Newroz 2026 : Mobilisons la classe ouvrière contre la guerre impérialiste et pour des gouvernements ouvriers au Moyen-Orient !

Feu de joie de Newroz au Kurdistan du Nord, 2008 [Photo by Jan Kurdistan - BERXODAN Kurdistan / CC BY-SA 2.0]

La fête traditionnelle du printemps, Newroz, célébrée par les peuples du Moyen-Orient et d'Asie centrale, tombe cette année en plein ramadan, sur fond de barbarie impérialiste débridée. Alors que la guerre israélo-américaine contre l'Iran entre dans sa quatrième semaine, Israël a envahi le Liban et poursuit son génocide à Gaza. En Syrie, les Kurdes et les Alaouites sont sous la menace du nouveau régime djihadiste soutenu par les États-Unis et la Turquie.

Le génocide à Gaza – qui a officiellement fait plus de 70 000 morts palestiniens, le bilan réel étant estimé bien plus lourd – s'est étendu à une guerre contre l'Iran et le Liban. Il est rendu possible non seulement par le soutien ouvert des puissances impérialistes européennes, mais aussi par le soutien explicite ou tacite de la Turquie, de l'Azerbaïdjan et des régimes arabes de la région. L’Azerbaïdjan est le principal fournisseur de pétrole d’Israël, tandis que le pétrole destiné à l’État sioniste transite par la Turquie avec l’accord d’Ankara. Les bases militaires américaines et de l’OTAN situées en Turquie – notamment İncirlik et Kürecik – continuent de servir les intérêts de Washington et de Tel-Aviv et sont utilisées directement contre l’Iran.

La déclaration commune publiée à l’issue de la « Réunion ministérielle consultative des ministres des Affaires étrangères du Groupe des pays arabes et islamiques sur les agressions iraniennes », qui s’est tenue la semaine dernière à Riyad, en Arabie saoudite – et signée par la Turquie – condamne l’Iran, pays attaqué, sans même nommer les États-Unis, qui ont lancé une guerre d’agression impérialiste totalement illégale et non provoquée contre une nation de 90 millions d’habitants. Cette déclaration prouve de manière irréfutable que la lutte contre l’impérialisme est indissociable de la lutte contre les régimes bourgeois qui en sont complices.

Alors même que les États-Unis et Israël poursuivent leurs bombardements sur l'Iran, Washington prépare une offensive terrestre visant à s'emparer du détroit d'Ormuz et de l'île de Kharg, par laquelle transitent 90 % des exportations de pétrole iranien. Ceci marque une nouvelle phase, bien plus dangereuse, des guerres impérialistes qui ravagent la région depuis 35 ans. Le risque d'un élargissement du conflit à la Turquie et à d'autres pays, et d'une escalade à l'échelle mondiale, s'accroît de jour en jour.

Les mensonges impérialistes déjà utilisés contre l'Irak, la Syrie et la Libye sont de nouveau recyclés, avec l'affirmation que cette guerre d'anéantissement apportera «démocratie et liberté » au peuple iranien – comme si les guerres d'agression impérialistes et de changement de régime incessantes menées depuis 1991 n'avaient pas déjà détruit des sociétés entières, tué des millions de personnes, déplacé des dizaines de millions d'autres et engendré une catastrophe d'une ampleur historique.

Le président Donald Trump, qui œuvre à l'instauration d'un régime fasciste aux États-Unis, et le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou ne se soucient guère des droits politiques des Iraniens, qu'ils soient kurdes, perses ou d'une autre nationalité. Ce qui les intéresse, ce sont les ressources énergétiques de l'Iran et sa position stratégique. Les travailleurs iraniens, du Moyen-Orient et du monde entier doivent répondre à ces mensonges par une revendication unique et sans équivoque : « Ne touchez pas à l’Iran !» C’est à la classe ouvrière iranienne, qui comprend les Perses, les Kurdes, les Azéris et les autres nationalités, de régler ses comptes avec la République islamique !

L'enjeu de cette guerre contre l'Iran est l'asservissement d'un pays qui s'est affranchi de l'emprise de Washington lors de la révolution de 1979, et l'aboutissement de 35 années de guerre impérialiste visant à placer tout le Moyen-Orient sous une domination impériale totale. Comme l'a expliqué David North, président national du Parti de l'égalité socialiste aux États-Unis, la stratégie de cette guerre est « d'abolir le XXe siècle, d'effacer toutes les conséquences des luttes socialistes et démocratiques nationales du XXe siècle, de faire comme si tout cela n'avait été qu'une grave erreur, de restaurer la domination coloniale et de rétablir l'impérialisme ».

