La pseudo-gauche française s’aligne sur des menaces de guerre impérialiste contre l’Iran

En envoyant une flotte dans l’océan indien et en mobilisant ses forces aériennes à travers le Moyen Orient, Washington prépare une guerre néocoloniale contre l’Iran et fait planer le spectre d’une catastrophe au-dessus des travailleurs du Moyen Orient et du monde. L’interruption de l’approvisionnement énergétique de larges parties de la planète et un conflit direct entre l’OTAN et les alliés chinois et russe de l’Iran sont possibles. Il faut mobiliser de la classe ouvrière contre un système capitaliste mondial en perdition, qui plonge dans la guerre mondiale.

Or, la construction d’un mouvement international des travailleurs contre la guerre confronte d’emblée un obstacle critique essentiel. En effet, les travailleurs doivent s’organiser de par la base, indépendamment des appareils syndicaux et des partis politiques petit-bourgeois proguerre qui depuis des décennies dominent ce que les grands médias donnent pour la «gauche». Ainsi, en France, les organisations du Nouveau Front Populaire (NFP) ainsi que leur périphérie de pseudo-gauche (Lutte ouvrière, NPA) ne luttent pas contre la guerre impérialiste visant l’Iran.

Ils s’alignent sur la propagande médiatique européenne, qui dénonce le régime et appelle à soutenir les manifestations de janvier en Iran. Si la censure officielle en Iran a bloqué tout reportage détaillé sur cette mobilisation, née alors que l’Iran est ébranlé par les sanctions internationales et une forte spéculation contre sa monnaie, il est clair que l’impérialisme espère en tirer partie pour subjuguer l’Iran. La CIA et le régime sioniste ont indiqué que leurs soutiens participaient au mouvement, et Trump a menacé de bombarder l’Iran, prétextant la protection les manifestants.

Quelle que soit l’action répressive menée par le régime iranien, la propagande en faveur d’une nouvelle guerre impérialiste au Moyen Orient est réactionnaire et doit être rejetée fermement. Un exemple frappant vient du cas tout récent de la Syrie. La victoire de l’OTAN dans la guerre contre la Russie en Syrie s’est soldée par l’arrivée au pouvoir d’une sanglante dictature islamiste lié à Al Qaïda.

Mais le NFP s’adapte à des forces analogues – nationalistes kurdes, islamistes arabes ou, dans le cas iranien, partisans de la monarchie du Chah renversée par la révolution iranienne de 1979. Il ne lance aucun appel aux travailleurs à s’opposer à une nouvelle guerre impérialiste au Moyen Orient.

C’est ce qui découle de la manifestation organisée en janvier à Paris, près du Panthéon, à l’appel de la bureaucratie de la CGT. Alors que Mélenchon traitait la mobilisation iranienne de «révolution citoyenne», les instances nationales de la CGT ont appelé ses soutiens à manifester en sa faveur. Des reporters du WSWS ont interviewé des représentants des différents courants politiques qui ont répondu à l’appel de la CGT.

Certains, notamment les organisations nationalistes kurdes et ukrainiennes, appellent ouvertement à collaborer avec Trump et le régime sioniste génocidaire en Israël pour faire la guerre à l’Iran et à la Russie. D’autres, comme Lutte ouvrière (LO) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) pabliste, s’alignent sur cette politique tout en refusant de soutenir ouvertement le président fasciste américain. Mais tous se refusent à avertir les travailleurs sur le rôle des forces pro-impérialistes qui sont intervenues dans les manifestations de janvier en Iran, et sur le danger de guerre mondiale.

Le WSWS a interviewé un porte-parole d’une association nationaliste kurde, Azad, qui a affirmé: «On est mobilisés parce qu’il y a des Kurdes qui sont attaqués en Syrie et en Iran. … Il n’y a pas d’informations, mais il y a un génocide sur place» en Iran.

Azad a proposé de lutter aux côtés de Trump et d’Israël contre l’Iran afin d’effectuer la division ethnique de l’Iran pour former une «confédération des peuples iraniens». Il a dit: «Sur place les gens résistent, mais ils n’ont pas les moyens pour lutter contre le régime iranien. On a besoin du soutien international pour arriver à la démocratie. … Si les forces internationales interviennent en Irak ou en Syrie, les choses vont changer.»

