Des milliers de personnes ont défilé samedi dans le centre de Londres pour exiger la fin des bombardements sur l'Iran.

Après s’être rassemblée près du Parlement à Westminster, la manifestation s'est déplacée vers le sud, a traversé la Tamise par le pont de Vauxhall et s'est terminée par un rassemblement devant l'ambassade des États-Unis.
La marche était organisée par les principaux groupes de la «Coalition palestinienne», qui mènent depuis deux ans et demi les manifestations de masse dans la capitale contre les massacres perpétrés par Israël à Gaza. Parmi ces groupes figurent la ‘Coalition Stop the War’ (STWC), la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC) et la Campagne pour le désarmement nucléaire (CND).
La Coalition palestinienne – principalement STWC et PSC – a conduit ce mouvement dans une impasse, concentrant son énergie sur des revendications vaines exigeant de Starmer, principal belliciste et apologiste du génocide, qu'il adopte une politique de paix. Cette même perspective stérile – exiger des pressions sur le dirigeant politique d'une puissance de l'OTAN (la Grande-Bretagne et Starmer) pour qu'il modifie sa politique étrangère et fasse pression sur une puissance tierce (les États-Unis et Trump) – constituait une fois de plus la principale revendication venue de la tribune.
Dans un message lu depuis la tribune, l'ancien chef du Parti travailliste et actuel président de Your Party, Jeremy Corbyn, déclarait: «Nous sommes réunis aujourd'hui pour affirmer haut et fort: n'entraînez pas la Grande-Bretagne dans une nouvelle guerre illégale. Suivons l'exemple de l'Espagne, dont le Premier ministre [Pedro Sánchez] a clairement indiqué que nous ne participerions en aucune façon à cette guerre illégale. Le Royaume-Uni a trop longtemps suivi aveuglément les États-Unis dans leurs interventions catastrophiques à travers le monde. Nous sommes ici pour défendre une autre vision: une politique étrangère fondée sur la coopération, l'égalité et la souveraineté… »
Corbyn, qui est un des vice-présidents du STWC, n'a pas pu assister au rassemblement, déclarant qu'il se trouvait «à Amsterdam avec le Groupe de La Haye, une réunion historique de 40 États qui cherchent à tenir Israël responsable de son génocide à Gaza». La coalition a été convoquée en janvier de l'année dernière par l'Internationale progressiste, dirigée notamment par l'ancien ministre des Finances de Syriza (Coalition de la gauche radicale), Yanis Varoufakis, surtout connu pour sa trahison de la classe ouvrière grecque .
Le Groupe de La Haye comptait initialement neuf États membres: le Belize (qui s’est retiré), la Bolivie, la Colombie, Cuba, le Honduras, la Malaisie, la Namibie, le Sénégal et l’Afrique du Sud. Corbyn et Zarah Sultana, autre figure de proue de Your party, sont tous deux membres du Conseil international progressiste. La mise en avant des dirigeants d’une coalition d’États capitalistes est une perspective qui veut juste faire pression sur le pouvoir politique en place. C’est un piège dangereux que la classe ouvrière doit rejeter.
À la manifestation, Sultana a évoqué la catastrophe de la guerre en Irak, insistant comme d'autres intervenants pour dire que Starmer devait retrouver la fermeté qu’il avait prétendument avant les bombardements américains et israéliens sur l’Iran. Elle a dit du Premier ministre britannique: «Bien qu'il ait apparemment tiré les leçons de l'Irak, Keir Starmer répète la même erreur. D'abord, il a affirmé que la Grande-Bretagne ne s'impliquerait pas, puis, quelques jours plus tard, il a opéré les volte-face habituelles. Et maintenant, des bombardiers B-1 américains atterrissent sur le sol britannique avant de partir tuer des Iraniens.»
Malgré sa rhétorique généralement plus à gauche que celle de Corbyn, Sultana défend avec tout autant de conviction une politique bourgeoise en faillite. La tâche n’était pas de mobiliser la classe ouvrière, en Grande-Bretagne et à l'international, pour faire cesser la guerre contre l'Iran et abolir le capitalisme – cause profonde des conflits au Moyen-Orient et en Afrique ces 25 dernières années. Au contraire, conclut elle, «aujourd'hui, nous élevons la voix pour la paix, pour la justice et pour un monde où les gouvernements tirent les leçons du passé ».
Pour la Campagne pour le désarmement nucléaire, Sophie Bolt a suggéré que la pression exercée par la manifestation de masse concernant Gaza avait déjà influencé la politique de Starmer: «Au départ, concernant la Grande-Bretagne, Starmer a tenu tête à Trump, n'est-ce pas? Il a résisté et a déclaré: “Non, nous n'allons pas laisser l'armée britannique s'engager dans une guerre illégale.” C'était une bonne chose. Pourquoi a-t-il agi ainsi ? Grâce à nous. Grâce à la pression que nous avons exercée sur ce gouvernement. La pression du mouvement palestinien. L'opposition massive à Trump et à ses guerres. Mais maintenant, bien sûr, il a cédé. Honte à Starmer!»