Parallèlement, cette guerre est une tentative de la classe dirigeante américaine de résoudre, par la guerre et la conquête étrangère, les contradictions insolubles auxquelles elle est confrontée sur son propre territoire. L'administration Trump poursuit cette politique d'agression et de domination mondiale, qui vise désormais l'Iran, de pair avec ses efforts pour instaurer un régime fasciste aux États-Unis mêmes. La guerre à l'étranger et le front intérieur sont indissociables. L'administration Trump exige un budget de guerre de 200 milliards de dollars, qui s'ajoute à un budget de la défense déjà faramineux de 839 milliards de dollars pour la seule année en cours. Cet argent sera prélevé sur les dépenses de santé, d'aide alimentaire et autres programmes sociaux aux États-Unis. Cette guerre est une attaque non seulement contre les peuples du Moyen-Orient, mais aussi contre la classe ouvrière américaine elle-même.

Le Groupe pour l'égalité sociale, prédécesseur du Sosyalist Eşitlik Partisi – Dördüncü Enternasyonal, lançait l'avertissement suivant dans sa déclaration de Newroz de 2013 : « Une victoire des impérialistes occidentaux en Syrie [...] ouvrira la porte à une intervention impérialiste contre l'Iran. » Cet avertissement s'est avéré. Les États-Unis, qui bombardent aujourd'hui l'Iran, sont ceux qui ont dévasté la Syrie et porté au pouvoir le régime Hayat Tahrir al-Cham (HTC), lié à Al-Qaïda.

Comme en 2013, une manœuvre de « processus de paix » entre Ankara et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) émerge. À cette époque également, les négociations se déroulaient sous l'influence de l'aggravation de la guerre impérialiste au Moyen-Orient, et surtout en Syrie. Et c'est précisément cette même dynamique qui a finalement conduit à des milliers de morts, des centaines de milliers de déplacés dans la zone kurde et l'emprisonnement d'innombrables politiciens kurdes.

L'échec de ces négociations en 2015 n'était pas dû à un « manque de volonté » de part et d'autre. Les causes étaient bien plus profondes et ancrées dans des conditions objectives. Comme l'expliquait Léon Trotsky, qui a codirigé la révolution d'Octobre 1917 aux côtés de Vladimir Lénine, dans sa théorie de la révolution permanente : à l'époque de l'impérialisme, la bourgeoisie est incapable de résoudre les tâches démocratiques fondamentales ; cette tâche incombe à la classe ouvrière, rassemblant les masses opprimées derrière elle, et requiert un programme socialiste international.

Les dirigeants nationalistes bourgeois turcs et kurdes, profondément impliqués dans la guerre impérialiste au Moyen-Orient, ne peuvent bâtir un « îlot de paix et de démocratie » dans un contexte de mécontentement et de résistance croissants de la classe ouvrière et de transformation de la région en un véritable enfer. D'ailleurs, ce n’est pas ce qu’ils cherchent à accomplir. Leur position objective les place résolument contre la paix et la démocratisation. Ils cherchent à négocier un accord entre leurs propres intérêts réactionnaires et les ambitions de « nouveau Moyen-Orient » de leur allié, l’impérialisme américain.

Le Newroz, qui dans la mythologie kurde et perse est associé à des légendes de résistance contre l’oppression, est devenu – surtout depuis le début des années 1990 – une journée de rébellion nationale et de résistance pour le peuple kurde de Turquie contre la répression d’État et la politique de négation de l’identité kurde. Cette journée significative doit désormais se transformer en une journée de résistance pour tous les peuples opprimés contre les chaînes coloniales que l’impérialisme cherche à imposer en Iran et dans l’ensemble du Moyen-Orient. Les aspirations du peuple kurde à la liberté, à la paix et à la démocratie ne pourront se réaliser tant que le génocide se poursuivra en Palestine et que les peuples du Liban et d’Iran seront soumis à une guerre d’anéantissement.

Le retour de l’État turc à la table des négociations avec le PKK n’est pas indépendant des plans de Washington pour l’Iran et le Moyen-Orient, ni des objectifs expansionnistes d’Israël dans la région. Le Sosyalist Eşitlik Partisi souligne que toutes les affirmations des groupes de pseudo-gauche qui apportent un soutien ouvert ou «critique » aux négociations entre Ankara et le PKK – suggérant que ce processus pourrait servir les intérêts des travailleurs turcs et kurdes – sont une imposture. Comme Lénine l'expliquait succinctement en 1916, en pleine Première Guerre mondiale :

Quiconque promet aux nations une paix « démocratique » sans prêcher en même temps la révolution socialiste, ou tout en reniant la lutte pour celle-ci – lutte qui doit être menée maintenant, pendant la guerre – trompe le prolétariat.

Les travailleurs turcs et kurdes doivent refuser de se soumettre aux intérêts des directions nationalistes bourgeoises pro-impérialistes turques et kurdes et s'unir à leurs frères et sœurs de classe au Moyen-Orient et dans le monde entier contre toutes ces forces. L'objectif ne doit pas être la réconciliation avec les puissances génocidaires et leurs collaborateurs, mais le renversement des régimes capitalistes dans toute la région par la mobilisation de masse de la classe ouvrière, l'expulsion des puissances impérialistes et l'établissement d'une Fédération socialiste du Moyen-Orient.

