Deuxième incident impliquant un missile: la Turquie et l’OTAN risquent d’être entraînées dans la guerre contre l’Iran

Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan et son homologue iranien Abbas Araghchi lors de leur rencontre à Ankara, le 30 janvier [Photo: X/Official Account of the Ministry of Foreign Affairs of the Republic of Türkiye]

La Turquie, pays membre de l'OTAN, est de plus en plus impliquée dans la guerre impérialiste menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Lundi, le ministère turc de la Défense nationale a annoncé: «Une munition balistique lancée depuis l'Iran et pénétrant dans l'espace aérien turc a été neutralisée par les moyens de la défense aérienne et antimissile de l'OTAN, déployés en Méditerranée orientale.»

Des fragments du missile seraient tombés dans un champ désert près de Gaziantep, ville voisine de la province d’Adana où se trouve, à Incirlik, une base aérienne de l'OTAN utilisée par les États-Unis. Aucune victime ni aucun blessé n'ont été signalés.

Le communiqué du ministère de la Défense déclarait en outre: «Nous soulignons une fois de plus que toutes les mesures nécessaires seront prises avec détermination et sans hésitation contre toute menace dirigée contre le territoire et l’espace aérien de notre pays. Nous réitérons également qu’il est dans l’intérêt de tous de tenir compte des avertissements de la Turquie à cet égard.»

Le président Recep Tayyip Erdoğan, dans une allocution prononcée le soir même à l'intention de l'Iran, a déclaré: «Je tiens toutefois à souligner que, malgré nos avertissements, des mesures extrêmement injustifiées et provocatrices, qui nuisent à l'amitié entre la Turquie et l'Iran, continuent d'être prises. Tous devraient éviter des calculs qui infligeraient de profondes blessures dans le cœur et l'esprit de notre nation et qui jetteraient une ombre sur notre voisinage et notre fraternité millénaires. La position et l'attitude de la Turquie sont claires.»

Lors d’une conversation téléphonique avec Erdoğan lundi soir, le président iranien Masoud Pezeshkian a nié les allégations selon lesquelles l’Iran aurait lancé une attaque de missile contre la Turquie, selon la presse iranienne.

Environ une heure avant l’annonce de l’incident concernant ce missile — que l’Iran n’a pas confirmé — le Département d’État américain avait ordonné aux personnels diplomatiques non essentiels et à leurs familles stationnés au consulat des États-Unis à Adana de quitter la Turquie. Washington a également conseillé aux citoyens américains de quitter le sud-est de la Turquie.

L'Iran, cible d'une agression illégale de la part des États-Unis et d'Israël, riposte contre Israël et les bases américaines dans toute la région, exerçant ainsi son droit à la légitime défense. Cependant, une frappe sur Incirlik, une base utilisée par les États-Unis mais ne leur appartenant pas, pourrait, en raison de son statut juridique, déclencher l'article 5 du traité de l'OTAN et entraîner l'ensemble de l'alliance dans une guerre contre l'Iran. Ce résultat est loin d'être souhaitable pour l'Iran, qui subit déjà une attaque impérialiste massive et dispose de capacités limitées pour y faire face.

L’incident de lundi fait suite à l’interception d’un autre missile s’approchant de l’espace aérien turc mercredi dernier. Dans ce cas, l’Iran avait rejeté les allégations selon lesquelles la Turquie avait été visée; le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait déclaré: «Nous n’avons aucune raison d’attaquer la Turquie. La Turquie est un bon voisin pour nous.»

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, s’exprimant samedi, s’est adressé directement à l’Iran, affirmant que la Turquie «ne cèdait pas facilement aux provocations et n’avait aucune difficulté à défendre sa sécurité, mais connaissait aussi le risque d’être entraînée dans un conflit plus large.»

Fidan a ensuite lancé un avertissement à l'Iran: «S'il s'agissait d'un missile qui avait dévié de sa trajectoire, ce serait une chose. Mais de tels incidents ne devraient se produire qu'une seule fois. S'il y en a d'autres, notre conseil est le suivant: soyez prudents, personne en Iran ne devrait s’embarquer dans une telle aventure.»

Quelle que soit l'origine des missiles, Ankara est entraînée pas à pas dans la guerre, malgré ses avertissements et ses appels à la négociation. L'objectif et la position historique du gouvernement turc dans la guerre contre l'Iran s'alignent sur l'axe américano-israélien.

Les hauts responsables du gouvernement turc ont, depuis le 28 février, soigneusement évité de condamner ouvertement la guerre d’anéantissement américano-israélienne contre l’Iran — une guerre se basant sur l’assassinat des dirigeants d’un État souverain, la destruction d’infrastructures civiles, notamment des hôpitaux et des écoles, et le massacre de civils, y compris des écoliers. Mais ils se sont montrés bien plus prompts à critiquer l’Iran sous l’ombre des bombes américaines. Dans ses remarques de samedi, Fidan a déclaré une fois de plus: «Je tiens à souligner encore une fois que nous condamnons fermement les attaques [iraniennes] visant des pays tiers.»

