Le gouvernement britannique de Keir Starmer appuie l’attaque américano-israélienne contre l’Iran et y participe

Dimanche soir, le Premier ministre travailliste britannique, Keir Starmer, a autorisé les États-Unis à attaquer l'Iran depuis toutes les bases militaires britanniques, y compris Diego Garcia – une base militaire conjointe dans l'océan Indien – et la base de la Royal Air Force (RAF) de Fairford en Angleterre.

Cette décision faisait suite à de vives critiques, publiées dans le Daily Mail, exigeant que Starmer revienne sur la décision du gouvernement de ne pas autoriser l'utilisation de Diego Garcia et de Fairford lors des premiers bombardements menés samedi par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Le journal a spécifiquement demandé si le Royaume-Uni avait effectivement autorisé l'utilisation de Diego Garcia par les États-Unis lors de leurs premières frappes.

Déclaration de Keir Starmer concernant les bombardements américains en Iran, au 10 Downing Street, le 28 février 2026 [Photo by Simon Dawson/No 10 Downing Street / CC BY 4.0]

Depuis Downing Street, Starmer a déclaré : « Hier, l'Iran a frappé une base militaire au Bahreïn, manquant de peu des militaires britanniques. »

Dimanche, Starmer a réaffirmé : « Des avions britanniques sont en vol dans le cadre d’opérations défensives coordonnées qui ont déjà intercepté avec succès des frappes iraniennes. » Il a ajouté : « Mais le seul moyen de stopper la menace est de détruire les missiles à la source, c’est-à-dire dans leurs dépôts ou sur les lanceurs.» Les « États-Unis ayant demandé l’autorisation d’utiliser des bases britanniques à cette fin défensive [!] spécifique et limitée », cette demande a été acceptée.

Environ une heure après le discours de Starmer, le ministère de la Défense a confirmé que la base aérienne d’Akrotiri, située sur l’île méditerranéenne de Chypre, avait été touchée par une frappe présumée de drone. Le ministère a précisé que l’incident n’avait causé que des dégâts limités et qu’il n’y avait aucune victime.

Dès le départ, Starmer a apporté une couverture politique à cet acte d’agression manifestement illégal et à cette opération de changement de régime, et a promis la participation du Royaume-Uni. Après les premières vagues d’attaques américaines et israéliennes contre l’Iran, il a affirmé que « le Royaume-Uni n’avait joué aucun rôle dans ces frappes ». Mais il a ajouté : « Nos forces sont opérationnelles et des avions britanniques sont en vol aujourd'hui [samedi] dans le cadre d'opérations défensives régionales coordonnées visant à protéger notre population, nos intérêts et nos alliés. »

Parmi les avions de combat britanniques participant directement à la guerre illégale lancée par Trump et Netanyahou figurent des Typhoons de la RAF opérant depuis le Qatar et Chypre. Des chasseurs F-35 et des systèmes de défense aérienne avaient déjà été mobilisés sur la base d'Akrotiri de la RAF.

Dimanche, le ministre de la Défense, John Healey, a confirmé sur Sky News que les forces britanniques « abattaient les drones [iraniens, déployés en représailles] qui menacent nos bases, notre population ou nos alliés. Nous avons renforcé notre présence aux côtés des Américains. Nous avons renforcé nos forces de défense au Moyen-Orient. Nous effectuons ces sorties. »

Le discours de Starmer était coordonné avec une déclaration commune publiée par les pays du E3 – Royaume-Uni, France et Allemagne – établi en 2003 pour gérer les négociations concernant le programme nucléaire iranien. Le groupe E3 a réaffirmé son soutien au bombardement, déclarant que les trois puissances européennes « n'ont pas participé à ces frappes », mais qu'elles étaient « en contact étroit avec leurs partenaires internationaux, notamment les États-Unis, Israël et leurs partenaires régionaux ».

Pas un mot n’a été prononcé pour s’opposer à l'offensive américano-israélienne contre l'Iran. Au contraire, le groupe E3 a présenté Téhéran comme l'agresseur : « Nous condamnons avec la plus grande fermeté les attaques iraniennes contre les pays de la région. L'Iran doit s'abstenir de toute frappe militaire aveugle. »

Tout en désavouant formellement toute participation au bombardement initial, Starmer a pleinement approuvé la propagande qui le justifiait. « Le régime iranien est absolument abject », a-t-il déclaré, accusant Téhéran de déstabiliser la région. Il a affirmé que « même au Royaume-Uni, le régime iranien représente une menace directe pour les dissidents et la communauté juive », assurant qu'au cours de l'année écoulée, l'Iran avait « soutenu plus de 20 attaques potentiellement mortelles sur le sol britannique ».

Pas la moindre preuve n'a été présentée pour étayer ces affirmations présentant l'offensive américano-israélienne comme un acte de légitime défense contre une entité « terroriste » menaçant la Grande-Bretagne elle-même. Ce discours rappelle la propagande utilisée pour justifier les précédentes guerres impérialistes au Moyen-Orient, des prétendues « armes de destruction massive » irakiennes aux invocations de l'humanitarisme lors des renversements de gouvernements en Libye et en Syrie.

