L'interdiction de Palestine Action jugée illégale : un revers pour le gouvernement travailliste britannique

La Haute Cour a jugé illégale la désignation et l’interdiction de Palestine Action (PA) comme organisation terroriste par le gouvernement Starmer.

Le groupe d'action directe anti-génocide à Gaza a été interdit en juillet 2025. La ministre de l'Intérieur de l'époque, Yvette Cooper, avait alors déclaré au Parlement que ses manifestations pacifiques, ciblant notamment les fabricants d'armes, répondaient à la définition légale du terrorisme au sens de la loi antiterroriste et constituaient une menace pour la sécurité nationale. Seuls 25 députés votèrent alors contre l'interdiction.

Des militants et sympathisants pro-palestiniens célèbrent la décision devant la Haute Cour de Londres, le 13 février 2026.

Depuis, près de 3 000 personnes ont été arrêtées pour avoir simplement manifesté leur soutien à cette organisation. La police a diffusé des avertissements de ne pas le faire lors des manifestations de masse.

L’étiquette de « terroriste » a fait que des individus ayant participé aux manifestations de Palestine Action avant l’entrée en vigueur de l’interdiction subissent de longues et brutales détentions provisoires dans l’attente de leur procès pour dommages criminels contre des fournisseurs d’armes à Israël et un avion militaire britannique. Huit jeunes ont risqué leur vie en entamant des grèves de la faim pour protester contre cette interdiction et les mauvais traitements qu’ils subissaient de la part des autorités pénitentiaires.

Il s'agissait d'un acte politiquement criminel, une tentative dictatoriale d'intimider et de réprimer l'opposition populaire à l'État d'Israël, au génocide des Palestiniens et au soutien apporté par l'impérialisme britannique. La Haute Cour du Royaume-Uni a été contrainte de reconnaître son illégalité.

La ministre de l'Intérieur actuelle, Shabana Mahmood, s'est dite « déçue » par la décision et a contesté « l'idée que l'interdiction de cette organisation terroriste soit disproportionnée ». Elle fera appel au jugement et Palestine Action reste interdite au moins jusqu'à une audience prévue plus tard ce mois-ci.

Le texte du jugement contient des phrases telles que « Palestine Action est une organisation qui promeut sa cause politique par la criminalité et l'incitation à la criminalité » et « Un très petit nombre d'activités de Palestine Action constituent des actes de terrorisme au sens de la définition ».

Les juges de la Haute Cour ont émis des réserves en affirmant que « pour ces actes, ainsi que pour les autres activités délictuelles de Palestine Action, le droit pénal général reste applicable. La nature et l'ampleur des activités de Palestine Action relevant de la définition du terrorisme n'avaient pas encore atteint le niveau, l'ampleur et la persistance justifiant une interdiction ».

Quoi qu’il en soit, il s'agit d'une défaite retentissante pour le gouvernement travailliste. Ce dernier a dépensé des sommes considérables et a investi un capital politique important dans sa campagne antidémocratique visant à l'interdiction de Palestine Action.

Des heures de couverture médiatique et des tonnes d'articles ont été déversées par les ministres et leurs sbires dans la presse pour diaboliser l'organisation. Des millions ont été dépensés en opérations policières, au cours desquelles des images largement diffusées ont montré des manifestants âgés et handicapés interpellés brutalement pour avoir simplement brandi des pancartes. Le gouvernement a ignoré les lettres de protestation d'organisations internationales de défense des droits humains et de représentants des Nations Unies.

Une femme est arrêtée et emmenée de force par la police.

Cette répression était censée recevoir l’approbation sans discussion des tribunaux. Il est clair que les juges sont du côté du gouvernement. Cependant, ils sont intervenus pour mettre en garde contre le caractère effronté de ses atteintes aux droits démocratiques et était vu de la sorte, et ce, à un moment où le Parti travailliste est extrêmement impopulaire et en proie à une crise liée à ses liens avec l'oligarchie criminelle, incarnée par l'affaire Mandelson-Epstein.

L'acquittement, la semaine dernière, par un jury, de six accusés liés à Palestine Action a de quoi inquiéter les dirigeants. Ces activistes s'étaient introduits par effraction dans l'usine du fabricant d'armes israélien Elbit Systems à Filton, près de Bristol, afin de démanteler des armes et du matériel. Ils étaient jugés pour cambriolage aggravé, dégradation de biens et, pour deux d'entre eux, pour troubles à l'ordre public avec violence. Ce dernier chef d'accusation faisait suite à une altercation avec un policier, donnant lieu à l’inculpation de l'un des deux pour coups et blessures volontaires ayant entraîné une incapacité de travail.

Lors du procès, le juge Johnson a demandé aux jurés de faire abstraction de leurs opinions sur le conflit au Moyen-Orient. Il a interdit toute présentation de preuves relatives à la contribution d'Elbit à la guerre israélienne à Gaza.

