La requête de financement de 200 milliards de dollars de Trump pour l’Iran montre l’échelle massive des plans de guerre

Des flammes et des panaches de fumée s'élèvent après qu'un drone a percuté un réservoir de carburant, entraînant la suspension temporaire des vols, près de l'aéroport international de Dubaï, aux Émirats arabes unis, tôt lundi 16 mars 2026. [AP Photo/AP Photo]

Le Washington Post a rapporté mercredi que le Pentagone réclamait plus de 200 milliards de dollars au Congrès pour financer la guerre d’agression américaine contre l’Iran — une somme qui dépasserait les quelque 188 milliards de dollars dépensés par les États-Unis pour armer l’Ukraine sur trois ans.

L'ampleur de la requête donne la mesure de la guerre que Trump a lancée. Loin d'être, comme l'a appelée le président, une «excursion », les 200 milliards de dollars réclamés par le Pentagone dépassent même le coût annuel record de la guerre en Irak, qui s'élevait à environ 140 milliards de dollars par an au plus fort de la ‘montée en puissance’ de 2007 — lorsque 170 000 soldats américains occupaient le pays. Aucune invasion terrestre n'a encore eu lieu en Iran, et l'administration demande déjà un crédit plus important pour l'année la plus coûteuse des huit années d'occupation de l'Irak.

La guerre contre l’Iran a coûté plus de 11 milliards de dollars rien que pendant sa première semaine.

Ce financement supplémentaire s'ajoute au projet de loi de crédits de défense de 839 milliards de dollars pour l'exercice 2026, le plus gros budget militaire de l'histoire américaine, adopté par le Congrès en janvier. Si l'on y ajoute les dépenses consacrées aux agences de renseignement, aux programmes d'armes nucléaires du ministère de l'Énergie et aux autres dépenses de sécurité nationale, les dépenses militaires totales des États-Unis dépassent les 1 000 milliards de dollars par an.

Tous les principaux démocrates du Congrès ont voté en faveur du projet de loi de crédits de défense au début de l'année. À la Chambre, il a été adopté par 341 voix contre 88, le chef de la minorité Hakeem Jeffries, la whip de la minorité Katherine Clark et le président du caucus démocrate Pete Aguilar ayant voté pour. Le Sénat l'a approuvé par 71 voix contre 29, le chef de la minorité Chuck Schumer et le whip de la minorité Dick Durbin étant du même coté. Ces mêmes démocrates qui se posent aujourd'hui en critiques de la guerre ont voté pour financer la machine militaire qui la mène.

Avant même le début de la guerre, le président Donald Trump avait réclamé un budget militaire de 1 500 milliards de dollars pour le prochain exercice financier — une augmentation de plus de 50 % — indiquant clairement que l'administration considérait la guerre en Iran comme un simple front dans un renforcement militaire plus large dirigé contre la Russie et la Chine.

Les appels en faveur d'une invasion terrestre se font de plus en plus pressants au sein de la classe politique américaine. Le député républicain du Texas Pete Sessions s'est exprimé mardi sur CNN pour plaider ouvertement en faveur d'une prise par les Marines de l'île de Kharg, le principal terminal d'exportation de pétrole de l'Iran, tout en affirmant de manière absurde qu'un assaut contre l'île ne constituerait pas un «engagement terrestre». Le sénateur républicain Lindsey Graham a écrit sur X: « Celui qui contrôle l'île de Kharg contrôle le destin de cette guerre. Semper Fi.»

Le porte-hélicoptères d'assaut amphibie USS Tripoli, transportant environ 2 200 Marines de la 31e Unité expéditionnaire des Marines (MEU), a été vu mardi traversant le détroit de Malacca en direction du golfe Persique — la première force de combat terrestre en route vers le théâtre d'opérations. Quelque 50 000 militaires américains se trouvent déjà dans la région, appuyés par trois groupes aéronavals.

