Perspective

La condamnation par les démocrates de l’accord de Trump avec l’Iran révèle le complot bipartisan en faveur de la guerre

Le chef de la minorité démocrate au Sénat Chuck Schumer, sénateur de New York (à droite) et le chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants Hakeem Jeffries (New York) devant la Maison-Blanche à Washington, le 29 septembre 2025. [AP Photo/Evan Vucci]

Il y a des moments qui dévoilent la nature profonde du système politique américain: malgré les querelles quotidiennes entre démocrates et républicains, lorsqu’il s’agit des intérêts fondamentaux de l’impérialisme américain, les deux partis du capitalisme américain sont unis.

La publication, jeudi, des termes du protocole d’accord entre l’administration Trump et l’Iran est l’un de ces moments. Elle a déclenché un déferlement de critiques de la part des partis tant démocrate que républicain, au motif que la guerre lancée en février par le président américain Donald Trump contre l’Iran n’avait pas réussi à atteindre les objectifs de l’impérialisme américain en vue de dominer le Moyen-Orient.

L’ancien vice-président républicain Mike Pence a qualifié cette semaine l’accord d’«apaisement» et a exigé que, à défaut d’un règlement plus rigoureux, « nous laissions nos forces armées finir le travail selon nos propres conditions ».

Les démocrates se sont joints à la condamnation de l’accord par les républicains, le critiquant dans des termes très similaires. Le sénateur Adam Schiff, de Californie, l’a qualifié de «capitulation totale», écrivant que «l’Iran obtient un allègement des sanctions… et un fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars ». Le sénateur Chris Murphy, du Connecticut, l’a qualifié de «capitulation de fait face à l’Iran». Le chef de file de la minorité à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a déclaré lui, que «l’Iran est plus fort et que l’Amérique est moins en sécurité » suite à cet accord.

Le New York Times, dans un éditorial intitulé « Le président Trump a perdu cette guerre », a qualifié l’accord de « recul humiliant » et a désigné l’Iran comme « le vainqueur stratégique de cette guerre de quatre mois ».

Le magazine Jacobin, publication semi-officielle des Socialistes démocrates d'Amérique, a critiqué l'accord conclu par Trump en des termes qui ne se distinguent en rien de ceux utilisés par les républicains et les dirigeants démocrates.

L'article de Jacobin, intitulé « Donald Trump revient les mains vides de sa guerre contre l'Iran», prenait la forme d'un entretien avec Andreas Krieg, professeur d'« études de défense » au King's College de Londres. L'article affirme que Trump « se retrouvait dans une position stratégique plus faible qu'au début ».

Krieg a déclaré au magazine que la guerre avait entraîné « une dégradation sur le plan tactique, mais une régression sur le plan stratégique ». Il a souligné que l’Iran n’avait pas renoncé à son programme d’enrichissement [d’uranium], que son gouvernement n’était pas tombé et que « sa capacité à fermer le détroit d’Ormuz avait été démontrée plutôt que dissuadée ». Il n’a pas le moindre mot pour condamner la guerre même et n’appelle pas à s’y opposer.

L’administration Trump a mené une guerre d’agression illégale contre l’Iran, en violation du droit international. La guerre s’est ouverte par une série d’assassinats, dont celui du guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, et d’une grande partie de la direction militaire et politique du pays. Cet acte de meurtre et de perfidie sous le couvert de négociations a reçu l’approbation des deux partis. Le chef de la minorité au Sénat Chuck Schumer avait alors déclaré: «Je ne verserai pas une larme sur Ali Khamenei»; Jeffries avait qualifié l’Iran de «mauvais acteur» qu’on «devait affronter de manière agressive ».

Tout au long de la guerre, les démocrates ont cherché à étouffer la large opposition populaire par une série de votes de procédure sans signification, destinés à échouer. Lors des manifestations massives rassemblant des millions de personnes sous le mot d’ordre « No Kings » (Pas de rois), les organisateurs du Parti démocrate se sont efforcés d'exclure délibérément toute référence à la guerre.

Mais maintenant que la guerre n’a pas permis d’atteindre les objectifs de Trump, les démocrates ont retrouvé la parole et condamnent sa « capitulation » face à l’Iran. C’est pourtant ce même parti qui, depuis un an et demi, présentait Trump comme un colosse dont la politique sociale et économique ne pouvait être contestée, vu qu’il disposait d’un « mandat » de l’électorat.

