Iran : La plus importante mobilisation de l’armée américaine au Moyen-Orient depuis 2003

Un avion de surveillance et de contrôle E-3 Sentry de l'US Air Force effectue des opérations aériennes. [Photo: Air Force Master Sgt. Matthew Plew ]

L'administration Trump déploie le plus important contingent de forces militaires américaines au Moyen-Orient depuis l'invasion de l'Irak en 2003, plaçant les États-Unis au bord d'une guerre illégale majeure contre l'Iran, qui pourrait durer des semaines, voire des mois, et embraser toute la région.

Robert Pape, professeur de sciences politiques à l'Université de Chicago et l'un des analystes les plus éminents de la puissance aérienne américaine, écrivait samedi sur X : « Cela représente 40 à 50 % de la puissance aérienne américaine déployable dans le monde. Imaginez une puissance aérienne comparable à celle des guerres d'Irak de 1991 et 2003. Et elle ne cesse de croître. Jamais les États-Unis n'ont déployé autant de forces contre un ennemi potentiel sans lancer de frappes. »

Le Jerusalem Post et Media Line, dans un article publié samedi, ont rapporté la présence de « quatre groupes aéronavals américains soit au Moyen-Orient, soit en route vers cette région. Ce seul fait change la donne. Dans les eaux environnantes, une douzaine de destroyers lance-missiles sont déployés, certains près du détroit d'Ormuz, d'autres plus près de la mer Rouge. » Ces publications sont les seules à faire état de l'implication de quatre groupes aéronavals dans ce déploiement.

Le colonel Richard Kemp, ancien commandant des forces britanniques en Afghanistan, a déclaré à Media Line : « Si j'ai bien compris, il s'agit du plus important renforcement militaire au Moyen-Orient depuis 2003. » Il a précisé que l'ampleur actuelle était supérieure à celle de la guerre de douze jours de juin 2025. « Cela pourrait durer des semaines », a-t-il ajouté. « Il pourrait s'agir d'une campagne de bombardements assez longue et soutenue contre l'Iran. » Concernant les forces actuellement rassemblées, il a déclaré : « Elles sont nécessaires pour affaiblir suffisamment le régime. Il ne s'agit pas d'une frappe symbolique. »

Le brigadier général Amir Avivi, fondateur du Forum israélien de défense et de sécurité, a déclaré que l'objectif stratégique avait évolué et ne se limitait plus aux installations nucléaires iraniennes. « Il s'agit désormais de renverser le régime. C'est une tout autre affaire », a-t-il affirmé à Media Line. « Je pense que cela pourrait être fait en deux semaines. »

Le New York Times a rapporté dimanche que l'USS Gerald R. Ford, le plus gros navire de guerre au monde, « naviguait au sud de l'Italie en mer Méditerranée » et qu'il se trouverait bientôt au large des côtes israéliennes. Le groupe aéronaval du porte-avions USS Abraham Lincoln opère déjà en mer d'Arabie. Le Times a également rapporté que le président américain Donald Trump avait évoqué des plans de frappes lors d'une réunion à la Maison-Blanche, mercredi, en présence du vice-président J.D. Vance, du secrétaire d'État Marco Rubio, du chef d'état-major interarmées, le général Dan Caine, du directeur de la CIA John Ratcliffe et de la chef de cabinet Susie Wiles.

Selon le Times, Trump aurait déclaré à ses conseillers que si la diplomatie ou une première attaque ciblée ne contraignait pas l'Iran à capituler, « il envisagerait une attaque d'une bien plus grande envergure dans les mois à venir, destinée à chasser les dirigeants de ce pays du pouvoir ».

Parmi les cibles envisagées figurent le quartier général du Corps des gardiens de la révolution islamique, des sites nucléaires et le programme de missiles balistiques. Le général Caine, qui avait assuré à Trump d'une « forte probabilité de succès » avant l'opération au Venezuela, n'a pas pu donner les mêmes assurances concernant l'Iran, « en grande partie parce qu'il s'agit d'une cible bien plus difficile ».

