Donald Trump dénonce l’élection en Californie et se porte à la défense des assaillants du 6 janvier

Le président Donald Trump a quitté brusquement une interview avec NBC News lorsqu'il a été pressé de fournir des preuves à l'appui de ses allégations de fraude électorale lors des primaires californiennes du 2 juin. L'interview a eu lieu vendredi dans le Wisconsin, où Trump était en campagne, mais la majeure partie n'a été diffusée que dimanche dans l'émission « Meet the Press ».

Trump a tenté d'intimider la présentatrice de « Meet the Press », Kristen Welker, en proférant des injures, jusqu'à lui lancer : « Soit vous êtes corrompue, soit vous êtes stupide. » Il a ensuite brutalement mis fin à la discussion, déclarant : « Excusez-moi. Arrêtons-nous là, j'en ai assez. »

La première partie de l'interview portait sur la guerre contre l'Iran. Trump a réitéré ses menaces de détruire le pays, s'est vanté de la puissance de l'armement américain et a déclaré qu'il maintiendrait des dizaines de milliers de soldats américains dans la région du Golfe, quel que soit l'accord de « paix ».

Trump avant de quitter le plateau de « Meet the Press », le 7 juin 2026 [Photo: NBC]

C’est lorsque la discussion a porté sur les affaires intérieures que Trump a perdu son sang-froid et s’est emporté contre ses adversaires politiques et les médias. Il a réaffirmé son soutien à une caisse noire de 1,8 milliard de dollars destinée à indemniser les prétendues victimes de l’« instrumentalisation » du ministère de la Justice sous l’administration Biden – autrement dit, les poursuites engagées contre ceux qui ont pris d’assaut le Capitole le 6 janvier 2021 et cherché à invalider la défaite de Trump aux élections de 2020.

Trump a exprimé sa frustration face à l’annonce du procureur général par intérim, Todd Blanche, selon laquelle le fonds « anti-instrumentalisation » était abandonné, en grande partie parce que les sénateurs républicains craignaient que le versement d’indemnités aux émeutiers du 6 janvier ne provoque des représailles politiques. Il a déclaré :

Si cela ne tenait qu’à moi, je leur donnerais l’argent qu’ils méritent. Des gens ont été brisés. Des vies ont été détruites. Beaucoup de suicides, pensez-y. Des gens se sont suicidés parce qu'une bande de voyous s’en est prise à eux. C'est pourquoi, personnellement, je pense que le fonds d'instrumentalisation est une excellente idée, et je ne suis pas le seul à le penser, comme beaucoup d'autres républicains. Il faut absolument qu'il soit approuvé. S'il l'est, tant mieux. Dans le cas contraire, je serai déçu.

Trump n'a exprimé aucune compassion pour la demi-douzaine de suicides parmi les policiers du Capitole traumatisés par les violences qui ont fait 170 blessés, dont certains ont été handicapés. Il a réitéré ses mensonges précédents, affirmant que des « extrémistes de gauche qui travaillaient pour l'administration Biden » auraient persécuté ses partisans. Il a ajouté que des agents du FBI avaient escorté les manifestants jusqu'au Capitole, présentant les agresseurs comme des visiteurs pacifiques plutôt que comme des émeutiers violents.

Son discours est devenu injurieux, voire frénétique, lorsqu'il a abordé la question de la primaire californienne du 2 juin, où le dépouillement des votes se poursuit car l'État accepte les bulletins de vote par correspondance jusqu'à une semaine après l'élection, à condition qu'ils soient oblitérés au plus tard le jour du scrutin. Environ 80 % des votes en Californie sont exprimés par correspondance. Or, ces bulletins sont plus difficiles à dépouiller en raison des risques de dommages pendant le transport et de la nécessité de vérifier que chaque bulletin provient bien d'un électeur inscrit.

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, on observe une tendance similaire : les électeurs républicains se mobilisent davantage le jour du scrutin, tandis que les électeurs démocrates privilégient le vote par correspondance. De ce fait, les candidats républicains au poste de gouverneur de Californie et de maire de Los Angeles étaient initialement donnés gagnants, avant que le dépouillement des votes par correspondance ne vienne renforcer les candidats démocrates.

Au moment de la rédaction de cet article, Xavier Becerra, ancien procureur général de l'État et secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, membre démocrate de longue date du Congrès, était en tête de la primaire démocrate, qui opposera deux candidats lors du duel du 3 novembre. Le républicain Steve Hilton conservait sa deuxième place, mais son avance sur le milliardaire démocrate Tom Steyer se réduisait.

