Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a déclaré jeudi que la marine américaine allait commencer à escorter des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz — une escalade majeure qui placerait les navires de guerre américains directement dans la ligne de tir iranienne, avec un risque élevé de faire des victimes.
«Dès que cela sera militairement possible, l'US Navy, peut-être avec une coalition internationale, escortera les navires», a déclaré Bessent à Sky News.
La guerre américano-israélienne contre l’Iran, qui en est désormais à son treizième jour, a déclenché une crise régionale en cascade, centrée sur le détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transitent 20 % du pétrole mondial. L’Iran a effectivement fermé le détroit quelques jours après le déclenchement de la guerre, le 28 février, ordonnant à plus de 150 pétroliers de jeter l’ancre et déclarant que «pas un seul litre de pétrole» ne passerait. Le trafic de pétroliers a chuté de 70 %. Mercredi, le nouveau Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a publié sa première déclaration publique, s'engageant à maintenir le détroit fermé et à ouvrir de nouveaux fronts. Des drones maritimes et des missiles iraniens ont frappé plusieurs navires commerciaux – six rien que mercredi – et CNN a rapporté le 10 mars que l'Iran avait commencé à poser des mines dans la voie navigable.
Le baril de Brent a bondi de 70$ à plus de 100$, touchant brièvement les 119$, malgré l'autorisation par l'AIE d'un déstockage record de 400 millions de barils des réserves stratégiques — ce que l'agence a qualifié de «plus grande perturbation de l'approvisionnement de l'histoire du marché pétrolier mondial». Les analystes prévoient qu'il pourrait grimper jusqu'à 200$ le baril. Le prix de l'essence a augmenté de 20 % en deux semaines aux États-Unis, le prix du gaz en Europe de 58 %, et le prix des engrais a grimpé en flèche, car environ 30 % des exportations mondiales d'engrais transitent par le détroit.
Le journal The Hill a rapporté jeudi que des experts navals avertissent que la mission d'escorte serait extraordinairement dangereuse. Bryan Clark, expert en opérations navales à l'Hudson Institute, a expliqué le problème de fond: «Le défi sera de faire face à la proximité des lanceurs de drones et de missiles qui se trouveront le long de la côte iranienne.» Il a ajouté : « Le problème est que vous n'avez que quelques minutes une fois que le lanceur sort avant que les missiles ne vous tombent dessus, car on ne parle que de 3 ou 4 milles entre le rivage et la voie de transit. »
Jeudi également, un avion ravitailleur américain KC-135 s'est écrasé dans l'ouest de l'Irak avec six membres d'équipage à bord. Le CENTCOM a qualifié cet incident d'«accident apparent» survenu lors d'une opération de ravitaillement en vol. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré qu'il avait été abattu par les défenses aériennes iraniennes et que les six membres d'équipage avaient tous été tués.
Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) a affirmé mercredi avoir pris pour cible le porte-avions USS Abraham Lincoln et que le navire « se retirait vers les États-Unis ». Les responsables américains ont nié que le porte-avions ait été attaqué et ont publié des photos montrant le Lincoln opérant normalement dans le golfe d’Oman, où il est resté tout au long de la guerre sans pénétrer dans le golfe Persique. Le Pentagone a toutefois reconnu que des navires iraniens s’étaient approchés du porte-avions et avaient essuyé des tirs, et qu’un incendie s’était déclaré à bord du navire. Par ailleurs, l'USS Gerald R. Ford a également été victime d'un incendie cette semaine — le porte-avions est en mer depuis plus de huit mois, bien au-delà de sa période de maintenance prévue.