En réalité, Ankara avait calculé que le meilleur résultat pour les intérêts de la bourgeoisie turque serait la capitulation de l'Iran devant les États-Unis, sans aller jusqu'à une guerre visant à changer le régime et à démembrer le pays. Comme l'a déjà expliqué le World Socialist Web Site, «Ankara craint néanmoins que cette attaque impérialiste, qui pourrait conduire à l'effondrement du régime iranien, ne renforce l'influence d'Israël à ses propres frontières, ne déclenche une nouvelle vague de migrants et n'encourage les initiatives séparatistes des forces nationalistes kurdes liées aux États-Unis et à Israël ».

Le rôle de «bon flic» joué par Ankara – dans l'espoir que les objectifs de Washington puissent être atteints par la négociation – n'a rien apporté. Les remarques de Fidan le 3 mars exprimaient la frustration d'Ankara face au refus de l'Iran, attaqué alors qu'il négociait, de capituler volontairement:

Les Iraniens veulent certaines choses en échange de concessions... Les Américains sont également soumis à des contraintes de temps en raison de leur déploiement militaire. D'une part, la pression exercée par Israël est immense. Je pense que si les Iraniens avaient mieux compris la pression décisionnelle à laquelle était soumis le président Trump et avaient fait une offre plus tôt, la pression d'Israël n'aurait peut-être pas été aussi efficace.

Dans la même déclaration, Fidan a laissé entendre que l'élimination des dirigeants iraniens pourrait représenter une opportunité, et a conseillé à tout nouveau dirigeant qui émergerait d'accepter la capitulation: «Je pense qu'il pourrait y avoir ici une opportunité à saisir, si l’on s’y prend avec précaution. Bien sûr, l'Iran ne doit pas être humilié, mais les préoccupations des autres doivent également être prises en compte.»

Fidan a clairement indiqué qu’il ne voyait pas d’autre alternative que la capitulation devant les États-Unis, affirmant que «la guerre pourrait se terminer au plus tôt par l’élimination des capacités militaires de l’Iran ou au plus tard par la poursuite d’un changement de régime». Pour juger de la fiabilité des analyses de Fidan, il suffit de se rappeler sa déclaration du 9 février: «À l’heure actuelle, il ne semble pas y avoir de menace de guerre imminente.»

Ces propos ne révèlent pas le leadership d'un pays «défiant le monde », comme le prétend Ankara, mais plutôt celui d'un régime qui s'est lui-même soumis à une puissance impérialiste tyrannique et qui juge désormais opportun de recommander la même soumission à son voisin en difficulté, présentant ce conseil comme une politique étrangère «indépendante».

Ce qui préoccupe Ankara, ce n'est pas les massacres et la dévastation infligés à la population iranienne, mais les conséquences négatives que la guerre pourrait avoir pour la bourgeoisie turque. L'effondrement du régime iranien, qui a servi de contrepoids stabilisateur dans la région, pourrait conduire à la fragmentation de l'Iran, les forces pro-impérialistes du Kurdistan iranien en tête, ouvertement soutenues par les États-Unis et Israël. De plus, Israël, qui a déclaré les Kurdes – répartis dans quatre pays, dont la Turquie et l'Iran – comme ses «alliés naturels», pourrait étendre son influence jusqu'aux frontières de la Turquie.

La possibilité d'un conflit géopolitique entre la Turquie et Israël, alliés depuis 1948, n'est pas une spéculation sans fondement; c'est un scénario de plus en plus discuté à Ankara, Tel Aviv et Washington.

Le 4 mars, le Wall Street Journal a publié un article intitulé «Un besoin urgent de contenir la Turquie — Si le régime iranien tombe, méfiez-vous de l’influence régionale d’Ankara». Son auteur, Bradley Martin, est un officier de marine à la retraite avec 30 ans de service et directeur exécutif du Near East Center for Strategic Studies (NESA), une institution affiliée au Pentagone, basée à Washington D.C.

Martin écrit: «L’OTAN doit-elle poursuivre sa relation avec la Turquie? Quel devrait être son rôle au Moyen-Orient après la chute du régime iranien? En examinant ces questions, les États-Unis ne devraient pas oublier que la Turquie s’oppose à la politique étrangère américaine et qu’elle est un casse-tête pour ses alliés.»

Pendant ce temps, les forces européennes de l’OTAN, dont celles de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Italie, de l’Espagne, des Pays-Bas et de la Grèce, continuent de renforcer leur présence militaire contre l’Iran en Méditerranée orientale, en utilisant comme prétexte une frappe de drone d’origine encore indéterminée ayant touché une base britannique à Chypre, le 2 mars.

Ankara a saisi cette occasion pour déployer six chasseurs F-16 dans la République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par la Turquie. À la fin de l’année dernière, une «alliance stratégique» a été formée entre Israël, la Grèce et Chypre, concernant les ressources en hydrocarbures en Méditerranée orientale.

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