En réalité, les démocrates, qui parlent au nom de la même classe dirigeante que Trump, sont d’accord avec de larges pans du programme intérieur de ce dernier. Quelle que soit leur rhétorique, ils estiment, tout comme Trump, que les programmes sociaux fondamentaux doivent être sabrés pour financer l’expansion de l’armée et l’enrichissement de l’oligarchie financière.

C’est dans la défense des intérêts de l’impérialisme américain qu’ils se montrent intraitables. Lors de son premier mandat, les démocrates avaient choisi de lancer une procédure de destitution contre Trump non pas pour ses attaques contre les droits démocratiques, mais, en 2019, pour son engagement insuffisant en faveur de la guerre avec la Russie et pour avoir suspendu l’aide militaire à l’Ukraine.

L’accord de Trump n’a rien réglé. Il s’agit d’un recul temporaire, et la guerre pourrait éclater de nouveau à tout moment. La logique de la position des démocrates est que si Trump reprenait les bombardements contre l’Iran, ils le soutiendraient.

La réaction des démocrates à l’accord montre clairement que leur prétention à représenter une quelconque forme d’opposition « progressiste » au fasciste Trump est un mensonge. Ce sont de féroces défenseurs de l’impérialisme américain, et s’ils devaient arriver au pouvoir, il n’y aurait aucun changement fondamental dans la politique étrangère.

Un monde sépare la classe ouvrière de ces partis. Dès le premier jour de la guerre, le World Socialist Web Site, l’organe du Comité international de la Quatrième Internationale, a défini la guerre par son caractère social, la qualifiant de « guerre d’agression criminelle menée par une puissance impérialiste contre une ancienne colonie opprimée, visant à piller ses richesses pétrolières et à imposer le contrôle sur le golfe Persique». Le Parti de l’égalité socialiste (Socialist Equality Party) a déclaré dans un communiqué qu’il condamnait « cette guerre inconditionnellement et [appelait] la classe ouvrière de tous les pays à s’y opposer », insistant sur le fait que « l’ennemi principal est à l’intérieur du pays » et que les travailleurs américains « n’avaient « aucun intérêt à une guerre contre le peuple iranien ».

La guerre contre l’Iran est le produit de la crise de l’impérialisme américain, qui ne voit pas d’autre issue à son impasse que la guerre. Chaque guerre américaine depuis 1991 — contre l’Irak, l’Afghanistan, la Libye et maintenant l’Iran — s’est soldée par un échec, et chaque défaite a préparé le terrain pour la suivante. Il y a toutes les raisons de penser que la débâcle en Iran, qui n’a fait qu’aggraver cette crise, entraînera de nouvelles guerres..

Mais la guerre a également déclenché une crise sociale sur le territoire national. Elle a fait grimper l’inflation à 4,2 % en mai, son plus haut niveau depuis trois ans, éviscérant les salaires réels et provoquant une révolte dans l’ensemble de l’industrie américaine. Des milliers de salariés des équipementiers automobiles Nexteer, Dana et Bridgewater ont rejeté les accords de «concession» les uns après les autres. La section locale de Dana à Paris (Tennessee) en a rejeté un par 288 voix contre une; 1 000 salariés d’American Axle se sont mis en grève le 1er juin, leur première grève en 18 ans; 1 700 cheminots répartis dans 11 États ont déchiré un accord conclu pour neuf ans; et les infirmières, depuis Boston jusqu’à Chicago, ont voté en faveur de la grève.

Ce mouvement ne se limite pas aux États-Unis. En Espagne, 78 000 enseignants de Valence se sont mis en grève ce printemps; l'Italie et le Portugal ont chacun été paralysés par une grève générale nationale.

C’est cette montée en puissance des luttes sociales, axée sur une classe ouvrière à qui l’on fait payer le prix de la guerre, qui constitue le moyen de s’opposer à l’offensive mondiale de l’impérialisme américain. Le développement de ce mouvement passe par une rupture d’avec les deux partis capitalistes et par la construction du Parti de l’Égalité Socialiste, la section américaine du Comité international de la Quatrième Internationale.

Loading