Les victoires du PS et des gaullistes aux municipales françaises révèlent la faillite de Mélenchon

Les élections municipales françaises, marquées par un silence assourdissant sur la guerre qui embrase le Moyen Orient ainsi que par une forte abstention, ont vu une stabilisation passagère et limitée des partis traditionnels qui soutiennent le gouvernement Macron-Lecornu. Ceci ne signifie pas un regain de soutien pour Macron, qui reste largement haï des Français. Les réformes des retraites et les tentatives de Macron d’impliquer la France dans des guerres contre l’Iran et la Russie suscitent encore un large rejet.

Mais aucune des questions brûlantes de l’époque ne sera résolue à l’intérieur du système politique existant, aux ordres d’une oligarchie capitaliste pourrie. Le résultat faussé de l’élection est le résultat de la stratégie d’alliance poursuivie par les partis mis en avant par la classe dominante en tant que «partis d’opposition» officiels.

Mélenchon et son parti LFI ont bâti leur alliance bancale, le Nouveau Front Populaire (NFP), avec le PS, le PCF et les Verts, d’une part. Le RN néofasciste emporté par Jordan Bardella a prôné lors de ces élections une «Union des droites» avec LR. Avec cette aide, le PS et LR, tout en étant passés en-dessous de la barre des 5 pour cent aux dernières élections présidentielles en 2022, ont pu conserver le gros de leurs bastions.

L’alliance PS-Verts-PCF a remporté la plupart des plus grandes villes. Parmi elles, on compte Paris (Emmanuel Grégoire, PS), Lyon (Grégory Doucet, Verts), Marseille (Benoît Payan, divers gauche), Lille (Arnaud Deslandes, PS), Strasbourg (Jeanne Barseghian, Verts), Nantes (Johanna Roland, PS) et Rennes (Nathalie Appéré, PS). La droite a remporté Toulouse de justesse (Jean-Luc Moudenc, divers droite) et Nice (Eric Ciotti, LR soutenu par le RN).

Les partis liés à Macron n’ont remporté que Bordeaux (Thomas Cazenave, Renaissance), avec le soutien de la droite contre un candidat Vert. L’ex-premier ministre de Macron, Edouard Philippe, longtemps maire du Havre, a conservé son mandat dans cette ville. Macron a soutenu du nombreux candidats de droite en vue mais finalement malheureux, y compris Rachida Dati à Paris et Jean-Michel Aulas à Lyon.

Une «vague bleue marine» attendue autour du RN par de larges pans des médias au début de la campagne ne s’est pas manifestée. Le RN a échoué à remporter les quelques villes moyennes qu’il avait espéré capturer, dont Toulon, Nîmes, et Lens. Sur X, Bardella a salué les 3.000 élus RN dans les conseils municipaux de France et cité le slogan électoral du PS de François Mitterrand en 1981, affirmant que le RN serait «cette force tranquille dont la France a besoin pour entamer sa renaissance!»

L’avancée de LFI, bien que nettement observable, a néanmoins été limitée. LFI a remporté plusieurs banlieues ouvrières: Saint Denis et La Courneuve en région parisienne, Roubaix en région lilloise, et Vénissieux et Vaulx-en-Velin en région lyonnaise. Mais le parti de Mélenchon a préféré maintenir son front avec le PS en décomposition, plutôt que de se poser en alternative à l’alliance PS-PCF-Verts.

Sur son blog Melenchon s’est fécilité surtout d’avoir épaulé avec succès le PS ainsi que ses alliés verts et staliniens. Il a salué un «franc et net succès» avec 1.000 conseillers LFI élus, avant de poursuivre: «Nous sommes aussi venus au secours de nombreuses listes de la vieille gauche traditionnelle menacées d’être éliminées par la droite. … Qu’il s’agisse des Ecologistes ou des socialistes, nous sommes venus au secours d’équipes souvent déjà bien dépréciées, incapables de gagner seules.»

