Le World Socialist Web Site continue de recevoir des témoignages de soutien de partout au Canada à la candidature de Will Lehman à la présidence du syndicat des Travailleurs unis de l’automobile (UAW) aux États-Unis. Employé de la base chez Mack Trucks en Pennsylvanie, Lehman mène une campagne socialiste visant à abolir la bureaucratie syndicale et à redonner le pouvoir aux travailleurs de l’atelier. Pour soumettre votre témoignage de soutien, contactez-nous.
Le comité de base de National Steel Car : « Une étape importante vers l’émancipation des travailleurs du joug des bureaucraties syndicales à travers le continent »
Le Comité de base de National Steel Car (NSCRFC) a été créé à l’usine National Steel Car de Hamilton, en Ontario, en 2023. Sa fondation exprimait l’indignation des travailleurs envers la direction et la bureaucratie des Métallos (USW) suite à la mort de trois ouvriers au travail dans l’usine en l’espace de 18 mois. Lors du dernier conflit contractuel en 2023, qui a culminé avec une grève, le NSCRFC a milité pour que les travailleurs prennent les choses en main et appelle les travailleurs de l’ensemble du secteur manufacturier et d’autres industries à élargir leur lutte à un combat pour des emplois décents, stables et bien rémunérés pour tous.
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Confrères et consœurs,
Il se passe quelque chose au sein des membres de la base des Travailleurs unis de l’automobile (UAW) aux États-Unis. Quelque chose qui est non seulement central à la position idéologique de ce comité, mais constitue également une étape importante vers l'émancipation des travailleurs du joug des bureaucraties syndicales à travers le continent. Un employé de Mack Trucks, originaire de Macungie, en Pennsylvanie, se présente à la présidence de l'UAW. Il s'appelle Will Lehman, et sa candidature risque fort de bousculer l'establishment de l'UAW et d'inquiéter les bureaucrates syndicaux d'autres organisations qui se sont adaptés au statu quo des « partenariats patronat-syndicats ». Certains d'entre vous connaissent peut-être Lehman, car il est intervenu lors d'une réunion en ligne que nous avons organisée pendant notre grève de 2023.
Ce n'est pas la première fois que Lehman se présente à la présidence de l'UAW. Il s'était déjà présenté en 2022 lors de la première élection de l'UAW organisée par un vote direct des membres pour la présidence du syndicat.
Il convient de noter certains points concernant cette élection. Ces élections n'ont eu lieu qu'en raison d'un vaste scandale de corruption ayant entraîné l'incarcération de plusieurs hauts responsables de l'UAW. Auparavant, l'UAW organisait des élections par délégation, garantissant ainsi l'élection des mêmes bureaucrates opportunistes.
Afin de maintenir les postes de direction entre de « bonnes » mains, l'élection de 2022 a fait l'objet d'une importante campagne de musèlement du vote orchestrée par la bureaucratie de l'UAW, qui a même omis d'informer la grande majorité de ses membres de la tenue de ce scrutin. Sur 1,1 million d'électeurs inscrits, seuls 104 776 votes ont été exprimés. L'équipe de campagne de Lehman a déposé de nombreux recours juridiques qui ont finalement abouti à un verdict favorable, les tribunaux ayant jugé que le ministère du Travail de l'administration Biden avait agi de manière « arbitraire et capricieuse » en rejetant ses plaintes. Malgré cela, l'administration Biden précédente et l'actuelle administration Trump ont validé le scrutin.
Lors de l'élection de 2022, Lehman a recueilli environ 5 000 voix, soit environ 5 % des suffrages exprimés. Il s'agissait d'un succès remarquable pour quelqu'un qui s'était présenté ouvertement comme socialiste dans un contexte où le mot « socialiste » est traîné dans la boue depuis des décennies par la classe dirigeante américaine et les bureaucrates syndicaux, et où l'UAW menait une campagne systématique pour empêcher les gens de voter. Au cours des quatre années qui ont suivi, la situation a évolué et la conscience politique des travailleurs s'est accrue. Les conditions sont aujourd'hui encore plus favorables pour que le programme de Lehman trouve un large écho, non seulement auprès des ouvriers de l'automobile et des employés des services universitaires représentés par l'UAW, mais auprès de tous les travailleurs d'Amérique du Nord.
