Le World Socialist Web Site organise un webinaire international d'urgence ce dimanche 8 mars à 15h HAE afin d'expliquer les origines de la guerre impérialiste menée par les États-Unis contre l'Iran, les forces sociales qui la sous-tendent et la stratégie nécessaire pour y mettre fin. Nous encourageons vivement tous nos lecteurs à s'inscrire.
Dans ce qui est devenu un rituel politique, à la fois profondément dégradant et parfaitement prévisible, le Congrès des États-Unis a refusé de prendre la moindre mesure pour limiter ou stopper la guerre illégale et anticonstitutionnelle lancée par le président Donald Trump contre l'Iran.
Le Sénat a voté mercredi par 53 voix contre 47 contre l'examen d'une résolution, en vertu de la Loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act), visant à obliger Trump à obtenir l'approbation du Congrès pour cette guerre. La Chambre des représentants a voté jeudi contre une résolution similaire par 219 voix contre 212.
Les deux votes se sont déroulés en grande partie selon les lignes de parti : un sénateur républicain et deux représentants républicains ont voté contre la guerre de Trump, tandis qu’un sénateur démocrate, John Fetterman (Pennsylvanie), et quatre représentants démocrates – Henry Cuellar (Texas), Jared Golden (Maine), Greg Landsman (Ohio) et Juan Vargas (Californie) – ont voté pour.
Même si les votes avaient été différents, cela n’aurait eu aucun impact sur la violence militaire massive déchaînée contre le peuple iranien. Trump aurait opposé son veto à la résolution, sans possibilité de vote à la majorité des deux tiers dans les deux chambres du Congrès pour passer outre. Tous ceux qui ont participé aux débats et aux votes symboliques savaient qu’il s’agissait d’une simple manœuvre politique.
De plus, si Trump s’était conformé aux dispositions de la Loi sur les pouvoirs de guerre – une mesure largement inefficace adoptée après la guerre du Vietnam – cela aurait entraîné un vote du Congrès autorisant la guerre, comme lors de la guerre du Golfe de 1991 et des guerres ultérieures en Afghanistan et en Irak. La guerre contre l'Iran se poursuivrait, mais avec l'aval du Congrès et sur ordre de la Maison-Blanche.
Dès le départ, les dirigeants démocrates de la Chambre et du Sénat ont clairement indiqué qu'ils ne s'opposaient pas réellement à une guerre contre l'Iran, mais seulement au fait que Trump n'ait pas consulté le Congrès ni obtenu d'autorisation préalable. Pratiquement tous les démocrates qui ont pris la parole lors des débats ont commencé leur intervention en qualifiant le régime iranien de maléfique, autocratique, terroriste et une menace pour les États-Unis – soit les raisons mêmes invoquées par Trump pour lancer l'intervention militaire.
Le sénateur Tim Kaine, principal parrain de la résolution au Sénat, a commencé son intervention en déclarant qu'il priait pour les troupes américaines, et non pour le peuple iranien visé par les lourds bombardements. Il a seulement critiqué l'hypocrisie des républicains, qui s'opposaient à une résolution sur les pouvoirs de guerre concernant les frappes aériennes américaines contre des bateaux de pêche dans les Caraïbes, au motif qu'il s'agissait de « contrariétés » qui ne justifiaient pas une déclaration de guerre. Alors que le Pentagone déchaîne une offensive aérienne deux fois plus intense que l'attaque « choc et effroi » contre l'Irak, les républicains se sont de nouveau opposés à une résolution sur les pouvoirs de guerre.
Dans ses remarques finales lors du débat au Sénat, le chef de la minorité, Chuck Schumer, a qualifié la décision d'entrer en guerre de hasardeuse et d'incompétente. Trump « entraîne l'Amérique dans une nouvelle guerre » que le peuple américain ne souhaitait pas, a-t-il déclaré. Il a cité la conférence de presse donnée plus tôt dans la journée par le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, non pas pour son langage fasciste et nationaliste chrétien, mais parce que celui-ci n'avait présenté « aucun plan, aucune stratégie » pour l'après-guerre.
Après avoir relevé les multiples explications contradictoires avancées par l'administration Trump concernant la guerre, Schumer a conclu : « C'est de la folie. Les Américains ont passé les vingt dernières années à combattre et à mourir au Moyen-Orient. Des souffrances et des angoisses qui ont marqué à jamais toute une génération. »
Schumer n'a pas fait mention de ses propres votes en 2001 et 2002 en faveur des autorisations d'utilisation de la force militaire en Afghanistan et en Irak, des résolutions toujours en vigueur aujourd'hui. Le Parti démocrate est tout aussi responsable que les républicains du bain de sang des deux dernières décennies. Schumer n'a pas non plus évoqué les conséquences bien plus graves de ces guerres pour les populations d'Irak et d'Afghanistan. Ces deux pays ont été anéantis en tant que sociétés fonctionnelles.
Lors d'une conférence de presse précédant le vote à la Chambre des représentants, le chef de la minorité, Hakeem Jeffries, a été interrogé sur son soutien à un budget supplémentaire du Pentagone pour reconstituer les stocks de bombes et d'autres armements épuisés par la guerre. Jeffries a répondu de manière ambiguë, sans rejeter la proposition, se contentant de déplorer que la guerre contre l'Iran était un gaspillage des ressources militaires américaines.
Fait significatif, ni le sénateur Bernie Sanders ni la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, les prétendus chefs de file de la mythique aile « gauche » du Parti démocrate, n'ont daigné prendre la parole lors du débat. Ils sont restés silencieux, ont voté comme la quasi-totalité des autres démocrates, et c'en fut là leur « opposition » au massacre perpétré contre le peuple iranien.
Tous deux ont publié des déclarations sur les réseaux sociaux, adoptant une position pacifiste et se réclamant de l'opinion de la grande majorité des Américains. Mais le but de telles actions n'est pas de mettre un terme aux guerres impérialistes – Sanders et Ocasio-Cortez ont tous deux voté régulièrement en faveur des crédits militaires et de l'aide militaire à Israël – mais de canaliser le sentiment pacifiste vers le Parti démocrate et le système bipartite contrôlé par la grande entreprise.
