La menace d'une offensive militaire américaine majeure contre l'Iran et d'une guerre régionale d'envergure plane toujours sur le Moyen-Orient après la dernière série de pourparlers bilatéraux qui se sont tenus mardi à Genève.
Menées sous l'égide d'Oman, les négociations se sont déroulées alors que le plus gros porte-avions du monde, l'USS Gerald R. Ford, se rendait dans la région pour accompagner le groupe aéronaval du porte-avions USS Abraham Lincoln, déjà positionné en mer d'Arabie. Cette présence militaire américaine au Moyen-Orient est la plus importante depuis l'invasion de l'Irak en 2003.
Dans ce qui équivaudrait à une capitulation totale de Téhéran, le président américain Donald Trump a exigé que l'Iran démantèle son programme nucléaire civil, détruise l'intégralité de son stock de missiles balistiques de moyenne portée et mette fin à sa coopération avec ses alliés de l'Axe de la Résistance dans la région.
Le Pentagone n'a jamais caché que les États-Unis préparent une offensive militaire de plusieurs semaines visant à dévaster les infrastructures militaires et civiles iraniennes. Trump s'est ouvertement vanté de mener des frappes « de décapitation » visant à éliminer les dirigeants politiques et militaires de Téhéran. Cette campagne aurait également pour objectif d'anéantir la capacité de l'Iran à attaquer les bases américaines et d'autres infrastructures dans toute la région. Trump et d'autres responsables américains ont menacé l'Iran en faisant référence à la guerre de douze jours menée en juin dernier contre le pays, durant laquelle des avions israéliens et américains ont frappé des installations nucléaires et autres, faisant au moins 1 000 morts.
Des analystes militaires ont constaté une concentration accrue de matériel militaire se dirigeant vers la région, notamment des avions de combat F-22 et F-16, un septième destroyer lance-missiles, ainsi que des avions de surveillance et de radar. Il s'agit des capacités nécessaires pour des opérations qui dureraient plusieurs semaines, et non quelques jours.
Le régime bourgeois-clérical iranien fait d'importantes concessions aux États-Unis lors des négociations, tout en lançant des avertissements menaçants quant aux conséquences d'une guerre totale. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré mardi, à l'issue des trois heures de discussions, qu'un « ensemble de principes directeurs » avait été décidé.
Les responsables américains se sont montrés moins précis, se contentant d'indiquer anonymement au New York Times que l'Iran disposait de deux semaines pour élaborer des propositions visant à surmonter les points de désaccord entre les deux parties. Ce délai coïncide opportunément avec les trois semaines environ nécessaires au porte-avions USS Gerald R. Ford pour atteindre sa position au Moyen-Orient.
Téhéran avait initialement affirmé que les pourparlers se limiteraient à son programme nucléaire, mais cette position a été abandonnée. « Pour la pérennité de l'accord, il est essentiel que les États-Unis en tirent également profit dans des domaines à fort et rapide retour sur investissement économique », a déclaré dimanche Hamid Ghanbari, directeur adjoint du ministère des Affaires étrangères chargé de la diplomatie économique. « Les intérêts communs dans les champs pétroliers et gaziers, les gisements conjoints, les investissements miniers et même l'achat d'avions sont inclus dans les négociations. »
Lundi, des négociateurs iraniens ont également rencontré à Genève des représentants de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), apparemment pour évoquer la possibilité de nouvelles inspections de leurs sites nucléaires dans le cadre d'un accord. Une des options envisagées serait un moratoire de trois à cinq ans sur l'enrichissement d'uranium, associé à des inspections régulières et à la réduction des stocks d'uranium détenus par Téhéran, dont le pays a maintes fois insisté sur le fait qu'ils ne sont pas destinés à la fabrication d'armes nucléaires.
De son côté, le Guide suprême, l'ayatollah Khamenei, a averti les États-Unis, dans un discours prononcé mardi en ouverture des pourparlers, que Téhéran était prêt à envoyer « au fond de la mer » les porte-avions américains. Il a déclaré : « Le président américain ne cesse de répéter qu'ils possèdent la force militaire la plus puissante du monde. Or, la force militaire la plus puissante du monde peut parfois être frappée si violemment qu'elle ne peut plus se relever. » Toujours mardi, la marine iranienne a fermé des portions du détroit d'Ormuz, voie de transit essentielle pour l'approvisionnement mondial en pétrole, afin de mener des exercices de tir réel.
