Cinq jours après le déploiement par le président Donald Trump de centaines d'agents armés de l'Immigration et des Douanes (ICE) dans les aéroports américains, aucun élu démocrate, ni à la Chambre des représentants ni au Sénat, n'a demandé leur retrait. C’est aussi le cas pour Bernie Sanders et Alexandria Ocasio-Cortez.
Au lieu de quoi, à la veille des manifestations «No Kings» qui ont rassemblé des millions de personnes, le Parti démocrate a bel et bien abandonné sa mascarade de vouloir réfréner les agents tueurs de l'ICE et de la police des frontières. C’était le sens du projet de loi adopté à l'unanimité par le Sénat tôt vendredi matin, visant à financer le Département de la Sécurité intérieure, à l'exception de l'ICE et de la police des frontières.
Les démocrates ont cyniquement qualifié le projet de loi de «victoire» et l'ont soutenu à la Chambre, bien qu'il ne contienne aucune des réformes mineures des services d'immigration qu'ils réclamaient quelques jours auparavant. Ce projet de loi aurait rétabli le financement de la Transportation Security Administration (TSA), un service du DHS, permettant ainsi de rémunérer les agents de la TSA et de mettre fin aux arrêts maladie massifs et aux longues files d'attente aux aéroports.
«Cet accord finance la TSA, les garde-côtes, la FEMA, la CISA, renforce la sécurité aux frontières et aux points d'entrée, et assure la sécurité des États-Unis», a déclaré vendredi Chuck Schumer, chef de file démocrate au Sénat.
Plus tard vendredi, les républicains de la Chambre ont rejeté le projet de loi du Sénat et adopté leur propre mesure provisoire qui financerait l'ensemble du DHS (ministère de l’Intérieur) y compris l'ICE et la police des frontières, jusqu'au 22 mai. Cela faisait suite à la signature par Trump d'un décret d'urgence autorisant le paiement des agents de la TSA en utilisant une partie des crédits massifs alloués au DHS dans le cadre de la loi fiscale et budgétaire de l'an dernier, surnommé la «Grande et Belle Loi» de Trump.
Comme les démocrates le savent pertinemment, les républicains, qui contrôlent de justesse les deux chambres du Congrès, prévoient de faire passer en force une loi de financement du DHS sans aucune restriction pour l'ICE ou la police des frontières, ni les dispositions de Trump pour la suppression de votes, en utilisant la procédure de réconciliation budgétaire. Cette manœuvre contourne l'obstruction parlementaire au Sénat, qui requiert 60 voix, et ne nécessite qu'une majorité simple pour être adoptée.
Pendant ce temps, les agents de l'ICE envoyés par Trump restent déployés dans les aéroports. Leur présence n'a en rien apaisé le chaos qui y règne. Ce n'était d'ailleurs jamais le but. Il s'agit plutôt d'une étape supplémentaire vers la banalisation du recours à des agents fédéraux armés et à l'armée en milieu civil pour intimider et terroriser la population. C'est un élément central du tournant par Trump et l’oligarchie qu’il représente vers l’instauration d’une dictature.
La présence de l'ICE dans les aéroports est particulièrement sinistre. Elle servira non seulement à empêcher les immigrés mais encore les adversaires politiques du gouvernement de quitter le pays. C'est la préfiguration concrète d'un État policier.
Ce danger a été souligné lundi par Steve Bannon, proche collaborateur de Trump, qui a déclaré dans son podcast « War Room » que le déploiement dans les aéroports était un « test » en vue des élections de mi-mandat de 2026. Democracy Docket rapporte ainsi les propos de Bannon: « Nous pouvons utiliser cela comme test, comme étude de cas, pour perfectionner l’implication de l’ICE dans les élections de mi-mandat de 2026 », avant d’insister sur le fait que «l’ICE sera présente à l’automne 2026, tout comme elle l’est aujourd’hui dans les aéroports».
