Perspective

Will Lehman, candidat de la base à la présidence du syndicat UAW, présente une résolution contre la guerre en Iran

Will Lehman

Will Lehman – employé de la base de Mack Trucks et candidat socialiste à la présidence de l'UAW – a présenté samedi, lors d'une réunion de la section locale 677 de l'UAW, une résolution s'opposant à la guerre contre l'Iran. Lehman proposait que cette résolution, intitulée « Non à la guerre impérialiste américano-israélienne contre l'Iran – Pour la mobilisation indépendante de la classe ouvrière », soit examinée lors du 39e congrès constitutionnel de l'UAW, prévu du 15 au 18 juin à Detroit.

La résolution a été votée au sein de la section locale 677 de l'UAW et rejetée par 7 voix contre 1. Lehman fut le seul à voter pour. Les sept personnes ayant voté contre n'étaient pas des employés de la base, mais des responsables locaux et leurs associés : une petite clique bureaucratique réunie sans la participation des 2 400 employés de Mack Trucks. Leur vote est parfaitement représentatif de l'appareil pro-guerre de l'UAW qui, de la direction nationale jusqu'aux échelons inférieurs, a soit activement soutenu la guerre, soit gardé un silence lâche face à elle.

La résolution proposée par Lehman est une déclaration percutante qui expose une stratégie permettant à la classe ouvrière de mettre fin à la guerre. Elle qualifie la guerre de criminelle, s'appuyant sur les précédents de Nuremberg établis après la Seconde Guerre mondiale, et documente son coût humain et ses conséquences désastreuses.

La résolution établit également un lien direct entre la guerre et les atteintes aux droits démocratiques et sociaux de la classe ouvrière aux États-Unis. Le même gouvernement qui bombarde les villes iraniennes déploie des agents fédéraux militarisés contre les travailleurs immigrés, a assassiné Renée Nicole Good et Alex Pretti, et construit ce que la résolution qualifie de « plus grand système de prisons pour immigrés de l'histoire américaine ».

Elle condamne le budget de 1 500 milliards de dollars du Pentagone ainsi que les coupes drastiques dans les programmes Medicare et Medicaid, l'aide alimentaire, le logement et l'éducation, et soulève la menace qui plane désormais sur toutes les usines automobiles du pays : la conversion de la production de véhicules à la production d'armes de guerre, ce qui « intégrerait les ouvriers de l'automobile, contre leur gré, à la production d'armes utilisées pour tuer des travailleurs dans d'autres pays ».

La résolution impute la responsabilité de la guerre aux deux partis patronaux. Elle déclare que « le Parti démocrate s'est allié au Parti républicain pour financer et mener cette guerre, les principaux démocrates soutenant les frappes et les résolutions du Sénat sur les pouvoirs de guerre ayant échoué à maintes reprises – démontrant ainsi que la classe ouvrière ne peut faire confiance ni à l'un ni à l'autre des partis capitalistes ni aux institutions de l'État capitaliste pour mettre fin à la guerre, et doit compter sur sa propre force. »

La résolution propose un programme d'action fondé sur l'initiative indépendante de la base. Elle affirme que la guerre « ne peut prendre fin que par la mobilisation indépendante de la classe ouvrière », et non par des appels au Congrès, du lobbying auprès des démocrates ou entretenir des espoirs dans « des politiciens capitalistes de quelque bord que ce soit ». Elle appelle donc les membres de l'UAW à « concrétiser » la résolution en formant des comités de base dans chaque section locale – indépendants de la bureaucratie syndicale et non subordonnés à elle, élus lors de réunions publiques, responsables uniquement devant les membres et révocables immédiatement.

La résolution précise les missions de ces comités : diffuser la résolution sur tous les lieux de travail et réunir les membres pour en discuter et agir ; organiser la défense des collègues immigrés contre les rafles et les expulsions de l’ICE ; s’opposer à la conversion de la production automobile et de pièces détachées à la production militaire ; et se préparer à s’opposer à la conscription et à défendre tout travailleur ou jeune refusant de combattre dans une guerre impérialiste. Elle appelle également à établir des canaux de communication et de coordination directes avec les comités de base des autres sections locales de l’UAW, des autres syndicats et avec les travailleurs à l’international, notamment en Iran.

Enfin, elle lie ces mesures organisationnelles à des actions sociales et politiques concrètes. Les comités sont chargés de convoquer des assemblées, de préparer les membres à « l’action sociale et politique pouvant aller jusqu’aux arrêts de travail et aux grèves », et de rendre compte « régulièrement et ouvertement » des progrès accomplis. La résolution souligne que sa mise en œuvre ne peut être laissée aux « responsables, au personnel ou à l’appareil », mais repose sur « l’action consciente, organisée et indépendante de la base ».

Le vote contre la résolution de Lehman par l'appareil de la section locale 677 est politiquement significatif, non pas en raison de son résultat (7 voix contre 1 lors d'une réunion organisée pour exclure les membres), mais pour ce qu'il révèle. Une poignée de responsables, agissant comme une clique bureaucratique fermée, ont cherché à étouffer toute expression d'opposition à une guerre illégale et à empêcher toute discussion parmi les 2 400 travailleurs de Mack qu'ils sont censés « représenter ». En ce sens, ce vote illustre parfaitement le rôle de l'appareil de l'UAW dans son ensemble.

Le président de l'UAW, Shawn Fain, a fait de l'appareil syndical un pilier essentiel de la campagne de guerre. Il n'a publié aucune déclaration s'opposant à la guerre en Iran, tout en ravivant le mythe toxique de l'« Arsenal de la démocratie » de la Seconde Guerre mondiale : ce système corporatiste qui a transformé la production automobile en production d'armements, privé les travailleurs de leur droit de grève et récompensé la bureaucratie syndicale par la reconnaissance de l'État et des privilèges institutionnels en échange de l'application de la « discipline du travail ».

L'adhésion de Fain au nationalisme économique et à la guerre commerciale de Trump découle de la même logique : diviser les travailleurs selon des critères nationaux, subordonner leurs luttes à l'« intérêt national » du capitalisme américain et préparer le syndicat à discipliner la main-d'œuvre à mesure que la guerre et l'austérité s'intensifient.

Le WSWS appelle les travailleurs de l'automobile et tous les membres de l'UAW à diffuser la résolution de Lehman dans chaque usine et chaque section locale, à la faire circuler dans les ateliers et à mettre en œuvre la stratégie qu'elle préconise. Comme l'indique la résolution, la classe ouvrière, de par sa position dans la production, les transports et les universités, possède le pouvoir social d'enrayer la machine de guerre. L'enjeu est celui de l'organisation et de la direction : la force collective des travailleurs sera-t-elle consciemment mobilisée ou étouffée par des responsables dont les privilèges reposent sur le maintien des travailleurs politiquement désarmés et isolés ?

Le WSWS exhorte les travailleurs à former des comités de base, à s’unir au-delà des usines et des frontières, et à préparer une action collective pour stopper la course à la guerre et défendre la classe ouvrière contre l'assaut qu'elle engendre sur la société.

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