de l'extérieur [...] La lutte des classes entre la bourgeoisie et les masses d'ouvriers et de paysans n'est pas atténuée, au contraire, elle est aiguisée par l'oppression impérialiste, jusqu'à la guerre civile sanglante à chaque conflit sérieux. [3]
Trotsky a démontré que la ligne politique formulée dans les thèses de Staline, qui a conduit la révolution chinoise au désastre, était en essence une continuation de l'ancienne politique menchevique. Il a ensuite expliqué la différence entre la voie menchevique et la voie bolchevique ainsi:
… la politique du menchévisme dans la révolution consiste à maintenir le front uni à tout prix, aussi longtemps que possible, quitte à adapter sa propre politique à celle de la bourgeoisie, à étouffer les mots d’ordre et l’activité des masses, et même, comme en Chine, à subordonner l’organisation du parti ouvrier à l’appareil politique bourgeois. La voie bolchevique, en revanche, consiste en une rupture politique et organisationnelle inconditionnelle d’avec la bourgeoisie, en une dénonciation implacable de celle-ci dès les premiers pas de la révolution, en la destruction de toutes les illusions petites-bourgeoises quant à l’union avec la bourgeoisie, en une lutte acharnée contre elle pour le contrôle des masses et en l’exclusion sans pitié du Parti communiste de tous ceux qui nourrissent de vains espoirs en la bourgeoisie ou l’idéalisent. [4]
Dans sa théorie de la révolution permanente, Trotsky expliqua que dans les pays au développement capitaliste tardif, comme la Turquie et la Chine, la bourgeoisie était incapable d'accomplir les tâches de la révolution démocratique. Ces tâches ne pouvaient être résolues que sous la direction du prolétariat et dans le cadre de la révolution socialiste internationale. Comme l'écrivait Trotsky en 1929:
Pour les pays à développement bourgeois retardataire et, en particulier pour les pays coloniaux et semi-coloniaux, la théorie de la révolution permanente signifie que la solution véritable et complète de leurs tâches démocratiques et de libération nationale ne peut être que la dictature du prolétariat, qui prend la tête de la nation opprimée, avant tout de ses masses paysannes. [5]
Il ajoutait:
La révolution socialiste ne peut être achevée dans les limites nationales. Une des causes essentielles de la crise de la société bourgeoise vient de ce que les forces productives qu'elle a créées tendent à sortir du cadre de l'État national […] La révolution socialiste commence sur le terrain national, se développe sur l'arène internationale et s'achève sur l'arène mondiale. Ainsi la révolution socialiste devient permanente au sens nouveau et le plus large du terme : elle ne s'achève que dans le triomphe définitif de la nouvelle société sur toute notre planète. [6]
Au milieu des années 1930, malgré une persécution acharnée de la part du régime kémaliste, le TKP était devenu un puissant courant politique dans la classe ouvrière. Parallèlement, le régime stalinien en Union soviétique opta pour la «décentralisation» afin de renforcer ses liens avec Ankara, liquidant effectivement le parti et soutenant ouvertement le gouvernement kémaliste. Cette décision s’inscrivait dans l'adoption du programme du «Front populaire» au VIIe Congrès de l'Internationale communiste en 1935, qui visait à subordonner la classe ouvrière à la bourgeoisie à l'échelle internationale.
İsmail Bilen et la terreur contre-révolutionnaire de Staline
Une autre figure recrée par l'intelligence artificielle et glorifiée lors de l'événement du TKP était İsmail Bilen (1902-1983), qui a été secrétaire général du parti entre 1973 et 1983. Bilen dirigea le TKP, qui reprit l'activité politique clandestine en Turquie dans les années 1970, en soutenant le CHP lors des élections de 1973 et 1977 sous le nom du «front démocratique national».
Le caractère particulièrement sinistre du soutien apporté à Bilen par le TKP est souligné par le fait qu'il fut un fidèle serviteur du régime stalinien pendant et après les procès de Moscou, période durant laquelle des centaines de milliers de socialistes, dont d'innombrables dirigeants de la révolution d'Octobre et de la Guerre civile, ont été assassinés en Union soviétique. Comme le souligne une étude consacrée à Bilen:
İsmail Bilen, qui avait adhéré à la nouvelle orientation du parti [en 1935], assuma des responsabilités importantes dans les activités durant cette période. Après le départ de Şefik Hüsnü et de Reşat Fuat de Moscou en avril 1937, Bilen arriva à Moscou début mai et devint le représentant du TKP auprès du Komintern à partir d'août 1937. [7]
Cela concorde avec le fait que le TKP est un parti anti-trotskyste qui défend les crimes et les trahisons de Staline, notamment le génocide politique en Union soviétique et l'assassinat de Trotsky en 1940, à l'instar de son organisation sœur en Grèce, le Parti communiste stalinien KKE. La maison d'édition du TKP publie des ouvrages du pseudo-historien Grover Furr, qui reprennent les mensonges staliniens des années 1930.
