La « Déclaration de la coalition des forces politiques du Kurdistan iranien », publiée le 22 février 2026 et signée par le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK), le Parti de la vie et de la liberté du Kurdistan (PJAK), le Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI) et le Parti Khabat et Komala du Kurdistan, est un document politique réactionnaire.
Malgré sa phraséologie démocratique, ce texte représente un nouvel épisode de l'alliance prolongée et désastreuse des organisations nationalistes bourgeoises kurdes avec l'impérialisme américain – cette fois-ci dans un contexte où les États-Unis se préparent activement à lancer une offensive militaire dévastatrice contre l'Iran, susceptible de dégénérer en embrasement plus général au plan régional, voire mondial.
L’oppression du peuple kurde, divisé entre quatre pays du Moyen-Orient, et la violation de ses droits démocratiques fondamentaux depuis des décennies sont une conséquence de la domination et de l’agression impérialistes dans la région. La perspective des nationalistes kurdes, qui, au lieu de s’opposer à l’impérialisme – principal responsable de la situation désastreuse au Moyen-Orient – se tournent vers lui, est d’une extrême myopie sur le plan politique et s’est soldée par un échec total.
Le Sosyalist Eşitlik Partisi (Parti de l’égalité socialiste), la section turque du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), s'oppose catégoriquement aux préparatifs américains d'une offensive militaire contre l'Iran – un pays opprimé – et appelle les travailleurs du Moyen-Orient et du monde entier à se mobiliser autour d'un programme socialiste pour stopper cette agression impérialiste.
Le régime bourgeois-clérical iranien est organiquement incapable d'apporter une réponse progressiste à l'agression impérialiste ou de répondre aux aspirations sociales et démocratiques de la population. Mais la tâche de régler les comptes avec la République islamique incombe à la classe ouvrière iranienne, qui comprend des Persans, des Kurdes, des Azéris et d'autres nationalités. Ceci n'est possible qu'en adoptant un programme socialiste et anti-impérialiste international.
Washington n'a jamais reconnu la révolution iranienne de 1979 qui a renversé le régime du Shah, soutenu par les États-Unis. Il considère que l'instauration d'un contrôle total sur l'Iran – pays doté de vastes ressources naturelles et d'une position géostratégique cruciale – est indispensable pour dominer le Moyen-Orient et priver la Chine d'un partenaire clé.
Cela exigerait soit la capitulation totale de Téhéran, soit une guerre de changement de régime soutenue par des puissances impérialistes, comme ce fut le cas en Libye et en Syrie, avec des conséquences dévastatrices. Alors que les États-Unis se préparent à une guerre aérienne et balistique d'envergure contre l'Iran, les forces nationalistes kurdes du pays se sont déclarées prêtes à servir de troupes au sol aux côtés de Washington. Les travailleurs doivent s'opposer vigoureusement à cette initiative réactionnaire.
Le silence délibéré de la déclaration sur la menace de guerre
La coalition a été annoncée alors que les États-Unis déployaient deux groupes aéronavals – l’USS Abraham Lincoln et l’USS Gerald R. Ford – en Méditerranée et en mer d’Arabie, Trump déclarant publiquement que l’Iran avait « 10 à 15 jours tout au plus » pour se soumettre ; l’Atlantic Council discute ouvertement de trois niveaux d’intervention militaire : «Imposer », « Dégrader » et « Éliminer » – ce dernier impliquant la décapitation des dirigeants politiques et militaires iraniens.
Les États-Unis avaient déjà bombardé des sites nucléaires iraniens à Fordow, Natanz et Ispahan lors de l'« Opération Midnight Hammer » en juin 2025. Des centaines de F-22, F-35 et F-16 sont en cours de redéploiement dans la région. CNN a rapporté que la Maison Blanche avait été informée dès la fin de la semaine dernière que l'armée pourrait être prête à lancer une attaque.
Dans ces conditions, le silence total de la coalition face à la menace d'attaque impérialiste n'est pas une omission, mais un soutien tacite. La déclaration ne contient pas un seul mot s'opposant à l'agression militaire américaine contre l'Iran, au déploiement de la marine américaine, au régime de sanctions dévastateur, ni à la défense de la souveraineté du peuple iranien face à une attaque impérialiste.