LFI a fusionné ses listes avec celles des PS ou des Verts dans de nombreuses villes dont Lyon, Toulouse, Nantes, Clermont-Ferrand, Brest et Limoges. Dans plusieurs de ces villes, a poursuivi Mélenchon, «notre engagement unitaire a permis la victoire», alors qu’à Toulouse et Limoges, «Le PS nous a entraînés dans sa chute. Mais nous n’avons pas de regrets.»

Bon prince, ou en fait bon laquais, Mélenchon n’a pas critiqué dans sa note de blog la campagne contre LFI dans la presse bourgeoise y compris sociale-démocrate autour de la mort du fasciste Quentin Déranque lors d’une rixe, ni les calomnies du PS accusant LFI d’antisémitisme.

En effet, la stratégie d’orientation permanente vers la sociale-démocratie menée par Mélenchon et LFI depuis les présidentielles de 2022, auxquelles Mélenchon avaient reçu 22 pour cent des voix et le PS moins de 2 pour cent, a quelque peu stabilisé la place du PS au sein de l’appareil d’État. La part du lion des 460.000 places de conseillers municipaux en France revient encore aux partis traditionnels de gouvernement d’après Mai 68, le PS et les gaullistes. Profondément discrédités, ceux-ci assurent néanmoins encore le diktat de l’oligarchie contre les travailleurs.

Ce diktat trouve une expression très claire par le programme du NFP adopté par Mélenchon et le PS pour les élections législatives de 2024. Appelant à renforcer la police et le renseignement et à envoyer en Ukraine des soldats français maquillés en «casques bleus» pour participer aux combats contre la Russie, il scellait l’alliance de Mélenchon avec le PS, un parti bourgeois austéritaire de longue date. Toutes les principales bureaucraties syndicales de France, dont celle de la CGT, ont sur cette base austéritaire et proguerre rallié le NFP.

Mais le soutien de Mélenchon et des appareils syndicaux à la bourgeoisie ne résoudra pas la crise politique en France, qui découle d’une crise mondiale du capitalisme. La guerre déclenchée par l’umpérialisme américain contre l’Iran menace l’approvisionnement du monde entier en énergie et en engrais, et donc d’intensifier la crise économique par l’inflation. La France, très endettée comme la plupart des pays d’Europe par de multiples plans de sauvetage des banques lors des crises financières des deux dernières décennies, ne sera pas épargnée.

De nombreuses enseignements critiques découlent de ces élections pour les travailleurs et les luttes qu’ils mèneront donc forcément dans les mois et les années à venir.

D’abord, l’orientation politique des travailleurs reste à gauche, malgré les tentatives effrénées de la classe politique de dédiaboliser le RN et malgré le soutien pour le RN des grands groupes de presse privés contrôlés par des milliardaires tels que Bolloré. Le rejet par les travailleurs des réformes des retraites de Macron et des appels officiels à la guerre totale à haute intensité en témoignent. Mais cette orientation ne trouvera aucune expression véridique ni à travers un vote pour le PS, ni à travers les manœuvres de Mélenchon.

Le RN se heurte une nouvelle fois, après les élections de 2024, à un «plafond de verre». La campagne médiatique menée par toute la presse bourgeoise accusant LFI d’être responsable de la mort de Déranque, dont les opinions pronazies ont été généralement lavées dans un premier temps, n’a pas convaincu l’électorat. Toutefois, ceci n’empêchera pas la bourgeoisie de remettre en avant le RN. Ses appels à un plan d’austérité à 100 milliards d’euros et ses appels à «l’Union des droites» souligne qu’il représente non pas le peuple, comme le veut sa propagande, mais la classe capitaliste.

Surtout, le bradage syndical de luttes comme les grèves de masse contre la réforme des retraites de Macron et 2023 n’étaient pas un accident fortuit. Cela découle de la stratégie de l’ensemble du NFP dirigé par Mélenchon, qui tente avant tout de stabiliser une classe dominante en perdition.

La question décisive reste la mobilisation des travailleurs et l’organisation de la base indépendamment des appareils du NFP dans les luttes que provoqueront inmanquablement la généralisation des guerres et la faillite de l’establishment politique français.

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