Au 19e jour de la guerre, les assassinats se sont poursuivis. Israël a assassiné le ministre iranien du Renseignement, Esmaeil Khatib, lors d'une frappe aérienne nocturne mercredi. Il s'agit du dernier épisode d'une campagne d'extermination systématique qui a tué le Guide suprême et une grande partie des hauts dirigeants du gouvernement iranien depuis le 28 février. Le porte-parole de l'armée israélienne, le général de brigade Effie Defrin, a déclaré: « Nous continuerons à traquer tous les hauts fonctionnaires du régime. La série d'assassinats ne s'arrêtera pas. »

Mercredi a également été marqué par l'attaque la plus importante contre les infrastructures énergétiques iraniennes depuis le début de la guerre: des frappes aériennes sur le champ gazier de South Pars, qui fournit 70 % du gaz naturel de l'Iran. L'Iran a répliqué en lançant des missiles sur la cité industrielle de Ras Laffan au Qatar, qui abrite la plus grande installation d'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) du monde, causant ce que QatarEnergy a décrit comme des «dommages considérables». Des missiles et des drones ont également visé l'Arabie saoudite, tandis que l'Irak a annoncé que les importations de gaz iranien, qui représentent un tiers de son approvisionnement en électricité, avaient été entièrement interrompues.

Les travailleurs paient déjà le prix de cette guerre sous forme de hausses des prix de l’essence. Le prix du baril de Brent a dépassé les 110 dollars mercredi, soit une hausse de plus de 40 % depuis le 28 février. Aux États-Unis, le prix de l’essence a grimpé de 29 % pour atteindre 3,84 dollars le gallon (3.785 L), tandis que celui du diesel a franchi la barre des 5 dollars pour la première fois depuis le pic d’inflation de 2022.

Lors de l'audition annuelle sur les menaces mondiales organisée mercredi par la Commission sénatoriale du renseignement, la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, et le directeur de la CIA, John Ratcliffe, ont directement contredit la justification avancée par Trump pour faire la guerre à l’Iran, à savoir que celui-ci était sur le point de mettre au point des missiles capables d'atteindre les États-Unis. Gabbard a déclaré que l’Iran pourrait «commencer à développer » un missile balistique intercontinental (ICBM) «avant 2035, si Téhéran tentait de se doter de cette capacité». Ratcliffe a reconnu que l’Iran «acquérait de l’expérience » dans le domaine des missiles à longue portée, mais a refusé de donner une date à laquelle ceux-ci pourraient menacer le territoire américain.

Gabbard a reconnu que si les dirigeants iraniens avaient été «largement affaiblis» par les attaques américaines et israéliennes, le gouvernement «semble être intact».

Lors d'une autre audition devant la Commission des forces armées de la Chambre des représentants, les deux partis capitalistes ont présenté la guerre contre l'Iran comme l'un des fronts d'un conflit se déroulant sur trois théâtres d'opérations, opposant les États-Unis à la Russie, à l'Iran et à la Chine. Les démocrates ont profité de cette audition pour demander à l'administration si les États-Unis restaient attachés à l'OTAN, compte tenu des déclarations publiques répétées de Trump évoquant un retrait de l'alliance.

Les démocrates ne se sont pas opposés à la guerre par principe. Leur critique revenait à accuser l'administration Trump d'être insuffisamment agressive envers la Russie et la Chine — qu'en bâclant la guerre en Iran et en menaçant d'abandonner l'OTAN, elle compromettait la confrontation militaire plus large que les deux partis considèrent comme essentielle. Le sénateur démocrate Adam Schiff a déclaré que «la Russie est le problème ici», accusant l'administration d'«enrichir notre adversaire, la Russie, aux dépens de l'Ukraine», après que la Maison-Blanche a temporairement levé les sanctions sur le pétrole russe la semaine dernière pour freiner l'envolée des prix de l'énergie. Le représentant Ro Khanna, principal démocrate de la Commission spéciale de la Chambre sur le Parti communiste chinois (PCC), a averti que la guerre en Iran «disperse les forces armées» et mine la préparation des États-Unis contre la Chine.

En Iran, le bilan humain a continué de s'alourdir. Le Croissant-Rouge iranien a fait état d'au moins 47 000 unités d'habitation détruites dans tout le pays. Au Liban, plus de 960 personnes ont été tuées et au moins 2 400 blessées depuis qu'Israël a lancé son assaut le 2 mars, avec au moins 110 enfants parmi les morts. Treize militaires américains ont été tués depuis le début de l'attaque américano-israélienne contre l'Iran.

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