Perspective

Trump prépare une invasion terrestre de l'Iran

Des Marines américains sur un quai amovible Trident menant à un navire américain à quai. Photo prise près d'une base militaire émiratie abritant une installation d'opérations militaires et de terrain urbain à al-Hamra, aux Émirats arabes unis, le lundi 23 mars 2020. [AP Photo/Jon Gambrell]

La déclaration du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth lors d’une conférence de presse au Pentagone vendredi était glaçante. Évoquant le détroit d’Ormuz – voie navigable cruciale par où transite un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole et que l’Iran a effectivement fermé depuis le début de la guerre – Hegseth a dit aux journalistes: «Nous avons un plan pour chaque option ici. Nous travaillons avec nos partenaires inter-agences. Nous ne permettrons pas que ce détroit reste contesté ou que le flux des biens commerciaux y soit interrompu.»

Prononcée avec l’arrogance belliqueuse qui a caractérisé la conduite de Hegseth tout au long de cette guerre criminelle, cette déclaration doit être prise comme un avertissement. Elle ne peut signifier qu'une chose: le gouvernement Trump prépare la prochaine étape de l'escalade de la guerre, la plus terrible – une invasion de troupes terrestres américaines pour s'emparer du territoire iranien le long du détroit d’Ormuz.

Les propos de Hegseth furent accompagnés d’une déferlante verbale jamais entendue dans l’intervention publique d’un secrétaire américain à la Défense. «Pas de quartier, pas de pitié pour nos ennemis», a-t-il martelé, et cela à plusieurs reprises, comme une sorte de slogan de guerre. Il a juré de traquer et d'éliminer l'ennemi «sans excuses données, sans hésitation et sans pitié». Il a tourné en dérision ces «règles d'engagement stupides» et s'est moqué des Européens qui «jouaient les effarouchés». Il a décrit le guide suprême iranien blessé – nommé après l'assassinat de son père, l'ayatollah Khamenei – comme étant «tapi» sous terre, ajoutant, «c'est ce que font les rats.» Il a promis «la mort et la destruction tombant du ciel, à longueur de journée».

C’est là le langage du nazisme. C’est le langage d’un régime qui exalte la violence, pour qui la vie de ses victimes est sans aucune valeur et qui prépare la population à des crimes bien plus grands encore. Lorsque le «secrétaire à la Guerre» autoproclamé se vante ouvertement que la guerre est menée «sans pitié» – une formule qui, au regard du droit international humanitaire, constitue une incitation aux crimes de guerre – il ne décrit pas juste ce qui a déjà été fait. Il annonce ce qui va venir.

Ce qui se prépare est une invasion terrestre de l'Iran. Ce que laissent entendre les menaces de Hegseth est affirmé explicitement dans un éditorial du Wall Street Journal de jeudi, qui déclare que «la réouverture du détroit et la réduction du pouvoir de veto de l’Iran sur le trafic qui y passe devront à présent constituer des objectifs. Alors que le conflit évolue, les objectifs de guerre doivent changer eux aussi.»

La logique de l'escalade

Le crime qui menace résulte directement des conséquences catastrophiques des mauvais calculs ayant accompagné le lancement de cette guerre illégale. Les architectes de l’Opération «Epic Fury» croyaient – ou prétendaient croire – que l’assassinat du Guide suprême Khamenei, la destruction par les airs des capacités militaires conventionnelles de l’Iran et l’appel à la population pour «s’emparer» du gouvernement entraîneraient l’effondrement rapide de la République islamique. La décapitation du régime apporterait un changement de régime. La guerre serait finie en quelques semaines.

Deux semaines après le début de cette guerre, le régime iranien n'est pas tombé. Les CGRI (Corps des gardiens de la révolution islamique) ne se sont pas rendus. L'Iran a riposté par des frappes de missiles et de drones sur huit pays. Le nouveau Guide suprême a ordonné que le détroit d'Ormuz reste fermé. La crise économique mondiale causée par ce blocus échappe à tout contrôle: le baril de pétrole dépasse à présent les 100 dollars, les prix du carburant et des aliments s'envolent dû à ce que l'Agence internationale de l'énergie a appelé la plus grave rupture d'approvisionnement de l'histoire du marché pétrolier mondial.

Face à cette catastrophe qu’il a lui-même provoquée, Trump ne s’arrête pas. Il choisit l’escalade. Il a exigé une «reddition inconditionnelle» et s’est arrogé le droit de choisir le futur dirigeant de l’Iran. Et voilà que son secrétaire à la Défense déclare qu’on «ne permettrait pas que le détroit reste contesté» – l’euphémisme bureaucratique pour la décision d’envoyer des soldats américains tuer et mourir sur le sol iranien.