Politico a rapporté jeudi que le renforcement des effectifs avait déjà coûté entre 350 et 370 millions de dollars et que les coûts augmentent rapidement. Le média a noté que 17 navires de guerre américains se trouvent actuellement dans la région, une part importante des quelque 68 navires de guerre déployés dans le monde. Le Wall Street Journal a rapporté que les marins à bord du Ford étaient en mer depuis huit mois, que leur moral était au plus bas et que certains membres d'équipage envisageaient de quitter la Marine.

L'escalade militaire intervient dans un contexte de crise politique qui s’aggrave aux États-Unis. Jeudi, la Cour suprême a statué, par six voix contre trois, dans l'affaire Learning Resources, Inc. contre Trump, que l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) n'autorise pas l'imposition de droits de douane par le président, invalidant ainsi le pilier central de la guerre commerciale menée par Trump. Ce dernier a réagi en qualifiant les juges de « honte pour la nation » et en imposant immédiatement de nouveaux droits de douane en vertu d'une autre loi. Il s'agit du plus important revers judiciaire infligé au pouvoir présidentiel depuis des décennies.

Edward Luce, du Financial Times, a commenté : « Son comportement passé laisse penser qu'il pourrait réagir violemment d'autres manières. Compte tenu de son penchant pour un pouvoir discrétionnaire sans limites, la décision de la Cour suprême pourrait entraîner des excès dans d'autres domaines. L'action militaire américaine est le seul domaine où le pouvoir exécutif peut presque toujours compter sur la tolérance de la justice. »

Une guerre contre l'Iran, pays de 90 millions d'habitants qui n'a jamais attaqué les États-Unis, constituerait une guerre d'agression, le « crime international suprême » tel que défini lors des procès de Nuremberg.

Le Parti démocrate a maintenu son silence tout au long du week-end. Alors que le Ford faisait route vers la Méditerranée orientale et que l'administration examinait des plans visant à « cibler des individus » et à « changer le régime », aucun démocrate de premier plan n'a publié de déclaration significative s'opposant à l'attaque imminente.

Ce silence s'inscrit dans la continuité d'une tendance observée depuis le début des tensions. Le sénateur démocrate Mark Warner, de Virginie, a approuvé la menace militaire, estimant qu'il était « approprié que le président ait toutes les options sur la table ». Le représentant démocrate Josh Gottheimer, du New Jersey, s'est explicitement opposé à une résolution bipartite des représentants Thomas Massie et Ro Khanna qui aurait interdit le recours à la force militaire contre l'Iran sans autorisation du Congrès, déclarant que « le Congrès ne doit pas limiter notre capacité à protéger les Américains et nos alliés ».

Le sénateur démocrate John Fetterman de Pennsylvanie a réaffirmé son soutien aux bombardements contre l'Iran sur Newsmax, déclarant à propos des frappes de l'année dernière : « J'ai apporté mon soutien sans réserve et j'ai applaudi l'opération Midnight Hammer.»

Ni le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, ni le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, ni Bernie Sanders, ni la représentante Alexandria Ocasio-Cortez n'ont fait de déclaration ce week-end concernant les menaces américaines contre l'Iran. Les démocrates ont financé l'ensemble des armements en cours de déploiement pour cette attaque.

La loi d'autorisation de la défense nationale, d'un montant de 901 milliards de dollars, a été adoptée par la Chambre des représentants en décembre, avec 115 voix démocrates pour. Au Sénat, la grande majorité des démocrates a voté pour. En janvier, 149 démocrates de la Chambre des représentants ont voté pour 839 milliards de dollars de crédits pour la défense.

La campagne militaire contre l'Iran est la dernière manifestation de l’éruption mondiale de l'impérialisme américain. Après avoir destitué le président vénézuélien et installé un régime fantoche, après avoir menacé de s'emparer du Groenland et du canal de Panama, l'administration Trump se prépare désormais à mener une guerre d'agression contre une nation de 90 millions d'habitants afin d'imposer un changement de régime et de prendre le contrôle des ressources et des points stratégiques du Moyen-Orient.

La complicité du Parti démocrate dans ces préparatifs révèle une fois de plus que les deux partis représentent les intérêts de la même classe dirigeante et qu'aucun camp de l'establishment politique ne s'oppose à l'escalade vers la guerre mondiale.

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