Trump menace de reprendre les bombardements contre l'Iran alors que s'ouvre à Paris le sommet d'urgence des ministres des Finances du G7

Le président américain Donald Trump a menacé lundi l'Iran d'une reprise des bombardements, alors que les négociations américano-iraniennes ont de nouveau échoué et qu'un sommet d'urgence des ministres des Finances du G7 se réunissait à Paris pour débattre des bouleversements économiques mondiaux provoqués par l'agression américano-israélienne contre l'Iran. La marine américaine poursuit son blocus de l'Iran, et les exportations de pétrole, de gaz et d'engrais transitant par le détroit d'Ormuz, vitales pour l'économie mondiale, restent bloquées.

De gauche à droite: le président de l'Eurogroupe Kyriakos Pierrakakis, le vice-chancelier et ministre allemand des Finances Lars Klingbeil, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent, le ministre français des Finances Roland Lescure, la chancelière de l'Échiquier britannique Rachel Reeves, le ministre canadien des Finances François-Philippe Champagne, la ministre japonaise des Finances Satsuki Katayama, le ministre italien des Finances Giancarlo Giorgetti et le commissaire européen à l'Économie et à la Productivité Valdis Dombrovskis prennent la pose pour une photo de famille à la réunion des ministres des Finances du G7 à Paris, le lundi 18 mai 2026. [AP Photo/Thibault Camus]

Avant la réunion du Conseil de sécurité nationale prévue aujourd’hui sur l’Iran, Trump avait dit, menaçant, que «le temps pressait» pour l’Iran et qu’«il ne resterait plus rien de lui» si les responsables iraniens «ne se bougeaient pas, et VITE». Hier matin, il a publié sur les réseaux sociaux des images de lui-même appuyant sur un bouton nucléaire rouge et montrant des explosions nucléaires sur la surface de la Terre. Il a ensuite multiplié les menaces et exprimé son indignation face au refus de l'Iran d'accepter les conditions qu'il exigeait.

«Je peux vous dire une chose — ils meurent d'envie de signer» un accord, a affirmé Trump dans un entretien publié par le magazine Fortune. «Mais ils concluent un accord, et puis ils vous envoient un document qui n'a aucun rapport avec l'accord que vous avez conclu. Je dis: vous êtes fous vous autres ou quoi? »

Il est en effet évident que la guerre que Washington et le régime israélien ont déclenchée contre l'Iran le 28 février s'est soldée par un échec cuisant. L'économie mondiale est au point mort, les prix de l'énergie montent en flèche, mais la guerre américano-israélienne n'a toujours pas réussi à faire plier l'Iran à la volonté de Washington. Les négociateurs iraniens ont rejeté l'offre américaine que Trump prétendait qu'ils «mouraient d'envie» de signer, et les responsables pakistanais supervisant les pourparlers entre les États-Unis et l'Iran ont affirmé que les négociateurs américains et iraniens «ne cessaient de changer les règles du jeu».

Le site d’information Axios a rapporté que Washington avait rejeté une contre-proposition iranienne, citant de hauts responsables américains anonymes. «Des responsables américains affirment que le président Trump souhaite un accord pour mettre fin à la guerre, mais qu’il envisage de la reprendre dû au rejet par l’Iran d’une grande partie de ses exigences et de son refus de faire des concessions significatives sur son programme nucléaire», écrit le site. Il était «temps que les Iraniens fassent un petit geste de bonne volonté», avait déclaré un des responsables, faute de quoi «les États-Unis devraient poursuivre les négociations “à coups de bombes”».

Trump a ensuite écrit sur les réseaux sociaux que les monarques du Qatar, d'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis lui auraient demandé de «surseoir à notre attaque militaire planifiée contre la République islamique d'Iran, qui était prévue pour demain». Il a affirmé qu'«un accord sera conclu, qui sera tout à fait acceptable pour les États-Unis d'Amérique, ainsi que pour tous les pays du Moyen-Orient et au-delà». Plus tard dans la journée de lundi, Trump a déclaré avoir reporté l'attaque de «deux ou trois jours — une courte période».

Le monde est manifestement au bord d'une nouvelle agression américano-israélienne contre l'Iran. Compte tenu des antécédents de Washington, qui a lancé des attaques surprises en plein milieu de négociations avec l'Iran, même ses affirmations que l'attaque aurait été reportée ne peuvent être prises pour argent comptant.

Quoi qu'il en soit, le régime israélien continue de mener sa guerre contre le Liban. Il a annoncé avoir effectué 100 frappes militaires depuis vendredi, ses bombardements ayant tué cinq personnes dont deux enfants dans le sud du Liban dimanche. Les médias libanais ont rapporté que des frappes israéliennes avaient tué le commandant du Jihad islamique Wael Abdel Halim ainsi que sa fille de 17 ans. Ces frappes se poursuivent en violation d'une trêve négociée et signée le 17 avril.

