Perspective

Comment les démocrates ont permis le financement supplémentaire de 70 milliards $ pour la Gestapo de l’immigration de Trump

Vendredi matin, le Sénat américain a adopté le Secure America Act, un plan de financement de près de 70 milliards de dollars pour le département de la Sécurité intérieure, allouant des fonds à l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) et au Customs and Border Protection (CBP) jusqu'en 2029, date de la fin du second mandat de Trump.

Des agents fédéraux de l'immigration menacent les habitants de Minneapolis sur le lieu où Renee Good a été abattue par Jonathan Ross, agent de l'ICE, le mardi 13 janvier 2026 à Minneapolis. [AP Photo/John Locher]

Le projet de loi a été adopté par 52 voix contre 47. Tous les démocrates présents ont voté « non », rejoints par la républicaine Lisa Murkowski (Alaska), tandis que le sénateur démocrate Michael Bennet (Colorado) était absent. Le texte est maintenant soumis à la Chambre des représentants, où les républicains devraient l'adopter.

Le projet de loi prévoit des milliards de dollars pour le recrutement, la formation, la rémunération et l'équipement d'agents d'immigration et de personnel de soutien supplémentaires, l'augmentation des capacités de détention et le développement de l'infrastructure technologique de l’État policier. Une section du texte alloue 3,45 milliards de dollars à de « nouveaux équipements d'inspection non intrusifs », à «l'intelligence artificielle, à l'apprentissage automatique et à d'autres technologies innovantes », aux systèmes de surveillance des frontières et au système biométrique d'entrée et de sortie.

Ce montant s'ajoute aux quelque 170 milliards de dollars alloués l'an dernier à la Gestapo de l’immigration dans le cadre du « One Big Beautiful Bill » de Trump, dont 45 milliards étaient destinés à la construction de nouveaux centres de détention à travers les États-Unis.

L'adoption de cette loi n'est pas simplement une victoire offerte à Trump par les républicains. Elle est le fruit d'un processus politique au cours duquel chaque institution du système en place, et surtout le Parti démocrate, a joué son rôle pour étouffer le mouvement de masse qui a éclaté en janvier suite aux meurtres de Renée Nicole Good et d'Alex Pretti à Minneapolis.

Il convient de revenir sur les événements des cinq derniers mois. Le 23 janvier, 100 000 personnes se sont rassemblées à Minneapolis pour réclamer justice pour Renée Nicole Good et l'abolition de l'ICE. Le lendemain, la Gestapo de l'immigration de Trump, alors dirigée au Minnesota par Gregory Bovino, un agent des frontières notoire, assassina Alex Pretti, infirmier en soins intensifs à l'hôpital des anciens combattants de Minneapolis.

Le meurtre de Pretti exacerba la colère populaire. Les appels à la grève générale se multiplièrent. Les manifestations se propagèrent à travers le pays. Les travailleurs et les jeunes en conclurent que la police de l'immigration devait être abolie, et non «réformée ».

Avant les meurtres de Good et Pretti, les démocrates étaient prêts à financer le DHS, y compris l'ICE et le CBP, sans aucune restriction. Mais, terrifiés par la montée de la contestation, ils cherchèrent à contenir et à démobiliser l'opposition.

Après le meurtre de Pretti, le vice-président JD Vance se rendit au Minnesota et confia de fait aux démocrates la tâche d'étouffer le mouvement. Le gouverneur Tim Walz réagit en déployant la police d'État contre les manifestants et la Garde nationale devant le bâtiment fédéral Whipple, non pas pour protéger les immigrants, mais pour protéger l'ICE.

Trump a rappelé Bovino et a envoyé Tom Homan, surnommé le « tsar des frontières », au Minnesota. Peu après, Homan a annoncé que les démocrates avaient accepté d'accorder aux agents fédéraux un accès élargi aux prisons de l'État pour arrêter des immigrants.

Parallèlement, le chef de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer, collaborait avec Trump et les républicains pour faire adopter des projets de loi de financement du gouvernement. Face à l'indignation générale, les démocrates ont proposé de dissocier le financement du département de la Sécurité intérieure (DHS) du reste du projet de loi, ce qui leur permettait de se présenter comme des opposants à l'ICE tout en garantissant le financement intégral du reste du gouvernement, y compris l'armée et les fonctions essentielles de l'État capitaliste.

Comme l'a rapporté le New York Times, Schumer a déclaré à Trump que « les Américains détestent ce qui se passe dans les rues », l'avertissant que les meurtres nuisaient à la crédibilité de l'administration. Schumer a ensuite affirmé que « le meurtre de M. Pretti leur avait donné du courage » et que les démocrates utiliseraient les dépenses comme l'un de leurs « moyens de pression ».

Le chef de la minorité sénatoriale, Chuck Schumer (démocrate de New York), à droite, et le chef de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries (démocrate de New York), à la Maison-Blanche à Washington, le lundi 29 septembre 2025 [AP Photo/Evan Vucci]

À quoi s'est résumé ce « moyen de pression » ? Il s'agissait d'une manœuvre visant à démobiliser l'opposition populaire, puis à permettre aux républicains d'utiliser une loi de réconciliation budgétaire pour faire voter le financement à majorité simple.

