Perspective

Vague de chaleur record en Europe: catastrophe climatique ou socialisme mondial

Une personne se rafraîchit à la fontaine du Trocadéro, près de la tour Eiffel, lors de la sévère vague de chaleur de ces derniers jours, à Paris le 24 juin 2026. [AP Photo/Christophe Ena]

La pire vague de chaleur jamais enregistrée en Europe déferle sur le continent européen, battant des records dans tous les pays alors que les températures grimpent jusqu'à 18 degrés Celsius (32,4 degrés Fahrenheit) au-dessus de leur moyenne saisonnière.

Des centaines de millions de travailleurs peinent sous une chaleur de 40 degrés Celsius (104 degrés Fahrenheit) tandis que les ultra-riches profitent du confort de leurs maisons climatisées, de leurs salons privés, de leurs voitures de luxe, de leurs avions et de leurs bureaux. Leurs comptes en banque, le réchauffement climatique et le nombre de décès liés à la chaleur extrême augmentent de concert, inexorablement.

Une surmortalité de plus 1 300 personnes a déjà été attribuée à la chaleur, principalement chez les personnes âgées et les très jeunes enfants. Si l’on se base sur les vagues de chaleur de 2022 et 2024, le bilan final pourrait se chiffrer en dizaines de milliers, voire davantage.

Ces catastrophes de grande ampleur sont la conséquence d’un changement climatique alimenté par le capitalisme et de la négligence criminelle des gouvernements. Des décennies après les avertissements concernant le réchauffement climatique et les objectifs fixés, les émissions de carbone persistent et rien n'a été fait pour préparer la société à ses conséquences.

D'après le consortium scientifique World Weather Attribution, les températures pour un mois de juin enregistrées la semaine dernière auraient été pratiquement impossibles il y a 50 ans. Les pics de température diurnes auraient été 10 fois moins probables, même en 2003, et les pics nocturnes 100 fois moins probables. À l'échelle mondiale, depuis les années 1980, la fréquence des vagues de chaleur extrêmes a été multipliée par sept.

Les infrastructures sociales sont totalement impréparées. Les systèmes de production d'électricité, y compris les centrales nucléaires, sont à l'arrêt sur tout le continent et les transports sont paralysés; une portion d'autoroute allemande a littéralement éclaté en mille morceaux. Dans toutes les grandes villes, les habitations et les hôpitaux sont en surchauffe; des milliers d'écoles ont fermé leurs portes ou réduit leurs horaires.

En France, plus de 200 000 volailles ont péri sous l'effet de la chaleur, illustrant le stress subi par les animaux d’élevage. L'assèchement des sols et la menace croissante d'incendies de forêt aggravent le problème. En Italie, le Pô, le plus long fleuve du pays, est presque entièrement à sec, laissant l'eau de mer progresser jusqu'à 18 km à l'intérieur des terres.

Selon l'Energy and Climate Intelligence Unit du Royaume-Uni, les prix des aliments vendus dans ce pays et affectés par des conditions météorologiques extrêmes augmentent plus de deux fois plus vite que le taux d'inflation moyen des produits alimentaires, représentant 30 à 50 pour cent de l'inflation observée ces deux dernières années. Une étude de 2024 menée par l’Institut de Potsdam pour la recherche sur l'impact du climat avertissait que la poursuite du réchauffement climatique amplifierait l'inflation alimentaire de 30 à 50 pour cent d'ici 2035.

Dans la nouvelle normalité engendrée par le changement climatique, chaque année apportera son lot de semaines de chaleur insupportable, de risque d'accidents du travail et de décès par suffocation de parents âgés ou d'enfants. Les déplacements, l'accès à l'éducation et aux soins de santé seront interrompus. Le coût de l'énergie, pris en étau entre une production en baisse et une demande en hausse constante de climatisation, explosera. Les prix des denrées alimentaires continueront d’augmenter.

Selon le groupe d'assurance Allianz, le coût cumulé pour le continent pourrait dépasser 600 milliards de dollars d'ici 2030, la France, l'Espagne et l'Italie étant les pays les plus touchés. Les précédentes vagues de chaleur, moins intenses, ont coûté au continent jusqu'à 0,5 pour cent de son PIB, et jusqu'à 1 pour cent dans le sud.

Ces pertes, auxquelles s'ajoutent celles causées par la sécheresse, les inondations et les tempêtes, seront supportées par la classe ouvrière à travers la baisse des salaires, le chômage et les coupes budgétaires dans les services publics.

Tous les continents habités sont confrontés aux mêmes dangers. Une vague de chaleur imminente aux États-Unis menace les grandes villes américaines de températures atteignant 40 °C (104 °F) d'ici le 4 juillet et suscitera les mêmes gros titres choquants et la même indifférence officielle.

L'impact sur les deux continents les plus riches du monde, qui abritent à peine 15 pour cent de la population mondiale, ne fait que souligner la catastrophe sociale bien plus grave à laquelle est confrontée la majeure partie de la classe ouvrière mondiale, en Asie et en Afrique

Avec des conséquences désastreuses pour la production alimentaire, une étude de l’université d’Oxford indique que le nombre de personnes exposées à des vagues de chaleur extrêmes doublera d'ici 2050, passant de 1,54 milliard à 3,79 milliards. Une autre étude du Climate Impact Lab révèle que 90 pour cent des décès liés à cette hausse des températures surviendront dans les pays les plus pauvres d'Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d'Asie du Sud-Ouest.

