S’il fallait une preuve supplémentaire de ce que la classe dirigeante allemande est capable d’utiliser les mêmes méthodes criminelles que son homologue américaine, elle a été donnée par l’apparition servile et répugnante du chancelier Friedrich Merz (CDU) à la Maison-Blanche mardi. Merz a littéralement baisé la main du gangster fasciste et fauteur de guerre Trump.
Devant les caméras, Merz n’a pas perdu une seconde pour assurer le président américain Donald Trump de son plein soutien à la guerre d’agression illégale menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Il a commencé sa déclaration liminaire par ces mots :
Merci, Monsieur le Président, de m'accueillir ici dans le Bureau ovale pour la troisième fois. ... Je suis vraiment heureux d'avoir l'occasion de m'entretenir avec vous en ces temps difficiles. Nous sommes d’accord pour ce qui est de renverser ce terrible régime à Téhéran, et nous discuterons de ce qui se passera après qu’il sera parti.
Le message est sans équivoque. Berlin soutient la campagne de destruction américano-israélienne contre l’Iran afin de s’assurer sa part du butin impérialiste. Merz n’a pas mentionné un seul des crimes de guerre déjà commis — comme l’attaque d’une école de filles qui a tué plus de 150 personnes. Au contraire, il a souri à plusieurs reprises avec approbation devant les caméras alors que Trump, à la manière d’un despote fasciste violent, se vantait de la destruction de l’Iran et de l’assassinat ciblé de ses dirigeants politiques.
Au début de la conférence de presse, Trump a explicitement remercié Merz pour son «soutien» et a ouvertement exprimé sa soif de meurtre et de destruction: « Ils n’ont plus de marine. Elle a été éliminée. Ils n’ont plus d’armée de l’air, elle a été éliminée. Ils n’ont plus de détection aérienne, elle a été éliminée. Leurs radars ont été éliminés. Et à peu près tout a été éliminé. »
Plus tard, interrogé sur d’éventuelles négociations, il a répondu :
«Eh bien, la plupart des gens que nous avions en tête sont morts. Vous savez, nous en avions certains en tête dans ce groupe qui est mort. Et maintenant, nous avons un autre groupe. D’après les rapports, ils sont peut-être morts eux aussi. Je suppose donc qu’une troisième vague arrive et que, bientôt, nous ne connaîtrons plus personne. »
Ces déclarations ne sont rien moins que des déclarations ouvertes de meurtres organisés par l’État. Le fait que le chancelier allemand ait écouté sans objection et acquiescé d’un signe de tête démasque le gouvernement allemand comme complice direct d’un crime comparable à ceux des nazis. Le déclenchement d’une guerre d’agression a été condamné aux procès de Nuremberg comme un «Crime contre la paix» et constitue également un crime pénal en vertu de la constitution allemande.
Toute la réunion dans le Bureau ovale avait le caractère d’un rassemblement mafieux. Tandis que le capo di tutti capi [chef de tous les chefs] Trump se lançait dans d’interminables monologues truffés de menaces — y compris contre des alliés nominaux tels que l’Espagne et la Grande-Bretagne — les délégations restaient assises en silence devant lui. Merz a saisi chaque occasion pour exprimer son accord.
Lorsqu’un journaliste a demandé à Merz ce qu’il pensait de l’intention de Trump de punir l’Espagne pour ne pas avoir atteint les objectifs de dépenses de l’OTAN et pour avoir refusé de mettre à disposition des bases militaires espagnoles pour la guerre, le chancelier a ouvertement pris le parti de Trump :
«Eh bien, la réponse est assez simple. Nous essayons de convaincre l’Espagne de rattraper les 3% ou 3,5% sur lesquels nous nous sommes mis d’accord au sein de l’OTAN. Et comme l’a dit le président, c’est exact, l’Espagne est la seule à ne pas vouloir accepter cela. Nous essayons de les convaincre que cela fait partie de notre sécurité commune, que nous devons tous respecter ces chiffres. Il s’agit de 3,5 pour le militaire et de 1,5 supplémentaire pour notre infrastructure militaire. L’Espagne doit donc s’y conformer. »
De telles menaces contre un État partenaire européen soulignent que l’impérialisme allemand, tout comme dans la première moitié du XXe siècle, est à nouveau prêt à affirmer impitoyablement sa domination en Europe. Merz et le gouvernement allemand ont ouvertement déclaré leur objectif de faire de la Bundeswehr [l’armée allemande] la force militaire la plus puissante d’Europe et de rendre tout le pays «kriegstüchtig» (bon à la guerre).
C’est pourquoi Merz et la classe dirigeante allemande, malgré toutes les tensions transatlantiques, éprouvent une fascination manifeste pour le fasciste de la Maison-Blanche. Ils savent que la réalisation de leurs propres ambitions de grande puissance exige, comme par le passé, l’instauration d’une dictature fasciste à l’intérieur du pays. La construction par Trump d’un État policier et militaire brutal n’est pas considérée comme un avertissement, mais comme un modèle.
Merz a hoché la tête pour approuver quand Trump a vitupéré contre «l’immigration illégale» et réprimandé l’ancienne chancelière et dirigeante de la CDU Angela Merkel pour sa politique d’immigration prétendument trop molle.
Dans le même temps, l’ancien banquier de BlackRock a lui-même adopté le langage mafieux du président américain. Il fallait aussi parler de l’Ukraine, a-t-il déclaré, car il y avait « en fait trop de 'méchants' dans ce monde ». Après l’assassinat du « méchant » iranien Khamenei, cela revient à une menace à peine voilée de prendre d’autres chefs d’État — au premier rang desquels le président russe Vladimir Poutine — dans le collimateur.
L’inquiétude qui anime Merz n’est pas la guerre contre l’Iran, mais la question de savoir si les États-Unis poursuivront la guerre de l’OTAN contre la Russie avec la même agressivité. Berlin a étroitement lié son sort stratégique à l’escalade de la guerre en Ukraine et à l’assujettissement de la Russie, utilisant le conflit pour se réarmer massivement et poursuivre agressivement ses intérêts géopolitiques et économiques.
Les fronts de la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient sont l’expression d’une même évolution mondiale: la tentative désespérée des puissances impérialistes d’assurer leur domination par la force militaire au milieu de la crise la plus profonde du capitalisme mondial depuis les années 1930. L’attaque contre l’Iran n’est pas un événement isolé, mais fait partie d’un nouveau partage impérialiste du monde à travers la guerre.
Ce n’est que dans ce contexte que l’on peut comprendre l’agressivité et la servilité simultanée de Merz à l’égard de Trump. Tant que l’impérialisme allemand n’est pas encore militairement capable d’affronter ouvertement les États-Unis, il cherche à réaliser ses objectifs en tant que partenaire junior de Washington. Les intérêts qu’il poursuit ne sont pas moins réactionnaires — et les méthodes pas moins barbares.