Quand le WSWS a dit que l’impérialisme ne libérerait pas le Moyen Orient, et que ses guerres en Irak et en Syrie avaient fait plus d’un millions de morts, Azad a salué la guerre en Irak: «L’exemple de l’Irak est important. Il n’y a pas eu d’occupation américaine. Il y a eu un Kurdistan fédéral et l’Irak qui a son gouvernement, son parlement, gouverné par les Irakiens.»

En fait Washington et ses alliés européens ont occupé l’Irak en 2003-2011 et une seconde fois après l’invasion de ce pays en 2015 par des milices islamistes formées pendant la guerre de l’OTAN en Syrie. Si Azad niait l’occupation militaire directe de l’Irak, c’était qu’elle a moins touché les régions kurdes du pays, dont le gouvernement «autonome» était l’allié de Washington.

«On croit à notre propre force», a dit Azad. Quand le WSWS a demandé si cette force inclurait des frappes israéliennes et américaines, il a carrément répondu: «Pourquoi pas? S’il y a quelqu’un qui peut faire quelque chose pour changer le régime, ils sont les bienvenus.»

Le WSWS a aussi interviewé Florent, un dirigeant de l’Association Franco-Ukrainienne aussi présente dans la manifestation, partisan de la guerre de l’OTAN en Ukraine contre la Russie. Il a dit: «Il n’y a pas de solution idéale, que ce soit en Syrie, en Libye, ou en Irak. Malheureusement la pression est là, le régime qui brime les libertés il est là.»

Dans cette situation, selon Florent, la seule façon de défendre la démocratie serait de soutenir les guerres de l’OTAN contre la Russie et ses alliés, dont l’Iran: «Atteindre une paix juste (en Ukraine), ça passe par une défaite militaire de la Russie. On doit soutenir l’Ukraine avec tous les moyens militaires … L’Iran en effet est un allié objectif de la Russie, qui a fourni énormément de drones Shahed qui bombardent toutes les nuits l’Ukraine. Ces deux pays ont fait une alliance objective pour lutter contre la démocratie. Donc nous, on dit qu’il faut réagir.»

Le WSWS a critiqué le régime ukrainien pro-OTAN, pointant les sympathies de ses dirigeants pour Stepan Bandera, le dirigeant collaborationniste ukrainien qui a participé à la guerre génocidaire de l’armée nazie contre l’URSS. Florent a réagi en défendant la collaboration ukranienne.

Bandera et ses prédécesseurs dans le mouvement nationaliste ukrainien, a déclaré Florent, «ont lutté pour leur pays … Ils ont été pris à un certain moment dans l’histoire, dans une dynamique. Après on peut en faire des exégèses qu’on souhaite, mais cela s’inscrit dans une continuité de luttes de siècles pour la liberté.»

De pareils témoignages démasquent le caractère antiouvrier, de pseudo-gauche, du milieu du NFP. Les forces qui adoubent le président fasciste américain ou la collaboration nazie en tant que forces libératrices avancent des mensonges historiques éhontés. Un rôle particulièrement cynique revient toutefois aux organisations antitrotskystes qui se laissent promouvoir en tant que «trotskystes» par les grands médias, tout en manifestant tranquillement à côté de soutiens d’une intervention militaire lancée par Trump ou de l’extrême-droite ukrainienne.

Le NPA descend des forces dirigées par Michel Pablo et Ernest Mandel qui ont fait scission avec le Comité international de la IVe Internationale (CIQI) en 1953. Rejetant l’analyse trotskyste du rôle contre-révolutionnaire du stalinisme, les pablistes cachaient comment les staliniens avaient dissous comités ouvriers et maquis de résistance à travers l’Europe après la 2e Guerre mondiale, afin de bloquer une révolution socialiste lors de la chute du fascisme. Ils ont appelé à dissoudre la IVe Internationale via un «entrisme sui generis» dans les partis staliniennes et nationalistes.