Au contraire, en désignant la République islamique comme le seul ennemi et en appelant à son « renversement » au moment même où Washington menace de bombarder le pays, la coalition se range objectivement du côté de l'impérialisme américain. Son appel à un changement de régime fait écho aux propos du secrétaire d'État Marco Rubio, de l'Atlantic Council et de l'administration Trump même. Les partis nationalistes bourgeois kurdes se portent volontaires, une fois de plus, pour servir d'instrument politique à l'agression militaire américaine.
La destruction de l'Iran et ses conséquences
Le programme de la coalition s'inscrit dans une stratégie impérialiste plus large dont le résultat logique n'est pas la « libération » du Kurdistan, mais la destruction et le démembrement de l'Iran en tant qu'État unifié – la balkanisation d'une nation de 90 millions d'habitants.
L'Iran est un pays ethniquement diversifié. Les Persans représentent environ 61 pour cent de la population ; le reste comprend les Azéris (la plus grande minorité, concentrée au nord-ouest), les Kurdes (principalement à l'ouest), les Arabes (surtout au Khuzestan), les Baloutches (au sud-est), les Lurs, les Turkmènes et d'autres groupes.
Certains stratèges à Washington et à Tel-Aviv considèrent depuis longtemps cette composition ethnique comme une « vulnérabilité » à exploiter. La Fondation pour la défense des démocraties (FDD) a ouvertement préconisé d'exploiter le caractère multi-ethnique de l'Iran pour fragmenter cet État. Suite à l'attaque militaire israélienne contre l'Iran en juin dernier, le Jerusalem Post a appelé à la formation d'une « coalition du Moyen-Orient pour la partition de l'Iran » et a proposé d'accorder des « garanties de sécurité aux régions minoritaires sunnites, kurdes et baloutches désireuses de faire sécession ».
Quelles seraient les conséquences d’une destruction de l'Iran? La réponse se trouve dans l'expérience de tous les pays soumis au démembrement impérialiste au cours des trois dernières décennies: la Yougoslavie, l'Irak, la Libye et la Syrie. L'éclatement de l'Iran donnerait potentiellement naissance à une mosaïque d'États fragiles, définis par des critères ethniques : un État-croupion persan, une entité azerbaïdjanaise au nord-ouest (prise en étau entre Bakou et Ankara), un État kurde à l'ouest, une entité arabe au Khuzestan (située au-dessus des principales réserves pétrolières iraniennes et présentant donc un intérêt stratégique immédiat pour Washington et les monarchies du Golfe), une entité baloutche au sud-est (à cheval sur la frontière pakistanaise et les abords de l'océan Indien), et divers autres fragments.
Aucun de ces États successeurs ne serait véritablement indépendant. Chacun serait de fait, sauf de nom, une semi-colonie d'une puissance impérialiste ou d'un allié régional. Un État kurde enclavé, entouré de voisins hostiles (la Turquie, un Iran-croupion et des territoires à majorité arabe), serait entièrement dépendant du patronage des États-Unis ou d'Israël pour sa survie – à l'instar du gouvernement régional du Kurdistan en Irak, instrumentalisé par la politique américaine tandis que sa population demeure engluée dans la pauvreté et que sa vie politique est dominée par des cliques bourgeoises et tribales corrompues.
Une entité azerbaïdjanaise deviendrait un satellite de la Turquie ou un enjeu dans la compétition entre Ankara, Moscou et les intérêts pétroliers occidentaux. Une entité arabe au Khuzestan – contrôlant une part importante des réserves mondiales prouvées de pétrole – deviendrait immédiatement une zone de pillage impérialiste, disputée par les monarchies du Golfe, les États-Unis et les multinationales de l'énergie. Une entité baloutche deviendrait un nouveau front dans la lutte des grandes puissances pour le contrôle de l'océan Indien, du détroit d'Ormuz et des voies terrestres reliant l'Asie centrale à la mer.
Les conséquences humaines seraient catastrophiques. Les groupes ethniques d'Iran ne sont pas clairement délimités en zones territoriales distinctes. Des millions d'Azerbaïdjanais vivent à Téhéran ; Kurdes, Lurs et Persans sont répartis dans tout l'ouest du pays ; Arabes et Persans coexistent au Khuzestan. Toute tentative de tracer des frontières ethniques entraînerait des déplacements massifs de population, un nettoyage ethnique et une guerre civile d'une ampleur bien supérieure à celle de la crise yougoslave. L'expérience de l'Irak après 2003 – où la destruction impérialiste de l'État centralisé a déclenché une guerre sectaire qui a fait des centaines de milliers de morts – se répéterait à une échelle beaucoup plus vaste et plus explosive.
