Après des pertes subies lors d’élections partielles, la Maison-Blanche poursuit son complot visant à truquer les prochaines élections

Le sénateur Mark Warner (démocrate de Virginie), vice-président de la commission du renseignement du Sénat (à gauche), est accompagné à droite par le président Tom Cotton (républicain de l'Arkansas), lors d'une audition de la commission en 2025. [AP Photo/Scott Applewhite]

Les élections partielles organisées mardi en Géorgie et au Wisconsin ont confirmé la tendance observée tout au long du second mandat de Trump : l'effondrement du soutien politique au Parti républicain, malgré l'incapacité du Parti démocrate à proposer une véritable solution aux politiques de guerre, d'austérité économique et d'atteintes aux libertés démocratiques menées par Trump.

Ces résultats ont renforcé les efforts de Trump pour empêcher une défaite écrasante aux élections de mi-mandat du 3 novembre, en recourant à l'intimidation des électeurs, en entravant l'accès au vote pour les électeurs pauvres et issus des minorités, et en déployant ses services d'immigration (ICE) et même l'armée américaine aux abords des bureaux de vote.

Les deux élections de mardi se sont déroulées dans le contexte de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, qui a déjà des conséquences désastreuses sur l'économie américaine et notamment sur le niveau de vie de la classe ouvrière. Le prix de l'essence a ainsi augmenté de plus d'un dollar le gallon depuis que Trump a ordonné le début des bombardements massifs le 28 février.

La cote de popularité de Trump dans les sondages nationaux est tombée sous la barre des 40 %. Les chiffres les plus récents le créditent de 41 % d'opinions favorables dans le Wisconsin et de 38 % en Géorgie, les deux États où se déroulaient les élections mardi.

La participation électorale a été bien inférieure à celle des élections précédentes. Dans le Wisconsin, elle est passée de 2,36 millions en 2025 à 1,51 million, soit une baisse de 850 000 voix. Cette baisse a particulièrement nui à la candidate républicaine, Maria Lazar, qui a recueilli 600 000 voix, soit 460 000 de moins que le candidat républicain battu l'année précédente, Brad Schimel.

Le vote démocrate a également diminué, mais dans une moindre mesure. Le candidat victorieux, Chris Taylor, a recueilli 905 000 voix, soit 396 000 de moins que les 1 301 000 voix obtenues par Susan Crawford l'année précédente. En conséquence, l'avance des démocrates s'est accrue, passant de 10 points (55 % contre 45 %) à 20 points (60 % contre 40 %).

L'avance de plus de 300 000 voix de Taylor représente une victoire écrasante dans cet État qui a été très disputé lors des trois dernières élections présidentielles. (Trump a remporté l'État avec 23 000 voix d'avance en 2016, l'a perdu de 21 000 voix en 2020 et l'a emporté avec 31 000 voix d'avance en 2024.)

La participation électorale a augmenté l'année dernière pour deux raisons : c'était la première fois que les électeurs avaient l'occasion de manifester leur opposition à Trump. Elon Musk, l'homme le plus riche du monde, a également tenté d'influencer la Cour suprême de Géorgie en injectant près de 20 millions de dollars dans la campagne du candidat républicain, un record pour une élection judiciaire d'État, censée être officiellement non partisane.

L'élection en Géorgie, dans le 14e district du Congrès, situé dans le nord-ouest rural de l'État, visait à pourvoir le siège vacant laissé par la démission de la représentante Marjorie Taylor Greene, figure controversée et adepte des théories du complot, en désaccord avec Trump sur la politique étrangère, notamment la guerre menée par les États-Unis contre l'Iran. Lors de la primaire du 10 mars, le démocrate Shawn Harris, général de l'armée à la retraite et Afro-Américain, affrontait le républicain Clay Fuller, procureur local.

Fuller a remporté le second tour avec 56 % des voix, contre 44 % pour Harris. Cet écart de 12 points était nettement inférieur à celui de 2024, année où Greene avait battu Shawn Harris avec 29 points d'avance, et où Trump avait vaincu Kamala Harris avec 37 points d'avance. Plus significatif encore fut l'effondrement de la participation électorale, qui est passée de près de 300 000 à un peu plus de 130 000 votants.

