Le chancelier allemand Merz soutient la guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran

Le chancelier allemand Friedrich Merz fait une déclaration sur les derniers développements au Moyen-Orient à la Chancellerie à Berlin, Allemagne, le dimanche 1er mars 2026. [AP Photo/Markus Schreiber]

Le chancelier Friedrich Merz a déclaré dimanche son plein soutien politique à l'attaque illégale lancée par les États-Unis et Israël contre l'Iran.

Dans une inversion impudente de l'agresseur et de la victime, Merz, entre tous, a appelé Téhéran à « mettre fin à l'escalade ». Le gouvernement allemand ne « ferait pas la leçon» à ses partenaires concernant leurs frappes militaires, a-t-il déclaré. L’Allemagne partageait « nombre de leurs objectifs », même si elle n’était « pas en mesure » de les atteindre elle-même militairement.

Berlin s'aligne ainsi ouvertement derrière une guerre d'agression impérialiste.

Comme l’a expliqué David North, président du comité de rédaction international du World Socialist Web Site et du Socialist Equality Party (États-Unis), dans sa déclaration « Il faut s’opposer à la guerre impérialiste des États-Unis contre l’Iran ! », cette attaque constitue un crime qui a été défini lors des procès de Nuremberg en 1945-1946 comme un « crime contre la paix ». Les historiens compareront un jour le 28 février 2026 au 1er septembre 1939 — l'invasion de la Pologne par le Troisième Reich.

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La comparaison est politiquement précise, et non rhétorique. Hier comme aujourd’hui, l’agression a été justifiée par l’affirmation que l’agresseur avait été provoqué et agissait en état de légitime défense. Aujourd’hui, Trump, Netanyahou et Merz présentent de la même manière l’agresseur comme celui qui se défend. L'Iran avait « déstabilisé la région » et « soutenu le terrorisme international », prétendent-ils. Les États-Unis auraient cherché « une solution négociée pendant des semaines » et menaient désormais des « frappes aériennes ciblées ».

C’est de la propagande de guerre. En réalité, il s'agit d'une guerre préparée de longue date dans le but d'imposer un changement de régime. Merz n'a pas caché que Berlin partageait cet objectif. Le gouvernement allemand partageait « le soulagement de nombreux Iraniens à l'idée que ce régime des mollahs touche désormais à sa fin ». Avec Washington et Tel-Aviv, il poursuivait l'objectif de « mettre fin à la terreur de ce régime ».

En d’autres termes : l’Allemagne soutient le renversement du gouvernement iranien par la force militaire.

L'affirmation de Merz que des explications du point de vue du Droit international étaient «relativement peu opérantes » était particulièrement révélatrice. Les appels, les sanctions et les mesures diplomatiques n'avaient rien donné. «Ce n'est pas le moment de donner des leçons à nos partenaires et alliés », a-t-il conclu.

Ces déclarations marquent une rupture qualitative. L'impérialisme allemand déclare ouvertement que les normes juridiques internationales sont secondaires lorsqu'il s'agit d'« intérêts fondamentaux » qui doivent être imposés, « si nécessaire par la force militaire ».

Tant que Berlin ne possède pas encore les moyens militaires de mener une telle guerre de manière indépendante, elle soutient l'offensive menée par les États-Unis. L'annonce par Merz qu'il s'entretiendrait à Washington avec le président Trump, qu'il était en consultation étroite avec Israël et qu'il avait même été informé à l'avance de l'attaque, souligne à quel point le gouvernement allemand est directement intégré dans la planification stratégique.

L’indignation morale face au « régime de terreur » de Téhéran est de la pure hypocrisie. En vérité, l’Allemagne et l’Europe ont soutenu chaque guerre d’agression menée par les États-Unis au cours des trois dernières décennies — du Kosovo à l’Afghanistan, en passant par l’Irak et la Libye.

Ces mêmes puissances ont soutenu le génocide à Gaza au cours des deux dernières années. Sous la direction du gouvernement israélien, la bande de Gaza a été systématiquement dévastée. Des dizaines de milliers de personnes — principalement des femmes et des enfants — ont été tuées. Le gouvernement allemand a fourni des armes, défendu l'assaut sur le plan diplomatique et criminalisé toute opposition sérieuse à celui-ci.

Dès le début, le World Socialist Web Site a souligné que la guerre à Gaza s'inscrivait dans une stratégie impérialiste plus large: la réorganisation violente du Moyen-Orient afin de placer cette région riche en ressources et stratégiquement centrale sous contrôle direct — et de préparer ainsi les conditions d'une confrontation militaire directe avec la Russie et la Chine.

