Les ententes de principe négociées par le STTP concrétisent l’assaut mené par le gouvernement et la direction contre les travailleurs de Postes Canada

Les travailleurs des postes qui souhaitent discuter de la suite de leur lutte et partager leurs points de vue sur les ententes de principe sont invités à communiquer avec le Comité de base des travailleurs des postes à l’adresse courriel canadapostworkersrfc@gmail.com ou en remplissant le formulaire à la fin de cet article.

Un bureau de poste à Winnipeg, au Manitoba [AP Photo/Trevor Hagan]

Plus de trois mois après que le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) a annoncé des « ententes de principe » avec Postes Canada et ordonné la reprise du travail, les projets complets de conventions collectives pour les opérations postales urbaines et les facteurs ruraux et suburbains ont finalement été publiés le 24 février.

Un examen des ententes de principe démontre clairement que les travailleurs doivent rejeter ces ententes horribles par un « non » catégorique, tout en votant « oui » lors du scrutin parallèle d’autorisation de grève.

Une telle action constituerait une première étape cruciale dans la reprise de la lutte menée par les 55 000 travailleurs des postes pour défendre leurs emplois et leurs conditions de travail, le service postal et les services publics en général.

Ce combat exigera d'élargir la lutte à tous les travailleurs, des secteurs public et privé, alors même que le gouvernement libéral fédéral de Mark Carney est déterminé à utiliser les ressources de la société pour financer un énorme renforcement de l’armée et l'enrichissement de l'oligarchie financière.

Le contenu des accords confirme les avertissements lancés par le World Socialist Web Site en janvier : les ententes soutenues par le STTP constituent une trahison historique qui met en place le mécanisme d'« amazonisation » de Postes Canada exigé par le gouvernement libéral et la direction de Postes Canada. Elles visent à détruire des emplois, à dégrader les conditions de travail et à faire baisser le niveau de vie.

Le STTP a annoncé que le vote sur les ententes de principe se tiendra entre le 20 avril et le 30 mai et est ouvert aux membres en règle qui assistent à une réunion d'information, en personne ou en ligne. Les travailleurs voteront simultanément sur un bulletin de vote distinct autorisant une grève.

La publication des ententes de principe et la fixation des dates de vote surviennent quelques semaines seulement après l'annonce, le 5 février, par Ottawa, d'un prêt remboursable supplémentaire de 1,01 milliard de dollars à Postes Canada, qui s'ajoute aux 1,03 milliard de dollars déjà accordés en janvier 2025.

Le gouvernement a explicitement conditionné ce dernier plan de sauvetage à la mise en œuvre de « réformes » visant à assurer la « viabilité » financière de l'entreprise. Services publics et Approvisionnement Canada a déclaré sans ambages que le maintien du statu quo « n'est pas envisageable ». De son côté, Postes Canada a affirmé avoir soumis son plan de transformation au gouvernement et être prête à prendre des « mesures décisives » pour garantir sa viabilité financière à long terme. Ce dernier plan de sauvetage a pour but d'assurer la continuité des activités de l'entreprise pendant la mise en œuvre du plan de restructuration de Postes Canada, qui se fera au détriment des travailleurs.

Les textes complets des ébauches comprennent de nouveaux systèmes de mesure de la charge de travail, une révision des classifications d'emplois, des dispositions plus flexibles et des modèles de livraison axés sur les colis, permettant à la direction d'allonger les itinéraires, de réduire les heures supplémentaires et de remplacer les emplois à temps plein par des postes à temps partiel moins bien rémunérés.

L’entente préliminaire relative aux opérations urbaines officialise un nouveau modèle de livraison de colis et établit un cadre pour la collecte et la livraison des colis la fin de semaine. Les opérations de fin de semaine sont au coeur des visées de rentabilité de Postes Canada, qui recourrait à des travailleurs à temps partiel et à des emplois précaires afin de limiter au maximum le paiement des heures supplémentaires. Les ententes de principe créent la « flexibilité » de main-d’œuvre nécessaire à l’expansion vers une livraison sept jours sur sept, notamment grâce à l’élargissement des catégories de travail à temps partiel et « non structuré », ce qui attaque les itinéraires établis et les horaires prévisibles.

Un élément clé du nouveau modèle est la création de postes de livreurs de colis à temps partiel (LCTP) affectés à des installations centralisées de livraison de colis. Les ententes précisent que la plupart des heures de travail de ces employés seront planifiées la fin de semaine. Les effectifs seront déterminés à l’aide de formules qui divisent les volumes de colis par des objectifs de productivité en « activité par heure ». En clair, la direction calculera le nombre de colis que chaque employé devrait livrer par heure, puis déterminera le nombre d’employés nécessaires. Si les objectifs de productivité augmentent, le nombre d’employés requis diminuera.

