Le président du parti de Gauche allemand (Die Linke) Jan van Aken a d'abord réagi à l'attaque illégale lancée contre l'Iran par les États-Unis et Israël par ce qui semblait être une condamnation. Dans une déclaration officielle, il avait évoqué un « danger majeur pour la population et toute la région » et avait qualifié l'attaque de violation du droit international. Mais cette critique n'est qu'une couverture politique. Derrière quelques phrases sur la diplomatie et le droit international, le Parti de gauche s'aligne ouvertement sur les objectifs stratégiques de cette guerre impérialiste.
Van Aken l'a clairement fait savoir lors d'une conférence de presse lundi. Il y a ouvertement célébré l'assassinat du chef de l'État iranien Khamenei et d'autres figures de proue par des bombes israéliennes et américaines. Il a déclaré textuellement :
Il ne fait absolument aucun doute que nous sommes tous — moi personnellement aussi — contents que Khamenei soit mort, que de nombreuses figures du régime soient mortes. On ne devrait jamais se réjouir de la mort d'un être humain, et pourtant je pense que c'est une bonne chose qu'ils ne soient plus là, et puisse Khamenei pourrir en enfer.
Tout le monde devrait prendre note de ces paroles. Le chef d'un parti qui se décrit officiellement comme pacifiste et de gauche salue l'assassinat ciblé des dirigeants politiques d'un pays par des bombardements étrangers. L'attaque elle-même est, comme le reconnaît van Aken, une violation manifeste du droit international. Aux Procès de Nuremberg, une telle guerre d'agression a été condamnée comme un « crime contre la paix ». Quiconque applaudit les résultats de ce crime — de surcroît dans un langage qui rappelle celui du président fasciste des États-Unis, Trump — s'identifie politiquement à ce crime.
Sur le fond, la position de van Aken diffère peu de celle du gouvernement allemand dirigé par Friedrich Merz (CDU). Tandis que Merz soutient ouvertement l'attaque et justifie l'«imposition d'intérêts fondamentaux, si nécessaire par la force militaire », van Aken s'inquiète simplement du fait que cette violence puisse avoir de « mauvaises » conséquences, telles qu'une « guerre civile de plusieurs années » comme en Irak ou en Libye. Ses objections ne portent pas sur le caractère impérialiste de la guerre, mais sur son exécution tactique.
Cela devient particulièrement clair dans son argument central sur une bombe nucléaire iranienne. Il est « juste qu'une bombe nucléaire iranienne doive être empêchée à tout prix », a déclaré van Aken. Seulement, cela ne devait pas se faire de préférence par des bombes, mais par des «négociations et une surveillance étroit sur le terrain ».
Par là, il reprend à son compte la prémisse sur laquelle Washington et Tel-Aviv basent depuis des années leurs agressions: l'Iran représenterait une menace nucléaire existentielle dont l'élimination serait la priorité absolue. Van Aken ne mentionne qu'en passant que ce sont les États-Unis qui se sont retirés unilatéralement de l'accord nucléaire de Vienne, alors même que l'Iran respectait manifestement les inspections convenues. Le fait que les «négociations» les plus récentes aient elles-mêmes servi de couverture à la préparation de l'attaque, il l'ignore totalement.
Son insistance sur la «surveillance» n'est en réalité rien d'autre que l'exigence d'une subordination encore plus étroite de l'Iran aux puissances impérialistes. Il ne s'agit pas de paix, mais d'imposer les mêmes objectifs stratégiques par d'autres moyens.
Van Aken parle ouvertement de l'« espoir » que le « mouvement pour la démocratie » iranien puisse maintenant l'emporter. C'est là que réside le cœur de sa position : la guerre n'est pas rejetée par principe, mais jugée selon qu'elle est apte ou non à provoquer un changement de régime pro-occidental. Il ne craint pas l'intervention impérialiste en tant que telle, mais plutôt son éventuel échec. Si le bombardement atteint l'objectif recherché par les impérialistes, il le soutient.
« Il est très difficile, selon moi, de tenter d'imposer la démocratie par des bombardements depuis l'extérieur », déclare-t-il avec cynisme. Néanmoins, «il n’est pas automatique que le pays va se désintégrer et qu'une guerre civile va éclater». Il garde donc «l'espoir que le mouvement démocratique finira par l'emporter».