La marche vers une guerre terrestre se prépare au moyen d’un flux constant de nouveaux déploiements. Le Wall Street Journal a rapporté vendredi qu'environ 5 000 Marines et marins supplémentaires étaient envoyés au Moyen-Orient, explicitement pour fournir des «options d'intervention» dans la guerre qui s'étend, selon un responsable américain cité par le Journal, et pour préparer le terrain à des déploiements plus massifs encore.

Ce que signifierait cette invasion

Les travailleurs et les jeunes doivent comprendre clairement ce qui se prépare. Une invasion terrestre du littoral iranien ne serait pas une opération limitée ou contenue. Ce serait un bain de sang prolongé et atroce.

L’Australian Strategic Policy Institute (ASPI) a comparé, dans une évaluation publiée vendredi, une telle opération à la campagne de Gallipoli en 1915 – la catastrophique tentative britannique de s’emparer des Dardanelles en débarquant des troupes en territoire ottoman. À Gallipoli, la marine n’avait pu dégager le détroit et l’infanterie fut envoyée pour accomplir ce que la marine n’avait pu faire. Il en résulta huit mois de carnage, un quart de million de victimes chez les Alliés et un retrait total sans aucun résultat. Les défenseurs, combattant sur leur propre terrain, s’avérèrent impossibles à déloger.

L'évaluation par cet institut d'une opération similaire à Ormuz est accablante. Ce serait «Gallipoli multiplié par dix, à la différence près que les Iraniens pourraient toujours se replier vers des lignes de défense situées à l'intérieur des terres». Le littoral iranien qui contrôle le détroit s'étend sur plus de 150 kilomètres – trois fois la longueur de la péninsule de Gallipoli – et est adossé à des montagnes offrant des positions défensives en profondeur. «Il n'existe aucune ligne défendable que les forces américaines puissent jamais sécuriser», écrit l’ASPI.

L'Iran a passé 40 ans à se préparer à ce combat. Les CGRI ont fortifié le littoral avec des batteries de missiles anti-navires, des sites de lancement de drones, des installations de pose de mines et des positions pour les centaines de vedettes d'attaque rapide qui forment l'épine dorsale de sa défense côtière. Il a déployé 20 000 troupes navales dans la région du détroit, dont 5 000 fusiliers marins. Il a mené des exercices répétant spécifiquement le repoussement d'un débarquement amphibie. Bandar Abbas – le centre névralgique des opérations navales iraniennes, une ville d'un demi-million d'habitants – est située directement sur le détroit.

Un assaut amphibie américain sur ce littoral ferait face à un mélange de mines sous-marines, d'attaques de bateaux depuis l'eau, et de missiles anti-navires et de drones depuis le rivage. Les soldats qui survivraient au débarquement seraient alors confrontés à une guerre terrestre indéfinie – engins explosifs improvisés, raids de guérilla, frappes de drones, artillerie depuis des positions plus profondément à l'intérieur des terres – contre des forces qui connaissent chaque crête, chaque route et chaque tunnel, et qui peuvent être renforcées par une nation de 90 millions d'habitants.

Pour tenir ce littoral, il faudrait des dizaines, voire potentiellement des centaines de milliers de soldats. Les pertes – lors de l'assaut initial, de l'occupation continue et de l'extension inévitable de l'opération à mesure que chaque objectif «limité» s'avère insuffisant – seraient dévastatrices. Elles ne se compteraient pas en dizaines, comme c'est le cas pour les tués jusqu'à présent, mais en centaines, en milliers – à une échelle que la population américaine n'a pas connue depuis le Vietnam.

Et ce ne seraient que les pertes américaines. Le nombre de morts iraniens, qui se compte déjà par milliers suite à la campagne aérienne, incluant au moins 175 enfants incinérés dans une seule frappe sur une école primaire à Minab, se multiplierait énormément. Hegseth nous a dit à quoi nous attendre. «Pas de pitié» et «pas de quartier». «La mort et la destruction venues du ciel, toute la journée».

La catastrophe plus large

Une invasion terrestre embraserait tout le Moyen-Orient et se transformerait en conflit mondial. Israël étend déjà le génocide de Gaza par un bombardement du Liban, avec des centaines de morts et des centaines de milliers de personnes chassées de leurs foyers. Les puissances impérialistes européennes ont envoyé des navires de guerre patrouiller dans le détroit d'Ormuz.

