Conférence de Munich

AOC accuse Trump de manquer d’engagement dans la guerre contre la Russie et refuse d’écarter une guerre contre la Chine

Intervention de la représentante Alexandria Ocasio-Cortez à la 62e Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2026

Alexandria Ocasio-Cortez, membre des Socialistes démocrates d'Amérique et élue démocrate de New York au Congrès, s'est adressée ce week-end à la Conférence de Munich sur la sécurité, le rassemblement annuel des responsables de l'OTAN, des ministres de la Défense et des dirigeants de l'industrie de l'armement, qui constitue le principal forum de stratégie militaire occidentale depuis la Guerre froide.

Avant son intervention, le World Socialist Web Site écrivait qu'Ocasio-Cortez allait «faire ses débuts en tant que stratège impérialiste ». Elle a confirmé cette prédiction.

S'exprimant lors d'une conférence parrainée par Lockheed Martin, Raytheon et BAE Systems, Ocasio-Cortez a accusé l'administration Trump d'un engagement insuffisant dans la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre la Russie, a repris les accusations de l'administration Trump selon lesquelles l'Iran aurait tué des « dizaines de milliers de manifestants » et a refusé d'exclure l'envoi de troupes américaines pour combattre la Chine au sujet de Taïwan.

Tout au long de la conférence, la stratégie d'Ocasio-Cortez consistait à présenter l'«autoritarisme » de Trump comme étant aligné sur celui du président russe Vladimir Poutine, cherchant ainsi à instrumentaliser l'opposition populaire, largement répandue, à Trump pour soutenir la guerre contre la Russie. Elle a averti que Trump et Rubio « cherchent à isoler les États-Unis du monde entier afin de nous plonger dans une ère d'autoritarismes, […] où Poutine pourrait brandir la menace de la force en Europe et tenter d'intimider nos propres alliés ».

S'opposant à tout règlement pacifique du conflit ukrainien, elle a déclaré : « Nous ne devons pas récompenser l'impérialisme, et je ne pense pas que nous devions permettre à la Russie, ou à toute autre nation, de continuer à violer la souveraineté d'un pays et d'en être récompensées. »

S'exprimant en tant que représentante de la plus grande puissance impérialiste mondiale, qui a été en guerre perpétuelle tout au long de son existence, Ocasio-Cortez a brandi l'épithète d'« impérialisme » pour désigner ceux que les États-Unis prévoient conquérir et subjuguer. En accusant Trump de cautionner les « intimidations » de Poutine, elle réclamait en réalité la poursuite d'une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts et rapproché le monde d'un conflit nucléaire comme jamais depuis la crise des missiles de Cuba.

Sa solution à la prétendue menace d'« autoritarisme » était le Partenariat transpacifique (TPP), l'accord commercial d'Obama conçu pour isoler la Chine. Elle a appelé à ce que « nos alliances mondiales » fassent barrage à la consolidation du pouvoir autoritaire, notamment à l'installation de gouvernements fantoches régionaux. Voilà le programme du Parti démocrate : non pas l'opposition à la guerre, mais une stratégie différente pour la mener ; non pas l'opposition à l'impérialisme, mais un retour au cadre multilatéral par lequel les États-Unis ont mené les guerres en Irak, en Libye et en Syrie.

Interrogée samedi lors d'une table ronde sur l'opportunité pour les États-Unis d'envoyer des troupes défendre Taïwan en cas d'invasion chinoise, Ocasio-Cortez a refusé de l'exclure. « Il s'agit, bien sûr, d'une politique de longue date des États-Unis. Et je pense que ce que nous espérons, c'est que nous n'en arrivions jamais là », a-t-elle déclaré.

Il s'agit d'une question de guerre entre les deux plus grandes économies mondiales, toutes deux dotées de l'arme nucléaire. Le fait qu'Ocasio-Cortez n'ait pas pu se résoudre à dire « non » témoigne de l'engagement profond du Parti démocrate en faveur d'une confrontation militaire avec la Chine.

Ocasio-Cortez s'exprimait à Munich alors que l'armée américaine déploie la plus importante puissance de feu au Moyen-Orient depuis l'invasion de l'Irak en 2003. Reuters a rapporté vendredi que le Pentagone planifie des « opérations soutenues de plusieurs semaines » contre l'Iran, ciblant « les installations étatiques et de sécurité iraniennes, et pas seulement l'infrastructure nucléaire ». Environ 50 000 soldats américains sont actuellement déployés dans la région. Trump a déclaré aux troupes de Fort Bragg qu'un changement de régime en Iran serait « la meilleure chose qui puisse arriver ».

Dans ces conditions, Alexandria Ocasio-Cortez n'a formulé que des critiques symboliques et tactiques à l'égard de la gestion par l'administration Trump de la politique de changement de régime en Iran, tout en la soutenant dans les faits.

Interrogée sur son soutien à de nouvelles frappes américaines contre l'Iran, elle a fait une déclaration qui, de fait, appuyait les objectifs de changement de régime de l'administration Trump, tout en y ajoutant quelques réserves tactiques mineures. « Il y a encore une marge de manœuvre considérable », a-t-elle déclaré. Elle a repris à son compte les arguments de l'administration concernant le changement de régime : «Actuellement, ce que fait le régime iranien, notamment à l'égard des manifestants, est un massacre horrible – certaines estimations font état de dizaines de milliers de victimes. » Elle a accueilli favorablement les allégations non fondées présentées par l'administration pour justifier ses projets de changement de régime.

