Trump envoie des agents de l’ICE dans les grands aéroports et menace de déployer la Garde nationale avant les élections de mi-mandat de 2026

Lundi, le président Donald Trump a déployé la Gestapo du Service de l’immigration et des douanes des États-Unis (Immigration and Customs Enforcement – ICE) dans 13 grands aéroports américains. Il a en outre menacé de déployer des troupes de la Garde nationale dans les terminaux aéroportuaires, intensifiant ainsi la campagne fasciste de son administration visant à transformer la police de l’immigration et des éléments de la Garde nationale en une force politique armée personnelle avant les élections de mi-mandat de 2026.

Agent de l’ICE à l’aéroport international John F. Kennedy (JFK) dans le quartier du Queens à New York, le lundi 23 mars 2026. [AP Photo/Ryan Murphy]

« Nous ferons également appel, si nous n’avons pas assez (de personnel), à la Garde nationale, là où nous en avons besoin, pour prêter main-forte dans les aéroports. Mais nous ne laisserons pas cela se produire », a déclaré Trump mardi à Memphis, dans le Tennessee.

Des agents de l’ICE ont été envoyés dans plusieurs aéroports, notamment ceux de Chicago O’Hare, Cleveland Hopkins, Hartsfield-Jackson Atlanta, Houston Hobby et Bush Intercontinental, JFK et LaGuardia à New York, Louis Armstrong à La Nouvelle-Orléans, Luis Muñoz Marín à San Juan, Newark Liberty, Philadelphie, Pittsburgh, Phoenix Sky Harbor et Southwest Florida International à Fort Myers. Ce déploiement intervient dans un contexte de pénurie de personnel au sein de l’Administration de la sécurité des transports (Transportation Security Administration – TSA) et d’un conflit budgétaire plus général au sein du Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security – DHS). Selon l’Agence, jusqu’à 40 % des agents de sécurité de la TSA ne se sont pas présentés au travail dimanche, après avoir passé plusieurs semaines sans salaire.

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Nul ne sait pas exactement comment ces aéroports ont été choisis. Alors que plusieurs d’entre eux, comme celui d’Atlanta, comptent parmi les plus fréquentés du pays et connaissent d’importants retards après plus de six semaines de fermeture partielle du gouvernement, d’autres sont relativement petits et n’éprouvent pas le même niveau de perturbations.

Atlanta News First rapportait lundi depuis Hartsfield-Jackson que même après l’arrivée des agents de l’ICE, « les files d’attente restent longues ». Le voyageur Michael Montisano résume ainsi la présence de l’ICE : « Ils sont là, mais ils n’aident pas », ajoutant qu’il ne s’attendait pas à ce qu’ils le fassent car ils ne sont pas « formés » pour assurer la sécurité aéroportuaire. Des vidéos tournées tout au long de la journée montrent les agents qui déambulent et intimident les passagers dans les différents aéroports.

S’exprimant à Memphis, Trump a clairement indiqué que l’opération n’avait rien à voir avec la réduction des longues files d’attente aux contrôles de sécurité. Au contraire, il utilise la crise aéroportuaire pour exiger que les Démocrates soutiennent ses tentatives visant à priver certains électeurs de leur droit de vote. S’adressant aux Républicains du Congrès, il a déclaré : « Ne concluez aucun accord sur quoi que ce soit sans y inclure la carte d’électeur, ajoutant que l’élément le plus important de la sécurité intérieure, c’est la carte d’électeur et la preuve de citoyenneté. »

Mêlant racisme anti-immigrés et attaques contre les personnes transgenres, Trump a grogné : « [Les Démocrates] bloquent le projet parce qu’ils veulent s’occuper des immigrés clandestins qui entrent dans notre pays ; ils veulent s’occuper des criminels qui se trouvent dans les villes sanctuaires ; ils veulent s’occuper des personnes transgenres pour tout le monde, littéralement la mutilation de nos enfants. Des hommes dans les sports féminins. Mais ce qu’ils ne veulent pas faire, c’est nous donner quoi que ce soit concernant la citoyenneté pour le vote ou l’identification des électeurs. »

Trump exige en outre que les Républicains « intègrent » le SAVE America Act directement dans la législation sur le financement du DHS. Autrement dit, Trump utilise la crise des aéroports pour faire adopter de force une loi destinée à priver de leurs droits de vote des millions de personnes avant les élections de mi-mandat de 2026.

