Les pays du G7 condamnent l’Iran et préparent leur entrée en guerre

« Nous ripostons depuis 5 h 45. » C’est par cette déclaration notoire qu’Adolf Hitler justifia l’invasion allemande de la Pologne le 1er septembre 1939. Les SS d’Hitler avaient auparavant orchestré une fausse attaque polonaise contre la station de radio de Gleiwitz, en Silésie, afin de présenter l’offensive de la Wehrmacht comme un acte de légitime défense.

En réalité, les Allemands ne ripostèrent pas. Ils lancèrent une campagne d’extermination méticuleusement planifiée, au cours de laquelle 6 millions de Polonais, 28 millions de citoyens soviétiques et des dizaines de millions d’autres personnes trouvèrent la mort. Cette orgie de destruction culmina avec le massacre systématique de 6 millions de Juifs.

Des secouristes inspectent les décombres d'un immeuble résidentiel touché par une frappe militaire américano-israélienne nocturne à Tabriz, dans la province d'Azerbaïdjan oriental, au nord-ouest de l'Iran, le mardi 24 mars 2026. [AP Photo/Matin Hashemi]

La « Déclaration du G7 en soutien aux partenaires du Moyen-Orient », adoptée le 22 mars par les ministres des Affaires étrangères de l'Allemagne, de la France, de l'Italie, du Japon, du Canada, du Royaume-Uni, de l'Union européenne et des États-Unis, rappelle les mensonges éhontés d'Hitler. Elle marque la rupture définitive des puissances impérialistes européennes avec le droit international, au profit du principe de « la loi du plus fort ».

Cette déclaration prouve que ce ne sont pas seulement les États-Unis, sous la présidence de Trump, qui mènent une politique de violence impérialiste débridée, mais aussi l'Allemagne, la France, l'Italie, le Royaume-Uni, le Canada et le Japon. Ils n'invoquent le droit international que lorsque Trump, comme au Groenland, porte atteinte à leurs propres intérêts, ou lorsqu'ils l'utilisent pour justifier la guerre contre la Russie en Ukraine.

Trois semaines après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran – le bombardement de 8 000 cibles, le massacre d’au moins 1 300 civils, des assassinats ciblés des dirigeants du pays et des menaces d’anéantir l'Iran et de ramener le pays au Moyen-Âge – le G7 a adopté une déclaration qui présente la victime comme l'agresseur.

Ils condamnent les « attaques injustifiables de la République islamique d'Iran et de ses supplétifs » et exigent « la fin immédiate et sans condition de toutes les attaques menées par le régime iranien » – mais pas les attaques des États-Unis et d'Israël, qui ne sont même pas mentionnées dans la déclaration.

Les ministres des Affaires étrangères soutiennent ouvertement les objectifs de guerre et la propagande des États-Unis :

Le G7 affirme inlassablement que l’Iran ne doit jamais obtenir l’arme nucléaire et qu’il doit arrêter son programme de missiles balistiques, cesser ses activités de déstabilisation dans la région et dans le monde et mettre un terme à la répression et aux violences odieuses exercées à l’encontre de son propre peuple.

Il ne fait aucun doute que l'attaque américano-israélienne contre l'Iran est non provoquée et illégale, qu'elle constitue une guerre d'agression en violation du droit international, un crime de guerre pour lequel les dirigeants nazis ont été condamnés à mort à Nuremberg.

Ceci vaut également pour l'assassinat ciblé de personnalités politiques de premier plan. En vertu du droit international humanitaire, ces personnalités ne sont des cibles légitimes que si elles font partie des forces armées et sont intégrées à la chaîne de commandement militaire – et même alors, seulement en cas de guerre, ce qui, dans le cas de l'Iran, n'a jamais été officiellement déclaré. L'élimination systématique des dirigeants politiques d'un État, comme le font les États-Unis en Iran, constitue, en revanche, un crime manifeste.

Les experts en droit international et en relations internationales s'accordent largement sur le caractère de cette guerre. Une déclaration datée du 17 mars, et signée depuis par 90 professeurs allemands, conclut : « Le recours à la force militaire contre l'Iran par Israël et les États-Unis constitue une violation de l'interdiction du recours à la force en vertu du droit international. » Cette analyse est détaillée dans la déclaration.

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a également apporté son soutien à cette position. « Cette guerre est contraire au droit international, cela ne fait aucun doute », a-t-il déclaré mardi lors d'un discours prononcé à Berlin à l'occasion du 75e anniversaire du ministère fédéral des Affaires étrangères. « Notre politique étrangère ne gagne pas en crédibilité si l'on s'abstient de qualifier une violation du droit international de violation du droit international. »

Steinmeier, qui, en 2014, alors ministre des Affaires étrangères, fut l'un des principaux artisans du coup d'État pro-occidental en Ukraine et de la guerre qui s'ensuivit contre la Russie, craint manifestement qu'une trop grande identification avec la guerre en Iran ne fragilise davantage le gouvernement fédéral, déjà politiquement affaibli, car l'immense majorité de la population allemande s’oppose à ce conflit.

Selon un sondage ARD-Deutschland Trend, 58 % des Allemands l'ont jugé injustifié dès le départ. Ses conséquences catastrophiques se font sentir désormais jour après jour, avec la flambée des prix des carburants, de l'énergie et des produits alimentaires, et une chute de la production.