Voici le contenu objectif du programme de la coalition. En appelant au renversement de la République islamique, conformément aux objectifs de guerre des États-Unis, et en exigeant une « entité nationale et démocratique fondée sur la volonté politique de la nation kurde au Kurdistan iranien », la coalition offre un prétexte démocratique au démembrement de l'Iran par l'impérialisme et ses mandataires régionaux.
La faillite du nationalisme bourgeois à l'époque de l'impérialisme
La déclaration de la coalition confirme une fois de plus l'analyse que le CIQI fait depuis longtemps sur la faillite historique du nationalisme bourgeois. Comme nous l'avons expliqué, la nature des mouvements nationaux a subi une transformation fondamentale depuis l'époque où Vladimir I. Lénine défendait le droit à l'autodétermination.
Au début du XXe siècle, les mouvements nationaux en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient étaient dirigés, bien qu’imparfaitement, contre la domination impérialiste et l'héritage du sous-développement féodal. Les concepts d'« Inde » et de « Chine » impliquaient l'unification progressive de peuples divers sur de vastes territoires, ouvrant une perspective de progrès économique et culturel. La première préoccupation du mouvement marxiste concernant la question nationale a été l'unité internationale de la classe ouvrière et la lutte pour le socialisme.
La nouvelle forme de nationalisme qui a proliféré depuis la dissolution de l'Union soviétique et l'effondrement des projets nationalistes de développement postcoloniaux est d'une tout autre nature. Comme l'expliquait le CIQI dans sa déclaration de 1994 intitulée ‘Marxisme, opportunisme et crise balkanique’: «Ces nouveaux mouvements ethnocentriques visent la balkanisation des États existants. Plutôt que de proposer la création d'un marché intérieur, ils aspirent à des liens économiques plus directs avec l'impérialisme et les capitaux mondialisés. Le « droit à l'autodétermination » est invoqué comme un moyen de promouvoir les intérêts de petites fractions de la bourgeoisie locale. »
Dans sa déclaration de 1998 intitulée « Mondialisation et classe ouvrière internationale », le CIQI a apporté des précisions supplémentaires :
En Inde et en Chine, le mouvement national s'était fixé pour objectif progressiste d'unifier des peuples disparates dans une lutte commune contre l'impérialisme – un objectif qui s'est avéré irréalisable sous la direction de la bourgeoisie nationale. Cette nouvelle forme de nationalisme encourage le séparatisme ethnique, linguistique et religieux, dans le but de morceler les États existants au profit des exploiteurs locaux. De tels mouvements n'ont rien à voir avec une lutte contre l'impérialisme et ne reflètent en aucune façon les aspirations démocratiques des masses opprimées. Ils servent à diviser la classe ouvrière et à détourner la lutte des classes vers des conflits armés ethno-communautaristes.
Les mouvements nationalistes bourgeois kurdes en Iran et au Moyen-Orient font pleinement partie de cette dernière catégorie. Leur histoire aux XXe et XXIe siècles le prouve. Les dirigeants nationalistes kurdes ont, à diverses reprises, recherché des alliances avec la CIA, Israël, le Shah d'Iran, la bureaucratie stalinienne de Moscou et les administrations américaines successives.
En Irak, les partis de Talabani et de Barzani ont servi des camps opposés pendant la guerre Iran-Irak, ont fonctionné comme instruments de l'invasion américaine de 2003 et ont ensuite supervisé le gouvernement régional du Kurdistan, un mini-État corrompu dépendant du patronage américain et turc.
En Syrie, les Forces démocratiques syriennes (FDS), organisation sœur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), ont servi de force supplétive aux États-Unis, ont participé à la destruction de Raqqa, puis ont été abandonnées par Washington lorsque les calculs stratégiques ont changé — pour être finalement confronté en 2026 à l'assaut du régime Hayat Tahrir al-Sham (HTS) soutenu par les États-Unis.