C’est précisément ainsi qu’Amazon et d’autres géants de la logistique organisent leurs opérations. Ces accords jettent les bases de la transformation de Postes Canada en une entreprise de logistique de colis axée sur les fins de semaine et employant une main-d’œuvre précaire et sous-payée.

De nouvelles classifications, comme les employés permanents flexibles et les travailleurs à temps partiel non structurés, créeront un vaste bassin de postiers fortement exploités, pratiquement sans droits, pour que la direction accroisse sa rentabilité. Ces nouvelles classifications serviront également à dégrader les conditions de travail de tous les employés, à l’image des systèmes à deux vitesses imposés dans d’autres secteurs après la crise financière de 2008. On avait promis aux travailleurs de l’automobile et à d’autres que ces changements seraient des concessions temporaires, mais ils sont devenus des outils permanents de dégradation des conditions de travail pour l’ensemble de la main-d’œuvre.

Pour les factrices et facteurs ruraux et suburbains (FFRS), le changement le plus important est la transition du modèle d’évaluation des itinéraires, en vigueur depuis longtemps, à un système de rémunération horaire régi par un nouveau modèle de contenu du travail et un système de mesure de la charge de travail des FFRS. Présentée par le STTP comme une revendication de longue date enfin satisfaite, l'introduction du nouveau système de rémunération à l'heure permettra à la direction de déterminer la structure des itinéraires, la charge de travail et la rémunération grâce à des formules de calcul centralisées. Ce système comprend des procédures de vérification des itinéraires et des méthodes d'échantillonnage statistique permettant à la direction de recalculer les heures de travail et de réorganiser les itinéraires selon des formules standardisées.

Les ententes visent explicitement à limiter les heures supplémentaires et à maximiser la productivité du travail dans le cadre du nouveau modèle. Elles stipulent que le travail effectué au-delà des heures normales doit être attribué « de manière à maximiser le travail rémunéré au taux de salaire normal ». Autrement dit, la direction peut imposer du travail supplémentaire tout en évitant le paiement des heures supplémentaires.

Bien que le STTP affirme que les règles relatives aux heures supplémentaires pour les FFRS seront « les mêmes que pour les facteurs urbains », les ententes établissent des seuils nettement moins avantageux. Les facteurs urbains reçoivent le double du taux horaire après deux heures supplémentaires, tandis que les facteurs régionaux n'y auraient droit qu'après trois heures – potentiellement à la douzième heure d'un quart de travail prévu de neuf heures.

L'inclusion d'une clause de protection salariale pendant la transition indique clairement que les recalculs devraient réduire les heures évaluées et les gains d'un nombre important de facteurs. Dans le cadre de cette nouvelle structure, les employés les plus rapides et les plus expérimentés risquent d'être pénalisés, la direction ayant le pouvoir de redéfinir ce qui constitue une journée de travail « complète ».

Cette restructuration est encadrée par une note de service relative à la mise en œuvre du nouveau système, baptisée « Planification des effectifs ». Cette note inclut un engagement limité de « non-licenciement », mais uniquement pour les employés permanents actuels, tels que les facteurs permanents et les employés à temps partiel permanents. Les catégories d'emploi plus précaires, notamment les travailleurs de remplacement occasionnels, ne bénéficient d'aucune protection. De plus, ces protections ne s'appliquent qu'à la restructuration initiale des bureaux dans le cadre du nouveau régime de mesure de la charge de travail, laissant la porte ouverte à des réductions ultérieures par attrition et à de futures réorganisations.

Cette évolution s'inscrit dans le cadre des objectifs de restructuration plus larges annoncés par le gouvernement en septembre, lorsqu'il a autorisé l’élimination de la distribution à domicile, un déploiement massif de boîtes aux lettres communautaires, l'allongement des délais de livraison et la conversion ou la fermeture des bureaux de poste ruraux et suburbains. Les dirigeants de Postes Canada ont ouvertement évoqué la suppression de dizaines de milliers d'emplois d'ici 2035. Un système de rémunération horaire, régi par des indicateurs centralisés, sert de cadre administratif à l'attrition, au regroupement des itinéraires et à la réduction des effectifs, le tout sous couvert d'efficacité.

