Perspective

Trump menace d’envoyer des soldats et de commettre d’autres assassinats dans la guerre contre l’Iran

Un épais panache de fumée s'élève d'un dépôt pétrolier touché par une frappe américano-israélienne à Téhéran, en Iran, le dimanche 8 mars 2026. [AP Photo/Vahid Salemi]

Le président américain Donald Trump se prépare à déployer des troupes au sol contre l'Iran, ont rapporté plusieurs médias ce week-end. Présentée comme des opérations de forces spéciales de courte durée contre des sites nucléaires et des installations pétrolières iraniennes, une telle action constituerait une escalade majeure de la guerre illégale menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran.

Trump lui-même a ouvertement menacé d'utiliser des troupes au sol lors d'une allocution à la presse vendredi à bord d'Air Force One, de retour d'une cérémonie en l'honneur des dépouilles des six premiers soldats américains tués dans la guerre – probablement les premiers d'une longue série.

NBC News a rapporté que Trump « a exprimé en privé un intérêt sérieux pour le déploiement de troupes américaines au sol en Iran », discutant de cette idée « avec des conseillers et des responsables républicains à l'extérieur de la Maison-Blanche » tout en exposant ses objectifs pour l'Iran d'après-guerre. Axios a confirmé que les États-Unis et Israël ont discuté de « l'envoi de forces spéciales en Iran afin de sécuriser son stock d'uranium hautement enrichi à un stade ultérieur du conflit ».

Ce que Trump discute avec le régime israélien brutal et les républicains fascistes du Congrès, il ne le divulgue pas au peuple américain. La Maison-Blanche n'a pas sollicité l'autorisation du Congrès pour une action militaire contre l'Iran, et certainement pas pour une déclaration de guerre, comme l'exige la Constitution américaine.

Mais le peuple américain connaît la chanson. La rhétorique des opérations « limitées » et des « forces spéciales » n'est que le même mensonge que la classe dirigeante a propagé avant chaque grande guerre terrestre de ces 75 dernières années.

Les « conseillers militaires » envoyés au Vietnam se sont transformés en 550 000 soldats. La campagne « choc et effroi » en Irak, lancée sur la base du mensonge des armes de destruction massive, a été déclarée terminée en 2011 – avant que les troupes américaines ne reviennent en 2014, où elles se trouvent encore aujourd'hui. La mission « limitée » en Afghanistan s'est étalée sur 20 ans. À peine une semaine après le début d'une guerre lancée sans autorisation du Congrès et sous de faux prétextes, sept soldats américains sont déjà morts et l'administration prépare le terrain pour une invasion terrestre d'un pays trois fois plus grand que l'Irak, avec une population de plus de 90 millions d'habitants.

L'impopularité profonde de cette guerre est incommensurable. Trump a gagné en 2016 et 2024 en se présentant comme un opposant aux « guerres sans fin » : une imposture désormais flagrante. Les travailleurs comprennent instinctivement que leurs fils et leurs filles seront envoyés à la mort tandis que le prix de l'essence s'envole, que les programmes sociaux sont sabrés pour financer la machine de guerre et que le spectre de la conscription plane sur toute une génération. C'est pourquoi l'administration parle en euphémismes de « troupes au sol », tandis que Lindsey Graham assure au public que « ce n'est pas l'Irak ». C'est l'Irak – et le Vietnam, et toutes les autres guerres menées par l'impérialisme américain aux dépens des travailleurs, au pays et à l'étranger.

Dans le même temps, Trump rend de plus en plus explicite le caractère génocidaire de cette guerre. Dans une interview accordée au Guardian, il a précisé sa demande de « capitulation inconditionnelle », déclarant : « J’ai bien dit inconditionnelle. C’est quand ils crient grâce, ou quand ils ne peuvent plus se battre et qu’il n’y a plus personne pour crier grâce – cela pourrait aussi arriver. »

Ni les principaux médias ni le Parti démocrate n’ont émis la moindre objection à ce langage, qui confirme l’objectif américain d’extermination de masse. Samedi, Trump a réaffirmé que l’armée américaine ferait « tout ce qu’il faut » pour atteindre ses objectifs.

Trump se comporte comme un dictateur aux États-Unis, envoyant des milices d’immigration armées et masquées dans les grandes villes tout en ordonnant à l’armée américaine de détruire un pays de plus de 90 millions d’habitants. Illustrant la technique du « gros mensonge » digne des nazis, Trump a déclaré aux journalistes que l’Iran était responsable des frappes aériennes qui ont détruit une école primaire de filles près du détroit d’Ormuz, tuant au moins 175 enfants. « Leurs affirmations sont totalement infondées », a-t-il déclaré. « C’est l’Iran qui a fait ça. » Ce mensonge éhonté est contredit même par les médias américains, pourtant dociles, qui ont cité des responsables du Pentagone confirmant que l’école avait été détruite par des avions de guerre américains attaquant une base navale voisine.

Trump et Netanyahou ont intensifié leurs menaces meurtrières après l'élection de Mojtaba Khamenei, second fils de l'ayatollah Ali Khamenei, comme successeur de son père à la tête du gouvernement iranien. L'ayatollah Khamenei a été assassiné dans les premières heures de la guerre lorsque des bombes israéliennes, ciblées avec l'aide de la CIA, ont frappé un complexe dirigeant à Téhéran. Avant même cette élection, Trump avait déclaré qu'il aurait le dernier mot sur tout nouveau dirigeant iranien, promettant de fait d'éliminer quiconque accéderait à cette fonction sans son autorisation. Le gouvernement israélien a affirmé que Mojtaba Khamenei ferait partie de ses cibles prioritaires.

