Dans un nouveau discours fascisant sur ses réseaux sociaux, le président américain Donald Trump a annoncé qu'il signerait « prochainement » un décret imposant la présentation d'une pièce d'identité aux électeurs lors des élections de mi-mandat de 2026.
Qualifiant d'« escroquerie » les objections à l'exigence d'un passeport ou d'une autre preuve de citoyenneté pour voter, il a déclaré que si le Congrès, à majorité républicaine, ne parvenait pas à adopter la législation nécessaire, «il existe des raisons juridiques justifiant l'interdiction de cette escroquerie. Je les présenterai prochainement, sous la forme d'un décret. »
Tout décret présidentiel relatif aux conditions de vote serait illégal et inconstitutionnel. La Constitution confère aux États la responsabilité première de l'organisation des élections, le Congrès ayant le pouvoir de décision finale, et le président n'ayant aucun rôle à jouer. L'article premier, section quatre de la Constitution stipule : « Les dates, lieux et modalités des élections des sénateurs et des représentants sont fixés dans chaque État par sa législature. »
Trump a tenté d'intimider la Cour suprême d’avance afin qu'elle rejette toute contestation judiciaire de son décret, écrivant : « J'espère que la Cour suprême comprend [...] que ces démocrates corrompus et dérangés, s'ils accèdent un jour au pouvoir, n'ajouteront pas seulement deux États à notre liste de 50, avec tout le fardeau que cela implique, mais qu'ils vont également REMPLIR LA COUR avec un total de 21 juges, LEUR RÊVE.»
Comme à son habitude, Trump accuse ses adversaires politiques des actes criminels qu'il commet lui-même. Il a affirmé que si les démocrates remportent l'élection, ils s'empareront rapidement du pouvoir absolu, notamment en le destituant, en abrogeant la règle du filibuster au Sénat et en modifiant la composition de la Cour suprême.
En réalité, les démocrates se prosternent totalement devant l'offensive de Trump contre les droits démocratiques, espérant seulement que des gains à la Chambre des représentants, et peut-être au Sénat, leur permettront d'avoir voix au chapitre lors des prochaines discussions budgétaires et politiques. Les démocrates n'ont pas levé le petit doigt contre les efforts de plus en plus flagrants de Trump pour organiser les élections de 2026 dans un climat de quasi-loi martiale, dans lequel des agents fédéraux ou des militaires superviseraient les bureaux de vote, notamment dans les grandes villes où une large majorité vote traditionnellement pour les démocrates.
La série de publications de Trump sur les exigences en matière de pièce d'identité pour voter a suivi l'adoption, mercredi dernier, par la Chambre des représentants, du projet de loi dit « SAVE America Act », qui obligerait les électeurs à prouver leur citoyenneté lors de leur inscription sur les listes électorales et au moment de voter en personne, et exigerait des États qu'ils radient des listes électorales les personnes considérées comme « non-citoyennes ». Le vote, quasi partisan, a été de 218 voix contre 213.
Bien que le projet de loi ne devrait pas être adopté par le Sénat, son ampleur même témoigne des méthodes de gouvernement dictatoriales envisagées par la Maison-Blanche. Cela permettrait, par exemple, au département de la Sécurité intérieure (DHS) de saisir les listes électorales de n'importe quel État. Le DHS comprend l'ICE et le CBP, qui ciblent les immigrants, mais son seul lien avec les élections jusqu'à présent concernait la protection contre les cyberattaques étrangères.
L'obligation de présenter une pièce d'identité pour voter menacerait le droit de vote de plus de la moitié de la population américaine, car près de la moitié n'a pas de passeport, tandis que 70 millions de femmes mariées possèdent des actes de naissance qui ne correspondent pas à leur nom légal actuel, et des millions d'autres n'ont tout simplement pas accès à un acte de naissance, en particulier les personnes pauvres, les minorités ethniques et les citoyens naturalisés.
Le dirigeant fasciste à la Maison-Blanche a déclaré que « les Républicains devraient nationaliser le vote » (c'est-à-dire confier la gestion des bureaux de vote au gouvernement fédéral plutôt qu'aux États) et a utilisé les services de renseignement et le ministère de la Justice pour faire pression sur les gouvernements des États afin qu'ils lui remettent leurs listes électorales pour vérification.
