Combattre l’extrême droite, c’est arrêter la guerre contre l’Iran !

La marche de la Together Alliance organisée samedi à Londres « pour arrêter l’extrême droite » se tient sous l’ombre d’une guerre contre l’Iran menée par les dirigeants fascisants des États-Unis et d’Israël, Donald Trump et Benjamin Netanyahou. Il s’agit d’une nouvelle guerre illégale au Moyen-Orient appuyée par un gouvernement travailliste, qui s’ajoute à son rôle criminel dans le génocide à Gaza.

Des millions de vies sont menacées par des ultimatums exigeant une capitulation totale sous peine de destruction d’infrastructures énergétiques essentielles. Des millions d’autres, partout dans le monde, ont déjà été mises en danger par la perturbation de l’approvisionnement crucial en carburant et en engrais. Une guerre civile ethnique déchirant une nation de 90 millions d’habitants est activement encouragée.

Les gouvernements européens renforcent les murs de la Forteresse Europe face à une nouvelle vague anticipée de réfugiés. L’islamophobie attisée pour faciliter les guerres contre l’Afghanistan et l’Irak est de nouveau attisée, couplée au mensonge toxique qui assimile l’opposition au sionisme à de l’antisémitisme. Les mouvements anti-guerre sont menacés par la même offensive d’État policier déployée contre les défenseurs des Palestiniens.

Ce contexte montre clairement ce qui est en jeu dans la lutte contre l’extrême droite. Comme l’a écrit samedi le comité de rédaction du World Socialist Web Site : « L'ultimatum de Trump n'est pas qu'une simple menace contre l'Iran. C'est un avertissement au monde entier quant à ce que la classe dirigeante est prête à faire pour conserver son pouvoir. »

Ces événements montrent qu’on ne peut combattre l’extrême droite en dehors d’une lutte contre la guerre impérialiste et pour la défense des droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière. Au cœur de ce mouvement doit se trouver un combat visant à démolir le système capitaliste, qui met nation contre nation en concurrence pour les profits et les ressources, et travailleur contre travailleur en concurrence pour les miettes tombées de la table de l’oligarchie.

En Grande-Bretagne, cela signifie une lutte contre le Parti travailliste. La montée de Reform UK de Nigel Farage est inséparable de l’appauvrissement systématique de la classe ouvrière par le Labour, de sa désignation des migrants comme boucs émissaires des conséquences sociales de sa politique, de son alliance avec Trump sur la scène internationale, ainsi que de sa rhétorique chauvine, raciste et policière pour justifier la guerre à l’étranger et la répression à l’intérieur du pays. Dans toutes ces politiques, le gouvernement Starmer trouve son allié le plus essentiel dans la direction des syndicats.

La Together Alliance bloque délibérément le nécessaire règlement de comptes politique avec la bureaucratie travailliste et syndicale en invitant dans son giron des dizaines de députés travaillistes. Il leur suffit de s’opposer à Farage et d’appuyer des slogans creux tels que « Pour l’amour. Pour l’unité. Pour l’espoir », et, en échange, on leur offre une tribune d’où ils peuvent dénoncer les résultats des politiques de leur propre parti. Rien ne pourrait être plus désorientant pour la lutte contre le fascisme.

Derrière ces platitudes à bon marché, le véritable programme et la véritable fonction de la Together Alliance sont de préparer une campagne de vote tactique et d’alliances électorales entre partis capitalistes lors des élections locales de mai et au-delà, sur le principe de « stopper Farage ».

Zack Polanski, chef du Parti vert, jouera un rôle majeur dans ces manœuvres. Jeremy Corbyn, dont la stature politique s’est amoindrie après des années passées à s’opposer à tout combat contre la droite blairiste et le gouvernement Starmer, fera figure de second de Polanski avec son parti, Your Party. Ils contribueront à créer une atmosphère politique visant à étouffer les arguments socialistes de principe dans un brouillard de « paix » et d’« amour », d’accords pragmatiques et de silences diplomatiques, destiné à protéger le Labour et à bloquer toute lutte effective de la classe ouvrière contre un système capitaliste qui se lance à toute vitesse vers une troisième guerre mondiale.

Dans le même but, Together n’a presque rien dit, dans la promotion de sa marche, des menaces concrètes posées par l’extrême droite au Royaume-Uni et à l’échelle internationale, encore moins du rôle joué par le Labour dans son ascension. La politique de la marche de samedi sera celle de la moindre résistance : une perspective qui prétend vaincre l’extrême droite au moyen d’un accord creux pour s’opposer au racisme de la part de politiciens pro-capitalistes, de bureaucrates syndicaux et de libéraux bien intentionnés.