Elle a pris la parole lors d'une conférence qui, le 16 janvier, sous la pression du ministère allemand des Affaires étrangères, a retiré son invitation au ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. La conférence a offert une tribune au prince héritier en exil Reza Pahlavi, fils du shah renversé en 1979, qui a appelé à une «intervention humanitaire » et déclaré que « l'aide est en route » de la part de Trump. Le 29 janvier, l'UE a désigné à l'unanimité les Gardiens de la révolution iraniens comme organisation terroriste – les 27 États membres votant en bloc sur l'escalade menée par Washington. Ocasio-Cortez n'a rien dit pour s'y opposer.

La prestation d'Ocasio-Cortez à Munich s'inscrit dans la continuité d'une carrière de soutien et de facilitation de l'impérialisme américain. En septembre 2021, elle s'est abstenue lors d'un vote sur une mesure allouant un milliard de dollars au système de défense antimissile israélien Dôme de fer – allant jusqu'à pleurer à la Chambre des représentants après avoir changé son vote initial de « Non » sous la pression de la direction démocrate. Lorsqu'Israël a lancé son offensive contre Gaza en octobre 2023, elle a condamné les manifestations pro-palestiniennes à Times Square, les qualifiant de manifestations de « sectarisme et d'insensibilité », et a exigé leur interdiction. Elle a attendu plus de deux semaines avant d'appeler à un cessez-le-feu, alors que d'autres membres de son propre groupe parlementaire en réclamaient un immédiatement.

En mai 2022, Ocasio-Cortez a voté pour fournir 40 milliards de dollars d'armes aux forces d'extrême droite en Ukraine, un vote partagé par tous les membres du Congrès soutenus par les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA). En décembre 2022, elle a voté pour interdire une grève de 100 000 cheminots et imposer une entente que ces derniers avaient rejetée.

Alexandria Ocasio-Cortez n'a pas voté pour la loi de finances consolidée de 839 milliards de dollars, adoptée par la Chambre des représentants le 22 janvier par 341 voix contre 88. Cependant, 149 de ses collègues démocrates ont voté pour, dont le chef de la minorité, Hakeem Jeffries, la whip de la minorité, Katherine Clark, et le président du groupe parlementaire, Pete Aguilar. Les républicains de la commission des finances de la Chambre ont salué le texte, le qualifiant de « financement complet de l’Amérique d’abord ». Les démocrates ont fourni les voix nécessaires à son adoption à une écrasante majorité.

Au Sénat, le projet de loi a été adopté par 71 voix contre 29, avec 23 démocrates votant pour, dont le chef de la minorité, Chuck Schumer, le whip de la minorité, Dick Durbin, et le vice-président, Mark Warner. L'allocation de 839 milliards de dollars au Pentagone dépassait de 8,4 milliards de dollars la demande budgétaire initiale de l'armée. L'administration Trump a depuis proposé un budget militaire de 1 500 milliards de dollars pour l'exercice 2027. Alexandria Ocasio-Cortez n’a rien dit pour s'y opposer.

Elle est membre des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), une organisation dont l'héritage politique remonte à Max Shachtman, ancien trotskyste qui rompit avec la Quatrième Internationale en 1940 et termina sa carrière comme partisan de la guerre du Vietnam et conseiller du président de l'AFL-CIO, George Meany. L'élève de Shachtman, Michael Harrington, fonda les DSA en 1982 sur le principe d'une subordination totale au Parti démocrate. Dans une interview de 1984, Harrington déclara : « Lorsque je critique la politique étrangère américaine [...] je le fais au nom de la sécurité nationale des États-Unis. » Son cofondateur, Irving Howe, ajouta : « Et vous parlez de sécurité nationale parce que vous reconnaissez l'existence d'un ennemi totalitaire qu'il faut combattre. »

Tel est l'héritage politique d'AOC. La présence d'Ocasio-Cortez à Munich ne constitue pas une trahison des principes des DSA, mais s'inscrit fondamentalement dans leur ligne politique. Assise à une conférence fondée par un ancien officier de la Wehrmacht et financée par les plus grands fabricants d'armes au monde, elle a présenté le programme du Parti démocrate comme la stratégie la plus efficace pour la domination mondiale américaine : condamner Poutine, contenir la Chine, rétablir « l'ordre international fondé sur des règles », c'est-à-dire l'ordre de l'hégémonie américaine.

La classe ouvrière ne peut compter sur aucun camp de l'establishment politique – qu'il s'agisse du nationalisme de « l'Amérique d'abord » de Trump ou de l'impérialisme multilatéral des démocrates – pour s'opposer à la guerre. Le même Congrès qui s'apprête à anéantir l'Iran a voté l'octroi de 839 milliards de dollars au Pentagone, alors que des millions de travailleurs américains n'ont pas accès aux soins de santé. L'opposition à la guerre doit se construire à la base, par la mobilisation indépendante de la classe ouvrière internationale contre le système capitaliste qui engendre la guerre, la dictature et les inégalités sociales.

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