Les ententes comprennent également une lettre parallèle intitulée « Aller de l'avant afin de préserver l'avenir de Postes Canada », qui fait explicitement référence au plan de restructuration du gouvernement de septembre 2025. Bien que la direction promette que certaines initiatives de transformation n'entraîneront pas l'externalisation des services de livraison, la lettre souligne que la restructuration se déroulera dans le cadre du mandat du gouvernement. Les garanties offertes sont limitées et ne permettent en rien d'empêcher les pertes d'emplois dues aux fermetures de points de vente, au regroupement des itinéraires, à l'accélération du service et à la reclassification interne.

Le STTP a tenté de rassurer les travailleurs en mettant en avant les augmentations salariales et l'amélioration des avantages sociaux. Toutefois, les dispositions salariales doivent être évaluées à la lumière de la suspension et de la restructuration des protections liées au coût de la vie.

En indexant les augmentations salariales des années suivantes sur l'indice officiel des prix à la consommation tout en suspendant les protections automatiques contre l'inflation, ces accords garantissent une érosion réelle des salaires, car les coûts du logement, de l'alimentation et des transports continuent d'augmenter plus vite que l'inflation officielle. Parallèlement, les exigences en matière de productivité s'intensifieront du fait du recalcul des itinéraires et de l'impact du volume de colis sur la planification des livraisons.

Piquet d’employés de Postes Canada à une installation à Niagara-on-the-Lake, en Ontario, lors de leur grève de quatre semaines à l'automne 2024. Cette grève a été cassée par le gouvernement libéral de Trudeau au moyen d'une «réinterprétation » fallacieuse de l'article 107 du Code canadien du travail.

La bureaucratie du STTP porte la responsabilité directe de l'offensive orchestrée par le gouvernement contre les travailleurs postaux. Son attitude de dissidence interne, cinq membres sur quinze au sein de l'exécutif national ayant voté contre l'entente, sert d'alibi à une direction qui a mené la lutte dans une impasse et l'a liée au cadre de négociation collective pro-patronal sous la supervision du gouvernement. Alors que le STTP isole systématiquement les travailleurs postaux de leurs alliés de l'ensemble de la classe ouvrière depuis trois ans, le Congrès du travail du Canada et ses autres affiliés gardent le silence, même s'il est évident que le gouvernement considère Postes Canada comme un modèle pour le type d'attaques qu'il souhaite mener contre tous les travailleurs des secteurs public et privé.

Les travailleurs postaux ont démontré leur détermination à se battre, et les conditions sont réunies pour une mobilisation plus large en leur défense. Les employés du secteur public fédéral font face à des suppressions d'emplois massives. Les travailleurs du secteur manufacturier, notamment ceux de l'usine GM d'Oshawa, ont perdu leur emploi dans un contexte de guerre commerciale dévastatrice, déclenchée par le président américain Donald Trump et alimentée par les mesures de rétorsion adoptées par les entreprises canadiennes. L'attaque contre les travailleurs postaux s'inscrit dans une offensive plus vaste contre l'emploi, les salaires et le droit de grève.

Il est nécessaire de rompre délibérément avec la stratégie imposée par la bureaucratie syndicale. La défense d'emplois postaux décents et stables, ainsi que d'un service postal public, est incompatible avec une logique de profit dictée par le gouvernement et mise en œuvre par des mécanismes paritaires patronat-syndicats. Les travailleurs doivent s'organiser de manière indépendante, par le biais de comités de base dans chaque dépôt et installation, afin de préparer une contre-offensive menée par les travailleurs eux-mêmes, contre la subordination des droits des travailleurs à la recherche du profit.

La lutte des travailleurs de Postes Canada doit être le point de départ d'une mobilisation sociale et politique de l'ensemble de la classe ouvrière afin de protéger et d'accroître considérablement les services publics; de mettre l'IA et les autres nouvelles technologies au service de la classe ouvrière plutôt que des profits des entreprises; d'exproprier les richesses mal acquises des super-riches et de les utiliser pour répondre aux besoins sociaux; et de lutter pour un gouvernement des travailleurs.

La lutte pour la défense des emplois et des services publics est indissociable d'une lutte plus large contre les politiques d'austérité et de guerre qui privilégient le profit des entreprises et les intérêts géopolitiques prédateurs de l'impérialisme canadien au détriment des besoins sociaux. Les travailleurs des postes sont à l'avant-garde de cette lutte et recevront un immense soutien de toute la classe ouvrière s'ils lancent un appel. Les liens corporatistes du STTP avec le gouvernement et la direction le rendent intrinsèquement hostile à une telle stratégie, qui exige l'intervention active de la base, avec ses propres organisations de lutte de classe et un programme socialiste.

(Article paru en anglais le 6 mars 2026)

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