Dans un discours prononcé samedi dernier, débordant d'hypocrisie et de mensonges, le secrétaire américain à la Guerre Pete Hegseth a déclaré lors du Dialogue stratégique et militaire annuel de Shangri-La à Singapour qu'il y avait «une inquiétude légitime concernant le renforcement militaire historique de la Chine et l'extension de ses activités militaires dans la région et au-delà».
Une fois de plus, Hegseth a exigé de tous les alliés et partenaires stratégiques des États-Unis dans la région indo-pacifique qu'ils augmentent considérablement leurs dépenses militaires et agissent de concert avec les États-Unis pour se préparer à une guerre contre la Chine, sous prétexte de maintenir la paix et la stabilité régionales.
L'absurdité des propos de Hegseth n'aura pas échappé aux ministres de la Défense, hauts gradés et responsables stratégiques réunis lors de la plus importante conférence sur la sécurité en Asie, même à ceux qui soutiennent l'impérialisme américain.
Hegseth a déclaré à plusieurs reprises que le renforcement massif des forces américaines en Asie était simplement nécessaire pour empêcher l'émergence de la Chine en tant qu'hégémon régional. Les États-Unis, a-t-il affirmé, exerçaient, selon les mots de l'ancien président Theodore Roosevelt, un leadership «assez confiant pour parler et marcher doucement tout en portant un gros bâton». Il poursuivit ainsi: «Nous sommes la puissance qui œuvre au maintien de l'équilibre, sans perturber trop l'ordre établi, tout simplement.»
En réalité, loin d'être une force de stabilité et de paix, les États-Unis se livrent à une offensive militaire mondiale en violation flagrante du droit international et sans aucun mandat de l'ONU ni du Congrès américain. Dès le début cependant, le secrétaire américain à la Guerre s'est vanté de ce que l'administration Trump défendait des intérêts nationaux américains à travers l'enlèvement militaire du président vénézuélien Nicolas Maduro, le bombardement meurtrier de navires de pêche dans les eaux latino-américaines et la guerre israélo-américaine non provoquée contre l'Iran.
Tout en déclarant qu'aucun pays ne devait devenir hégémonique dans l'Indo-Pacifique, Hegseth a affirmé sans détours que les États-Unis rétablissaient leur domination hégémonique sur les Amériques en vertu de la doctrine Monroe et «défendaient agressivement leur patrie et leur hémisphère». Ce qui s'est traduit jusque là non seulement par l'enlèvement de Maduro, mais aussi par le blocus paralysant de Cuba, la prise de contrôle du canal de Panama et les pressions exercées en vue de l'annexion du Canada et du Groenland.
S'adressant aux dirigeants politiques et militaires réunis, Hegseth a insisté pour dire que tous les alliés et partenaires devaient se mobiliser, car la puissance militaire requise n'était «pas un fardeau que les États-Unis peuvent ou doivent porter seuls». Il a déclaré: « Il ne peut y avoir d'alliance solide que si chacun s'implique personnellement. Pas de profiteurs.» Il a ajouté brutalement: «Nous exigeons de nos alliés et partenaires qu'ils consacrent 3,5 % [de leur PIB] à la défense.»
Les propos de Hegseth soulignent involontairement le déclin historique des États-Unis, qui sous-tend les véritables motifs de l'accélération ces quinze dernières années de la campagne de guerre américaine visant la Chine. L'impérialisme américain perçoit l'essor économique rapide et la sophistication technologique croissante de la Chine comme la principale menace à la domination mondiale des États-Unis et est déterminé à éliminer ce danger grâce à la puissance militaire qui lui reste.
Les actions militaires de l'administration Trump obéissent à une logique stratégique: la consolidation du contrôle américain sur l'hémisphère occidental et l'exclusion de la Chine de cette région, ainsi que la mainmise sur les réserves énergétiques et les carrefours mondiaux du Moyen-Orient, en vue d'une guerre contre la Chine. Ce n'est pas un hasard si le Venezuela et l'Iran, tous deux soumis à de lourdes sanctions américaines, ont été les principaux fournisseurs de pétrole à prix réduit de la Chine. La guerre contre l’Iran, tout comme celle en cours menée par les États-Unis et l’OTAN contre la Russie en Ukraine, font partie intégrante d’une guerre à l’échelle mondiale en train de se développer et qui tôt ou tard englobera la Chine.
Si le discours de Hegseth s'est révélé moins belliqueux qu’au Dialogue de Shangri-La de l'an dernier, c'est uniquement parce que l'administration Trump a dû marquer temporairement une pause dans sa guerre économique contre la Chine après que Pékin eut riposté en imposant des restrictions strictes sur les exportations de minéraux stratégiques indispensables à un large éventail de technologies, y compris à des fins militaires. La Chine détient en effet un quasi-monopole mondial de la production de la plupart des terres rares et autres minéraux stratégiques.
L'an dernier, Hegseth avait dénoncé «l'agression de la Chine communiste» et mis en garde contre une guerre imminente avec la Chine à propos de Taïwan. Dans son discours de cette année, Hegseth a affirmé de manière ridicule: « Sous le leadership du président Trump, les relations entre les États-Unis et la Chine sont meilleures qu'elles ne l'ont été depuis de nombreuses années. Le président Trump et cette administration recherchent une paix stable, un commerce équitable et des relations respectueuses avec la Chine.»
Même si le ton s'est peut-être adouci face à l'urgence de trouver d'autres sources d'approvisionnement en minerais essentiels et de résoudre le fiasco de la guerre en Iran, la Chine reste la cible militaire principale. Hegseth s'est vanté de ce que les États-Unis possédaient «l'armée la plus puissante et la plus performante de l'histoire du monde». Il a explicitement fait référence à la stratégie de guerre américaine axée sur le contrôle «de la première chaîne d’îles», qui conduit du Japon à Taïwan jusqu’aux Philippines, à la fois pour contenir l’armée chinoise et pour servir de tremplin à des attaques contre la Chine continentale.
Le ministre chinois de la Défense n'a assisté ni au Dialogue de Shangri-La de 2025 ni à celui de 2026 en raison de la prédominance des États-Unis et de leurs alliés. La délégation chinoise était dirigée par le général de division Meng Xiangqing, professeur à l'Université de défense nationale de l'Armée populaire de libération. Il a réservé ses critiques à la remilitarisation rapide du Japon et aux projets visant à fournir à l'Australie des sous-marins à propulsion nucléaire dans le cadre de l'alliance AUKUS avec la Grande-Bretagne et les États-Unis. Il a également averti que toute tentative de Taïwan de déclarer son indépendance était «incompatible» avec la paix dans le détroit de Taïwan.
Pour ce qui est des États-Unis, les propos de Meng ont toutefois été plus mesurés. Évoquant la récente rencontre entre Trump et Xi à Pékin, il a déclaré: « Nous espérons également que la Chine et les États-Unis se rapprocheront… et favoriseront le développement de relations entre leurs forces armées sur une voie saine, stable et durable.»
Pékin n'apporte aucune réponse progressiste à l'agression criminelle de Washington ni à sa campagne de guerre visant la Chine. Tout en cherchant sans cesse à conclure un nouvel accord avec l'impérialisme américain, il s'engage dans une course aux armements qui ne peut que dégénérer en un conflit mondial qui s’annonce catastrophique pour l'humanité. Le seul moyen d'empêcher que l'humanité ne sombre encore plus dans la guerre mondiale est de construire un mouvement international anti-guerre des travailleurs aux États-Unis, en Chine et partout dans le monde, luttant pour une perspective socialiste afin de mettre fin au capitalisme.