Dans toutes ces situations, la classe ouvrière se trouve immédiatement confrontée à la lutte pour protéger sa vie et sa santé et garantir l'accès aux services sociaux essentiels. Il faudrait suspendre le travail en cas de chaleur extrême, sans perte de revenus. Des ressources doivent être mobilisées pour adapter logements et lieux de travail – en priorité les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraite et les industries essentielles – afin de les maintenir au frais.

Les inondations et les tempêtes exigent des réponses spécifiques. Toutes nécessitent l'initiative organisée des travailleurs de la base contre les bureaucraties syndicales qui les maintiennent aux postes de travail dans des conditions intolérables.

La classe dirigeante s'opposera farouchement à ces efforts. Dans chaque pays, les entreprises exploitent leurs salariés au maximum pour rester compétitives. Les gouvernements consacrent toutes leurs ressources au réarmement. Les dépenses militaires de l'an dernier étaient à peu près équivalentes à l'écart entre ce qui est actuellement dépensé pour la lutte contre le changement climatique et une estimation minime de ce qu’il faudrait dépenser pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

Ces faits mettent en évidence le caractère titanesque, révolutionnaire et socialiste de la lutte nécessaire pour passer d'une action d'arrière-garde contre les conséquences du changement climatique à une offensive contre sa source: la production privée pour le profit.

Les vagues de chaleur ne sont pas juste pour la société une menace naturelle. Le développement fulgurant de la puissance productive humaine a, indirectement, placé le climat de la planète sous notre contrôle. Que cela entraîne une dégradation et aggravation croissantes des conditions environnementales pour la majorité de l'humanité témoigne de l'exercice de ce contrôle par une infime classe capitaliste, au service de ses propres intérêts sociaux destructeurs.

La catastrophe climatique, au même titre que la guerre et la récession économique mondiale, est l'une des confirmations les plus éclatantes de la critique marxiste du capitalisme et de son insistance sur la nécessité d'une révolution sociale. Ce problème a été brillamment analysé il y a plus de 140 ans par le collaborateur de Karl Marx, Friedrich Engels, dans sa Dialectique de la nature:

Toute notre domination sur elle [la nature] réside dans l'avantage que nous avons sur l'ensemble des autres créatures de connaître ses lois et de pouvoir nous en servir judicieusement…Et, en fait, nous apprenons chaque jour à comprendre plus correctement ces lois et à connaître les conséquences plus ou moins lointaines de nos interventions dans le cours normal des choses de la nature...

Mais, pour mener à bien cette réglementation, il faut plus que la seule connaissance. Il faut un bouleversement complet de tout notre mode de production passé et, avec lui, de tout notre régime social actuel.

Comme l’explique Engels, «Les capitalistes individuels qui dominent la production et l'échange ne peuvent se soucier que de l'effet utile le plus immédiat de leur action […] le profit à réaliser par la vente devient le seul moteur». Et ce profit est colossal: le bénéfice net des sociétés pétrolières et gazières cotées en bourse aux États-Unis seulement s'élevait à 916 milliards de dollars en 2022, dont 84 pour cent ont été captés par les 10 pour cent les plus riches de la population et la moitié par les 1 pour cent les plus riches.

Tenter de résoudre la crise climatique en lançant des appels aux gouvernements pour qu'ils réglementent cette oligarchie, ou directement aux conseils d'administration mêmes — comme le font les mouvements écologistes — c'est comme discuter de végétarisme avec une meute de loups affamés.

Les profits du capitalisme sur la base des énergies fossiles protègent non seulement les ultra-riches des effets du changement climatique, mais les rendent indifférents aux aspirations démocratiques des populations affectées. La classe dirigeante risque de perdre entre 1 400 et 2 400 milliards de dollars en actifs et investissements fossiles dépréciés lors d'une transition vers une société à zéro émission nette. Une comparaison du temps et des ressources consacrés par les gouvernements européens à ces deux enjeux confirme qu'ils sont davantage disposés à envisager une guerre contre la Russie, puissance nucléaire, qu'à entreprendre une telle transition.

Préserver la vie humaine sur Terre signifie arracher le pouvoir à ces incendiaires en expropriant l'oligarchie et en renversant les gouvernements capitalistes dans une révolution socialiste mondiale.

La classe ouvrière internationale — qui représente l'écrasante majorité de la population mondiale et est objectivement unifiée par la production mondiale — est la seule force capable de mettre fin à la course au profit de la bourgeoisie et à la concurrence anarchique pour le contrôle des marchés et des ressources mondiales, qui menace de détruire l'humanité et la planète même par le biais de catastrophes climatiques et de guerres nucléaires.

Seule une société socialiste instaurée par la classe ouvrière peut initier la planification démocratique de la production à l’échelle mondiale nécessaire à la création du futur «supérieur» envisagé par Marx dans Le Capital, où:

le droit de propriété de quelques individus sur les terres constituant le globe paraîtra aussi absurde que semble insensé, dans la société d'aujourd'hui, le droit de propriété d'un homme sur un autre homme. Ni une nation, ni toutes les nations couvrant le globe ne sont propriétaires de la terre; elles n'en sont que les possesseurs, les usufruitiers, ayant pour obligation, en bons pères de famille, de la transmettre améliorée aux générations futures.

(Article paru en anglais le 30 juin 2026)

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