La promesse faite lundi par les ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne (UE) de ne pas participer à la guerre contre l'Iran («Ce n'est pas notre guerre») n'a tenu que trois jours. Jeudi, les chefs d'État et de gouvernement de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et du Japon ont publié une déclaration commune dans laquelle ils se sont engagés à maintenir le détroit d'Ormuz ouvert.
La déclaration ne fait aucune mention des États-Unis ou d'Israël, qui ont attaqué l'Iran il y a 20 jours en violation du droit international et le bombardent sans relâche depuis. Au lieu de quoi, elle impute la responsabilité de la guerre à la victime et accuse l'Iran de violer le droit international.
«Nous condamnons avec la plus grande fermeté les récentes attaques menées par l’Iran contre des navires commerciaux non armés dans le Golfe, les attaques contre des infrastructures civiles, notamment des installations pétrolières et gazières, et la fermeture de facto du détroit d’Ormuz par les forces iraniennes», indique le communiqué conjoint. «La liberté de navigation est un principe fondamental du droit international. […] Nous nous tenons prêts à contribuer aux efforts appropriés visant à garantir la sécurité du passage dans le détroit. Nous saluons l’engagement des nations qui participent à la planification préparatoire».
On ne peut interpréter cela que comme l’annonce de leur propre participation à la guerre, participation que les ministres des Affaires étrangères avaient rejetée trois jours auparavant. Bien que la déclaration conjointe ne précise aucune mesure concrète et que le chancelier allemand Friedrich Merz ait déclaré en marge du sommet de l'UE qu'ils ne participeraient qu'une fois les combats terminés, l'escalade rapide du conflit laisse présager un tout autre scénario.
Après l'attaque israélienne, mercredi, du plus grand gisement gazier du monde, «South Pars» — d'où l'Iran tire 70 pour cent de son approvisionnement en gaz naturel — l'Iran a déclaré que les installations pétrolières et gazières du Qatar, d'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis étaient des cibles légitimes.
Des missiles iraniens ont gravement endommagé la plus grande usine de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, à Ras Laffan, au Qatar. Dix-sept pour cent de la capacité de l'installation a été détruite et les réparations pourraient prendre plusieurs années. Deux raffineries de pétrole au Koweït et une à Yanbu, en Arabie saoudite, ont également été touchées. Yanbu est située sur la mer Rouge et est le seul port saoudien qui ne dépend pas du détroit d'Ormuz pour ses exportations de pétrole. Suite à cette escalade, le prix du gaz sur le marché mondial a augmenté de 35 pour cent et celui du pétrole de 7 pour cent, pour atteindre 115 dollars le baril.
Les puissances européennes ont clairement indiqué dès le départ qu'elles ne s'opposaient pas fondamentalement à s’engager dans la guerre, et elle soutiennent un changement de régime à Téhéran. Elles ne sont cependant pas prêtes à se soumettre aux États-Unis et à participer à une guerre sur laquelle elles n'ont aucune influence et qui pourrait se solder par une catastrophe économique et politique pour l'Europe.
Le chancelier Merz l'a réaffirmé dans une déclaration gouvernementale prononcée mercredi au Bundestag, le Parlement allemand, avant son départ pour le sommet européen. Il a commencé par souligner la légitimité de l'Allemagne et de l'Europe à prétendre au statut de grande puissance, contrairement aux États-Unis.
«Au sein de cette Union européenne de 450 millions d’habitants – 100 millions de plus qu’aux États-Unis d’Amérique – nous ne voulons plus nous vendre en-dessous de notre valeur», a-t-il déclaré. «Nous identifions nos intérêts et, simultanément, les moyens de les défendre. Nous apprenons: les autres dépendent aussi de nous, pas seulement nous d’eux. Et nous apprenons que nous pouvons aussi nous servir de cela, que nous devons le faire.»
Ce sont précisément ces «intérêts», les intérêts de l’impérialisme allemand, que Merz cherche à nouveau à imposer par des «moyens de puissance» — c’est-à-dire par la force militaire — qui entraînent l’Allemagne et l’Europe toujours plus profondément dans le tourbillon d’une guerre qui ne peut se terminer que par une catastrophe sociale et politique.
La guerre d'agression brutale menée contre l'Iran n'est pas juste sorti de l'esprit tordu de Trump et de son ministre fasciste de la Guerre, Hegseth. Elle est l'aboutissement, à ce jour, de 35 années d'efforts américains pour compenser leur déclin économique par le recours à la force militaire, efforts qui ont dévasté de vastes régions du Moyen-Orient et qui bénéficient du soutien des républicains comme des démocrates.
Durant le régime tortionnaire brutal du Shah – que Washington a aidé à porter au pouvoir par un coup d'État en 1953 – l'Iran était le principal bastion des États-Unis au Moyen-Orient. Ce n'est qu'après la révolution de 1979 qu'Israël lui a succédé. L'impérialisme américain n'a jamais pardonné cette révolution au peuple iranien.
Avec Trump, l’impérialisme américain s'efforce à présent d'anéantir tous les acquis des 120 dernières années – les acquis sociaux de la classe ouvrière ainsi que le résultat des luttes de libération nationale. L'oligarchie multimilliardaire dont Trump représente les intérêts tente de replonger le monde dans le colonialisme et l'exploitation sans bornes du XIXe siècle. Trump revendique la totalité de l'Amérique latine, Cuba et le Moyen-Orient et prépare une guerre contre la Chine.
L’impérialisme allemand, qui a déjà plongé deux fois le monde dans la catastrophe, ne peut rester les bras croisés. De même que la Première Guerre mondiale, qui débuta par un conflit au sujet de la Serbie et dégénéra rapidement en lutte brutale pour le partage du monde, impliquant 40 États et quelque 70 millions de soldats, la guerre contre l’Iran menace elle aussi de devenir un embrasement planétaire.
Dans son discours au Bundestag, Merz a ouvertement exprimé sa solidarité avec les bellicistes. Le gouvernement allemand partageait «avec Israël et les États-Unis l'objectif que l'Iran ne puisse plus constituer une menace à l'avenir». Il a rejeté une participation au conflit, arguant qu'«il n'existait à ce jour aucun plan convaincant quant à la réussite de cette opération». Mais cela n'exclut pas une participation en cas d'escalade du conflit.
Le droit international, dont la violation par la Russie a pendant quatre ans servi de prétexte au financement allemand de la guerre en Ukraine, à hauteur de près de 100 milliards d'euros, est aujourd'hui piétiné. Pourtant, aucun expert juridique sérieux ne doute que la guerre contre l'Iran est contraire au droit international – autrement dit, un crime de guerre.
95 professeurs de droit allemands, enseignant dans diverses universités, ont signé une déclaration accusant le gouvernement allemand de ne pas avoir «clairement condamné les actes contraires au droit international» et, de ce fait, de «contribuer à saper l’ordre institutionnel fondé sur des règles, en Europe et dans le monde». Ces juristes expliquent en détail pourquoi le recours à la force militaire contre l’Iran par Israël et les États-Unis constitue «une violation de l’interdiction du recours à la force en vertu du droit international».
La politique étrangère est indissociable de la politique intérieure. Avec la même brutalité dont font preuve les puissants en bafouant le droit international quand il entrave leurs intérêts impérialistes, ils ignoreront les droits démocratiques dès que commencera à s'organiser la résistance à leur politique de guerre et de casse sociale.
(Article paru en anglais le 20 mars 2026)