Le PJAK, membre de cette nouvelle coalition kurde iranienne et affilié au PKK, appartient à un mouvement dont le chef emprisonné Abdullah Öcalan négocie actuellement avec l'État turc un accord que le CIQI a qualifié de « paix » entre les bourgeoisies turque et kurde, sous les auspices des États-Unis et d'autres puissances impérialistes, dirigée contre les travailleurs du Moyen-Orient.
La politique diplomatique menée sans relâche par le PDKI auprès des forces parlementaires occidentales – rencontres avec des partis belges, participation à des séminaires organisés par l'Occident – souligne l'orientation de classe de la coalition. Il ne s'agit pas d'activités visant à mobiliser la classe ouvrière kurde ou iranienne, mais bien d'appels aux puissances impérialistes dont les guerres ravagent le Moyen-Orient depuis plus de trente ans.
Les implications mondiales : la balkanisation comme stratégie impérialiste
Le principe avancé par la coalition kurde – que des populations définies ethniquement ont le droit de découper leurs propres États avec l'aide des puissances impérialistes à partir de pays multiethniques déjà existants – a des implications historiques et mondiales. Ce n’est pas un principe démocratique abstrait mais une arme dans l'arsenal de l'impérialisme et son application dépasse largement le cadre de l'Iran. Il s’applique notamment à la Chine et à la Russie, qui sont particulièrement visées par l'impérialisme mondial, conduit par les États-Unis.
La Chine comporte 56 groupes ethniques reconnus. L'ethnie Han, majoritaire, représente environ 91 pour cent de la population, mais les autres minorités – Ouïghours, Tibétains, Mongols, Hui, Zhuang et des dizaines d'autres – habitent de vastes territoires, qui sont d'une importance stratégique capitale. Le Xinjiang à lui seul, où vivent quelque 12 millions d'Ouïghours, partage des frontières avec la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Inde.
Comme l'a ouvertement exposé le géo-stratège Robert D. Kaplan, l'incitation au séparatisme ethnique au Xinjiang, au Tibet et en Mongolie-Intérieure est un élément central de la stratégie américaine visant à déstabiliser et à démembrer la Chine. Les séparatistes ouïghours ont été entraînés en Syrie et en Irak. Appliquer à la Chine la logique du programme de la coalition kurde – l'autodétermination ethnique soutenue par les puissances impérialistes – signifierait le démembrement d'une nation de 1,4 milliard d'habitants, la transformation de l'Asie centrale en une zone de guerre permanente et une escalade catastrophique vers un conflit nucléaire entre les États-Unis et la Chine.
Quant à la Russie, elle comprend plus de 185 groupes ethniques répartis sur un territoire s'étendant sur onze fuseaux horaires. Le Caucase du Nord (Tchétchènes, Daghestanais, Ingouches), la région de la Volga (Tatars, Bachkirs) et la Sibérie abritent chacun des populations ethniques distinctes. Les stratèges américains envisagent depuis longtemps la fragmentation de la Russie selon des critères ethniques et régionaux. Le « Grand Échiquier » du géo-stratège américain Zbigniew Brzezinski considérait les « Balkans eurasiens » comme le théâtre d'opérations décisif pour l'hégémonie mondiale des États-Unis. Les guerres en Tchétchénie, les « révolutions de couleur » en Géorgie et en Ukraine, ainsi que la guerre par procuration menée par l'OTAN en Ukraine, sont autant d'éléments d'une stratégie visant, à terme, à réduire la Russie à une série de semi-colonies exposées au pillage impérialiste.
Le CIQI a toujours défendu les droits démocratiques des peuples opprimés, notamment les Kurdes, et s’est opposé à la répression militaire, qu’elle émane de la République islamique, de l’État turc ou de tout autre gouvernement. Toutefois, forte de l’expérience historique des XXe et XXIe siècles, le CIQI insiste sur le fait que l’invocation du droit à « l’autodétermination » par les mouvements nationalistes bourgeois alliés aux puissances impérialistes n’est pas une revendication démocratique, mais un instrument réactionnaire visant à la fragmentation des États existants, à l’asservissement de leurs populations et à la promotion des intérêts géopolitiques impérialistes.