Le résultat en Géorgie a enregistré le plus fort recul des Républicains lors de toutes les élections partielles depuis l'entrée en fonction de Trump. Un tel basculement à deux chiffres en faveur des Démocrates, s'il se concrétisait le jour du scrutin cette année, entraînerait la perte de près de 80 sièges pour les Républicains à la Chambre des représentants et leur ferait également perdre le contrôle du Sénat.

Au total, les Démocrates ont remporté 30 sièges républicains dans les assemblées législatives des États et lors d'élections partielles, tandis que les Républicains n'ont remporté aucun siège démocrate. Cette situation témoigne de l'hostilité populaire croissante envers l'administration Trump, même si cette hostilité est déformée et contenue par la structure réactionnaire et antidémocratique du système bipartite, les deux partis étant dédiés à la défense de l'oligarchie financière et du système capitaliste.

Face à l'opposition populaire croissante à son administration, Trump a promulgué le mois dernier un décret visant à restreindre le vote par correspondance et à autoriser le service postal américain, dont il nomme le conseil d'administration, à rejeter les bulletins de vote envoyés par les États qui ne répondent pas à ses exigences de « sécurité ». Il a chargé le département de la Sécurité intérieure et l'administration de la Sécurité sociale d'établir une liste électorale officielle et de l'imposer aux États, au mépris de la Constitution américaine qui confère aux États le rôle principal dans l'organisation des élections et n'accorde aucun rôle au pouvoir exécutif fédéral.

La Maison-Blanche fait pression sur le Congrès pour obtenir l'adoption du SAVE America Act, qui obligerait les électeurs potentiels à prouver leur citoyenneté lors de leur inscription sur les listes électorales et à présenter une pièce d'identité officielle le jour du vote. Ce projet de loi, ainsi que le décret présidentiel, reposent sur le mensonge selon lequel des millions de non-citoyens voteraient aux élections américaines et que la défaite de Trump en 2020 serait due à ces votes d'« étrangers en situation irrégulière ».

Lundi soir, lors de son passage à l'émission de Rachel Maddow, le sénateur démocrate Mark Warner, de Virginie, a déclaré : « Je suis terrifié à l'idée que cette administration tente de provoquer un incident justifiant une intervention fédérale. »

Warner, membre éminent du Parti démocrate au sein de la commission du renseignement du Sénat, est bien informé des opérations de l'appareil de sécurité nationale américain. Il a laissé entendre que la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard, jouait un rôle majeur dans une tentative visant à faire croire à une ingérence étrangère dans les élections américaines, rendant ainsi nécessaire le déploiement de troupes fédérales aux abords des bureaux de vote.

Il a souligné la présence de Gabbard lors d'une descente du FBI dans des bureaux de vote à Atlanta, en Géorgie, et lors de la saisie de machines à voter à Porto Rico, des actions auxquelles ne devrait normalement pas participer une membre du gouvernement chargée de superviser les activités de renseignement américaines à l'étranger.

Warner a poursuivi : « Il faut être très vigilant quant à l'idée qu'ils puissent exploiter une menace, réelle ou supposée, comme prétexte. C'est pourquoi j'ai cherché à rencontrer d'anciens chefs militaires, des responsables du renseignement et des représentants des forces de l'ordre, afin de leur dire : si vous voyez une information erronée, dénoncez-la et réfutez-la. La presse, franchement, doit en faire autant. Il s'agit du cœur même de notre démocratie : la tenue d'élections libres et équitables. »

Malgré toutes ces déclarations d'inquiétude, ni Warner ni aucun autre démocrate de premier plan n'a appelé à des mesures pour défendre le droit de vote ou s'opposer aux tentatives de Trump de truquer les élections. Ils craignent bien plus un mouvement populaire contre le complot de dictature de Trump que les actions que de Trump lui-même.

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