Un groupe d'extrémistes de droite, qui nient la validité du processus électoral, a rédigé une ébauche de décret présidentiel de 17 pages par lequel Donald Trump déclarerait l'état d'urgence nationale et imposerait le contrôle du fédéral sur les élections de mi-mandat de 2026, lors desquelles il est attendu que le Parti républicain subisse de lourdes pertes.
Selon un article publié jeudi par le Washington Post, Peter Ticktin, avocat floridien et figure de proue du groupe, a déclaré que le projet de décret prétendrait que la Chine s'est ingérée dans l'élection de 2020 et utiliserait cet argument comme prétexte pour contourner la disposition constitutionnelle claire qui confie aux États – et non au gouvernement fédéral – l'organisation des élections.
« La Constitution confère aux assemblées législatives et aux États le pouvoir de contrôler l'organisation de leurs élections, et le président n'a aucun pouvoir en la matière », a déclaré Ticktin au Post. « Or, nous sommes face à une situation où le président est conscient de l'ingérence d'intérêts étrangers dans nos processus électoraux [...] Cela constitue une urgence nationale que le président doit pouvoir gérer. »
Le 13 février, Trump a déclaré avoir le pouvoir de contrôler les élections de 2026, écrivant sur les réseaux sociaux qu'il avait « exploré en profondeur les arguments juridiques encore inédits ou non vérifiés sur ce sujet » et qu'il présenterait bientôt des preuves « irréfutables ». Il a ajouté plus tard : « Je les présenterai prochainement, sous la forme d'un décret présidentiel. » Cela semble faire référence au document de Ticktin.
Les liens entre Ticktin et Trump remontent à plus de 65 ans, lorsqu'ils étaient élèves à la New York Military Academy, un lycée pour garçons. Selon le Washington Post, Ticktin a travaillé comme juriste pour Trump, « au sein de son équipe juridique qui a intenté une action en justice en 2022, finalement infructueuse, accusant les démocrates de comploter pour lui nuire en accusant sa campagne de 2016 de collusion avec la Russie. »
L'année dernière, Ticktin a également contacté Trump au nom de Tina Peters, une ancienne greffière du comté du Colorado emprisonnée pour avoir donné à des membres de l'équipe de campagne de Trump un accès non autorisé aux machines à voter après l'élection de 2020, dans le but de fabriquer de fausses « preuves » de fraude. Ils n'ont rien trouvé. Trump a alors accordé une prétendue « grâce » à Peters, qui n’a eu aucun impact juridique, car sa condamnation relevait du droit de l'État et non du droit fédéral.
Bien que Ticktin ait déclaré au Washington Post avoir eu une « certaine coordination » avec des responsables de la Maison-Blanche, il est probable que le projet de décret implique également la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard. L'ancienne élue démocrate d'Hawaï a mené la campagne visant à promouvoir les allégations d'ingérence étrangère dans l'élection de 2020 et a récemment assisté à une perquisition du FBI dans un bureau de vote du comté de Fulton, en Géorgie, au cours de laquelle des bulletins de vote, des relevés de dépouillement et d'autres documents relatifs au scrutin de 2020 ont été saisis.
Les efforts de Trump pour truquer les élections de mi-mandat de 2026 se poursuivent sur plusieurs fronts. Dans son discours sur l'état de l'Union, il a exhorté le Sénat, à majorité républicaine, à adopter la loi « Save America Act », déjà approuvée par la Chambre des représentants. Ce projet de loi exigerait une preuve de citoyenneté pour s'inscrire sur les listes électorales et une pièce d'identité avec photo le jour du scrutin. Il limiterait également le vote par correspondance aux personnes invalides, aux militaires déployés à l'étranger et aux personnes en déplacement professionnel le jour de l'élection.
L'objectif de ces mesures n'est pas de lutter contre la fraude – pour laquelle il n'existe aucune preuve – mais de restreindre le droit de vote des personnes les moins susceptibles de posséder un passeport, un acte de naissance et un permis de conduire. Cela concerne notamment les plus démunis, les minorités ethniques et les personnes âgées, mais l'impact pourrait être encore plus large : seule la moitié de la population environ possède un passeport, et de nombreuses femmes mariées ont un acte de naissance à leur nom de jeune fille, et non au nom sous lequel elles s'inscriraient sur les listes électorales.
