Perspective

L’ICE s’en prend à Detroit

Des ouvriers quittent l'usine d'assemblage de camions Stellantis Warren.

L'activité de l'ICE s'intensifie fortement dans la région métropolitaine de Detroit, marquant une nouvelle étape dans la répression nationale menée par l'administration Trump contre les droits démocratiques.

Lundi matin, l'ICE a mené une opération aux abords de l'usine Factory Zero à Hamtramck, un quartier de Detroit à forte population immigrée. Des agents, déployés à bord de quatre véhicules banalisés, ont intercepté des automobilistes et procédé à des arrestations près de l'usine. L'opération a provoqué l'indignation des ouvriers, qui ont exprimé leur solidarité avec leurs frères et sœurs immigrés.

Le 2 février, une rafle a eu lieu devant un entrepôt Amazon à Hazel Park, où deux employés d'Amazon Flex ont été arrêtés. Ces deux hommes, demandeurs d'asile bénéficiant du statut de protection temporaire (TPS), ont été interpellés sous les yeux des ouvriers présents dans le bâtiment.

L'ICE serait également en train d'acquérir un entrepôt à Romulus et de louer des bureaux à Southfield. Ces acquisitions s'inscrivent dans un programme de 38 milliards de dollars visant à transformer des entrepôts à travers le pays en centres de détention improvisés. L'ampleur de ces acquisitions montre que la Maison-Blanche de Trump se prépare à des arrestations de masse concernant des centaines de milliers de personnes.

L'année a commencé par l'assaut policier sur Minneapolis, où l'ICE et le CBP ont assassiné deux membres de la communauté, Renee Good et Alex Pretti, et perpétré des attaques violentes dans toute la ville, arrêtant des immigrants, y compris des enfants, qui avaient été expulsés ou envoyés dans des centres de détention de masse – de véritables camps de concentration – dont le désormais tristement célèbre centre de Dilley au Texas.

Il est impératif de tirer les leçons de l'expérience de Minneapolis, où des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre les exactions de l'ICE. Cependant, les événements de Detroit et la mobilisation des forces policières à l'échelle nationale révèlent la supercherie des affirmations des démocrates et des médias selon lesquelles Trump « désamorce les tensions ». Les agents de la Gestapo de l'immigration et les milices d'intervention ne sont pas retirés ; ils sont redéployés.

L'organisation de l'opposition dans cette nouvelle étape exige une approche plus structurée et consciente, capable de mobiliser l'immense force de la classe ouvrière.

Le choix de Detroit comme prochaine cible montre que les attaques contre les immigrés se transforment en une véritable campagne de terreur contre l'ensemble de la classe ouvrière. La région métropolitaine de Detroit est un important centre industriel de 4,4 millions d'habitants et le berceau historique de l'industrie automobile américaine. Près de 250 000 ouvriers du secteur manufacturier y vivent.

La ville possède une riche histoire de lutte de classe qui s'étend sur plus d'un siècle et qui reste vivante dans la mémoire des ouvriers dont les familles travaillent dans les usines depuis des générations. Cette histoire comprend notamment les combats historiques contre Henry Ford, antisémite notoire et sympathisant nazi. Son héritage trouve un écho aujourd'hui dans le soutien apporté à Trump par les oligarques.

Les usines automobiles emploient une main-d'œuvre diversifiée, regroupant des personnes d'origines raciales, ethniques et nationales variées. Detroit abrite l'une des plus importantes communautés d'immigrants du Moyen-Orient du pays. Hamtramck est elle-même une ville ouvrière profondément diversifiée, dont les habitants ont des origines allant du Bangladesh à la Pologne. Dearborn, où se trouvent le siège social de Ford et le complexe Rouge, abrite la plus forte concentration de résidents arabes des États-Unis.

C’est contre cela que Trump s’apprête à mener une guerre. Admirateur d’Hitler, il ne vise rien de moins que l’instauration d’une dictature aux États-Unis. Trump agit et parle non pas en tant qu’individu, mais comme représentant de l’oligarchie financière et patronale, dont les intérêts sont incompatibles avec les formes de gouvernement légales et démocratiques. L’expansion massive des opérations de l’ICE est étroitement liée aux élections de 2026, que l’administration Trump entend superviser sous la menace des armes, si même elles ont lieu.

La cible fondamentale de la dictature est la classe ouvrière. Les opérations ont commencé à Factory Zero et dans l’entrepôt Amazon de Hazel Park, mais des agents apparaîtront bientôt dans les usines et les lieux de travail de toute la région si rien n’est fait pour les arrêter.

Et c’est la classe ouvrière qui doit s’organiser en réponse, comme à Minneapolis. L’hostilité envers Trump est profonde dans les usines automobiles de Detroit. Lors d'une visite au complexe Ford Rouge de Dearborn, l'ouvrier automobile Thomas « TJ » Sabula a fait la une des journaux en dénonçant avec véhémence Trump. Il a reçu un large soutien après sa suspension par l'entreprise, qui a conduit à sa réintégration.