Dans la course à la mairie, la démocrate sortante Karen Bass était en tête, mais l'avance initiale du républicain Spencer Pratt sur la démocrate Nithya Raman, arrivée troisième, a été quasiment effacée. Raman, membre des Socialistes démocrates d'Amérique, était pressentie pour dépasser Pratt une fois les bulletins restants dépouillés. L'élection du 3 novembre se jouerait alors entre deux démocrates, un scénario fréquent en Californie, État longtemps dominé par le Parti démocrate.

Trump a perdu l'élection de 2020 de façon similaire, lorsque le dépouillement par correspondance a effacé son avance initiale dans des États clés comme l'Arizona, la Géorgie, le Michigan, le Nevada, la Pennsylvanie et le Wisconsin, faisant basculer ces grands électeurs en faveur du démocrate Joe Biden. Depuis, Trump affirme – sans la moindre preuve – que des fraudes électorales commises par les démocrates l'ont privé de la victoire.

Lors de son interview avec NBC, il a tenu des propos similaires concernant la Californie. Voici un extrait de la transcription :

WELKER : Les républicains se portent bien en Californie.

TRUMP : En Californie, non, pas du tout. Ils perdent rapidement du terrain parce que l'élection est truquée. Croyez-moi, ça fait quatre jours et ils sont encore loin d'avoir…

WELKER : C'est comme ça qu'ils comptent les votes en Californie.

TRUMP : Vous savez pourquoi ils font ça ? Parce qu'ils trichent.

WELKER : Il y a… Quoi ? Avez-vous des preuves pour étayer cela ?

TRUMP : C'est… il me suffit de regarder. Il me suffit de regarder.

WELKER : Mais ce n'est pas une preuve.

TRUMP : Et j'écoute. J'écoute les gens. On verra bien.

WELKER : Mais monsieur, ce n'est pas une preuve…

L'interview s'est alors brusquement interrompue, Trump dénonçant à la fois les démocrates californiens et les médias.

TRUMP : Ils sont corrompus comme vous, votre presse est corrompue. Et « Meet the Press » est corrompu.

WELKER : Pour être honnête, je ne suis pas corrompue. Mais continuons.

TRUMP : Vraiment ? Eh bien, vous faites exactement ce qu'ils veulent.

WELKER : Continuons.

TRUMP : Soit vous êtes corrompue, soit vous êtes stupide.

WELKER : Continuons.

TRUMP : Vous faites exactement ce qu'ils veulent. Vous savez que ces élections sont truquées. Votre chaîne sait qu'elles sont truquées… Vos élections sont corrompues, vous êtes corrompue, et « Meet the Press » est corrompu.

WELKER : Mais Monsieur le Président…

TRUMP : ABC, CBS et CNN le sont aussi.

WELKER : Mais Monsieur le Président…

TRUMP : Vous êtes une chaîne de télévision corrompue et partiale. Désolé. Arrêtons-nous là, j'en ai assez. Merci, ma chère. Amusez-vous bien.

Cet échange était bien plus qu'une simple crise de colère de Trump. Le bureau du procureur fédéral de Los Angeles a annoncé avoir ouvert « plusieurs enquêtes pour fraude électorale », affirmant que le système électoral californien présente de « graves failles structurelles ». Le premier substitut du procureur fédéral, Bill Essayli, a écrit sur X, vendredi soir – quelques heures après la fin de l'interview de Trump – : « Mon bureau ne fermera pas les yeux. Nous enquêterons et poursuivrons. »

La haine débridée que Trump voue à quiconque s'oppose à lui ou le remet en question – même sur le ton modéré d'une Kristen Welker – n'est pas seulement le signe d'une personnalité autoritaire de plus en plus dérangée. Ses accusations à l’emporte-pièce de fraude électorale sont un avertissement inquiétant de ce à quoi l’on peut s’attendre lors des élections de mi-mandat, qui se déroulent dans un contexte d'opposition populaire croissante et de crises mondiales multiples, marquées par la guerre, le chaos financier et la catastrophe environnementale.

La popularité de Trump continue de chuter, les sondages suggérant qu'il a atteint son plus bas niveau depuis celui de George W. Bush pendant la guerre en Irak. La Maison-Blanche n'a aucune intention de se soumettre passivement à un désaveu populaire aux urnes. Au contraire, avec ses accusations extravagantes de fraude électorale et son adhésion à des affirmations fascistes selon lesquelles des millions d'« étrangers illégaux » se rendront aux urnes en novembre, l'administration Trump se prépare soit à contester les résultats, soit à suspendre purement et simplement les élections.

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