La campagne de Lehman repose sur quatre principes clés :
1. Mettre fin à la dictature de la bureaucratie de l'UAW. Cela implique de purger le syndicat de ses bureaucrates parasitaires, de créer un réseau de comités de base et de transférer le pouvoir et la prise de décision de l'appareil pro-patronal aux travailleurs de l’atelier.
2. Mettre fin à la collaboration du syndicat avec les entreprises. Cela signifie rompre le partenariat patronat-syndicat et les politiques pro-patronales et les remplacer par une stratégie de lutte de classe. Cette situation perdure depuis trop longtemps, non seulement dans l'UAW, mais aussi dans l'USW. Le programme de Lehman prévoit des salaires compensant intégralement les pertes dues aux concessions passées et à l'inflation, une politique de zéro licenciement, une assurance maladie prise en charge par l'employeur et, enfin, la revendication historique d'une semaine de travail de 30 heures sans perte de salaire.
3. Le rejet du chauvinisme et du nationalisme de la bureaucratie de l'UAW. Cela renvoie aux manifestations patriotiques abjectes qui ont eu lieu des deux côtés de la frontière lors de la grève des travailleurs de l'automobile de 2023, sans parler des plus de 40 ans de chauvinisme canadien et américain propagés par les bureaucraties de l'UAW et des TCA/Unifor depuis la scission nationaliste de 1985.
Pour la première fois en 25 ans, les conventions collectives arrivaient à échéance simultanément des deux côtés de la frontière. Pourtant, ni l'UAW, sous la direction de Fain, ni Unifor, sous celle de Lana Payne, n'ont fait le moindre effort pour collaborer et proposer une stratégie commune qui aurait profité aux travailleurs de l'automobile des deux côtés de la frontière. Au contraire, Payne s'est ouvertement félicitée de défendre une « approche canadienne » lors des négociations. Elle a permis à Unifor d’intensifier la compétition malsaine pour les emplois et les conditions de travail de part et d'autre de la frontière en acceptant une convention collective de trois ans au lieu des ententes traditionnelles de quatre ans. Il en résulte que la ronde de négociations annuelle des membres d'Unifor a lieu cette année un an avant celle de leurs collègues américains.
Aucune automobile n'appartient à un seul pays, car ses pièces franchissent les frontières à de multiples reprises avant qu'une voiture ne soit finalement assemblée. Ce qui s'est produit, c'est l'isolement des débrayages et, au final, des conséquences désastreuses, notamment des licenciements et des fermetures d'usines, tandis que les constructeurs automobiles engrangeaient des profits records. Pour reprendre les mots de Lehman : « Les travailleurs n'ont rien à gagner d'une guerre commerciale, qui se résume à une lutte entre capitalistes pour le contrôle des marchés et une plus grande part des profits tirés de l'exploitation de la classe ouvrière. Ce dont nous avons besoin, c'est d'une stratégie internationale fondée sur la lutte unifiée des travailleurs américains, canadiens et mexicains contre les multinationales. »
Ce sujet est extrêmement pertinent pour nous, chez National Steel Car, en ce qui concerne la question des tarifs douaniers et la façon dont ils menacent nos emplois, non seulement dans la production de wagons de chemin de fer, mais aussi dans l'ensemble de la production d'acier au Canada. Nous avons publié des déclarations s'opposant à la stratégie nationaliste des Métallos et aux tarifs douaniers en réponse à la guerre commerciale de Trump.
L’opposition de Lehman au nationalisme et son appel à l’unité de classe internationale soulignent également comment l’USW a trahi notre grève de 2023 en ne faisant rien pour étendre notre lutte aux travailleurs de Wabtec à Erie, en Pennsylvanie, qui étaient en grève au même moment. Wabtec fabrique des pièces de freins utilisées dans notre atelier de camions et d’essieux. Nous n’avons pas à nous demander ce que la bureaucratie de l’USW nous réserve lorsque notre convention collective prendra fin le 6 août prochain. Nous connaissons déjà ses manœuvres nationalistes et anti-ouvrières.
4. Appel à la mobilisation du pouvoir social et politique des travailleurs pour défendre les droits démocratiques et s’opposer à la guerre.