En réalité, ni les fascistes et auteurs de génocide Trump et Netanyahou, ni les gouvernements européens tout aussi criminels ne se soucient de la démocratie. L'Iran est un pays historiquement opprimé qui, en raison de sa position géostratégique et de ses riches ressources naturelles, se trouve dans le collimateur de la politique de guerre impérialiste. Dans sa déclaration « Il faut stopper la guerre américano-israélienne criminelle menée contre l'Iran! », le Socialist Equality Party (Parti de l'égalité socialiste) aux États-Unis caractérise la guerre comme suit :
La guerre contre l'Iran est, en ce sens, une guerre pour l'hégémonie mondiale, dirigée non seulement contre Téhéran, mais aussi contre Pékin, Moscou et les capitales européennes dont la dépendance énergétique du Moyen-Orient confère à Washington un instrument de coercition. L’administration Trump a menacé non seulement l’Iran mais aussi ses alliés nominaux en imposant des droits de douane sur les produits européens, en menaçant le Groenland, en prenant le contrôle du pétrole vénézuélien et en indiquant clairement que, dans cette nouvelle ère de compétition entre grandes puissances, les États-Unis entendent utiliser leur suprématie militaire pour maintenir leur domination sur toutes les régions stratégiquement importantes de la planète.
La bourgeoisie allemande ne veut pas rester à l'écart du nouveau partage impérialiste du monde et soutient donc largement la politique de guerre des États-Unis — du moins tant qu'elle n'est pas encore en mesure d'agir militairement de manière indépendante de Washington, et finalement même contre elle. Lorsque certains de ses représentants « de gauche », comme van Aken, soulèvent la question des actions manifestement illégales des États-Unis et appellent le gouvernement Merz à faire comme lui, ce qu’il y a derrière c’est, outre les conflits transatlantiques croissants, l'inquiétude que la guerre d'agression contre l'Iran ne vienne saper la propagande par laquelle l'OTAN justifie son offensive guerrière contre la Russie.
«Si l'Occident lui-même viole le droit international, il sera d'autant plus difficile d'obtenir le soutien mondial pour l'Ukraine et la lutte contre Poutine, qui viole le droit international », déplore van Aken. Pour Poutine, le 28 février a donc été « une fois de plus une bonne journée ». Cela montre clairement, une fois de plus, ce qui est réellement en jeu pour lui: non pas une opposition de principe aux guerres impérialistes, mais leur justification idéologique.
Cette argumentation correspond à la fonction même du Parti de gauche en tant que bras prolongé du gouvernement et du militarisme allemands. Il a soutenu les crédits de guerre de plusieurs milliards d'euros au Bundesrat [chambre haute du parlement] et a aidé Merz à obtenir une élection rapide au poste de chancelier au Bundestag. Comme pour le génocide à Gaza et, l'année dernière, lorsqu'il a soutenu politiquement les attaques contre l'Iran, le parti se range aujourd'hui fermement dans le camp de l'impérialisme allemand.
Le fait que van Aken appelle le gouvernement allemand à engager des poursuites au nom du «principe de compétence universelle» contre des responsables iraniens souligne ce cours. De telles mesures ne servent pas à la protection des droits de l'homme, mais à la préparation juridique d'un changement de régime. Elles font partie du même projet politique qu’on fait avancer militairement par les bombes et politiquement par les sanctions.
Le cours pro-impérialiste agressif du Parti de gauche ne sort pas de nulle part. Ce parti n'a jamais été socialiste ou anti-impérialiste. Il est apparu comme un projet bourgeois visant à intégrer l'opposition sociale au cadre du capitalisme. Il a sa base sociale dans les couches privilégiées de la classe moyenne, les institutions étatiques et les milieux universitaires dont l'orientation est étroitement liée aux intérêts de l'impérialisme allemand. En période d'escalade des conflits entre grandes puissances, cela apparaît de plus en plus ouvertement.
Les travailleurs et surtout les jeunes qui ont voté pour le Parti de gauche par opposition à la guerre et aux inégalités sociales lors des élections législatives allemandes l'an dernier doivent en tirer les conclusions. L'idée qu'une pression puisse être exercée « depuis la gauche » à travers ce parti est une dangereuse illusion. Sur les questions décisives — le réarmement, la politique de guerre de l'OTAN, les guerres illégales de changement de régime — il se tient fermement du côté de la classe dirigeante.
Une véritable lutte contre la guerre exige une rupture politique avec tous les partis de l'impérialisme, y compris le Parti de gauche. Elle doit se baser sur la classe ouvrière internationale et s'opposer consciemment au système capitaliste, dont les contradictions internes produisent continuellement de nouvelles guerres. C'est seulement sur cette base que pourra être construit un nouveau mouvement socialiste anti-guerre qui mette fin au cours barbare suivi par les élites dirigeantes.
