Le vote de mercredi à la Chambre des représentants, enjoignant le président Trump de mettre fin aux opérations militaires contre l'Iran, est une manœuvre politique orchestrée par le Parti démocrate, avec le soutien d'une poignée de républicains. Il est peu probable que la résolution soit adoptée par le Sénat et, si elle l'était, Trump y opposerait son veto. Il a déjà opposé son veto à deux résolutions similaires durant son premier mandat, concernant les opérations militaires américaines au Yémen et en Iran, et le Congrès n'a jamais passé outre.
La véritable portée de la résolution adoptée par 215 voix contre 208 est d'obliger Trump à obtenir l'autorisation du Congrès pour la guerre – ce qui impliquerait un nouveau vote. Or, nombre, voire la plupart, de ceux qui ont voté « contre » la guerre contre l'Iran mercredi voteraient probablement pour l'autoriser si l'occasion se présentait.
Autrement dit, cette résolution n'est pas une mesure « anti-guerre », mais plutôt un appel à Trump pour que le Congrès devienne un partenaire à part entière dans le processus de déclaration de guerre, comme l'exige la Constitution et comme le précise la Loi sur les pouvoirs de guerre (War Powers Act).
Les principaux démocrates et leurs apologistes dans les médias ont cherché à déformer ce que signifiait vote. Le représentant Ro Khanna (démocrate de Californie), ancien coprésident de la campagne présidentielle de Bernie Sanders en 2020 et candidat potentiel à l'investiture démocrate pour 2028, a affirmé : « C'est le début de la fin de la guerre. » Il a ajouté : « La Chambre des représentants a déclaré que le peuple américain en a assez. »
Le représentant Gregory Meeks (démocrate de New York), principal démocrate de la commission des affaires étrangères et auteur de la résolution, a déclaré : « L'adoption de ma résolution sur les pouvoirs de guerre constitue une condamnation bipartisane significative de la guerre illégale et coûteuse menée par le président Trump en Iran, et représente un premier pas vers la fin définitive de ce conflit. »
La résolution est tout autre. Son objectif est de permettre aux démocrates de se présenter comme des opposants à la guerre durant la campagne des élections de mi-mandat, tout en votant systématiquement pour son financement et en permettant à Trump et à son chef du Pentagone, Pete Hegseth, d'ordonner des bombardements et des massacres à leur guise.
Meeks a poursuivi : « L'adoption de cette résolution aujourd'hui marque un tournant décisif : de plus en plus de républicains écoutent leurs électeurs qui ne veulent pas d'une nouvelle guerre sans fin au Moyen-Orient. »
Il ne fait aucun doute que la majorité des Américains sont non seulement las de la guerre, mais s'y opposent farouchement, non seulement en raison de son impact économique sur les prix de l'essence et l'inflation, mais aussi parce qu'elle s'inscrit dans la continuité des guerres interminables au Moyen-Orient que tous les présidents américains, depuis George W. Bush, démocrates comme républicains, ont promis de terminer – et ne l’ont jamais fait.
Le New York Times s'est enthousiasmé dans sa couverture de la décision de la Chambre des représentants : « L'adoption de cette résolution constitue une sévère réprimande à l’endroit de M. Trump et de sa gestion du conflit, après qu'il a systématiquement rejeté toute tentative du Congrès de limiter son pouvoir et que le Parti républicain a largement cédé ses prérogatives en la matière, se soumettant à lui à maintes reprises. »
Il convient de le répéter : cette résolution n'arrête en rien la guerre et ne freine pas les actions de Trump. Les démocrates ne cherchent pas à mettre fin à la guerre, mais seulement à obtenir un rôle à jouer afin d'avoir leur mot à dire sur la manière dont elle sera menée.
Les quatre républicains ayant voté pour la résolution ont clairement indiqué qu'ils souhaitaient que le Congrès soit consulté sur la guerre, et non qu'il y mette fin. Le représentant Warren Davidson (républicain – Ohio), membre du Freedom Caucus, un groupe d'extrême droite, a publié une déclaration : « Définir la mission. Autoriser la mission. Accomplir la mission. » Il a été rejoint par un autre républicain d'extrême droite, Thomas Massie (Kentucky), battu la semaine dernière par un candidat soutenu par Trump lors des primaires républicaines. Massie s'est opposé à Trump sur la guerre en Iran et sur la publication des dossiers Epstein.