Ces vérifications impliqueraient une comparaison des listes électorales avec les bases de données fédérales, notamment celles de la Sécurité sociale, du département de la Sécurité intérieure et du département du Trésor, qui fonctionnent selon des normes différentes et utilisent des données incompatibles. (Par exemple, la Sécurité sociale ne met pas à jour les dossiers de sécurité sociale lorsqu'un travailleur immigré obtient la nationalité américaine ; sa base de données classerait donc cet immigré comme non-citoyen, et par conséquent n’ayant pas droit de vote).
Trump cherche à combiner son mensonge éculé de longue date, selon lequel l'élection de 2020 aurait été volée, avec l'offensive militarisée menée actuellement à l'échelle nationale contre les immigrants par des agents armés et masqués de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) et des Customs and Border Protection (CBP). Il prétend désormais que l'élection de 2026 sera truquée par un vote massif de personnes sans papiers et sans citoyenneté.
D'un point de vue factuel, cette affirmation est tout simplement absurde. L'analyse des résultats électoraux, tant dans les États dirigés par les démocrates que par les républicains, n'a révélé que quelques dizaines de personnes sans citoyenneté inscrites sur les listes électorales – généralement par inadvertance lors de leur demande de permis de conduire – et un nombre encore plus restreint de personnes sans citoyenneté ayant effectivement voté.
La logique du raisonnement de Trump est encore plus absurde. Sa défaite électorale de 2020 ne peut être imputée aux immigrants amenés aux États-Unis par les démocrates, puisqu'à cette époque, Trump était au pouvoir et contrôlait la sécurité des frontières. En 2024, après l'arrivée supposée de « dizaines de millions » d'immigrants sous l'administration Biden, Trump a en réalité remporté l'élection, en raison du mécontentement généralisé face à l'inflation et aux conséquences des politiques d'austérité et de guerre de Biden.
Le but des diatribes de Trump concernant la carte d'identité des électeurs est d'attiser une hystérie fasciste autour du « vote illégal », ce qui lui permettrait de manipuler les résultats de l'élection de 2026 ou de l'annuler purement et simplement. Steve Bannon, ancien conseiller politique principal de Trump, s'est réjoui : « Nous allons déployer l'ICE autour des bureaux de vote en novembre. » Il a également appelé à l'envoi de soldats de l’armée.
Trump continue de préparer l'armée à une intervention dans l'élection. Il s'est rendu vendredi à Fort Bragg, en Caroline du Nord, l'une des plus grandes bases militaires aux États-Unis, pour un rassemblement de style campagne, au cours duquel il a exhorté les soldats à voter Républicain aux élections de mi-mandat.
Ignorant du principe de neutralité politique qui caractérise l'armée, Trump a déclaré aux soldats : « Vous devez voter pour nous », et leur a présenté des candidats républicains de Caroline du Nord. La politique du Pentagone interdit toute activité politique aux militaires en service actif, le manuel de l'armée de terre stipulant que « l'armée, en tant qu'institution, doit être non partisane et doit le montrer ».
Il a ensuite rencontré pendant deux heures, à huis clos, des membres des forces spéciales ayant participé au raid militaire au Venezuela qui a conduit à l'enlèvement du président Nicolás Maduro, actuellement détenu dans une prison de Brooklyn, à New York, en attente de son procès sur des accusations fabriquées de trafic de stupéfiants.
Parallèlement, le ministère de la Justice continue de faire pression sur les États pour qu'ils lui transmettent leurs listes électorales à des fins d'inspection fédérale, malgré le refus des États à majorité démocrate et la confirmation de leur opposition par les tribunaux fédéraux. Un juge fédéral du Michigan a accepté de rejeter une plainte en ce sens la semaine dernière, ce qui constitue le quatrième revers pour le ministère de la Justice devant les tribunaux.
Un juge fédéral de l'Oregon a pris une mesure similaire la semaine précédente, écrivant que « la présomption de régularité qui avait été précédemment accordée au ministère de la Justice, selon laquelle on pouvait le prendre au mot — sans grand doute quant à ses intentions et à ses objectifs déclarés — ne tient plus ».