Par ailleurs, selon le Guardian, « un juré a demandé au juge si le fait pour un accusé de croire qu'il accomplissait un acte de sauvetage en détruisant des armes utilisées pour tuer des civils lors d'un génocide illégal constituerait une excuse valable. Johnson a répondu que non ».

Malgré les instructions du juge et le torrent de calomnies dans les médias dépeignant les militants de Palestine Action comme des voyous violents, le jury a délibéré pendant plus de 36 heures et a rendu un verdict de non-culpabilité pour cambriolage aggravé, sans parvenir à un verdict sur les autres chefs d'accusation.

Avec de nombreux procès liés aux activités de Palestine Action prévus cette année, le risque d'acquittements supplémentaires était bien réel. Dans ces conditions, les magistrats chargés de juger les nombreuses personnes accusées d'avoir simplement exprimé leur soutien à Palestine Action seraient soumis à une pression énorme, et le système judiciaire serait discrédité par de telles poursuites à caractère ouvertement politique.

Ce qui se passe devant les tribunaux n'est que la partie émergée de l'iceberg d'une hostilité populaire profonde envers le gouvernement travailliste, son soutien à Israël et sa politique draconienne. Elle doit désormais trouver une expression plus généralisé.

L'opposition de masse au génocide à Gaza forcée à la passivité par la direction du mouvement, Palestine Coalition, qui a limité son action à des manifestations de routine et à des appels moraux, tout en promouvant des partisans dociles de Corbyn, des travaillistes de « gauche » et des bureaucrates syndicaux comme des leaders anti-guerre – et même ceux comme John McDonnell qui soutiennent ouvertement les efforts de l'OTAN en Ukraine.

La résistance s'est donc principalement manifestée par des actions défensives, telles que des recours en justice et les actions organisées par l'association de défense des droits civiques Defend Our Juries. Il est désormais impératif de passer à une contre-offensive contre les atteintes du gouvernement aux droits démocratiques et son soutien à l'oppression dans le monde entier – une contre-offensive qui conjugue l'esprit d'urgence et d'abnégation qui a animé les manifestants de Palestine Action avec la perspective d'une mobilisation massive de millions de personnes.

Les revendications immédiates de ce mouvement doivent être :

  • L’abandon toutes les accusations retenues contre les militants et sympathisants pro-palestiniens, accompagné d’excuses officielles et d’une compensation financière.

  • La fin de l'interdiction de Palestine Action et à toutes les mesures visant à réprimer la liberté d'expression

  • La publication de tous les documents relatifs à la décision d'interdire Palestine Action, y compris les discussions avec les responsables israéliens et l'administration Trump américaine.

  • La destitution de tous les ministres et fonctionnaires responsables de violations des droits démocratiques.

  • L’abrogation de toutes les lois portant atteinte au droit de manifester, à commencer par la loi sur la police, la criminalité, la détermination des peines et les tribunaux (2022), la loi sur l'ordre public (2023) et l'ensemble de la législation « antiterroriste ».

Lutter pour ces revendications implique de mener une lutte politique contre un gouvernement travailliste totalement dévoué à son programme réactionnaire, tant au niveau national qu'international. Comme l'a souligné le Parti de l'égalité socialiste dans une récente déclaration, cela signifie construire une opposition socialiste révolutionnaire :

L'éclatement d'une guerre commerciale et militaire signifie la fin du compromis social et du régime démocratique, et le tournant vers la guerre de classes, la répression d'État et la réaction d'extrême droite. Ce phénomène se manifeste le plus clairement dans les efforts de Trump pour instaurer une dictature fasciste aux États-Unis, la montée des partis d'extrême droite en Europe, la guerre impérialiste prédatrice menée en Ukraine, le génocide à Gaza et les préparatifs bien avancées d'un changement de régime en Iran.

Le nouveau parti dont la classe ouvrière a besoin doit se construire en fonction de ces réalités politiques. Sa tâche est la mobilisation sociale et politique de la classe ouvrière, indépendamment de toutes les composantes de la bureaucratie syndicale et travailliste, y compris son aile gauche désormais organisée sous le nom du « Votre Parti » de Corbyn et Sultana.

La vague d'opposition à l'interdiction de Palestine Action et la persistance des manifestations contre le génocide témoignent du véritable rapport de forces dans le pays, isolant profondément le gouvernement travailliste. Le problème des opposants n'est pas un manque de détermination ou de force, mais d'organisation politique. C'est ce combat qu'il faut désormais mener.

***

Les reporters WSWS se sont entretenus avec certains de ceux qui se trouvaient devant le tribunal.

May, une travailleuse dans la vente au détail, a dit que le jugement prouve que chaque action prise par le gouvernement, surtout l’interdiction de Palestine Action et les arrestations associées sont totalement illégales.

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Ginny, ancienne médecin consultant retraité du Service national de santé a expliqué, « j’ai été arrêtée cinq fois et accusée de terrorisme pour avoir brandi des pancartes de ce genre. »

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(Article paru en anglais le 13 février 2026)

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