Les actions du Pentagone témoignent de l'escalade considérable en cours. Le porte-avions USS George H. W. Bush a appareillé de Norfolk en direction de la zone de conflit et devrait atteindre la Méditerranée orientale d'ici 10 à 12 jours. La présence d'un troisième porte-avions dans la région permettra au Commandement central américain de maintenir, voire d'intensifier, les bombardements massifs sur l'Iran.

La 82e division aéroportée de l'armée américaine, une unité d'élite de parachutistes, a annulé un exercice d'entraînement prévu, « alimentant les spéculations au sein du département de la Défense quant à un possible déploiement au Moyen-Orient de soldats spécialisés dans le combat terrestre et diverses autres missions, à mesure que le conflit avec l'Iran s'intensifie », rapporte le Washington Post. Des médias ont également évoqué la possibilité d'un déploiement de la Force de réaction immédiate (FRI), forte de 4 500 hommes, contre l'île de Kharg, plateforme pétrolière offshore qui assure 90 % des exportations iraniennes, dans le but de la détruire ou de s'en emparer.

L'armée américaine, malgré la puissance de son armement, ne peut conquérir l'Iran, un pays plus peuplé et plus vaste que l'Irak et l'Afghanistan réunis, et qui a une longue tradition de résistance aux interventions impérialistes. La « stratégie » de la Maison-Blanche de Trump, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, consiste à tuer le plus grand nombre d'Iraniens possible, à détruire les infrastructures du pays et à exterminer non seulement les dirigeants de la dictature cléricale islamique, mais aussi tous les scientifiques, ingénieurs et techniciens iraniens, ramenant ainsi le pays à un état préindustriel. C'est ce que veulent dire les appels à empêcher une nation de 90 millions d'habitants de « projeter sa puissance » au-delà de ses frontières.

La classe ouvrière américaine doit s'opposer à la politique de massacres et de destruction d'une société et d'une culture avancées dans laquelle s'est engagé le gouvernement américain. Mais les travailleurs et les jeunes doivent comprendre qu'aucune protestation ni pression sur le Parti démocrate ne pourra stopper Trump. Le Parti démocrate, comme le Parti républicain, est un parti au service des grandes entreprises. Il défend les intérêts mondiaux de l'impérialisme américain et soutient les objectifs de la guerre contre l'Iran, quelles que soient ses objections quant au refus de Trump de solliciter l'autorisation du Congrès.

Invité sur CNN dimanche, le sénateur Chris Murphy du Connecticut, figure de proue du Parti démocrate en matière de politique étrangère, a exprimé son accord avec le secrétaire d'État Marco Rubio sur la question de la prévention du développement de l'arme nucléaire par l'Iran. Il a simplement suggéré que, puisque le savoir « ne peut être anéanti par les bombes », un « accord diplomatique » était indispensable.

Tout en reconnaissant que « le peuple américain ne souhaite pas cette guerre » et que les guerres en Afghanistan et en Irak se sont révélées désastreuses, Murphy n'a proposé aucune mesure pour l'arrêter. Il a qualifié le massacre d'écolières le premier jour de la guerre d'« erreur », ajoutant : « Je pense simplement que cela démontre que nous n'avons pas de personnes compétentes pour prendre des décisions à la Maison-Blanche actuellement. »

Aucun démocrate de premier plan n'a suggéré que le Congrès bloque les fonds nécessaires à la poursuite de la guerre. Ils ont accepté sans broncher le rejet, la semaine dernière, des résolutions adoptées par la Chambre et le Sénat visant à appliquer la loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act) et à obliger Trump à obtenir l'approbation du Congrès pour toute guerre. Les figures de proue de la prétendue aile « gauche » du Parti démocrate, le sénateur Bernie Sanders et la représentante Alexandria Ocasio-Cortez, n'ont même pas daigné prendre la parole lors du « débat » superficiel sur la guerre menée par les États-Unis contre l'Iran.

Le Parti démocrate, tout en ergotant sur la procédure, ne fait que répéter les arguments de l'administration Trump et cautionne cette guerre génocidaire. Le vote de la semaine dernière sur la résolution relative aux pouvoirs de guerre n'était qu'une mascarade politique dès le départ, conçue non pas pour mettre fin à la guerre, mais pour masquer le soutien des démocrates à celle-ci. Leur posture publique consiste à critiquer la procédure tout en répétant la même propagande anti-iranienne utilisée pour justifier l'agression et les assassinats.

L'envoi de troupes au sol aurait des conséquences colossales, non seulement pour l'Iran, mais aussi pour le monde entier et pour la société américaine elle-même. Une guerre terrestre contre l'Iran ne peut être menée sans la subordination totale de la société américaine à la guerre, ce qui exige la mise en place d'un État policier brutal pour réprimer toute résistance intérieure face à une catastrophe imminente.

Pourtant, l'insouciance même de cette escalade suscite de plus en plus de colère et d’opposition. Des millions de travailleurs et de jeunes ne veulent pas d'un nouveau bain de sang impérialiste, et plus la guerre se prolonge, plus ses conséquences économiques, sociales et politiques seront explosives.

La question cruciale est d’organiser cette opposition et de la doter d'une orientation politique claire. La classe ouvrière est la seule force sociale capable de mettre fin à la guerre. Les conséquences économiques catastrophiques du conflit, et son lien direct avec la dictature qui se développe aux États-Unis, démontreront à des millions de personnes la nécessité de forcer la fin de la guerre, de démanteler la machine de guerre américaine et de faire tomber l'administration Trump.

Cela exige que l'opposition prenne la forme d'un mouvement organisé et politiquement conscient –socialiste dans son programme et internationaliste dans sa perspective – mobilisant l'immense pouvoir de la classe ouvrière contre la guerre impérialiste et le système capitaliste qui l’engendre.

Loading