L'ICE et la police des frontières se sont attiré le mépris et la haine de la grande majorité des Américains. Elles sont le fer de lance d'un pogrom contre les immigrants qui a conduit à l'internement de dizaines de milliers de personnes dans des camps de concentration et à l'expulsion de dizaines de milliers d'autres. Lors de l'« Opération Metro Surge » à Minneapolis, des agents masqués de l'ICE et de la police des frontières ont occupé des quartiers et attaqué brutalement des immigrants et des manifestants, citoyens et immigrants confondus, abattant de sang-froid Renée Nicole Good et Alex Pretti. Aucun de ces meurtriers n'a été poursuivi en justice.
Des millions de personnes avaient manifesté contre l'ICE et en défense des travailleurs immigrés, dont 50 000 à Minneapolis, le 23 janvier. La réponse de l'administration Trump avait été l'assassinat de Pretti le lendemain.
Il faut tirer les leçons de Minneapolis. La manœuvre du retrait partiel des agents de l'immigration du Minnesota en février n'était pas, comme l'affirme Left Voice, une «victoire» prouvant que les manifestations de masse peuvent à elles seules mettre fin à la répression gouvernementale. Il s'agissait bien plutôt d'un redéploiement vers d'autres villes et maintenant vers les aéroports. Et ce, grâce à la complicité du gouverneur démocrate Tim Walz et du maire démocrate Jacob Frey, qui ont conclu un accord avec le responsable des services frontaliers, Tom Homan, pour autoriser l'ICE à pénétrer dans les prisons et permettre aux forces de police de l’État et de la ville de réprimer les manifestations.
L’escalade de la violence à l’étranger, illustrée par la guerre illégale et quasi génocidaire en Iran, et la montée de la dictature dans le pays sont indissociables. Elles sont toutes deux l’expression de la crise existentielle du capitalisme américain et mondial.
Le coût de cette marche vers la guerre sera supporté par la classe ouvrière, dont les fils et les filles seront envoyés se battre et mourir pour les grandes compagnies pétrolières et les banques. La hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires exacerbe l'opposition populaire à Trump et à l'ensemble du système politique. Face à la multiplication des manifestations et des grèves, la classe dirigeante et ses deux partis ont recours à la répression d'État. Trump y recourt ouvertement et brutalement, avec la complicité des démocrates et de la bureaucratie syndicale pro-capitaliste.
Les bureaucrates syndicaux consacrent tous leurs efforts à réprimer la lutte des classes. Ils cherchent à bloquer les grèves lorsqu'ils le peuvent et à les isoler et les trahir lorsqu'ils ne le peuvent pas. Ils ne font rien face au déploiement de l'ICE dans les aéroports et à la militarisation plus générale de la société américaine.
La plus grande crainte des démocrates et des dirigeants syndicaux est que le mécontentement social et l'opposition de masse s'affranchissent du système politique capitaliste et de ses deux partis impérialistes et oligarchiques pour prendre une forme indépendante, ouvrière et socialiste. Ils en ont bien plus peur que d'une dictature fasciste.
C’est pourtant le seul moyen de vaincre la campagne de la classe dirigeante pour la guerre mondiale et le fascisme. Les droits démocratiques ne peuvent être défendus par des appels au Congrès ou au Parti démocrate. La marche forcée vers la dictature et la guerre mondiale a ses racines dans le système capitaliste. Seul l’abolition de ce système permettra d’y mettre un terme.
La crise engendre une explosion massive de la lutte des classes. Mais celle-ci doit s'empreindre d’une perspective consciente, internationaliste, anticapitaliste et socialiste.
La voie vers l’avant est la construction d’organes indépendants et démocratiques de la lutte ouvrière – des comités de la base, sur les lieux de travail, les campus et dans les quartiers – afin d'unir les travailleurs et les jeunes aux États-Unis et à l'international contre la dictature et la guerre. Le World Socialist Web Site, le Parti de l’égalité socialiste et l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (acronyme anglais IWA-RFC) appellent à l'extension de ces comités pour mobiliser l'immense force sociale de la classe ouvrière contre la répression à l’intérieur et contre la violence impérialiste à l'extérieur.
Cela doit être relié à la construction d'une direction politique dans la classe ouvrière, afin de lutter pour le socialisme – le seul fondement permettant de mettre fin à la guerre, de défendre les droits démocratiques et de placer les ressources de la société sous contrôle démocratique afin de servir les besoins humains et non le profit.
(Article paru en anglais le 28 mars 2026)
