Dimanche, le maire de New York, Zohran Mamdani, membre des Socialistes démocrates d’Amérique (Democratic Socialists of America – DSA), le sénateur du Vermont Bernie Sanders, qui se présente comme indépendant, et des dirigeants syndicaux de premier plan – dont Sara Nelson, présidente internationale de l’Association of Flight Attendants – CWA, et Randi Weingarten, présidente de l’American Federation of Teachers – ont organisé un rassemblement à New York visant à renforcer l’appareil syndical dans le cadre d’une nouvelle initiative, « Union Now ».
Les discours étaient remplis de démagogie creuse et de fanfaronnades, visant à promouvoir le Parti démocrate et à dissimuler le bilan des différents orateurs. Ce qui est toutefois le plus significatif, c’est ce qui n’a pas été dit. Pas un seul des orateurs n’a prononcé le mot « Iran » ni fait mention de l’escalade de la guerre mondiale. Cette omission règne alors que des navires de guerre américains continuent de menacer les côtes iraniennes et que l’administration Trump met en place un blocus du détroit d’Ormuz.
Le rassemblement a eu lieu le jour même où le New York Times publiait un éditorial définissant les limites de ce que le journal et les Démocrates considèrent comme une dissidence acceptable. Tel qu’expliqué par le World Socialist Web Site, l’exigence que Trump « implique le Congrès et sollicite l'aide des alliés des États-Unis », est un appel lancé au Parti démocrate pour qu’il s’approprie officiellement la guerre et lui confère une légitimité politique. La fonction d’organisations comme les DSA, et de personnalités comme Sanders et Mamdani, est de contrôler l’opposition de gauche, en veillant à ce que l’hostilité à la guerre et à la dictature ne se transforme jamais en un mouvement indépendant de la classe ouvrière.
Cette fonction politique était bien en évidence tout au long de l’activité de dimanche.
Dans son discours, Mamdani, qui s’est rendu à deux reprises à la Maison-Blanche pour chercher à nouer une alliance avec Trump alors même que l’administration procède à des expulsions massives sur le territoire national et des actions de guerre illégales à l’étranger, n’a pas prononcé une seule fois les mots « Trump », « guerre », « Iran », « militarisme », « fascisme », « capitalisme » ou « grève ». Au lieu de cela, il a fait l’éloge des bureaucrates syndicaux présents, de Sanders et de son « adjointe au maire chargée de la justice économique », Julie Su, décrivant à tort cette dernière comme une « défenseuse de longue date des travailleurs ».
Mensonge! En tant que secrétaire au Travail sous Gavin Newsom, puis en tant qu’adjointe et secrétaire au Travail par intérim sous Biden, Su a collaboré à maintes reprises avec les grandes entreprises et la bureaucratie syndicale pour réprimer les luttes ouvrières. Elle a participé à des initiatives visant à bloquer ou à contenir les grèves et les actions de protestation des travailleurs des raffineries, des cheminots, des dockers de la côte ouest, des travailleurs de l’automobile et des employés de Boeing. Elle a également contribué à retarder le procès intenté par le travailleur de l’automobile Will Lehman concernant l’élection de l’UAW de 2022, au cours de laquelle seuls 9 % des membres ont voté, protégeant ainsi la bureaucratie d’une contestation sérieuse de la part des travailleurs de la base.
Sara Nelson a présenté la nouvelle initiative « Union Now », une organisation à but non lucratif qui est censée exister pour « collecter des fonds afin de soutenir directement les travailleurs qui s’organisent et font grève » et pour « soutenir des campagnes ambitieuses qui nécessitent des ressources communes et de la solidarité ». En pratique, il s’agit d’une proposition visant à mettre en place un énième mécanisme de collecte de fonds et de recrutement gravitant autour de l’appareil syndical, un appareil de plus pour collecter de l’argent au nom des travailleurs tout en maintenant les luttes sous le contrôle d’un appareil bureaucratique qui fonctionne comme un instrument de gestion d’entreprise.