En 1937, Trotsky écrivit que les mensonges des staliniens servaient de « ciment idéologique fondamental de la bureaucratie », ajoutant :
Plus la contradiction entre la bureaucratie et le peuple devient irréconciliable, plus le mensonge devient grossier, plus il se mue effrontément en falsification criminelle et en machination judiciaire. Quiconque n'a pas saisi cette dialectique interne du régime stalinien ne pourra pas non plus comprendre les procès de Moscou. [8]
Trotsky expliqua que la bureaucratie ne pouvait surmonter ni cette contradiction, ni celle entre l'existence d'une économie mondiale capitaliste et l'économie nationaliste-autarcique de l'URSS. Deux voies s'opposaient: soit la bureaucratie stalinienne trahirait définitivement la révolution d'Octobre en dissolvant l'Union soviétique et en restaurant le capitalisme, soit la classe ouvrière soviétique reprendrait le pouvoir par une révolution politique et ramènerait l'Union soviétique sur la voie de la révolution socialiste internationale inachevée.
On ne peut comprendre la victoire de la première voie sans prendre en compte l’extermination physique des socialistes par la bureaucratie stalinienne lors de la Grande Terreur des années 1930 et sa guerre implacable contre la Quatrième Internationale, le mouvement trotskyste mondial qui défendait le programme de la révolution d’Octobre.
Après la Seconde Guerre mondiale, le courant pabliste pro-stalinien et liquidateur qui apparut au sein de la Quatrième Internationale joua un rôle d’auxiliaire auprès de Moscou et de l'impérialisme mondial. La fondation du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) en 1953 assura la continuité du mouvement trotskyste grâce à une lutte ininterrompue, fondée sur les principes révolutionnaires internationalistes, contre le stalinisme, la social-démocratie, le pablisme et le nationalisme bourgeois.
L'établissement du Sosyalist Eşitlik Partisi en Turquie l'année dernière, en tant que section du CIQI, était le fruit de cette lutte historique et internationale.
Mikhaïl Gorbatchev et la restauration du capitalisme
Un autre personnage fut recréé en paroles et en images par l’IA à l’événement du TKP: Mikhaïl Gorbatchev, le dernier dirigeant et liquidateur du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) et de l'URSS. Les dirigeants du TKP ont incité le public à huer Gorbatchev, à qui l’IA avait prêté ces paroles:
Depuis 1985, j'ai prononcé des discours révolutionnaires au nom de la renaissance de l'Union soviétique, alors en proie à de nombreux problèmes. J'ai parlé d'un retour à Lénine. J'ai même menti pour obtenir le soutien du parti et du peuple […] Ce que j'appelais perestroïka n'était pas une réforme, mais une liquidation […] Lorsque l'Union soviétique a été dissoute, j'ai prétendu que c'était une nécessité historique. J'ai encore menti. L'histoire ne l'a pas imposée. Je l'ai abandonnée. Je ne l'ai pas défendue. Je l'ai livrée. Et aujourd'hui, au milieu des ruines, je reconnais que cette destruction n'était pas un accident, mais un changement de direction qui s'apparente à une trahison.
Le TKP, qui accuse aujourd'hui Gorbatchev de trahison, dissimule le fait que la revue Gelenek, le mouvement politique dont il est issu, a apporté son soutien politique à cette trahison, à l'instar d'autres mouvements staliniens à travers le monde. Kemal Okuyan, alors secrétaire général du TKP, écrivait sous le pseudonyme de Cemal Hekimoğlu en juillet 1987, dans un article intitulé « Gorbatchev et la gauche », déclarant que « l'ère Gorbatchev[…] est une nécessité impérative». Il poursuivait ainsi:
Que signifie l'ère Gorbatchev?