Image Google Maps montrant l'Iran et le reste de l'Asie centrale. Le détroit d'Ormuz se trouve entre le golfe Persique et le golfe d'Oman, au sud de l'Iran. [Photo: Google Maps]

L'Iran a frappé des bases américaines et des infrastructures alliées dans huit pays. Un débarquement sur le sol iranien déclencherait des attaques de missiles balistiques intensifiées sur les bases américaines, des frappes élargies du Hezbollah sur Israël, des attaques des Houthis sur la navigation en mer Rouge et des frappes directes sur les infrastructures pétrolières arabes du Golfe qui pourraient faire grimper les prix du pétrole à 150 ou 200 dollars le baril et plonger le monde dans la récession.

Et derrière tout cela guette le danger le plus terrifiant de tous. Le gouvernement Trump a refusé d'exclure l'utilisation d'armes nucléaires contre l'Iran. Les armes nucléaires dites «tactiques» – ou les bombes à pénétration de sol comme la B61-11, conçues pour des cibles souterraines fortifiées comme les installations nucléaires enfouies de l'Iran – ont une puissance de dizaines ou de centaines de kilotonnes, soit de nombreuses fois la bombe qui a détruit Hiroshima.

Un président qui mène une guerre «sans pitié», dont le secrétaire à la Guerre se vante d'accorder des «autorités maximales» pour tuer, qui a brisé toutes les normes du droit international et de la gouvernance démocratique – on ne peut présumer que ce président respectera le tabou nucléaire qui tient depuis 1945.

L'utilisation d'armes nucléaires, autrefois impensable, est devenue une possibilité réelle entre les mains d'un gouvernement qui dénie toute valeur à la vie des Iraniens ou des travailleurs partout dans le monde et juge méprisables les contraintes du droit.

Il faut faire cesser la guerre — il faut construire le mouvement de la classe ouvrière

Le Parti démocrate n'arrêtera pas ce crime. Il a financé la guerre.

En février, 21 démocrates de la Chambre ont donné la majorité décisive à l’adoption d’un projet de loi de dépenses gouvernementales de 1 200 milliards de dollars – qui finance les armées jusqu'en septembre 2026 – par 217 voix contre 214, alors que Trump envoyait massivement des moyens militaires au Moyen-Orient. Les chefs du Parti démocrate ont limité leurs objections à des questions de procédure et de protocole – les plaintes procédurales polies de politiciens qui partagent les objectifs stratégiques de la guerre et ne craignent que les conséquences politiques d'être associés à ses échecs. Comme l'a rapporté Drop Site News, un nombre substantiel de sénateurs démocrates estimaient qu'il fallait «en fin de compte s'occuper militairement» de l'Iran – «C'était précisément pour cela qu'ils voulaient que ce soit Trump qui s'en charge.»

La guerre ne sera pas arrêtée par les institutions de la politique bourgeoise, qui en sont complices. Elle sera arrêtée par la résistance organisée de la classe ouvrière.

Le World Socialist Web Site et le Comité international de la Quatrième Internationale lancent cet avertissement et cet appel: un crime terrible est en train d’être préparé. L'invasion de l'Iran produira un carnage à une échelle jamais vue depuis une génération. Il faut la faire cesser.

Les conséquences économiques de la guerre – flambée des prix de l'essence, hausse du coût de la nourriture, détournement d’un milliard de dollars par jour des besoins sociaux vers la machine militaire – tout cela retombe directement sur le dos des travailleurs. Les soldats qui seront envoyés mourir sur les plages iraniennes sont les fils et filles de la classe ouvrière.

Le lien entre la guerre criminelle à l'extérieur et la crise sociale à l'intérieur n'est pas abstrait. L’extension de la guerre contre l'Iran vers une invasion terrestre entraînera la subordination de toute la société américaine à la guerre. Cela signifiera un assaut massif contre les programmes sociaux. Cela nécessitera l'intensification de la dictature à l'intérieur des États-Unis et la criminalisation de l'opposition.

Il existe une énorme opposition populaire à la guerre contre l'Iran, qui va s'intensifier dans les jours à venir. Cette opposition doit être organisée et dirigée politiquement.

Le WSWS appelle les travailleurs à se mobiliser contre la guerre sur leurs lieux de travail, dans les écoles, dans les quartiers. Formez des comités de la base indépendants de la bureaucratie syndicale, qui a maintenu un silence honteux. Liez la lutte contre la guerre au combat pour des salaires décents, pour la santé, pour le logement et l'éducation – les droits sociaux qui sont sacrifiés sur l'autel de la guerre impérialiste. Rejetez les deux partis du capitalisme américain, qui ont démontré une fois de plus qu'ils servent les intérêts de la classe dirigeante, et non ceux du peuple.

La lutte contre la guerre est la lutte contre le système capitaliste qui la produit. Le socialisme n'est pas un idéal utopique. C'est une nécessité existentielle.

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