Les deux autres républicains sont des « modérés » confrontés à des élections difficiles dans des circonscriptions disputées : Tom Barrett (Michigan) et Brian Fitzpatrick (Pennsylvanie). Tous deux ont une expérience dans le renseignement militaire : Barrett a été pilote d'hélicoptère dans l'armée de terre pendant vingt ans, avec des déploiements au Moyen-Orient, et Fitzpatrick a fait carrière en tant qu’agent du FBI.
Tous deux ont défendu l'idée qu'en vertu de la Loi sur les pouvoirs de guerre, le président dispose de toute latitude pour ordonner des opérations militaires pendant 60 jours maximum, mais qu'il doit ensuite obtenir l'autorisation du Congrès. « Je ne vois pas ce qu’il y a de compliqué », a déclaré Fitzpatrick. « Qu’on soumette la proposition au Congrès, qu’on en débatte sur le fond et qu’on vote. C’est comme ça que le système est censé fonctionner. »
Peu après l'adoption de la résolution sur la guerre en Iran, les démocrates remportèrent une nouvelle victoire à la Chambre des représentants dirigée par les républicains, faisant adopter une motion de procédure par 218 voix contre 204, obligeant ainsi la Chambre à examiner un projet de loi accordant 9 milliards de dollars supplémentaires d'aide et de prêts au gouvernement ukrainien pour la guerre menée par les États-Unis et l'OTAN contre la Russie. Une fois de plus, un groupe unanime de démocrates fut rejoint par une poignée de républicains – six, en l'occurrence – pour passer outre l'opposition de la direction républicaine de la Chambre. Parmi les votants en faveur du financement de la guerre en Ukraine figuraient tous les membres du « Squad », un groupe de représentants affiliés aux Socialistes démocrates d'Amérique ou soutenus par eux, dont Alexandria Ocasio-Cortez, Rashida Tlaib, Greg Casar et Ilhan Omar.
Les démocrates ont ainsi démontré qu'ils ne sont pas « anti-guerre », mais qu'ils ont simplement des priorités militaires différentes de celles de Trump, souhaitant se concentrer bien davantage sur la guerre en Ukraine et considérant l'Iran comme une diversion.
La véritable position des démocrates du Congrès vis-à-vis de l'intervention militaire américaine au Moyen-Orient a été mise en lumière jeudi, lorsque la Chambre des représentants a massivement rejeté une résolution, présentée par la représentante Tlaib (démocrate du Michigan), demandant le retrait des troupes américaines du Liban.
Une majorité de démocrates s'est jointe au groupe républicain quasi unanime lors du vote (329 voix contre 92) contre l'invocation de la Loi sur les pouvoirs de guerre concernant le Liban. Parmi les opposants à toute limitation des opérations militaires américaines au Liban figurait l'ensemble de la direction démocrate de la Chambre : le chef de la minorité, Hakeem Jeffries, la whip de la minorité, Katherine Clark, et le président du groupe parlementaire, Pete Aguilar.
Le débat autour de cette résolution a pris un tournant particulièrement virulent, lorsqu'un élu républicain, Max Miller (Ohio), a accusé Tlaib de « faire quotidiennement l'apologie des terroristes », affirmant que sa résolution revenait à soutenir le Hezbollah, le groupe politique chiite qui est l'un des plus puissants du Parlement libanais et qui domine la moitié sud du pays.
Tlaib a fait valoir qu’« aucune autorisation législative spécifique n’a été promulguée pour l’utilisation des forces armées américaines dans le cadre de l’action militaire israélienne au Liban ». Malgré cela, a-t-elle affirmé, l’administration Trump soutient «illégalement » la guerre israélienne en fournissant des renseignements et une aide militaire, tandis qu’Israël mène une « campagne de nettoyage ethnique », calquée sur ses actions à Gaza et en Cisjordanie.
Lors de sa dernière délibération jeudi, la Chambre des représentants a approuvé le plan d’aide à l’Ukraine, sur lequel les démocrates avaient forcé un vote. Cette fois-ci, 18 républicains ont rompu avec la Maison-Blanche et le président de la Chambre, Mike Johnson, et se sont rangés du côté des démocrates. Tous les démocrates de gauche ont voté pour l’aide à la guerre en Ukraine – Ocasio-Cortez, Tlaib, Casar et Summer Lee – à l’exception d’Ilhan Omar.