L'attaque contre l'Iran est la prochaine étape dans l'escalade.

De manière significative, Merz a lui-même établi le lien avec l’offensive guerrière de l’OTAN en Ukraine. La « guerre russe contre l’Ukraine », a-t-il déclaré, n’est « pas moins injuste que les méfaits du régime iranien ». L’Allemagne était « le plus fervent soutien de Kiev ».

Ici aussi, la réalité est inversée. Depuis des décennies, l’OTAN encercle militairement la Russie et elle a délibérément provoqué l’invasion réactionnaire lancée par le régime de Poutine. Berlin en particulier utilise la guerre pour se réarmer massivement et poursuivre agressivement ses intérêts géostratégiques et économiques, non seulement en Europe de l'Est, mais au plan mondial.

Les fronts de guerre à Gaza, en Iran et en Ukraine sont les manifestations d'une même évolution mondiale: la tentative désespérée des puissances impérialistes d'assurer leur domination mondiale par la violence militaire dans les conditions de l'effondrement historique du capitalisme.

Merz a admis que l’attaque n’était « pas sans risque ». Les invasions et les guerres de changement de régime en Afghanistan, en Irak et en Libye, qui ont catastrophiquement échoué, démontraient « à quel point les risques à moyen terme sont réels ». Les conséquences, a-t-il reconnu, devaient « également être supportées par nous, en Europe et en Allemagne ».

Pourtant, malgré ces avertissements, le gouvernement allemand soutient la guerre.

Pourquoi? Parce qu’il ne s’agit pas ici de « paix », de « sécurité » ou de « démocratie ». L’objectif est l’installation d’un régime fantoche pro-occidental à Téhéran qui ouvrirait les vastes réserves de pétrole et de gaz du pays aux sociétés occidentales et intégrerait pleinement l’Iran dans l’offensive stratégique de Washington contre la Russie et la Chine.

Pour la classe ouvrière iranienne, cela ne signifie que de nouvelles catastrophes. Les expériences de l’Irak et de la Libye démontrent que les changements de régime imposés par les bombardements impérialistes entraînent la dévastation sociale, la fragmentation ethnique et une répression brutale.

Le soutien de l’Allemagne à cette guerre n’est pas une aberration, mais l’expression d’une orientation stratégique délibérée. L'impérialisme allemand, qui a déclenché deux guerres mondiales au XXe siècle et commis des crimes incommensurables, lutte à nouveau pour une influence mondiale. Les termes tels que « ordre de paix » et « partage du fardeau transatlantique» ne sont que des euphémismes pour désigner le nouveau partage violent du monde.

L'escalade menée contre l'Iran accroît considérablement le danger d'un embrasement régional et d'un affrontement direct entre les grandes puissances. Elle menace des millions de vies, pourrait contraindre des millions d'autres à la fuite, déstabiliser l'Europe et même plonger l'économie mondiale tout entière dans l'abîme.

L'opposition à cette politique ne viendra pas des partis établis — y compris pas de ceux qui se disent nominalement de gauche. Immédiatement après le début de l'assaut américano-israélien, le président du parti de Gauche (Die Linke), Jan van Aken, a exprimé sa solidarité avec l'opposition iranienne pro-impérialiste et les buts de guerre officiels. « Il est juste qu'une bombe nucléaire iranienne doive être empêchée à tout prix », a-t-il déclaré. Mais cela ne pouvait pas être réalisé par des « attaques militaires », a-t-il affirmé, mais seulement par des négociations et un strict monitoring sur place.

En d'autres termes: les buts de guerre sont corrects, mais pas nécessairement les méthodes. Van Aken craint manifestement que l'escalade criminelle et illégale au Moyen-Orient ne sape la propagande utilisée par l'OTAN pour justifier son offensive de guerre contre la Russie. « Si l'Occident viole lui-même le droit international », a-t-il prévenu, il sera « d'autant plus difficile de gagner un soutien mondial pour l'Ukraine et la lutte contre celui qui viole le droit international, Poutine». Pour Poutine, le 28 février était «une fois de plus une bonne journée ».

De telles déclarations montrent une fois de plus à quel point Van Aken et son parti soutiennent directement l'offensive de guerre de l'OTAN contre la Russie.

Il faut organiser l'opposition à la guerre indépendamment de tous les partis pseudo-de gauche et celle-ci doit venir de la classe ouvrière – en Allemagne, en Iran, aux États-Unis, en Israël et à l'international. La lutte contre la guerre est indissociable de la lutte contre le système capitaliste qui la produit. Elle nécessite une perspective et une stratégie socialistes et internationales.

(Article paru en anglais le 1er mars 2026)

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