L'administration Trump a exploité la manœuvre des démocrates concernant le DHS pour déployer massivement des agents de l'ICE dans les aéroports, en justifiant cette mesure par le blocage des financements de la TSA (Administration de la sécurité des transports), notamment la rémunération des contrôleurs aériens. Les démocrates avaient initialement exigé le retrait de l'ICE des aéroports, avant de rapidement renoncer à cette demande.

En mars, les sénateurs démocrates ont voté le financement du reste du DHS, à l'exception de l'ICE et de la police des frontières, sans imposer de restrictions à la police de l'immigration. Comme ils s'y attendaient, le financement de l'ICE et du CBP a ensuite été adopté par le biais de la procédure de réconciliation.

Parallèlement, les gouverneurs et maires démocrates continuent de déployer la police contre les manifestants anti-ICE. Dans le New Jersey, où les manifestations se poursuivent à l'intérieur et à l'extérieur du centre de détention privé Delaney Hall, la gouverneure Mikie Sherrill a déployé la police d'État pour attaquer les manifestants et les journalistes. Le maire de Newark, Ras Baraka, a imposé un couvre-feu autour du centre, ce qui a entraîné des arrestations en masse.

Partout dans le pays, l'ICE et le CBP continuent d'enlever des travailleurs à leur domicile, sur leur lieu de travail et dans leurs communautés. En Caroline du Sud, 48 travailleurs ont été arrêtés par l'ICE alors qu'ils travaillaient chez Burnstein von Seelen, une fonderie.

L'appareil syndical et les organisations de pseudo-gauche proches du Parti démocrate ont eu leur rôle à jouer dans ce processus. Lors des manifestations de Minneapolis, la bureaucratie syndicale a enjoint aux travailleurs de rester à leur poste et de respecter les clauses de non-grève négociées par elle. La pseudo-gauche, notamment les Socialistes démocrates d'Amérique (DSA) et des groupes comme Left Voice, s'est employée à contenir l'opposition et à propager l'idée fausse que l'accord entre Trump et les démocrates représentait un recul fondamental du gouvernement.

Le slogan « Abolir l'ICE », autrefois défendu par des figures des DSA comme Alexandria Ocasio-Cortez, est devenu tabou au sein du Parti démocrate, tout comme le slogan «définancer la police » a été enterré après les manifestations de masse qui ont suivi le meurtre de George Floyd. Ocasio-Cortez n'a fait aucune déclaration concernant le projet de loi de financement du DHS ni les crimes persistants de l'ICE, bien qu'elle ait trouvé le temps de publier à plusieurs reprises des commentaires sur les Knicks de New York. Bernie Sanders a lui aussi refusé de commenter le financement et les opérations en cours de la Gestapo de l'immigration.

Leur silence révèle la réalité politique : les démocrates sont complices du programme d'État policier de Trump. Le Parti démocrate, parti de Wall Street et des services de renseignement militaire, redoute par-dessus tout la montée de l'opposition à Trump venant d’en bas.

C'est une expérience cruciale pour les travailleurs et les jeunes. La conclusion qui doit s’imposer est que la défense des droits démocratiques est une question de classe. Elle ne peut être menée par aucun des deux partis capitalistes, ni par l'appareil syndical, ni par les organisations de pseudo-gauche qui leur sont affiliées. L'ensemble de l'appareil d'État, y compris l'ICE, le CBP, le DHS, la police et l'armée, existe pour défendre la richesse et le pouvoir de l'oligarchie.

Le Parti de l'égalité socialiste exige l'abolition de l'ICE, du CBP et de tous les services de police ; la fermeture de tous les centres de détention ; et la libération immédiate de tous les détenus. Défendre le travailleur immigré le plus vulnérable, c'est défendre les droits démocratiques de toute la classe ouvrière.

Cela implique la création de comités de base dans chaque lieu de travail, école et quartier, indépendants de la bureaucratie syndicale et des deux partis capitalistes, et liés internationalement par l'Alliance ouvrière internationale des comités de base. Partout dans le monde, les gouvernements capitalistes utilisent la même propagande anti-immigration que celle de l'administration Trump pour s'attaquer aux réfugiés, aux migrants et aux droits démocratiques de l'ensemble de la classe ouvrière.

Dans tous les secteurs, des ouvriers de l'automobile chez Nexteer et American Axle aux employés des abattoirs du Colorado, les travailleurs sont confrontés au même ennemi de classe : les grandes entreprises et l'oligarchie financière qui cherchent à diviser les travailleurs selon leur nationalité, leur statut migratoire et leur origine ethnique.

Il ne s'agit pas seulement de lutter contre un gouvernement criminel. Il s'agit de lutter contre l'ordre capitaliste et l'oligarchie financière qui le sous-tend. La dictature et la guerre sont la réponse internationale de la classe dirigeante à la crise grandissante du système capitaliste mondial, dont le centre est situé aux États-Unis. La réponse réside dans la mobilisation politique de la classe ouvrière de manière indépendante autour d'un programme socialiste et dans la construction du Parti de l'égalité socialiste pour en assurer la direction.

(Article paru en anglais le 6 juin 2026)

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