Ainsi le WSWS a interviewé Santiago, membre de la tendance Socialisme ou Barbarie (SouB) du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) pabliste. En Iran, Santiago a salué «le ras le bol de la population face à un régime autoritaire … Il y a une convergence des intérêts des travailleurs et des luttes féministes et démocratiques.»

Si Santiago a avoué qu’«aucune libération ne viendra de la main de Trump et de l’impérialisme», il a indiqué qu’il ne s’opposait pas aux forces pro-impérialistes en Iran. Interrogé sur la présence dans le mouvement iranien de représentants du renseignement israélien et du fils du Chah installé aux Etats-Unis, il a dit: «Notre attitude c’est de se solidariser avec ceux qui se mobilisent. Nous voulons en finir avec le régime autoritaire qui existe actuellement en Iran.»

Le WSWS a remarqué que SouB était le nom de la tendance de Cornélius Castoriadis et Claude Lefort, qui a rompu avec la IVe Internationale en 1949 et qui s’est dissoute en 1967. Cette tendance a calomnié l’URSS comme était pire que le fascisme, et la défense par la IVe Internationale de l’Union soviétique contre l’invasion nazie comme étant donc collaborationniste. Ceci a facilité l’intégration des intellectuels postmodernistes de SouB dans les années 1970 au PS, dont nombre de dirigeants y compris le président François Mitterrand étaient des ex-collaborationnistes.

Santiago a expliqué qu’il voulait refonder la gauche sur la base des perspectives de SouB: «Nous partageons avec le groupe Castoriadis qui a existé il y a quelques décennies les slogans, les mots d’ordre. Mais nous ne sommes pas issus de ce groupe. … En France on a milité depuis des années au NPA, en tant que membres de l’organisation, mais on est issu du MAS [Mouvement pour le socialisme, parti pabliste fondé par Nahuel Moreno] en Argentine. Il faut une reconstruction, une refondation de la gauche révolutionnaire».

Or, une refondation des organisations dites de «gauche» sur la base de la politique violemment antitrotskyste, antisoviétique et antirusse de Castoriadis et Lefort ne ferait qu’affirmer encore plus clairement leur alignement géopolitique et de classe sur l’impérialisme.

Finalement, le WSWS a interviewé Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière (LO), un groupe fondé en 1956, integré aux bureaucraties syndicales en France. LO a rejeté l’appel de Trotsky à bâtir la IVe Internationale et dénoncé les trotskystes français pour être intervenus au sein de la résistance ouvrière au nasisme en Europe pendant la 2e Guerre mondiale et traité cette lutte de «nationaliste». LO insiste aussi que la scission de 1953 entre le CIQI et les pablistes pro-staliniens n’avait pas d’importance principelle.

Arthaud a clamé sa «solidarité avec le peuple iranien en révolte, contre un régime qui n’a plus à démontrer à quel point il est obscurantiste, réactionnaire et antiouvrier. … C’est avec ce type de combativité que les masses vont changer le cours de l’histoire.»

Elle a ajouté: «On voit les vautours, Trump, Netanyahou osent se faire passer pour des sauveurs du peuple iranien, alors qu’ils font partie des premier massacreurs de la région.» Mais quand le WSWS l’a interrogée sur quelle stratégie les travailleurs iraniens pouvaient suivre face au danger d’intervention impérialiste, pourtant, elle n’avait rien de concret à proposer.

Elle a répondu, «Il faut qu’ils prennent confiance en leur force collective. Et leur force vient avant tout de la classe ouvrière, qui fait tourner le pays comme elle fait tourner le monde entier. C’est à eux de faire surgir leurs propres organisations, leur propre direction, c’est à eux de choisir la politique qu’ils vont suivre». Elle n’a appelé les travailleurs ni à dénoncer les menaces de Trump contre l’Iran, ni à se mobiliser contre le génocide à Gaza.

Pour se donner un vernis de gauche, Arthaud a brièvement évoqué la construction d’organisations de la base, indépendantes des bureaucraties syndicales, pendant la révolution iranienne: «En 1979, ici et là, il y a eu des conseils ouvriers ou de quartier. Tout le problème, c’est que la direction politique, ils l’ont laissée aux mollahs, ils l’ont laissée à Khomeini.»