Le projet de loi devrait être rejeté au Sénat, où il se heurte à l'obstruction parlementaire des démocrates. Cependant, Trump a exhorté le chef de la majorité sénatoriale, John Thune, à modifier le règlement du Sénat pour mettre fin à cette obstruction, un appel qu'il a réitéré lors de son discours sur l'état de l'Union, s'adressant directement à « John » pour garantir l'adoption du « Save America Act ».
Trump a menacé, si les démocrates bloquent le projet de loi, d'imposer les mêmes mesures par décret, malgré la clarté de la Constitution qui réserve l'administration des élections aux États, sous la supervision du Congrès, et où l’exécutif n’a aucun pouvoir.
Selon le Washington Post, le projet de décret présidentiel cite un décret de Trump datant de son premier mandat, qui avait déclaré l'état d'urgence nationale sur la base d'allégations d'ingérence étrangère dans l'infrastructure électorale. Le démocrate Joe Biden a prolongé cet état d'urgence, et en 2024, son administration s'en est servie pour imposer des sanctions économiques à des « entités iraniennes et russes », précise le Post.
Autrement dit, Trump instrumentalise les accusations mensongères d'ingérence russe inventées de toutes pièces par les démocrates pour expliquer la défaite d'Hillary Clinton aux élections de 2016, mais redirige les accusations, suggérant que la Chine est intervenue en 2020 en faveur de la campagne de Biden.
Il n'existe pas la moindre preuve qu’une ingérence russe ou chinoise ait eu le moindre impact sur une élection américaine. Les deux partis capitalistes ont recours à de telles allégations dans le cadre de leur lutte sordide pour déterminer quelle bande de réactionnaires aura le contrôle du pouvoir et exécutera les ordres de l'oligarchie financière.
Parmi les autres complotistes d'extrême droite interviewés par le Washington Post figure Jerome Corsi, à l'origine des théories du complot selon lesquelles Barack Obama serait né au Kenya, un mensonge activement propagé par Trump en 2011. « Les révélations concernant l'ingérence de puissances étrangères dans l'élection de 2020 préparent le terrain », a déclaré Corsi au Post. « S'il y avait une ingérence étrangère avérée, il s'agirait d'une urgence de sécurité nationale et le décret pourrait être ordonné en vertu des pouvoirs du président », a-t-il ajouté.
Le Washington Post a examiné une version antérieure du décret, qu'il décrit ainsi :
Les mesures énumérées dans la version 2025 du projet de décret prévoient notamment l'obligation d'utiliser des bulletins de vote papier remplis et comptés manuellement, l'obligation pour les électeurs de se réinscrire pour les élections de mi-mandat de 2026 en fournissant une preuve de citoyenneté, et la restriction du vote par correspondance à des cas particuliers. Le projet de loi propose également d'autoriser le ministère de la Justice, les services de citoyenneté et d'immigration des États-Unis, l'administration de la sécurité sociale et les services postaux à participer à l'identification des électeurs inéligibles.
Dans son discours sur l'état de l'Union, Trump a donné un aperçu de ses efforts pour truquer l'élection de 2026, affirmant que les démocrates s'opposaient à la loi « Save America Act » car ils ne pouvaient gagner des élections que par la fraude électorale. Il a tonné : « Ils veulent tricher. Ils ont triché. Et leur politique est tellement mauvaise que le seul moyen pour eux d'être élus, c'est de tricher. Et nous allons les arrêter.»
En substance, cette déclaration signifiait que Trump n'accepterait aucun résultat des élections de mi-mandat où ses partisans seraient battus. Et ce, malgré des sondages d'opinion montrant que sa cote de popularité est inférieure à 40 %. Les démocrates sont largement favorisés pour remporter la majorité à la Chambre des représentants (où les républicains ne disposent que de trois sièges d'avance), et le contrôle du Sénat par les républicains est également menacé.
Étant donné la probabilité que la popularité des républicains dans les sondages chute encore davantage, à mesure que Trump intensifie ses attaques contre la classe ouvrière et son programme d'agression militaire mondiale, ces déclarations conduiraient logiquement à une tentative de la Maison-Blanche d'annuler purement et simplement les élections, ce que Trump a déjà commencé à suggérer.