Le régime bourgeois-clérical n'est pas seulement poussé vers un accord avec les impérialistes, fondé sur l'illusion que Washington et les puissances européennes offriront à Téhéran des conditions équitables pour sa réintégration au marché capitaliste mondial. À l'intérieur du pays, il fait face à une profonde opposition populaire. Les manifestations qui ont éclaté fin 2025, avant d'être violemment réprimées en janvier, étaient menées par les commerçants des bazars, un soutien traditionnel et important au régime depuis 1979.
S’il est vrai que les manifestations ont été de plus en plus dominées politiquement par des forces de droite pro-impérialistes, cela ne change rien au fait que des millions d’Iraniens vivent dans une extrême pauvreté. Frappés de plein fouet par les sanctions des puissances impérialistes qui ont provoqué l’effondrement de la monnaie nationale, le rial, de larges pans de la population, ouvriers et ruraux, peinent à survivre. La brutalité avec laquelle le régime a réprimé les manifestations, malgré les chiffres de victimes largement exagérés avancés par les groupes de « défense des droits de l’homme » en exil soutenus par la CIA, souligne la crainte, au sein des cercles dirigeants, qu’une simple étincelle suffise à déclencher une explosion sociale. Les inégalités sociales ont fortement augmenté en Iran, le régime ayant réagi aux sanctions en anéantissant les acquis sociaux obtenus par les masses lors de la révolution de 1979.
Quoi qu’il arrive dans les jours et les semaines à venir, la volonté de l’impérialisme américain de remodeler le Moyen-Orient pour consolider son hégémonie et s’emparer des ressources énergétiques iraniennes ne fera que s’intensifier. Que ce soit par d'énormes concessions extorquées au régime nationaliste actuel sous la menace des armes ou par une guerre ouverte pour un « changement de régime », l'objectif de Washington est d'écarter ses rivaux pour l'influence au Moyen-Orient, notamment la Russie et la Chine.
Washington n'a jamais accepté sa perte d'influence sur Téhéran ni son exclusion de fait suite à la révolution iranienne, qui a renversé la dictature brutale du shah soutenue par les États-Unis. Des décennies de sanctions économiques dévastatrices et de menaces militaires se sont intensifiées ces deux dernières années et demie avec le soutien apporté par Washington au génocide perpétré par le régime sioniste contre les Palestiniens à Gaza. Ce génocide a permis à Israël, instrument de l'impérialisme américain dans la région, d'anéantir le Hamas et le Hezbollah, alliés de l'Iran, au Liban. Sous les administrations Biden et Trump, Washington a fourni des dizaines de milliards de dollars d'armements de pointe au régime sioniste et a reçu à plusieurs reprises le criminel de guerre Benjamin Netanyahou à la Maison-Blanche pour des consultations.
Le contrôle direct de Gaza par la création d'un Grand Israël vise à instaurer un corridor économique dominé par les États-Unis pour le commerce entre l'Inde et l'Europe, et à marginaliser l'initiative chinoise de la Nouvelle Route de la soie.
Les puissances impérialistes européennes soutiennent pleinement la volonté de Trump de provoquer un changement de régime à Téhéran. Lorsque l’aspirant dictateur a dénoncé unilatéralement l'accord nucléaire iranien, sous l’égide de l'ONU, en 2018, et rétabli les sanctions économiques paralysantes, les puissances européennes ont affirmé leur volonté de défendre l'accord et de maintenir les échanges commerciaux avec Téhéran. Cependant, cela ne s'est jamais concrétisé, principalement parce que la bourgeoisie européenne craignait de perdre l'accès au marché américain, bien plus lucratif, si elle contestait ouvertement le régime de sanctions de Washington.
La dégradation des relations transatlantiques est un facteur majeur de l'agressivité des puissances européennes envers l'Iran. Ayant déjà constaté les efforts de Trump pour conclure un accord avec la Russie sans les consulter afin de mettre fin à la guerre en Ukraine, Berlin, Paris et Londres sont déterminés à ne pas être exclus du butin du pillage impérialiste au Moyen-Orient.