Mais ce commentaire démoralisé, qui fait le silence sur le rôle du stalinisme, laisse de côté l’essentiel. Ces organisations, formées pendant la grève des travailleurs du secteur pétrolier qui a été la lutte décisive de la révolution et a fait chuter le Chah, soulignent la puissance sociale de la classe ouvrière. Si ce sont les islamistes autour de l’Imam Khomeini qui ont pu prendre le pouvoir, c’est que le parti stalinien Tudeh a démobilisé les travailleurs et soutenu Khomeini.

Quand le WSWS a donc interrogé Arthaud sur le rôle des staliniens iraniens, elle a avoué: «Malheureusement le parti Tudeh a repeint en rouge Khomeini en le faisant passer pour le représentant des travailleurs, alors qu’il n’était qu’une force réactionnaire prête finalement à trouver sa place dans l’ordre impérialiste.»

Mais cette plate observation d’Arthaud, venant d’un parti ancré dans les appareils syndicaux et historiquement orienté vers des alliances avec les appareils staliniens, n’offre aucune perspective.

Quand le WSWS a interrogé Arthaud sur les conclusions qu’elle tirait pour les luttes des travailleurs iraniens aujourd’hui, elle a répondu: «Comment les travailleurs vont trouver la voie de s’organiser pour qu’en effet cette fois-ci le régime qu’il établissent soit le leur, ça ne je sais pas.»

Manifestement, cette question n’intéresse pas trop la direction de LO. Quand le WSWS a interrogé quelles tâches la lutte pour la libération de l’Iran de l’impérialisme posait aux travailleurs des pays de l’OTAN, Arthaud a répondu: «Ce sont les mêmes tâches, ne pas faire confiance à ceux qui nous dirigent. Les uns comme les autres sont unis, finalement, pour exploiter les travailleurs, pour s’enrichir sur leurs dos. .. Il faut que le monde du travail en France, aux Etats-Unis, réalise qu’ils ont en face d’eux, dans leur propre gouvernement, des ennemis qu’ils ont à combattre.»

Or, cette formule creuse n’impose rien en termes de tâches politiques concrètes à LO, qui singe une politique trotskyste tout en manifestant à côté de forces qui appellent à une guerre lancée par Trump ou à défendre l’extrême-droite ukrainienne.

L’orientation cynique et impuissante, voire parfois franchement droitière du milieu du NFP est un avertissement. Une profonde opposition ouvrière existe au militarisme impérialiste et aux politiques d’austérité sociale qui en découlent, mais elle n’est pas représentée au sein de l’establishment politique, qui y est en réalité profondément hostile.

Pour libérer la lutte des classes de l’influence démobilisatrice des appareils syndicaux et politiques autour du NFP, les travailleurs doivent s’organiser indépendamment d’eux. Les trahisons de luttes ouvrières, comme le bradage syndical des grèves de masse contre la réforme des retraites en 2023 en France, ne sont pas accidentelles. Elles découlent de l’orientation proimpérialiste du milieu petit-bourgeois qui gravite autour du NFP. La construction de comités de la base est incontournable pour permettre aux travailleurs de lutter contre la guerre.

Les bases d’une lutte révolutionnaire inconciliable des travailleurs contre la guerre impérialiste, le génocide et le fascisme est la théorie de la Révolution permanente défendue par le CIQI. La lutte pour les droits démocratiques dans des pays à développement capitaliste retardataire comme l’Iran ne peut se faire sous le contrôle de la bourgeoisie, et à plus forte raison des puissances impérialistes. Elle nécessite une lutte de la classe ouvrière qui l’amène à la nécessité de prendre le pouvoir et à lancer une lutte pour la révolution socialiste à l’échelle mondiale.

La lutte pour cette perspective n’est menée par aucune organisation autour du NFP, et ne peut être fondée que sur la défense de la continuité internationale du trotskysme par le CIQI, représenté en France par le Parti de l’égalité socialiste.

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