Des groupes de quartier ont spontanément commencé à surveiller l'ICE et à s’y opposer. La colère a déjà éclaté lors de réunions publiques contre l'expansion des opérations de l'ICE dans le Michigan. Des lycéens ont organisé des débrayages dans plusieurs villes du sud-est du Michigan ces dernières semaines.

Le Parti de l'égalité socialiste et le World Socialist Web Site proposent les points suivants comme fondements de la lutte contre l'ICE, à défendre lors de réunions publiques et dans les autres forums :

Premièrement, la force sociale à mobiliser est la classe ouvrière, notamment les ouvriers de l'automobile, les enseignants, le personnel de santé, les employés d'Amazon, les postiers, les travailleurs du secteur technologique et les autres composantes de la classe ouvrière. C'est elle qui a le pouvoir de paralyser la production et de stopper les opérations de l'ICE et des agents de la Gestapo de Trump.

Deuxièmement, les travailleurs de l’UAW et d'autres syndicats devraient exiger des assemblées générales dans chaque section locale afin d'adopter des résolutions rejetant toute collaboration avec les agents de l'ICE, comme l'a fait Amazon lorsqu'elle a ouvert ses portes à l'arrestation de deux employés d'Amazon Flex dans son usine. Les travailleurs doivent se préparer à la grève en réponse à toute tentative d'enlèvement de leurs collègues, et les syndicats doivent s'engager à défendre les travailleurs et les jeunes.

L'initiative ne peut toutefois être laissée entre les mains de la bureaucratie syndicale. À Minneapolis, l'appareil syndical a délibérément œuvré pour empêcher toute grève, insistant sur le fait que les travailleurs devaient rester à leur poste en raison de clauses contractuelles.

Le syndicat UAW est resté muet face à la rafle à Factory Zero, bien qu'elle ait eu lieu à quelques kilomètres seulement de ses bureaux. Il n'a pas non plus commenté les licenciements collectifs dans cette usine, désormais réduite à une seule équipe. Le président de l'UAW, Shawn Fain, avertit que le droit de grève est menacé et que des attaques sont à prévoir contre les piquets de grève. Pourtant, il ne propose aucune mesure concrète pour s’y opposer, se contentant de déclarations qui n'engagent en rien le syndicat.

Troisièmement, afin de coordonner et d'organiser l'opposition, des comités de base devraient être mis en place dans chaque usine et lieu de travail, syndiqué ou non, ainsi que dans chaque quartier et école. Un réseau de comités de base de comités de quartier permettra aux travailleurs de surveiller la situation et de réagir rapidement lorsque l'ICE tente d'enlever des collègues ou des membres de leur famille.

Il existe un précédent. En 2020, au début de la pandémie de coronavirus, des grèves sauvages ont éclaté à Detroit, paralysant l'industrie automobile en Amérique du Nord en quelques heures. Une action des travailleurs de l'automobile contre l'ICE servirait d'exemple et inspirerait confiance aux travailleurs de tous les États-Unis.

Quatrièmement, le développement de l'opposition doit s'accompagner de revendications précises, notamment le retrait de l'ICE de la ville et de l'État, et la libération de toutes les personnes détenues.

La logique de la lutte des travailleurs et des jeunes tend vers la grève générale, une logique qui a émergé naturellement du développement de la lutte à Minneapolis.

Une lutte similaire à Detroit donnera l'impulsion à un mouvement national coordonné de la classe ouvrière, exigeant l'abolition de l'ICE, la fin immédiate de la persécution des immigrés, la libération de tous les immigrés détenus dans des camps de concentration, ainsi que la démission et la poursuite de tous les membres de l'administration Trump responsables de la violation des droits garantis par la Constitution américaine.

Dans ce combat, on ne peut faire confiance au Parti démocrate, parti de Wall Street. Il a récemment voté pour prolonger temporairement le financement du département de la Sécurité intérieure et abandonne actuellement même ses propositions inefficaces d’élimination définitive de ce financement. Au Minnesota, des démocrates collaborent désormais avec l'ICE et l'administration Trump.

La principale préoccupation des démocrates n'est pas le fascisme, mais la montée de l'opposition populaire.

La lutte contre l'ICE et la dictature de Trump repose sur l'action et l'initiative indépendantes des travailleurs eux-mêmes. Les travailleurs et les jeunes doivent rester vigilants face à toute provocation de l'ICE. L'opposition doit se construire par l'action collective et la lutte sociale.

Travailleurs qui lisez ces lignes, il est impératif de commencer dès maintenant à se préparer. Organisez des groupes sur vos lieux de travail et dans vos quartiers. Tenez des réunions pour discuter et décider des actions à entreprendre. La classe ouvrière est la force la plus puissante au monde, dès qu'elle saura comment l'utiliser.

Le Parti de l'égalité socialiste (États-Unis) et le World Socialist Web Site sont prêts à aider tous les travailleurs dans la construction de ce mouvement.

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