Mais surtout, Steinmeier souhaiterait que l'Allemagne et l'Europe se concentrent sur leurs propres intérêts impérialistes et s'affranchissent de toute dépendance militaire vis-à-vis des États-Unis.

L'Europe ne doit pas compter sur un retour à la relation transatlantique d'antan, a-t-il déclaré. « Le fossé est trop profond et la confiance dans la politique de grande puissance des États-Unis est perdue, non seulement parmi les alliés, mais dans le monde entier », a-t-il affirmé. L'Europe doit se libérer des dépendances transatlantiques « qui nous rendent vulnérables » et « acquérir sa souveraineté en matière de défense et de technologie ».

L'évaluation de Steinmeier selon laquelle la guerre est contraire au droit international n'a aucune conséquence pratique pour le gouvernement allemand. Autrement, il devrait être traduit en justice. Car si l'attaque américaine contre l'Iran est contraire au droit international, alors le gouvernement allemand est complice d'un crime de guerre et, de ce fait, coupable lui-même d'un crime.

L'affirmation constamment répétée en Europe, « ce n'est pas notre guerre », était un mensonge éhonté dès le départ. Sans ses bases au Royaume-Uni, en Allemagne, au Portugal, en Italie, en France et en Grèce, les États-Unis n'auraient tout simplement pas été en mesure de mener cette guerre.

Les États-Unis maintiennent une quarantaine de bases militaires en Europe, abritant quelque 80 000 soldats. Ces bases servent de relais pour les opérations au Moyen-Orient et en Afrique. Elles abritent des troupes et des armements, des capacités de renseignement et de reconnaissance, des centres de commandement et des installations de ravitaillement.

À l'exception de l'Espagne, tous les pays européens ont autorisé l'utilisation de ces bases dans le cadre de la guerre contre l'Iran. Seul le gouvernement britannique a brièvement hésité avant d'autoriser des raids aériens « défensifs » depuis ses bases. Or, en temps de guerre, les actions défensives et offensives étant indissociables, cette restriction ne vaut rien. Les bombardiers américains effectuent désormais des missions depuis les bases aériennes militaires de Fairford, en Angleterre, et de Diego Garcia, dans l'océan Indien.

La base aérienne allemande de Ramstein, l'une des plus grandes bases américaines au monde, est une plaque tournante des opérations au Moyen-Orient. Elle sert de centre de commandement, de communication et de transmission de données. Les frappes à longue portée y sont coordonnées et les missions de drones contrôlées. Munitions, troupes et équipements sont également acheminés des États-Unis vers la région du Golfe via Ramstein. La base abrite également le plus grand hôpital militaire américain hors des États-Unis.

Une autre base aérienne américaine est située à Spangdahlem, dans l'Eifel, et un quartier général de commandement se trouve à Stuttgart. Le gouvernement allemand autorise sans objection l'utilisation de ces installations pour la guerre en Iran.

D'autres bases aériennes américaines stratégiques sont situées à Aviano, en Italie, et sur l'île portugaise de Terceira, dans l'archipel des Açores. La France autorise l'US Air Force à ravitailler ses appareils sur la base aérienne militaire d'Istres-Le Tubé, sur la côte méditerranéenne, et a déployé sa propre flotte en Méditerranée orientale.

Cependant, les pays du G7 ne se contenteront pas d'apporter un soutien logistique à la guerre. Ils se préparent à y engager leurs propres troupes. La déclaration des ministres des Affaires étrangères le laisse déjà entrevoir.

Elle réaffirme « l’importance de la préservation des routes maritimes et de la sécurité de la navigation, notamment dans le détroit d’Ormuz et dans toutes les voies navigables clés associées, ainsi que de la sécurité et de la sûreté des chaînes d’approvisionnement et de la stabilité des marchés de l’énergie ». Elle assure également les États de la région attaqués par l'Iran de « notre appui indéfectible à leur sécurité, à leur souveraineté et à leur intégrité territoriale ».

Ainsi, sous un nouveau prétexte – sécuriser les voies maritimes, défendre les alliés arabes – l'entrée en guerre de l'Europe, du Canada et du Japon se prépare.

La raison en est la nature même de ce conflit. Il s'agit de pétrole, de gaz, de profits et de puissance stratégique. Les États-Unis tentent de compenser leur déclin économique par la force militaire et de placer le Moyen-Orient sous leur contrôle, en prévision d'une guerre contre la Chine. Les puissances européennes, fortes d'une longue histoire coloniale et d'importants intérêts économiques dans la région, n'ont pas l'intention d’être laissées en plan.

Cette guerre est menée aux dépens de la classe ouvrière, contrainte d'en supporter les coûts par la hausse des prix, les pertes d'emplois et les coupes budgétaires dans les services sociaux, sans parler des victimes de guerre et de la chair à canon qu'elle fournit. Aucun des partis établis ne s'oppose à cette évolution. Tous sont, d'une manière ou d'une autre, liés aux intérêts financiers de la classe dirigeante. Seul un mouvement socialiste unissant la classe ouvrière internationale dans la lutte contre la guerre et le capitalisme peut empêcher une nouvelle descente vers une guerre mondiale et la barbarie.

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