Au moins 82 mineurs ont été tués vendredi dernier par une explosion de gaz dans une mine de charbon de la province du Shanxi, en Chine centrale. La déflagration dans cette mine de Liushenyu, à environ 500 km au sud-ouest de Pékin, est la pire catastrophe minière du pays depuis l’explosion survenue en 2009 dans une mine de l'État, dans la province du Heilongjiang et qui avait fait 108 morts.
Dimanche, 128 des 247 ouvriers qui étaient au fond au moment de l'explosion étaient soignés à l'hôpital, dont deux dans un état critique. Parmi les autres, deux étaient toujours portés disparus et 35 des survivants ont pu rentrer chez eux. Selon l'agence de presse officielle Xinhua, les premiers bilans faisant état de victimes étaient erronés, car l'entreprise ne disposait pas de chiffres précis concernant le nombre d'ouvriers présents lors de cette équipe.
Les informations des médias sur ce qui s'est passé sont fragmentaires. L'un des mineurs blessés, Wang Yong, a déclaré à China Central Television (CCTV) qu'il n'avait entendu aucun bruit mais avait vu un nuage de fumée et senti du soufre. «[C'était] tout comme quand on fait sauter des explosifs, et j'ai dit à tout le monde de courir. Pendant que nous courions, j'ai vu des gens s'effondrer à cause de la fumée, puis je me suis évanoui moi aussi.»
Les médecins ont indiqué que la plupart des blessés étaient traités pour une exposition à des gaz toxiques et avaient besoin d'une oxygénothérapie hyperbare. Un autre employé de l'hôpital a déclaré au magazine China Newsweek: «En ce moment, tout l'hôpital est incroyablement occupé, tout le monde s’active dans tous les sens.»
Le ministère de la Gestion des urgences a dépêché sur les lieux de l'opération de sauvetage 345 effectifs issus de six équipes de secours d'urgence minière, ainsi que du matériel. Sept équipes médicales spécialisées ont également été envoyées. La chaîne CCTV a rapporté que les opérations de secours avaient été entravées par le fait que les plans de la mine fournis par l'entreprise ne correspondaient pas à la configuration souterraine réelle, obligeant les sauveteurs à improviser.
Les secouristes ont également expliqué à la chaîne que les difficultés étaient aggravées par la profondeur de la mine et la forte pente dans la zone où l'explosion s'est produite, ce qui rendait difficile de remonter les mineurs blessés à la surface. Ils s'inquiétaient en outre de la montée du niveau de l'eau près du site de l'explosion.
Dans ce qui est désormais devenu une réaction de routine face aux catastrophes majeures, le président chinois Xi Jinping a souligné qu’il fallait tout mettre en œuvre «pour soigner les blessés, organiser les opérations de recherche et de sauvetage de manière scientifique et gérer correctement les conséquences ». Il a demandé qu’une enquête soit menée sur l’explosion et que «les responsables soient traduits en justice, conformément à la loi».
Les dirigeants du Shanxi Tongzhou Coal Group, qui exploite la mine, auraient été placés en détention. Si la responsabilité immédiate de la tragédie incombe à l'entreprise, le gouvernement chinois lui, cherche des boucs émissaires pour détourner l'attention du public des centaines de travailleurs qui continuent de mourir chaque année dans les mines de Chine.
En 2023, 53 travailleurs ont été tués dans l'effondrement d'une mine de charbon à ciel ouvert en Mongolie-Intérieure. L'année suivante, Pékin a mis en œuvre de nouvelles réglementations pour l'industrie charbonnière, qui augmentaient les amendes potentielles en cas d'infraction et définissaient des contrôles de sécurité ainsi que des responsabilités supplémentaires pour les propriétaires de mines et les responsables du gouvernement local et du parti.
La réglementation et la législation connexe peuvent sembler exhaustives sur le papier, mais les entreprises sont incitées à maximiser leur production et leurs profits. Les responsables locaux subissent une pression constante pour accroître la production, dont dépendent les recettes et l'emploi. La province du Shanxi est fortement dépendante de l'extraction du charbon. Elle a produit près d'un tiers de la production totale de la Chine l'an dernier et emploie des centaines de milliers de mineurs.
En 2024, la mine de charbon de Liushenyu a été répertoriée par l'Administration nationale chinoise de la sécurité minière comme une des 1 128 mines présentant des « risques graves pour la sécurité ». Elle a notamment été citée en raison de niveaux élevés de gaz, qui rendent les mines de charbon sujettes aux explosions.
Dans un communiqué publié à l'époque, l'organisme de sécurité déclarait: «Les départements de supervision de la sécurité minière au niveau provincial doivent exhorter les mines de charbon fortement exposées aux catastrophes à mettre en œuvre des mesures de gestion régionale des risques.»
À ce stade, on ignore quelles mesures, s’il y en eu de prises, l’ont été pour renforcer la sécurité dans la mine. L'absence de décompte précis du nombre de travailleurs présents au moment de l'explosion et celle de plans adéquats de la mine témoignent d’une piètre vigilance tant de la part de l'entreprise que des autorités locales.
Le site web ChannelNewsAsia a rapporté, en citant les médias d'État chinois, que plus de la moitié des travailleurs présents dans le puits vendredi étaient descendus sans avoir été correctement enregistrés. Les mineurs sont normalement tenus de se soumettre à des contrôles par reconnaissance faciale ou de retirer des cartes de localisation avant leur descente.
Le South China Morning Post a rapporté que deux sanctions administratives avaient été infligées à l'entreprise l'année dernière pour violations des règles de sécurité. Les infractions concernaient apparemment la défaillance du mécanisme d'arrêt d'urgence d'un monorail à l'intérieur de la mine et l'absence de soutènement approprié dans les zones où le plafond de la mine s'effondrait.
S'il est vrai que le bilan officiel des décès dans les mines de charbon a considérablement diminué au cours des deux dernières décennies, des mineurs continuent de mourir chaque année — 218 en 2020, 163 en 2021, 193 en 2022 et 162 en 2023. Tout en augmentant de manière significative l'utilisation des énergies renouvelables, la Chine reste fortement dépendante du charbon pour son énergie. Elle est le premier producteur et consommateur mondial de charbon et représente plus de la moitié de la production mondiale.
Le président Xi a déclaré sans détours: «Toutes les régions et tous les départements doivent tirer les leçons de cet accident, rester vigilants en matière de sécurité au travail, mener des enquêtes approfondies, corriger tous les types de risques et de dangers cachés, et prévenir et endiguer résolument la survenue d'accidents majeurs et graves.»
Cependant, tant que la législation et la réglementation en matière de sécurité ne seront pas appliquées, des mineurs continueront de perdre la vie, car les mines — qu'elles soient publiques ou privées — font passer la production et les profits avant la vie et la santé des travailleurs.