L'URSS est actuellement engagée dans un effort interne visant à consolider son autorité et son prestige au sein du mouvement socialiste international. Les problèmes liés à sa dynamique interne sont devenus urgents à résoudre, alors même que la vague de la révolution mondiale s’est retirée. Ces problèmes internes sont ceux du socialisme arrivé à maturité. Or, [ce] socialisme a atteint un stade où il lui faut désormais une forme d'expression populaire. Soixante-dix ans se sont écoulés depuis la révolution d'Octobre. Aujourd'hui existe un marxisme qui met l'accent sur les «masses» et sur le «peuple»…
En mai dernier, Gorbatchev a insisté avec force sur le fait qu’« il n’existe aucun centre décisionnel au sein du mouvement révolutionnaire mondial ». Il a déclaré: « Cette logique commence à nous nuire, ainsi qu’à nos alliés. » L’Union soviétique entretenait des relations très complexes avec divers pays. Dans ces relations, elle n’avait aucune intention de prendre des engagements au nom de quiconque, ni d’impliquer les socialistes de ces pays dans des politiques spécifiques.
Nous avons évoqué cet écart, ce vide, cet espace nécessaire. En ce sens, le discours de Mikhaïl Sergueïevitch [Gorbatchev] est une lueur d'espoir. Les processus vécus par l'URSS dans ses politiques intérieure et extérieure ne doivent pas laisser leur empreinte partout. Aujourd'hui, si le mouvement socialiste mondial ne veut pas se heurter à un problème d'«existence », il doit préserver et embrasser cet écart, cet espace. Les socialistes des pays capitalistes, tout en reconnaissant que l'ère Gorbatchev est une nécessité impérieuse pour le socialisme authentique, ne doivent pas pour autant projeter Gorbatchev comme une ombre sur leurs propres problèmes et perspectives. [9] [italiques dans l’original]
À l'inverse, le CIQI, qui s'appuyait sur une analyse et une perspective trotskystes, fut le seul courant politique international à s'opposer à la politique contre-révolutionnaire du régime stalinien de Gorbatchev et aux pablistes qui l'applaudissaient pour la prétendue « auto-réforme » de la bureaucratie soviétique, politique qui a conduit à l'éclatement de l'URSS. Dans sa déclaration de 1987 intitulée « Que se passe-t-il en URSS ? Gorbatchev et la crise du stalinisme », le CIQI mettait en garde:
Pour la classe ouvrière soviétique comme pour les travailleurs et les masses opprimées du monde entier, la politique dite de réformes de Gorbatchev représente une menace sinistre. Elle compromet les acquis historiques de la révolution d'Octobre et s'inscrit dans un approfondissement de la collaboration contre-révolutionnaire de la bureaucratie avec l'impérialisme à l'échelle mondiale. [10]
Le CIQI continua le développement de son analyse du régime de Gorbatchev. En 1989, David North, alors secrétaire national de la Ligue des travailleurs, prédécesseur du Parti de l'égalité socialiste aux États-Unis, écrivait dans * Perestroïka contre socialisme : le stalinisme et la restauration du capitalisme en URSS *:
La politique étrangère du gouvernement soviétique, à l'instar de celle de tous les autres régimes du monde, découle organiquement des intérêts matériels de l'élite sociale dirigeante et constitue, de ce fait, le prolongement de sa politique intérieure. C'est en effet dans le domaine de la politique étrangère que les intérêts fondamentaux et les objectifs historiques de la bureaucratie trouvent leur expression la plus concentrée et la plus manifeste. De ce point de vue objectif, la politique étrangère de Mikhaïl Gorbatchev est indissociable du programme de restauration capitaliste mené par la bureaucratie stalinienne sous l'égide de la perestroïka. Tandis que la bureaucratie s'efforce de saper systématiquement les rapports de propriété d'État au sein de l'Union soviétique, sa politique étrangère vise à intégrer économiquement l'URSS à la structure du capitalisme mondial et à sa division internationale du travail. [11]
Il poursuivait ainsi:
La perspective d’une révolution socialiste mondiale proclamée par les bolcheviks en 1917 fut abandonnée depuis longtemps par les dirigeants de l’Union soviétique […] L’émergence de la bureaucratie comme tendance sociale politiquement consciente et hostile au prolétariat soviétique trouva sa première expression dès 1924 dans le rejet du lien essentiel, sur lequel Lénine avait toujours insisté, entre le développement du socialisme au sein de l’URSS et la victoire du prolétariat international sur l’impérialisme mondial. [12]
Travailleurs et jeunes: tournez-vous vers le trotskysme et le CIQI !
La restauration du capitalisme par la bureaucratie stalinienne en Europe de l'Est et en URSS a eu des conséquences politiques dévastatrices qui se font encore sentir aujourd'hui à l'échelle mondiale. Elle a plongé les travailleurs soviétiques et la classe ouvrière internationale dans une profonde régression sociale, ouvrant la voie à l'expansion de l'impérialisme américano-otanien vers l'Est et à l'escalade de l'agression anti-russe qui a provoqué la guerre en Ukraine en 2022. En l'absence de l'URSS, le Moyen-Orient est devenu le théâtre d'une agression impérialiste et de guerres quasi ininterrompues menées par les États-Unis depuis 1990-1991.