Faire peser le fardeau de la guerre et du militarisme sur la classe ouvrière ne fera qu'intensifier la lutte des classes partout. En Turquie, des millions de travailleurs luttent contre le coût de la vie et peinent à joindre les deux bouts, tandis qu'une infime minorité au sommet – l'oligarchie capitaliste – continue d'accroître sa richesse. Selon le rapport UBS de 2025 sur la richesse mondiale, la Turquie se classe deuxième parmi les pays européens en termes d'inégalités de richesse en 2024. D'après un rapport de l'Institut turc de la statistique de 2023, 7 millions d'enfants (31,3 %) vivent sous le seuil de pauvreté. La Turquie arrive en tête en Europe pour la pauvreté infantile parmi les pays de l'OCDE. Chaque centime dépensé en armements et en guerre sera pillé à la santé, à l'éducation et aux moyens de subsistance des travailleurs.

Ces faits soulignent que la division décisive de la société est une division de classes. Seule l'unité internationale de la classe ouvrière peut ouvrir la voie à l'émancipation de tous les opprimés. C'est précisément pour cette raison que le gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan cherche à réprimer le mouvement indépendant émergent de la classe ouvrière – affranchi de la bureaucratie syndicale – par l'intimidation et la répression, comme en témoigne la récente arrestation à Gaziantep de Mehmet Türkmen, dirigeant du syndicat indépendant BİRTEK-SEN.

Les confédérations syndicales, qui depuis des décennies aident l'État et les entreprises à réprimer la lutte de classe, sont complices de ces efforts. Les travailleurs doivent créer leurs propres comités de base. Ce sont les instruments qui leur permettront de s'organiser indépendamment de cette bureaucratie, sous leur propre contrôle direct. Ce sont des formes d'organisation qui protègent les grèves et les actions militantes des actes de sabotage bureaucratiques, relient les lieux de travail entre eux et donnent une expression concrète à la solidarité internationale.

L'affirmation selon laquelle la classe dirigeante et ses représentants politiques – qui exploitent sans scrupules les travailleurs turcs, kurdes et arabes, dégradent leurs conditions de vie, bafouent leurs droits démocratiques fondamentaux et entraînent la Turquie dans une guerre sous l'égide de l'impérialisme des États-Unis et de l’OTAN – peuvent apporter la paix et la démocratisation auxquelles aspirent les travailleurs est un mensonge flagrant.

Pour accomplir ces tâches urgentes en Turquie et dans tout le Moyen-Orient, il est nécessaire d'unir les travailleurs de toutes nationalités autour d'un programme socialiste et de lancer une offensive frontale contre la richesse et le pouvoir de la classe dirigeante. Cela implique de lutter pour établir l'indépendance politique de la classe ouvrière vis-à-vis de tous les partis au service de l'impérialisme et de construire une nouvelle direction révolutionnaire. Cette direction est incarnée par le Comité international de la Quatrième Internationale et les Partis de l'égalité socialiste qui lui sont affiliés.

À l'occasion de Newroz 2026, le Sosyalist Eşitlik Partisi appelle tous les travailleurs à s'unir contre l'agression impérialiste-sioniste, à défendre l'Iran, le Liban et la Palestine – pays historiquement opprimés – par les méthodes de la lutte de classe. Constituons des comités de base dans les usines, les ports, les mines, les hôpitaux et les écoles afin de mobiliser la classe ouvrière comme force politique indépendante dans la lutte contre la guerre impérialiste, la dictature et la contre-révolution sociale – pour des gouvernements ouvriers et le socialisme. Pour ce combat, nous formulons les revendications suivantes :

  • La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, l’invasion du Liban et le génocide à Gaza doivent cesser immédiatement et sans condition.
  • Toutes les forces armées américaines présentes au Moyen-Orient doivent être retirées et les bases militaires – y compris celles situées en Turquie – qui constituent l’infrastructure de la domination impérialiste doivent être fermées.
  • Le sommet de l’OTAN prévu en juillet à Ankara doit être annulé ; la Turquie doit se retirer de l’OTAN ; l’OTAN doit être dissoute ; et toutes les ressources consacrées au militarisme et à la guerre doivent être réorientées vers les besoins de la société.
  • Toutes les sanctions et la guerre économique contre l’Iran et tous les autres pays doivent cesser.
  • Tous les criminels de guerre doivent être traduits en justice.
  • Tous les prisonniers politiques doivent être libérés.
  • Les droits démocratiques fondamentaux du peuple kurde doivent être reconnus immédiatement, à commencer par l'enseignement dans la langue maternelle et la reconnaissance constitutionnelle de la langue kurde.

(Article paru en anglais le 22 mars 2026)

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