Comme d'habitude, le même appel a été lancé, Bolt déclarant: «Nous devons maintenir la pression sur ce gouvernement.»
Autre personnage sur lequel il fallait faire pression: le ministre des Affaires étrangères, David Lammy – qui avait joué un rôle clé dans le soutien apporté par Starmer aux crimes de guerre génocidaires d'Israël. Bolt a déclaré: «Trump affirme maintenant qu'il choisira lui-même le prochain dirigeant iranien. C'est une bonne chose, n'est-ce pas, que David Lammy ait réagi en disant que c'était au peuple iranien de décider. Certes, c'est au peuple iranien de décider. Mais pourquoi n'a-t-il pas condamné le meurtre atroce d'écoliers iraniens? Pourquoi n'a-t-il pas condamné l'assassinat du guide suprême iranien? »
Kevin Courtney, ancien codirigeant du Syndicat national de l'éducation, s'est exprimé au nom de la Campagne de solidarité avec Cuba. Il a insisté: «Nous avons raison d'exiger que notre gouvernement agisse […] Parlez-en à votre député, parlez-en à votre conseiller municipal […] Et dites-leur que vous ne voterez pas pour eux s'ils ne vous soutiennent pas».
Parlant au nom de la coalition Stop the War, Lindsey German, une dirigeante du mouvement pseudo de gauche Counterfire, a déclaré que «le message de ce rassemblement à Keir Starmer aujourd'hui devrait être très, très clair: arrêtez d’apaiser Donald Trump sur tout le chemin jusqu’à la Troisième Guerre mondiale».
German a déclaré à propos de l’attaque sur l'Iran: «Ce crime de guerre fait suite à un autre crime de guerre d'une ampleur tout aussi colossale: le génocide perpétré pendant deux ans et demi contre le peuple de Gaza. Si ce génocide avait été stoppé, nous n'assisterions pas aujourd'hui à cette attaque contre l'Iran.»
La principale raison pour laquelle le génocide continue sans relâche est qu’on a démobilisé l'opposition de masse au moyen de cette perspective du faire pression sur les gouvernements bellicistes pleinement complices des massacres, comme l’ont préconisé la coalition Stop the War (STWC) et ses homologues de la pseudo-gauche internationale.
Insister pour que le sentiment anti-guerre de masse plaide en faveur d’un changement de politique étrangère des États capitalistes est un axe de la STCW depuis sa fondation. En 2003, à l'approche de l'invasion de l'Irak, les représentants de la coalition Stop the War adoptèrent le slogan «Vive la France!» – parce que Paris déclarait à ce moment-là qu'il opposerait son veto à une résolution du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force – exhortant le gouvernement travailliste de Tony Blair à abandonner son alliance avec Washington.
Le message final de German à «Starmer et à Trump» était que «le changement de régime doit commencer chez soi». Cela signifiait que «Keir Starmer devrait quitter Downing Street» mais seulement s'il continuait « de nous entraîner dans ces guerres».
Une réécriture stupéfiante de la politique iranienne de Starmer. Sa politique n'a jamais été de ne pas soutenir Trump dans son opération de bombardements et de changement de régime. Il fallait juste trouver le meilleur moyen pour que la Grande-Bretagne puisse y participer pleinement sous couvert de «légalité». Les fuites publiées la semaine dernière dans The Spectator – et rapportées par le WSWS – l'ont clairement montré (article en anglais): les responsables britanniques avaient été informés 17 jours à l'avance de l'offensive prévue et discutaient intensément avec Washington sur comment le gouvernement travailliste pourrait apporter son aide.
À la manifestation de Londres, le Socialist Equality Party [Parti de l'égalité socialiste] a distribué des milliers d'exemplaires de la déclaration: «Halte à la guerre criminelle américano-israélienne contre l'Iran!» Celle-ci expliquait qu'une «lutte victorieuse contre la guerre criminelle menée contre l'Iran» ne pouvait « être menée à bien en faisant appel à une quelconque partie de l'establishment politique». Cela exigeait «la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière».
«Le Comité international de la Quatrième Internationale a déterminé que la construction d’un véritable mouvement anti-guerre doit reposer sur quatre principes essentiels :
Premièrement, la lutte contre la guerre doit s'appuyer sur la classe ouvrière, la grande force révolutionnaire dans la société, unissant derrière elle tous les éléments progressistes de la population.
Deuxièmement, le nouveau mouvement anti-guerre doit être anticapitaliste et socialiste, car il ne peut y avoir de lutte sérieuse contre la guerre sans une lutte pour mettre fin à la dictature du capital financier et au système économique qui est la cause fondamentale du militarisme et de la guerre.
Troisièmement, le nouveau mouvement anti-guerre doit être totalement et sans équivoque indépendant de tous les partis et organisations politiques de la classe capitaliste, et leur être hostile.
Quatrièmement, le nouveau mouvement anti-guerre doit, avant tout, être international et mobiliser l'immense pouvoir de la classe ouvrière dans une lutte mondiale unifiée contre l'impérialisme ».
(Article paru en anglais le 9 mars 2026)