Il faut rejeter le nationalisme bourgeois et lutter pour l'internationalisme socialiste
La déclaration de la coalition évoque le « peuple », la « nation » et les « forces politiques » comme des catégories indifférenciées. Elle ne fait aucune mention de la classe ouvrière, de l'exploitation de classe, du capitalisme, de l'impérialisme, de la réforme agraire, des nationalisations, du pouvoir ouvrier ou du socialisme. Le programme est celui d’une démocratie bourgeoise dans le cadre de l'ordre capitaliste existant: « élections libres », «gouvernance démocratique », « système politique laïque ». Ces formulations correspondent aux intérêts d'une bourgeoisie et d'une petite bourgeoisie kurde qui cherchent à négocier leur propre part de pouvoir politique – ou, à défaut, à établir leur propre mini-État capitaliste sous le patronage impérialiste.
Cette coalition regroupe des partis aux orientations idéologiques très diverses – allant du PDKI (membre de l’Internationale socialiste, social-démocrate) au PJAK (affilié au PKK, qui se déclare « socialiste démocratique »), en passant par des formations nationalistes plus conservatrices – unis autour d’un programme fondé sur le plus petit dénominateur commun et dénué de toute dimension de classe. C’est là un bloc qui cherche à subordonner les intérêts de la classe ouvrière au nationalisme bourgeois et, par là même, à l’impérialisme.
La véritable défense du peuple kurde – contre la répression de la République islamique, contre l’agression militaire turque, contre le nouveau régime syrien, contre la guerre impérialiste – exige une perspective politique que cette coalition bourgeoise nationaliste est organiquement incapable de fournir. Elle requiert la mobilisation indépendante de la classe ouvrière de toutes nationalités – kurde, perse, turque, azerbaïdjanaise, arabe, baloutche et juive – autour d’un programme socialiste international.
Un tel programme doit se fonder sur la théorie de la révolution permanente élaborée par Léon Trotsky, co-dirigeant de la révolution d'Octobre 1917, adversaire inconciliable du stalinisme et fondateur de la Quatrième Internationale en 1938. Cette théorie explique que l'accomplissement des tâches démocratiques et anti-impérialistes exige qu’en tant que leader des masses opprimées la classe ouvrière s'empare du pouvoir et étende la révolution socialiste à l'échelle internationale.
La question kurde, qui touche l'Iran, l'Irak, la Turquie et la Syrie, ne peut être résolue dans le cadre des États-nations capitalistes existants, et encore moins par le biais d’alliances avec les puissances impérialistes qui ont tracé ces frontières au départ. La solution ne réside pas dans la création de nouveaux mini-États capitalistes faibles et dépendants – qui deviendraient inévitablement des pions dans la lutte des grandes puissances pour le contrôle du Moyen-Orient – mais dans l'unification révolutionnaire de la classe ouvrière, par-delà toutes les divisions nationales et ethniques, luttant pour une Fédération socialiste du Moyen-Orient.
Cela exige avant tout la mise en place de sections du Comité international de la Quatrième Internationale en Iran, en Turquie et dans toute la région. Seul le renversement du capitalisme – la République islamique, les directions bourgeoises kurdes, l’État turc, les monarchies du Golfe, l’État sioniste d’Israël et les puissances impérialistes qui les soutiennent – permettra de réaliser les aspirations démocratiques et sociales du peuple kurde et de tous les peuples opprimés du Moyen-Orient. Le succès de cette lutte repose sur la capacité des travailleurs du Moyen-Orient à forger une unité de classe révolutionnaire avec les travailleurs des États-Unis, d’Europe et du reste du monde.
La nouvelle coalition nationaliste kurde formée en Iran et sa déclaration, loin de faire progresser cette lutte, s'y opposent. Publiée au moment même où l'impérialisme américain s'apprête à déchaîner sa destruction sur l'Iran, elle aligne le mouvement kurde sur la campagne de guerre et offre les droits démocratiques du peuple kurde comme justificatif de l'agression impérialiste. C'est là une manifestation supplémentaire de la faillite politique que le CIQI dénonce et combat depuis des décennies: la transformation du nationalisme bourgeois, autrefois force progressiste mais historiquement limitée, en instrument assumé de réaction impérialiste. La classe ouvrière doit tirer les conclusions nécessaires et se tourner vers le programme de la révolution socialiste mondiale.
(Article paru en anglais le 26 février 2026)