Nous avons déjà vu les résultats de cette perspective. Une force motrice de la Together Alliance est le Socialist Workers Party. Il s’agit de la plus récente déclinaison d’autres fronts antiracistes dirigés par le SWP, forgés en alliance avec la bureaucratie syndicale et travailliste, tels que Unite Against Fascism (UAF) et Stand Up To Racism (SUTR), qui accueillent désormais le Parti vert en pleine ascension, lui qui soutient l’OTAN.

Toutes ces alliances ont été menées sur la même base : présenter comme modèle l’« opposition » à l’extrême droite au sein du Parlement – avant tout, celle de la « gauche » travailliste de l’époque, mais elles ont même obtenu l’appui du futur premier ministre conservateur David Cameron, signataire fondateur de Unite Against Fascism en 2003.

Pour détourner l’attention de toute discussion sérieuse de ce programme antisocialiste, UAF et SUTR ont associé leurs appels à une approche militante consistant à vaincre l’extrême droite en étant plus nombreux qu’elle « dans la rue », au moyen de diverses marches de protestation. Le résultat final s’est affiché de façon éclatante en septembre dernier, lorsqu’une marche Unite the Kingdom organisée par le fasciste Tommy Robinson a mobilisé plus de 100 000 personnes, reléguant loin derrière une manifestation de Stand Up To Racism qui n’a rassemblé que quelques milliers de personnes.

Together est une tentative de recoller les morceaux de cette même perspective brisée, en y ajoutant comme ciment davantage d’appuis politiques, de célébrités et de groupes communautaires issus des classes moyennes. Ceux-ci ont été obtenus en atténuant l’ancienne connexion politique de fait avec le Labour, qui aliénerait tout le monde, y compris la plupart des artistes et des figures culturelles ayant apporté leur soutien, et en diluant la politique antifasciste jusqu’au plus petit dénominateur commun possible : « l’unité contre la division ».

Cela rend particulièrement cynique la tentative du SWP de donner un vernis marxiste à son alliance en prétendant que Together est un exemple de «front unique ». C’est une imposture. Le front unique était une tactique élaborée par le mouvement marxiste pour surmonter une situation dans laquelle la classe ouvrière était divisée dans ses allégeances entre deux grandes tendances de masse – les partis sociaux-démocrates réformistes et les partis communistes révolutionnaires – et se trouvait confrontée à des tâches urgentes comme la lutte contre les bandes fascistes.

Together n’est rien de tel. Il s’agit d’une forme particulièrement ruineuse de l’exact opposé du front unique, soit le Front populaire, utilisé par la bureaucratie stalinienne pour subordonner la classe ouvrière à l’aile gauche de la bourgeoisie, ce qui eut des conséquences dévastatrices lors des crises révolutionnaires des années 1930 en France, en Espagne et ailleurs.

Résumant le désaccord à partir de ces expériences historiques, le codirigeant de la révolution russe et grand théoricien marxiste du XXe siècle, Léon Trotsky, expliquait : « l’alliance du prolétariat avec la bourgeoisie, dont les intérêts, à l’heure actuelle, dans les questions fondamentales, font un angle de 180°, ne peut en général que paralyser la force révolutionnaire du prolétariat. »

Together propose non seulement une alliance avec la bourgeoisie, mais avec des membres d’un parti au pouvoir participant activement à une guerre illégale, préparant d’énormes hausses des dépenses militaires, et menant une offensive contre les migrants ainsi que contre les droits à la liberté d’expression et de manifestation. Cela doit être rejeté par tous les travailleurs et étudiants animés d’une conscience socialiste.

Un mouvement doit être construit dans la classe ouvrière, en opposition totale au Parti travailliste, fondé non pas sur des déclarations abstraites d’antiracisme et d’opposition à l’extrême droite, mais sur des luttes concrètes contre leurs sources : la guerre, l’inégalité, l’autoritarisme et le système capitaliste qui les sous-tend tous.

Comme l’a soutenu récemment le WSWS au sujet des manifestations anti-Trump prévues aux États-Unis, « tout mouvement qui relègue la guerre au second plan, ou qui évite de la nommer directement, laisse intact le principal mécanisme par lequel la classe dirigeante se dirige vers la dictature et la catastrophe. » La déclaration poursuivait : « Il doit se construire en portant la lutte contre la guerre sur les lieux de travail et dans les industries qui font tourner la société: les ports, les plateformes logistiques, les raffineries, les réseaux ferroviaires, les écoles et les hôpitaux.»

Le Parti de l’égalité socialiste mène ce combat dans la classe ouvrière pour cette position socialiste internationaliste. Nous encourageons ceux qui veulent arrêter la descente vers la guerre et le fascisme à se joindre à nous dès aujourd’hui.

Loading