Le SAVE America Act exigerait une preuve documentaire de citoyenneté pour l’inscription sur les listes électorales, visant à rendre plus difficile le vote pour des millions d’électeurs éligibles. Dans une tribune publiée le 23 mars dans le New York Times, le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer (démocrate de New York), a averti que cette mesure constituait « un système visant à purger l’électorat d’électeurs éligibles ».

Il a écrit que « la purge commencerait par le Département de la Sécurité intérieure. En vertu du SAVE America Act, chaque État serait tenu de transmettre ses listes électorales au ministère, ce qui constituerait une ingérence fédérale extraordinaire dans la gestion des élections au niveau des États. Cela donnerait à Washington le contrôle de l’éligibilité des électeurs, une mesure à laquelle les États dirigés tant par les Démocrates que par les Républicains s’opposent depuis longtemps. »

Schumer poursuit : « L’étape suivante consisterait à passer les listes électorales au crible d’un algorithme censé éliminer les non-citoyens, un programme remanié par Elon Musk et son soi-disant Département de l’efficacité gouvernementale, qui s’est déjà révélé dangereusement peu fiable. Lors d’un essai du programme dans le comté de Boone, au Missouri, plus de la moitié des électeurs signalés comme inéligibles étaient en réalité des citoyens américains éligibles. Les greffiers de comté au Texas ont également trouvé de nombreux exemples d’électeurs rejetés à tort. Des citoyens ont quand même été retirés des listes électorales. »

Le postulat fatal de la réponse démocrate toutefois, c’est que cette atteinte aux droits démocratiques peut être stoppée en faisant appel aux mêmes institutions capitalistes et au même parti qui ont permis le retour de Trump et refusé de le tenir responsable de sa précédente tentative de coup d’État.

La conclusion de Schumer met clairement en évidence l’impasse politique de cette perspective. « Les Démocrates sont unis pour s’opposer au SAVE America Act, écrit-il. Nous savons que le droit de vote n’est pas un avantage partisan à manipuler ou à refuser. C’est le fondement de la démocratie américaine. »

S’exprimant depuis l’aéroport international Newark Liberty, le sénateur Cory Booker a clairement indiqué que « les Démocrates veulent financer la TSA » et ils exigent un financement immédiat pour cette agence, tout en réclamant le retrait des agents de l’ICE des aéroports. Booker a dû reconnaître la profonde hostilité que ressentent de larges couches de la population à l’égard de l’ICE, une agence associée aux rafles, aux détentions et à des meurtres. Mais il s’est abstenu de réclamer sa suppression. Au lieu de cela, la réponse démocrate se cantonne à une réforme de façade : des demandes pour que l’ICE « respecte les droits civils », « utilise des mandats » et « ne tue pas des gens en toute impunité ». Booker s’abstient de dire quoi que ce soit des menaces de Trump de déployer des agents de l’ICE dans les bureaux de vote, de la menace d’utiliser la Garde nationale et de la tendance générale vers la dictature.

Ce danger est bien réel comme l’a souligné lundi Steve Bannon, complice de Trump, lorsqu’il a déclaré dans son podcast War Room que les déploiements dans les aéroports étaient un « test » en vue des élections de mi-mandat de 2026. Selon Democracy Docket, Bannon aurait déclaré : « Nous pouvons utiliser cela comme un test, comme un cas d’essai, pour vraiment perfectionner l’implication de l’ICE lors des élections de mi-mandat de 2026 », avant d’aller plus loin et d’insister sur le fait que « l’ICE sera là à l’automne 2026, tout comme elle l’est dans les aéroports aujourd’hui ».