De plus, ils souhaitent poursuivre la guerre contre la Russie à tout prix, tandis que l'Iran apporte son soutien au régime de Poutine. Ils ont donc contribué à la réimposition de sanctions de l'ONU contre l'Iran en vertu du mécanisme dit de «snapback » en septembre dernier.
La prise de position la plus claire des impérialistes européens en faveur d'une guerre de « changement de régime » est venue du chancelier allemand Friedrich Merz, qui a déclaré en janvier que les « jours » du régime de Téhéran étaient comptés et qu'il devait être destitué. Puis, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le week-end dernier, les organisateurs, proches du gouvernement allemand, ont annulé les invitations adressées à Araghchi et à une délégation iranienne.
En revanche, ils ont offert une tribune de choix à Reza Pahlavi, fils du dernier shah, lors de leur sommet sur la guerre. Une importante manifestation de militants d'extrême droite et d'exilés iraniens, venus de toute l'Europe, s'est rassemblée sur la Theresienweise à Munich pour écouter le discours de Pahlavi.
Dans son allocution, le prince héritier a explicitement appelé les États-Unis à bombarder le pays afin de faciliter le rétablissement de la monarchie iranienne. Sous le règne despotique de son père, de 1953 à 1979, la monarchie iranienne était un instrument des États-Unis dans la région et était tristement célèbre pour ses actes de torture, ses assassinats et la persécution impitoyable de ses opposants politiques. Lindsey Graham, l'un des plus proches conseillers de Trump, a pris la parole aux côtés de Pahlavi lors de cette manifestation. Des manifestations coordonnées avec celle de Munich ont également eu lieu à Los Angeles et à Toronto, où des slogans d'extrême droite « MAGA », des drapeaux israéliens et l'ancien drapeau iranien d'avant 1979 orné des insignes de la monarchie étaient omniprésents.
Les impérialistes et leurs laquais peuvent désormais préparer avec une telle impudence une nouvelle guerre d'agression, notamment grâce à la démobilisation systématique du mouvement de masse international contre le génocide de Gaza. Pendant plus de deux ans, des millions de personnes, des États-Unis à l'Indonésie, en passant par la Grande-Bretagne, l'Allemagne, le Canada, l'Australie et d'autres pays, ont manifesté pour exprimer leur indignation face à la barbarie soutenue par les impérialistes. Les leaders de ces protestations ont entretenu des illusions fatales envers les grandes puissances coupables de soutenir des massacres. Ils prétendaient pouvoir faire pression sur les impérialistes américains et européens pour qu'ils contraignent le régime fasciste de Netanyahou à se soumettre, ou encore que les Nations Unies pouvaient intervenir.
Hostiles à toute tentative de mobilisation de la classe ouvrière dans les centres impérialistes et à travers le Moyen-Orient contre la guerre et le génocide, ils ont délibérément limité les manifestations à des appels à la classe dirigeante et ont bloqué les efforts visant à lier le mouvement de masse aux luttes des travailleurs contre les suppressions d'emplois et les coupes budgétaires dans les services publics, mesures imposées par les gouvernements de tous les pays pour financer le réarmement de leurs armées.
Alors que le génocide se poursuit et que l'impérialisme intensifie son plan délibéré de subjuguer tout le Moyen-Orient par la force brute, aucune manifestation n'est organisée par les organisations politiques qui dominaient les mouvements anti-génocide en Amérique du Nord et en Europe.
La tâche urgente qui incombe aux travailleurs des centres impérialistes d'Amérique du Nord et d'Europe, ainsi qu'en Iran et dans tout le Moyen-Orient, est de construire un mouvement mondial contre la guerre. Ce mouvement doit conjuguer l'opposition à la barbarie impérialiste et les luttes ouvrières contre les attaques contre l'emploi et les programmes sociaux imposées par les élites dirigeantes pour financer le militarisme et la guerre. Un tel mouvement doit être animé par le programme de l'internationalisme socialiste visant à abolir le capitalisme, source de la guerre, des inégalités sociales toujours plus profondes et de la menace de dictature.