Starmer a repris à son compte le principal prétexte invoqué par Washington pour justifier la guerre : « Il ne faut en aucun cas permettre à l'Iran de développer l'arme nucléaire. Cela demeure l'objectif premier du Royaume-Uni et de ses alliés, y compris les États-Unis. »

Il a exigé que Téhéran « s'abstienne de toute nouvelle frappe, abandonne ses programmes d'armement et mette fin aux violences et à la répression effroyables perpétrées contre le peuple iranien, qui mérite le droit de décider de son propre avenir. »

Comme toujours lorsqu'elle est prononcée depuis Washington et Downing Street, l'expression « décider de son propre avenir » ne signifie rien d'autre que des projets de changement de régime.

La principale revendication des chefs de l'opposition était que Starmer abandonne même toute prétention de retenue. La dirigeante du Parti conservateur, Kemi Badenoch, a publié sur X : « Je soutiens nos alliés américains et israéliens face à la menace que représentent la République islamique d'Iran et son régime abject », exhortant le gouvernement à apporter un soutien explicite aux bombardements.

Le dirigeant de Reform UK, Nigel Farage, a exigé : « Le Premier ministre doit revenir sur sa décision concernant l'utilisation de nos bases militaires et soutenir les Américains dans ce combat crucial contre l'Iran. »

Les propos de Farage faisaient référence aux tensions entre Washington et Londres au sujet de Diego Garcia et de Fairford. L'année dernière, le gouvernement travailliste a signé un accord transférant la souveraineté de l'archipel des Chagos à l’île Maurice, tout en conservant le contrôle opérationnel total de Diego Garcia en vertu d'un bail de 99 ans. Cet accord a néanmoins été vivement critiqué ces derniers jours par Trump, alors que les États-Unis finalisaient leur offensive contre l'Iran.

La Grande-Bretagne a continué d'autoriser les États-Unis à déployer un grand nombre d'avions et d’équipement sur l'ensemble de ses installations.

Des personnalités militaires ont insisté tout au long du conflit pour une participation britannique ouverte et sans réserve. Cité par le Mail, l'ancien commandant de la Royal Navy, Tom Sharpe, a déclaré : « Nous devons absolument autoriser les États-Unis à utiliser les bases britanniques pour lancer des frappes ciblées contre l'Iran. Ce serait de la folie de ne pas le faire. Les Américains peuvent de toute façon utiliser Diego Garcia, puisqu'il s'agit d'une base conjointe, mais nous devons les soutenir activement.»

Le gouvernement Starmer était en réalité déjà prêt à participer pleinement à l'offensive sanglante contre l'Iran, en tant que partenaire de Washington.

Interrogé à six reprises par Laura Kuenssberg de la BBC sur le soutien du Royaume-Uni aux frappes et leur légalité, Healey a répondu : « Il appartient aux États-Unis d'établir le fondement juridique de leur action. » Cela revient à laisser Jack l'Éventreur déterminer la légalité du meurtre de femmes.

Malgré des années de restrictions budgétaires, le Royaume-Uni conserve d'importants moyens militaires au Moyen-Orient, notamment une présence militaire permanente ou semi-permanente à Bahreïn, au Qatar et aux Émirats arabes unis. Toute frappe iranienne causant des pertes britanniques pourrait servir de prétexte à des bombardements directs du Royaume-Uni. Des sources iraniennes ont déjà rapporté dimanche que trois pétroliers américains et britanniques avaient été touchés par des tirs iraniens.

La trajectoire du Parti travailliste était parfaitement prévisible. Il n'a été porté au pouvoir par la classe dirigeante que grâce à son engagement déclaré en faveur de la guerre et du militarisme, et il s’est vu charger d'imposer les mesures d'austérité nécessaires à son financement.

Dès le 2 octobre 2024, le World Socialist Web Site avertissait que le gouvernement travailliste, seulement trois mois après son entrée en fonction, intégrait de plus en plus étroitement la Grande-Bretagne à la planification de guerre des États-Unis. À cette époque, des avions de combat de la RAF opéraient déjà aux côtés des forces américaines pour abattre des missiles iraniens, et Starmer proclamait que la Grande-Bretagne « soutient Israël et reconnaît son droit à la légitime défense ».

Le WSWS qualifiait sa « fiction d’un Iran terrorisant la région » de simple couverture pour le rôle de la Grande-Bretagne en tant que principal partenaire militaire et de sécurité de Washington.

Le 17 juin 2025, le Parti de l'égalité socialiste (Royaume-Uni) a averti dans un communiqué intitulé « Non aux plans de guerre de Starmer contre l'Iran ! » que des «préparatifs avancés » étaient en cours en vue d'une intervention britannique dans une « guerre impérialiste illégale et non provoquée », qualifiant de « mensonge méprisable » les affirmations selon lesquelles Starmer recherchait « la retenue, le calme et un retour à la diplomatie ».

Depuis plus de 18 mois, le gouvernement de Starmer participe au génocide perpétré par Israël à Gaza, fournissant des armes et un soutien en matière de surveillance tout en défendant Tel-Aviv. Alors que le conflit s'étend, la Grande-Bretagne se retrouve à nouveau impliquée militairement, politiquement et diplomatiquement dans une offensive menée par les États-Unis visant à recoloniser le Moyen-Orient, ce qui menace de déclencher un conflit mondial plus vaste.

(Article paru en anglais le 1er mars 2026)

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