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran entrave les exportations d'énergie et d'engrais dont le monde a désespérément besoin, ce qui a des répercussions en cascade sur l'industrie et l'agriculture mondiales et entraîne une forte hausse des prix des carburants et des denrées alimentaires qui met à mal l'économie mondiale. Le prix du pétrole grimpant bien au-delà de 100 ou 110 dollars le baril et l'inflation s'accélèrant dans les principales économies avancées à l'international, cette guerre ébranle également les marchés financiers, faisant planer la menace d'un krach boursier.

Ces derniers jours, les grands investisseurs ont réagi à la montée de l'inflation en se débarrassant des obligations d'État qu'ils jugeaient insuffisamment rémunératrices. Le résultat est une crise du financement public dans les pays très endettés, comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon. La dette de ces pays, mesurée en pourcentage de leur produit intérieur brut, atteint respectivement les niveaux colossaux de 123 %, 100 %, 112 %, 137 % et 225 %, ce qui rend ces gouvernements extrêmement vulnérables aux brusques variations des taux d'intérêt.

Ces derniers jours, les banquiers et responsables financiers ont exprimé une inquiétude croissante, tandis que le déversement massif d'obligations par les investisseurs faisait flamber les taux d'intérêt dans ces pays. Ces taux ont bondi à 4,6 % pour la dette du Trésor américain à 10 ans, à 5,13 % pour les gilts britanniques à 10 ans et à 4,17 % pour la dette japonaise à 30 ans. Dans les cercles dirigeants, on craint que la liquidation sur les marchés obligataires ne finisse par s'étendre aussi aux marchés boursiers et à d'autres marchés financiers, provoquant un krach mondial.

Les banquiers et responsables financiers évoquent ouvertement le lien étroit entre la guerre en Iran et les turbulences économiques et financières qui en découlent. Subadra Rajappa, analyste de la banque française Société Générale, a déclaré à Bloomberg Television: «Les rendements obligataires semblent clairement s'emballer», tandis que Nick Twidale, analyste chez ATFX Global, a déclaré: «Le fait que nous voyions désormais des données venir étayer les craintes inflationnistes qui pèsent sur le marché depuis le début du conflit au Moyen-Orient est, je pense, déterminant.»

Le sommet de deux jours des ministres des Finances du G7 à Paris s'est ouvert lundi alors que les grandes puissances impérialistes tentent de faire face aux répercussions de cette guerre. Au cours des dernières semaines, les pays du G7 (États-Unis, Canada, Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne, Japon) ont procédé au plus grand déstockage pétrolier de l'histoire à partir de leurs réserves stratégiques. Ils ont injecté plus de 400 millions de barils de pétrole sur les marchés mondiaux afin d'éviter un effondrement de l'économie mondiale provoqué par le blocus du détroit d'Ormuz.

Les responsables financiers ont directement évoqué la possibilité d'un effondrement des marchés de la dette publique et d'une crise du financement des grands gouvernements aux implications financières et économiques plus larges. «Nous ne sommes plus dans une période où la dette publique n'est pas un sujet», a déclaré le ministre français des Finances Roland Lescure, qui accueille le sommet; la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde, interrogée sur le krach obligataire, a simplement répondu: «Je m'inquiète toujours, c'est mon métier.»

La guerre contre l'Iran et les tensions croissantes entre les grandes puissances impérialistes sont au cœur des discussions. Les tensions américano-européennes exacerbées par la guerre ont éclaté au grand jour lorsque Trump a réagi à la plainte du chancelier allemand Friedrich Merz, que Washington n'avait «aucune stratégie» pour la guerre, en retirant des troupes américaines stationnées en Allemagne dans le cadre d’une alliance de l’OTAN dirigée contre la Russie.

À son arrivée lundi à Paris, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a exigé que les autres pays du G7 imposent des sanctions encore plus sévères à l'Iran afin de bloquer le financement de sa «machine de guerre».

«Ces discussions ne sont pas faciles. Je ne vais pas vous dire que nous sommes d'accord sur tout, notamment, bien sûr, au premier chef avec nos amis américains, avec lesquels nous avons des désaccords fondamentaux, en particulier sur l'avenir du commerce international», a déclaré le ministre français des Finances Lescure. Il a indiqué que le G7 prônerait une meilleure coordination pour surveiller les marchés, anticiper les perturbations des approvisionnements et développer des sources alternatives pour les matières premières essentielles.

Ce qui est en revanche totalement absent de ces discussions des cercles dirigeants, c'est une quelconque critique significative — sans même parler de condamnation — de la politique d'agression militaire déchaînée contre l'Iran et du génocide à Gaza. Il est de plus en plus évident que ces politiques menacent les travailleurs du monde entier d'un effondrement économique et financier aux conséquences incalculables. La question politique décisive aujourd'hui est l'unification internationale du mouvement de la classe ouvrière dans les lieux de travail, les établissements scolaires et les quartiers ouvriers, afin de mettre un terme à la spirale descendante accélérée du capitalisme vers la guerre mondiale.

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