Alors que la guerre s'éternise sans qu'une issue claire ne se profile, certains segments de la classe dirigeante militent désormais ouvertement en faveur du déploiement de troupes terrestres américaines. Le Wall Street Journal a averti jeudi que mettre fin prématurément à la guerre serait un désastre stratégique. «C'est le danger auquel M. Trump est confronté alors qu'il réfléchit au moment de mettre fin à la guerre», a écrit le Journal. « L'Iran menace la production de pétrole du Golfe depuis des décennies, et cette menace potentielle a intégré une prime de risque dans le prix du pétrole. Mais si la guerre se termine alors que cette menace a été prouvée dans la pratique, et que les États-Unis ont été incapables d'y faire quoi que ce soit, les États-Unis seront les perdants stratégiques. »
Le Journal a fait valoir que les objectifs initiaux de la guerre — éliminer la menace balistique iranienne, son programme nucléaire et sa marine — ne suffisent plus. « La riposte de l’Iran signifie que la réouverture du détroit et la réduction du pouvoir de veto de l’Iran sur le trafic qui y transite devront désormais figurer parmi les objectifs. À mesure que le conflit évolue, les objectifs de guerre doivent eux aussi s’adapter. » Cela, poursuivait le Journal, « pourrait signifier une campagne plus longue que ce que M. Trump avait initialement prévu, alors que les États-Unis et Israël sécurisent la zone du détroit et élargissent la liste des cibles pour y inclure davantage d'unités de drones iraniens ainsi que des unités individuelles du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et des Basij. »
L'éditorial allait plus loin, appelant à la prise de contrôle de l'île de Kharg, principal terminal d'exportation pétrolière de l'Iran : « Cela pourrait également nécessiter de prendre le contrôle du principal terminal d'exportation pétrolière de l'Iran, situé sur l'île de Kharg... Les ventes de pétrole de l'Iran à la Chine continuent de soutenir le régime.» Trump, notait le Journal, «s'est gardé de exclure le déploiement de forces spéciales pour des missions discrètes et vitales, et peut-être avait-il Kharg en tête». Sa conclusion: « Gagner implique désormais la réouverture du détroit d'Ormuz. »
En d'autres termes, le porte-parole le plus influent du capital financier américain exige une extension de la guerre — troupes au sol, saisie de territoires souverains et occupation militaire illimitée du point de passage énergétique le plus critique au monde. L'administration n'a pas exclu la conscription. Interrogée sur un projet de conscription militaire sur Fox News le 8 mars, la secrétaire de presse de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que cela «ne fait pas partie du plan actuel pour le moment, mais le président, encore une fois, garde sagement ses options sur la table.»
Pendant ce temps, les bombardements sur l'Iran continuent de s'intensifier. Bessent a annoncé sur Fox Business la semaine dernière que les États-Unis mèneraient leur « plus grande campagne de bombardement» à ce jour. Les États-Unis ont frappé plus de 5 000 cibles depuis le 28 février. Plus de 1 348 civils iraniens ont été tués, dont des centaines d'enfants. Au moins 12 000 ont été blessés. Le HCR (l'agence des Nations Unies pour les réfugiés) rapporte que 3,2 millions d'Iraniens ont été déplacés à l'intérieur du pays. Les responsables israéliens estiment en privé qu'il est peu probable que le régime tombe bientôt, Netanyahou admettant qu’il était incertain qu’un changement de régime ait lieu.
La guerre s'est simultanément étendue au Liban, où Israël a lancé une campagne de bombardements intensifs et une incursion terrestre après que le Hezbollah a repris ses tirs le 2 mars.
Les forces israéliennes ont pénétré dans le sud du Liban sur plusieurs fronts, établissant au moins 18 positions militaires à l'intérieur du territoire libanais — les premières opérations terrestres depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Des frappes israéliennes ont touché le centre de Beyrouth mercredi, à un kilomètre du siège du gouvernement. Plus de 680 personnes ont été tuées au Liban, dont 98 enfants, et plus de 800 000 ont été déplacées. Le chef de l'armée israélienne a déclaré que la campagne « ne serait pas courte ». Le ministre de la Défense, Katz, a ordonné mercredi des préparatifs pour une extension de l'offensive terrestre.