Weingarten a suivi le même scénario. À l’instar de Mamdani, elle a invoqué la « densité syndicale » sans dire un mot de la guerre illégale menée contre l’Iran, du génocide perpétré à Gaza ou de l’offensive militaire israélienne en cours au Liban. Au lieu de cela, elle a salué comme une victoire l’accord provisoire conclu par le syndicat des United Teachers Los Angeles, alors que le véritable objectif de cette entente est d’empêcher une lutte commune plus large des enseignants de Los Angeles.
Sanders, quant à lui, a livré une nouvelle version de son discours éculé sur la « lutte contre l’oligarchie ». Il a évoqué la richesse du 1 % le plus riche et dénoncé « l’argent des grandes entreprises » en politique, présentant le problème central comme étant Citizens United et le financement des campagnes électorales. Cette fiction est le cheval de bataille de Sanders depuis plus d’une décennie. Le problème n’est pas une décision de la Cour suprême, mais le système capitaliste lui-même, qui subordonne tous les aspects de la vie sociale et politique aux intérêts de l’oligarchie financière.
Sanders a explicitement révélé le véritable objectif de l’activité lorsqu’il a déclaré : « Si le Parti démocrate veut notre soutien, il doit devenir un parti de la classe ouvrière, et non celui des grandes entreprises américaines. » Cette formulation trompeuse résume le rôle politique de Sanders. Le Parti démocrate n’est pas un instrument neutre que l’on peut contraindre à servir les intérêts des travailleurs.
C’est un parti capitaliste, ancré dans la défense de la propriété privée, de la guerre impérialiste et de l’appareil d’État. Il ne peut pas plus être transformé en un parti de la classe ouvrière que la Confédération n’aurait pu être transformée en une société égalitaire. Sa défense du capitalisme le lie à l'oligarchie financière et aux agences de renseignement contre lesquelles Sanders se pose faussement en adversaire, garantissant du coup que chaque mouvement qu'il mène aboutit à subordonner les travailleurs et les jeunes à leurs ennemis de classe.
Il ne peut y avoir de véritable lutte contre « l'oligarchie » sans placer au centre la lutte contre la guerre impérialiste. L'appel de Sanders pour que le Parti démocrate devienne un « parti de la classe ouvrière » est particulièrement obscène dans un contexte où ce parti est mobilisé pour fournir une légitimité politique à la prochaine phase de la guerre. Ce qu'il présente comme un vecteur de réforme est, en réalité, l'un des principaux instruments par lesquels la classe dirigeante américaine organise la violence impérialiste à l'étranger et réprime l'opposition sur le plan intérieur.
À propos de la tournée « Fighting Oligarchy » (Combattre l’oligarchie) de Sanders l’année dernière, à la suite du bombardement américain des sites nucléaires iraniens, le WSWS avait écrit :
Les appels creux de Sanders à s’opposer à l’invasion de l’Iran, tout comme sa loi « No War Against Iran Act » sans substance, ne constituent pas des efforts sérieux pour mettre fin à la guerre impérialiste. Ce sont des manœuvres politiques destinées à piéger les travailleurs et les jeunes qui cherchent un moyen de mettre fin à la guerre dans l’impasse du Parti démocrate et du système capitaliste qu’il défend.
La seule façon d’arrêter la guerre contre l’Iran, de mettre fin au génocide à Gaza et de briser l’emprise de l’oligarchie financière passe par la mobilisation indépendante de la classe ouvrière – contre tous les partis, gouvernements et représentants politiques des capitalistes.
Le rassemblement de dimanche à New York a pleinement confirmé cette analyse. Alors même que la classe dirigeante américaine prépare une guerre de plus grande ampleur contre l’Iran et intensifie la répression sur le plan intérieur, Sanders, Mamdani et la bureaucratie syndicale restent silencieux face à la guerre à l’étranger, à la dictature croissante sur le plan intérieur et ne propose rien d’autre que de nouvelles illusions dans les institutions moribondes de la politique capitaliste.
Les travailleurs et les jeunes qui cherchent une voie à suivre doivent se tenir à l’écart de ces politiciens bourgeois. La lutte contre la guerre, la dictature et les inégalités exige une rupture nette avec le Parti démocrate, l’appareil bureaucratique syndical et l’ensemble du système capitaliste qu’ils défendent.