Les attaques contre les immigrés sont le fer de lance d’attaques plus larges contre les droits démocratiques de l’ensemble de la classe ouvrière. Trump se sert des aéroports, comme il se sert des villes et des opérations frontalières : comme des laboratoires pour tester de nouvelles formes de répression intérieure. L’administration normalise le recours à des agents d’immigration armés dans les principaux espaces civils sous le prétexte d’assurer la « sécurité », tandis que ses alliés politiques décrivent ouvertement ces mesures comme une préparation à une ingérence électorale.

Il faut tirer les leçons de cela. L’échec du coup d’État de Trump le 6 janvier 2021 n’a pas été causé par une résistance de principe ou déterminée de la part du Parti démocrate ou de l’appareil syndical. Son échec tient avant tout à l’inexpérience, à la confusion et à l’ineptie des alliés paramilitaires de Trump, notamment les Proud Boys, les Oath Keepers et les Three Percenters, qui se sont montrés incapables de prendre des otages, de s’emparer des bulletins de vote et de consolider leur contrôle du Capitole. Au lendemain de ces événements, les Démocrates ont tout fait pour contenir et réprimer l’opposition de masse, en canalisant tout vers les institutions de l’État capitaliste.

Leur ligne directrice après l’échec du coup d’État était pour la construction d’un « Parti républicain fort » au nom de « l’unité nationale », notamment en menant une guerre contre la Russie en Ukraine et en soutenant le génocide d’Israël à Gaza. Trump et ses principaux complices n’ont jamais été tenus pour responsables, ni politiquement ni juridiquement, de façon sérieuse pour leur tentative de renverser le résultat des élections. Il a été autorisé à revenir à la Maison-Blanche et à reprendre la même conspiration dans des conditions bien plus favorables qu’en 2021.

Depuis son retour au pouvoir, Trump ne cesse d’affirmer qu’il n’a pas perdu les élections de 2020, menaçant de rester en fonction au-delà de 2028 et supervisant déjà des saisies confirmées de matériel électoral en Géorgie, où le FBI a procédé à la saisie de bulletins de vote, de listes électorales et de bandes de machine de dépouillement des votes dans le comté de Fulton, ainsi qu’à Porto Rico, où des agents fédéraux ont saisi des machines à voter et des données connexes. En Arizona, le FBI a demandé la communication des registres d’audit électoral. La menace de Trump d’envoyer des troupes de la Garde nationale dans les aéroports intervient alors que l’occupation militaire de Washington DC se poursuit, ville où le déploiement de la Garde a déjà été prolongé jusqu’à fin 2026 et fait désormais l’objet, selon certaines informations, d’une réflexion en vue de sa prolongation jusqu’au début de l’année 2029, soit jusqu’à la fin du mandat de Trump.

Dans un contexte d’impopularité historique, exacerbée par la guerre, la hausse du coût de la vie et les opérations d’expulsions de masse qui provoquent l’indignation des travailleurs, des étudiants et des communautés immigrées, Trump et l’oligarchie financière qu’il représente savent qu’ils ne peuvent pas compter sur le processus démocratique. C’est pourquoi le SAVE America Act vise à priver des millions de personnes de leur droit de vote par le biais de l’imposition d’une réinscription forcée, de contrôles de citoyenneté et de l’intégration des procédures électorales à l’appareil du DHS, donnant ainsi à l’administration une arme supplémentaire pour cibler ceux qu’elle considère comme politiquement hostiles.

La tâche qui incombe aux travailleurs et aux jeunes n’est pas de placer leur confiance dans les Démocrates, qui ont démontré une fois de plus qu’ils ne mèneront pas de lutte sérieuse contre la dictature et la guerre. Il faut se tourner vers la classe ouvrière, la seule force sociale révolutionnaire de la société capitaliste, et construire un mouvement de masse indépendant des deux grands partis du capital afin de chasser les fascistes et leurs agents des aéroports, des quartiers et de Washington même.

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