Impasse dans les résultats de l’élection en Nouvelle-Calédonie

Lors d'un scrutin du 28 juin marqué par une faible participation, les élections provinciales de Nouvelle-Calédonie, maintes fois reportées, ont plongé le Congrès de ce territoire français du Pacifique dans une impasse entre partis indépendantistes et anti-indépendantistes, situation similaire à celle de la législature sortante élue en 2019.

Le président français Emmanuel Macron a reporté les élections à trois reprises, tentant sans succès d'imposer une solution politique pour l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Un scrutin prévu pour 2024 a été annulé après que Macron a voulu modifier les conditions d'éligibilité des électeurs, ce qui aurait dilué le vote kanak. Cette décision avait déclenché un soulèvement de sept mois mené par une jeunesse kanake marginalisée et appauvrie, auquel la France a répondu par une répression militaro-policière qui a fait 14 morts et causé 2,2 milliards d'euros de dégâts matériels.

Manifestation à Nouméa, Nouvelle-Calédonie, avril 2024 [Photo: CCAT]

La décision unilatérale de Macron de « dégeler » les listes électorales, qui ne permettaient de voter qu'aux personnes nées dans la colonie ou y résidant avant 1998, aurait accordé le droit de vote à 37 492 citoyens français supplémentaires. Bien que le projet de loi ait été abandonné après les émeutes, un mois avant les élections, le gouvernement Macron a fait adopter en urgence une loi élargissant les listes à 10 569 électeurs nés localement qui ne répondaient pas à la définition précédente de la citoyenneté. Cette modification a rencontré l'opposition des partis indépendantistes.

La colonie restant « sensible », selon le Haut-Commissariat de France, sur des questions sociales et économiques, un important dispositif de sécurité a été déployé le jour du scrutin. Quelque 2500 policiers ont été mobilisés, dont 16 escadrons de gendarmerie, ainsi que des renforts de la brigade criminelle et de la police judiciaire. Une interdiction totale de consommer de l'alcool a été en vigueur pendant une semaine. Les forces de sécurité restent déployées ce mois-ci.

Les électeurs élisent 76 membres pour trois assemblées provinciales de tailles différentes : 40 sièges pour la Province du Sud, 22 pour le Nord et 14 pour les Îles Loyauté. Chaque assemblée élit son président et son exécutif provinciaux. Un pourcentage de ses membres compose le Congrès, composé de 54 membres : 32 pour l’assemblée du Sud, 15 pour celle du Nord et 7 pour les Îles Loyauté.

La gestion des affaires publiques est ensuite assurée par un cabinet de 11 membres, issu des partis représentés au Congrès. Fruit de l’Accord de Nouméa de 1998 sur « le partage du pouvoir », ce système fonctionne officiellement selon le principe de « collégialité », impliquant que l’exécutif multipartite, qui inclut partisans et opposants à l’indépendance, travaille de concert. L’exécutif désigne le président du territoire.

Sur un total de 192 584 électeurs inscrits, le taux de participation s'est élevé à 63,71 %, en baisse par rapport aux 66,49 % de 2019. Concernant les 54 sièges du Congrès, les indépendantistes ont consolidé leur position avec 26 sièges, soit le même nombre qu'en 2019. Les partis pro-France ont perdu un siège, pour atteindre 24, tandis qu'Éveil Océanien, basé dans la communauté wallonne-futunan, est passé de trois à quatre sièges.

Voici les résultats des principaux partis au Congrès : Les Loyalistes-Le Rassemblement (pro-France) : 38,05 % ; Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) : 10,66 % ; Union calédonienne (alliée au FLNKS) : 11,93 % ; Union nationale pour l’indépendance-Palika (UNI-Palika) : 10,56 %. EO a obtenu 6,9 % des voix. Plusieurs petits partis indépendantistes ont également remporté des sièges au Congrès : l’alliance Kanaky Pour Tous en a obtenu 6, Nation autochtone, 3 et Palika Isles, 1.

Des changements importants ont été observés dans le vote global, témoignant d’une polarisation politique qui se poursuit et d’une forte baisse du soutien aux partis qui prônaient une position de centre entre les deux principaux blocs en lice.

Dans la province du Sud, la région la plus peuplée et la plus prospère, centrée sur la capitale Nouméa, les résultats ont confirmé la nette victoire de la liste « Forts et Unis » des Loyalistes et du Rassemblement. Avec plus de 41 000 voix, elle a progressé de plus de 12 000 voix par rapport à 2019.