Ce point est extrêmement important alors que nous voyons des gouvernements du monde entier mener des guerres, qu’il s’agisse de Trump et des États-Unis contre l’Iran ou de l’OTAN dans son ensemble, Canada compris, contre la Russie en Ukraine. Dans tous les pays, la classe dirigeante nous fait payer le prix de ces guerres et des programmes de réarmement massifs qui les accompagnent, par le biais de coupes dans les salaires et les avantages sociaux, d'attaques contre nos conditions de vie et du démantèlement des services publics dont nous et nos familles dépendons. Notre capacité à nous exprimer et à résister est étouffée par des interdictions de grève, comme celles imposées aux postiers, aux dockers et aux cheminots, tandis que le pillage impérialiste et les massacres se poursuivent sans qu'aucune voix de protestation de principe ne s'élève au sein de l'establishment politique. La classe dirigeante, par l'intermédiaire de ses agents législatifs, ne tolère aucune dissidence de la part de ceux qu'elle juge remplaçables. C'est pourquoi des camps de concentration sont construits aux États-Unis pour détenir les immigrants, l'une des sections les plus opprimées de la classe ouvrière.
La campagne de Lehman peut amorcer le processus d’éviction définitive de ces bureaucraties pro-capitalistes et nationalistes et de construction d'organisations démocratiques mobilisant le pouvoir des travailleurs et la lutte de classe. C'est pourquoi le Comité de base de National Steel Car soutient pleinement la candidature de Will Lehman à la présidence de l'UAW.
Vous pouvez en apprendre davantage sur la campagne ici ou visionner cette entrevue vidéo avec Lehman.
Un employé de l’Agence du revenu du Canada : « Will est le seul candidat qui comprenne les besoins des travailleurs »
Un employé de l’Agence du revenu du Canada a transmis le message de soutien suivant à la campagne de Lehman :
Je m'appelle Erik et je travaille au service du courrier de l'Agence du revenu du Canada. J'appuie fermement la candidature de Will Lehman à la présidence de l'UAW, car il est le seul candidat qui comprenne les besoins des travailleurs de la base : se libérer de la bureaucratie syndicale, donner le pouvoir aux travailleurs sur le terrain et unifier la lutte des travailleurs à l'échelle internationale. Les travailleurs n'obtiendront jamais le respect ni la dignité qu'ils méritent tant que leurs conditions de travail seront gérées par des bureaucrates déconnectés des réalités de la classe ouvrière.
Il a expliqué que les employés de la fonction publique sont confrontés à la perspective imminente de perdre leur emploi, car le gouvernement libéral dirigé par l'ancien banquier central Mark Carney supprime jusqu'à 40 000 emplois pour financer la guerre et enrichir l'oligarchie financière. Dans ces conditions, il estime que l'Association de la fonction publique du Canada (AFPC), agent négociateur de nombreux employés du secteur public, conduit les travailleurs à la défaite. Il a commenté une mise à jour du syndicat de l'AFPC en janvier :
Cette mise à jour invite les travailleurs à « rester à l'écoute ». Elle souligne des problèmes graves, mais ne propose aucune solution, se contentant de formules creuses. Qu'attendons-nous ? « Rester à l'écoute » pour faire quoi ? L'AFPC fait preuve d'une négligence flagrante, et à ce stade, cela ne peut être que délibéré. L'AFPC tente de nous détourner de la réalité, gagnant du temps jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour que les travailleurs puissent agir face aux changements imminents.
Nous prenons du retard en matière de santé publique avec la COVID-19 et les épidémies locales de rougeole, et les ressources destinées à protéger la société sont réorientées vers l'armée et la guerre. Nous constatons que cette soif de guerre et de profit se manifeste de la pire des manières avec le meurtre d'Alex Pretti à Minneapolis, celui de Renée Good avant lui, et les violences de l'ICE dans les rues américaines. Maintenant que l'empire s'effondre, l'Amérique utilise sur son propre territoire les tactiques qu'elle a employées à l'étranger. Interrogez un Irakien ou un Afghan sur les pratiques et les politiques mises en œuvre par Trump, et ils reconnaîtront immédiatement ce type de violence pour ce qu'il est : une guerre urbaine agressive orchestrée depuis la Maison-Blanche.
