Mercredi, le Sénat américain a rejeté une motion de procédure, présentée par le Parti démocrate, visant à soumettre au vote une résolution demandant le retrait des forces américaines du conflit iranien, au motif que cette guerre n'avait pas été autorisée par le Congrès.
Le vote a échoué par 52 voix contre 47 sur une motion visant à écarter la résolution présentée par la sénatrice Tammy Duckworth (Illinois). Ce vote autorise l'administration Trump à poursuivre sa guerre illégale contre l'Iran sans aucun contrôle du Congrès.
Il s'agissait de la quatrième tentative des démocrates de se présenter comme des opposants à la politique belliciste de Trump, alors qu'ils savent pertinemment que leurs résolutions seront bloquées par la majorité républicaine, et alors même qu'ils continuent de voter des budgets militaires se chiffrant en milliards de dollars.
Le rejet de la motion de procédure signifie que la résolution n'a jamais été soumise au vote du Sénat et que le fond du texte n'a pas pu être examiné. Ce vote démontre une fois de plus que le Congrès, seul détenteur du pouvoir constitutionnel de déclarer la guerre, participe activement à l'effondrement du gouvernement démocratique aux États-Unis et facilite l'instauration d'une dictature présidentielle par Donald Trump.
Parmi les votes notables, on peut citer ceux des sénateurs Rand Paul et John Fetterman. Paul, républicain du Kentucky, a voté pour la résolution sur les pouvoirs de guerre, tandis que Fetterman, démocrate de Pennsylvanie, a voté contre. Tous deux avaient adopté les mêmes positions lors de précédents examens au Sénat de la question des pouvoirs de guerre contre l'Iran.
En s'opposant à l'affirmation extrêmement modérée du pouvoir constitutionnel du Congrès, le démocrate Fetterman a réaffirmé son soutien inconditionnel à la guerre criminelle de Trump, qui a fait environ 3 636 morts, dont plus de 1 700 civils. Fetterman a déclaré : « Nous devons soutenir notre armée pour lui permettre d'atteindre les objectifs de l'opération Epic Fury.»
Le texte de la résolution de Duckworth visait à « ordonner le retrait des forces armées des États-Unis des hostilités menées à l'intérieur de la République islamique d'Iran ou contre elle, hostilités qui n'ont pas été autorisées par le Congrès ». La résolution ne déclare pas la guerre illégale, criminelle ou contraire au droit américain et international. Elle en accepte simplement le cadre et soutient que le Congrès a été indûment exclu du processus décisionnel concernant le déclenchement et la conduite de cette guerre.
Les opposants républicains à la motion du Sénat ont défendu le pouvoir du président de déclarer la guerre et ont fait valoir que la campagne militaire était justifiée par le danger supposé que représenterait l'Iran. Par exemple, le sénateur Jim Risch (Idaho), président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a déclaré que le président a le devoir d'agir unilatéralement pour défendre les États-Unis et leurs citoyens, affirmant que la Constitution « confère clairement au président non seulement le droit, mais aussi le devoir, conformément à son serment, de protéger les États-Unis ».
Cet argument corrobore les mensonges proférés par le président Trump, le secrétaire d'État Rubio et le secrétaire à la Guerre Hegseth, selon lesquels l'Iran serait à deux semaines de posséder l'arme nucléaire et qu'une attaque contre les États-Unis serait imminente. D'autres républicains se sont concentrés sur la disposition de la loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act) autorisant le président à recourir à la force militaire pendant une période limitée de 60 jours sans autorisation du Congrès. Ce délai expire dans 16 jours.
La loi sur les pouvoirs de guerre de 1973 a été adoptée après l'escalade de la guerre du Vietnam et la révélation, par l'administration Nixon, des campagnes de bombardements secrètes menées par les États-Unis au Cambodge et au Laos. Elle avait été promulguée malgré le veto de Nixon, lequel avait été outrepassé par une majorité des deux tiers à la Chambre des représentants et au Sénat.
Le vote de cette loi s'inscrivait dans le contexte effroyable du bilan meurtrier des opérations américaines en Indochine, dissimulées au public américain. On estime à plusieurs centaines de milliers le nombre de morts au Cambodge et au Laos durant ces guerres secrètes. La loi sur les pouvoirs de guerre visait à limiter la capacité du président à déclencher ou prolonger des guerres sans l'approbation du Congrès.
La menace proférée par Trump le 7 avril – « Une civilisation entière mourra ce soir, pour ne jamais renaître » – largement interprétée comme une promesse d'utiliser l'arme nucléaire contre l'Iran, éclipserait les crimes de Nixon et Kissinger durant la guerre du Vietnam.
Une mascarade similaire se déroulait mercredi à la Chambre des représentants américaine, les démocrates présentant des articles de mise en accusation contre le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, pour « guerre non autorisée contre l'Iran », « attaques contre des civils », « obstruction au contrôle parlementaire », « abus de pouvoir » et plusieurs autres chefs d'accusation. Compte tenu de la majorité républicaine à la Chambre, cette motion est vouée à l'échec. Même si elle était adoptée, une majorité des deux tiers au Sénat serait nécessaire pour destituer Hegseth.
Le porte-parole du Pentagone, Kingsley Wilson, a rejeté la procédure de destitution, la qualifiant de tentative de faire les gros titres, et a déclaré que Hegseth « continuera de protéger le territoire national et de promouvoir la paix par la force ».
Bien que Trump ait annoncé un cessez-le-feu de deux semaines le 7 avril, la trêve reste fragile. Après l'échec des pourparlers au Pakistan le 11 avril, la Maison-Blanche a imposé un blocus naval du détroit d'Ormuz, en violation du droit international. Lors d'un point de presse mercredi, la Maison-Blanche a indiqué qu'une nouvelle série de négociations était prévue au Pakistan.
Alors que l'administration Trump parle publiquement de diplomatie, la situation militaire est tout autre. Selon les médias, un autre groupe aéronaval ainsi que des renforts amphibies et des forces de Marines sont en cours de déploiement dans la région, où se trouvent déjà des dizaines de milliers de soldats issus de la première phase du conflit.
Le Washington Post a rapporté mardi que les États-Unis allaient déployer plus de 10 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient avant la fin avril. Citant des responsables américains, actuels et anciens, s'exprimant sous couvert d'anonymat, le Post a indiqué que le porte-avions USS George H. W. Bush et les navires qui l'escortent, transportant notamment 6 000 soldats, étaient en route pour la région.
Par ailleurs, 4 200 soldats du groupe amphibie Boxer et de son unité expéditionnaire des Marines, la 11e Marine Expeditionary Unit, devraient également arriver dans les deux prochaines semaines.
Ce renforcement des effectifs témoigne sans équivoque que le Pentagone se prépare à une reprise des opérations militaires, indépendamment des négociations. Comme avant le début du conflit, ce déploiement de forces laisse présager une seconde phase de guerre plutôt qu'une désescalade.
Le même schéma se dessine au Liban, où les frappes israéliennes se poursuivent malgré les pourparlers. Les informations des 24 dernières heures font état de la poursuite des attaques dans le sud du Liban, notamment des frappes ayant coûté la vie à des travailleurs de la santé, ainsi que de tirs de roquettes du Hezbollah et de la possibilité de nouveaux projets israéliens de zone tampon.
En Iran comme au Liban, les États-Unis et Israël mènent des négociations afin de gagner du temps, de mobiliser du personnel et du matériel militaires et d'intensifier les conflits pour atteindre leurs objectifs impérialistes et annexionnistes.