De plus, l'assimilation du socialisme au stalinisme par la bureaucratie soviétique et les puissances impérialistes tout au long du XXe siècle a engendré une grande confusion politique et une démoralisation dans la classe ouvrière internationale après la chute de l'Union soviétique, contribuant ainsi de manière déterminante à la répression de la lutte des classes. C'est là que réside toute l'importance du combat acharné mené par le CIQI (article en anglais) pour défendre la vérité historique face à l'école post-soviétique de falsification de l'histoire.
Les questions historiques soulevées par le meeting du TKP à Ankara soulignent l'actualité brûlante de la lutte entre trotskysme et stalinisme. La classe ouvrière est aujourd'hui confrontée au retour violent des questions non résolues du XXe siècle: guerre impérialiste, fascisme et dictature, et contre-révolution sociale. Ceux-ci représentent les réponses de la bourgeoisie aux contradictions insolubles du système capitaliste. Mais ces mêmes contradictions radicalisent la classe ouvrière et la jeunesse à l'échelle mondiale et préparent le terrain à la révolution sociale. La question n'est pas de savoir si des explosions révolutionnaires se produiront, mais si une direction révolutionnaire pourra les guider.
Une telle direction ne peut se construire qu'en assimilant les leçons de la lutte historique menée par le trotskysme pendant des décennies contre le stalinisme et toutes les tendances petites-bourgeoises anti-marxistes, basée sur la stratégie de la révolution permanente et de la révolution socialiste mondiale. Cette direction est le Comité international de la Quatrième Internationale et les partis de l'égalité socialiste qui lui sont affiliés.
Le marxisme du XXIe siècle est le trotskysme. Ceux qui recherchent véritablement une alternative indépendante, révolutionnaire et anti-impérialiste à l'establishment capitaliste devraient étudier les Fondements historiques et internationaux du Sosyalist Eşitlik Partisi – Dördüncü Enternasyonal. Contactez-nous pour participer à notre travail éducatif et rejoignez la lutte pour construire cette direction.
(Article paru en anglais le 9 février 2026)
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[1] Les fondements historiques et internationaux du Sosyalist Eşitlik Partisi – Dördüncü Internasional. URL: https://www.wsws.org/fr/special/library/foundations-turkey/03.html [2] B. Ferdi [ Şefik Hüsnü], « Türkiye'nin Économie ve Mali Durumu', 16 avril 1926, dans Komintern Belgelerinde Türkiye , éd. Doğu Perinçek (Istanbul : Kaynak Yayınları , 2020), pp. 380-381.
[2] B. Ferdi [ Şefik Hüsnü], « Türkiye'nin Économie ve Mali Durumu', 16 avril 1926, dans Komintern Belgelerinde Türkiye , éd. Doğu Perinçek (Istanbul : Kaynak Yayınları , 2020), pp. 380-381.
[3] Léon Trotsky, « La Révolution chinoise et les thèses du camarade Staline », 17 mai 1927. URL : https://www.marxists.org/archive/trotsky/1932/pcr/01.htm
[4] Ibid.
[5] Léon Trotsky, « Qu’est-ce que la révolution permanente? », dans La Révolution permanente. URL : https://www.wsws.org/en/articles/2025/08/21/perm-a21.html
[6] Ibid.
[7] Burak Gürel, « Ismail Bilen : Gecikmiş Yükselişten Hızlandırılmış Çöküşe TKP», dans Türkiye Solundan Portreler (Ankara : Dipnot) Yayınları , 2015), hazırlayanlar : Emir Ali Türkmen & Ümit Özger , p. 239.
[8] Léon Trotsky, Préface à l’édition américaine», dans L’École stalinienne de falsification . URL : https://www.marxists.org/archive/trotsky/1937/ssf/sf02.htm
[9] Cemal Hekimoğlu [Kemal Okuyan], « Gorbaçov ve Sol », Gelenek Kitap Dizisi, Temmuz 1987. URL: https://gelenek.org/gorbacov-ve-sol/
[10] Comité international de la Quatrième Internationale, Que se passe-t-il en URSS ? Gorbatchev et la crise du stalinisme, mars 1987. URL: https://www.wsws.org/en/special/library/fi-14-2/03.html
[11] David North, Perestroïka contre socialisme: le stalinisme et la restauration du capitalisme en URSS, 1989. URL: https://www.wsws.org/en/special/library/perestroika-versus-socialism/00.html
[12] Ibid.