Le soutien aux listes indépendantistes est resté important dans les provinces du Nord et des Îles Loyauté. Sur les 26 sièges indépendantistes, l’UC-FLNKS en a remporté un, portant son total à 16. Kanaky Pour Tous a obtenu six sièges.

L'alliance UNI-Palika, qui avait fait scission d’avec le FLNKS en 2025, n'a pas réussi à obtenir de siège dans le Sud et en a perdu deux, pour finalement arriver à sept. Les groupements indépendantistes des Îles Loyauté ont remporté trois sièges, contre un seul en 2019.

L'EO pourrait bien jouer un rôle déterminant. Lors du dernier Congrès, l'EO a mis à profit sa position pour obtenir des sièges au sein de l'exécutif du Congrès ainsi qu'un siège au gouvernement territorial. En août 2024, le président du Congrès, Roch Wamytan (FLNKS), a été remplacé par Veylma Falaeo (EO), qui avait obtenu le soutien des Loyalistes.

En janvier 2025, le gouvernement a nommé Alcide Ponga, loyaliste anti-indépendantiste, à la tête de l'exécutif. Ponga dirige Le Rassemblement, parti affilié aux Républicains (LR), formation d'extrême droite française. Il a succédé à Louis Mapou, président indépendantiste sortant du Parti de libération kanak (Palika). Mapou avait déclaré avec amertume qu’il s’agissait d’« un sale coup politique porté à notre pays. »

Les élections au Congrès se sont déroulées dans le contexte de l'Accord Élysée-Oudinot et de son prédécesseur, l'Accord de Bougival, qui proposaient un nouvel avenir constitutionnel pour la colonie du Pacifique. Tout en prévoyant le transfert de compétences limitées de la France à l'administration territoriale, ces deux accords maintenaient la colonie, vieille de 170 ans, dans la Constitution française.

L'Accord Élysée-Oudinot a été signé à Paris le 19 janvier par le gouvernement français et les dirigeants de cinq partis du Congrès de Nouvelle-Calédonie. Le FLNKS, absent lors de la signature, a rejeté « sans équivoque » le texte. Le président du FLNKS, Christian Téin, a déclaré que cette indépendance avait été imposée par la force et qu'elle était « incompatible » avec le processus de décolonisation du territoire. Le FLNKS appelle à trouver des solutions politiques « non pas à Paris, mais ici, en Nouvelle-Calédonie ».

La coalition Loyaliste-Rassemblement, menée par la présidente sortante de la province Sud, Sonia Backès, continue d'affirmer que trois référendums successifs ont catégoriquement rejeté l'indépendance totale, qui doit être exclue. Suite aux émeutes de 2024, Backès a suggéré, de manière provocatrice, de « partitionner » la Nouvelle-Calédonie en provinces, séparant le Nord, majoritairement autochtone, du Sud, majoritairement européen.

Lors des élections provinciales, Backès a été réélue sans opposition à l'Assemblée Sud, grâce au bon score des partis anti-indépendantistes. Mickaël Forrest (UC-FLNKS) dirigera les Îles Loyauté, avec sa sœur Omayra Naisseline (Nation autochtone-FLNKS) comme vice-présidente.

Dans la province du Nord, le député sortant et chef de l'UNI, Paul Néaoutyine, a remporté une victoire serrée face au candidat de l'UC-FLNKS, Pascal Sawa, grâce au soutien décisif d'un groupe pro-français. Un Sawa « indigné » a dénoncé ce qu'il a qualifié d'« alliance de facto entre l'UNI et les Loyalistes pro-France ».

Le Congrès doit tenir sa séance inaugurale le 10 juillet, la France laissant présager une reprise immédiate des discussions. Le jeune chef du FLNKS, Johanito Wamytan, a déclaré pendant la campagne que son parti participerait. Ce parti indépendantiste représente une petite élite capitaliste kanake qui cherche à conclure un accord avec Paris lui permettant d'obtenir une part plus importante des profits tirés des travailleurs et des ruraux pauvres de Nouvelle-Calédonie.

La faible participation électorale et l'impasse qui s'en est suivie témoignent d'une opposition croissante à l'ensemble de l’élite politique, notamment parmi de nombreux jeunes Kanaks autochtones et travailleurs qui n'ont pas bénéficié des dispositions relatives à l'« émancipation » des autochtones prévues par l'Accord de Nouméa.

Aucune des nouvelles assemblées ni les discussions avec la France ne déboucheront sur des mesures concrètes pour s’attaquer sérieusement à la grave crise sociale qui frappe la classe ouvrière et la jeunesse de la colonie, marquée par l’inégalité, la pauvreté et l’aliénation.

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