Un éducateur québécois : « Nous, les travailleurs du Québec et du Canada, menons le même combat que vous »
Au Québec, les travailleurs des secteurs public et privé subissent une dégradation massive de leurs conditions de travail et de vie. Le gouvernement chauvin de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a imposé des mesures d'austérité drastiques ces dernières années et a octroyé des milliards de dollars en subventions aux grandes entreprises. À l'approche des élections provinciales de cette année, il semble prêt à être remplacé par le Parti Québécois, un parti d'extrême droite étroitement lié à la bureaucratie syndicale de la province et partisan du séparatisme québécois. Un éducateur de la région de Montréal a clairement indiqué au WSWS qu'il considère la campagne de Lehman comme un puissant rempart contre ce virage à droite brutal. Il a écrit :
Je m’appelle Laurent et je suis éducateur spécialisé auprès d’élèves à besoins particuliers au Québec. Bien que je ne sois pas membre de l’UAW, je tiens à exprimer mon soutien inconditionnel à Will Lehman, candidat à la présidence de l’UAW. J’appuie son appel à renverser la bureaucratie syndicale et à rendre le pouvoir aux travailleurs de la base. C’est nous qui créons toute la richesse que les riches propriétaires d’entreprises et les actionnaires s’approprient, et pourtant nous ne recevons que des miettes en retour.
Depuis des décennies, les travailleurs voient leurs salaires et leurs conditions de travail se dégrader sans cesse, tandis que les riches s’enrichissent. Ce processus n’a été possible que grâce à la complicité d’appareils syndicaux comme l’UAW. Les bureaucrates syndicaux se sont enrichis personnellement et font désormais partie intégrante du système. Ils sont hostiles aux luttes des travailleurs de l’automobile et à la lutte de classe au sens large. L’époque où les syndicats nationaux pouvaient mener des luttes pour des améliorations modestes pour les travailleurs est révolue. Aujourd’hui, les dirigeants syndicaux ont des intérêts matériels très directs dans le système capitaliste. Ils nous considèrent comme du bétail à exploiter, une main-d'œuvre à marchander. Et pour chaque concession accordée dans les conventions collectives, ils empochent leur part du butin.
Rejetant la campagne systématique menée par la classe dirigeante pour opposer les travailleurs canadiens à leurs compatriotes américains, et la promotion du séparatisme québécois fondée sur des différences linguistiques et le chauvinisme québécois, Laurent a poursuivi :
Les dirigeants syndicaux ont tellement viré à droite que certains d'entre eux – menés par nul autre que Shawn Fain – collaborent étroitement avec l’aspirant dictateur Trump. Ils soutiennent sa guerre commerciale contre le Canada et le monde. Ne tombez pas dans ce piège qui nous divise : les travailleurs n'ont aucun intérêt à cette guerre commerciale !
Notre lutte est une lutte internationale, camarades ! Nous, travailleurs du Québec et du Canada, menons la même lutte que vous : contre la dégradation des services publics, les gouvernements au service de l’oligarchie financière, les atteintes aux droits démocratiques, les salaires inférieurs à l’inflation et la menace d’une guerre mondiale. Nos syndicats sont tout aussi corrompus que les vôtres. Au Québec, par exemple, il y a deux ans, ils ont saboté la lutte des travailleurs du secteur public, malgré un fort soutien populaire. Les syndicats se préparent à appuyer le Parti Québécois, parti indépendantiste, lors des prochaines élections : un parti ultranationaliste qui promeut le séparatisme québécois, défend des politiques d’extrême droite, s’en prend aux immigrants et courtise Trump.
À cela, nous disons : ça suffit ! La bureaucratie syndicale est incapable de défendre nos intérêts. Pire encore, elle collabore avec l’État et les employeurs contre nous. Alors, chassons-les et créons de nouveaux organismes de travailleurs, pour les travailleurs. Pour les comités de base ! Votez pour Will, le seul candidat qui se bat pour vous aider à reprendre le pouvoir au travail. Le seul qui se bat pour l'unité de tous les travailleurs afin d'instaurer un véritable changement et d'atteindre l'égalité sociale que nous méritons !
(Article paru en anglais le 20 mars 2026)
