La justice française donne le feu vert à la candidature présidentielle néofasciste de Le Pen

Marine Le Pen a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle française de 2027 sur le 20h de TF1 le mardi 7 juillet, quelques heures après l'arrêt de la cour d'appel de Paris dans l'affaire des assistants parlementaires européens de son parti.

En 2025, Le Pen avait écopé de 5 ans d’inéligibilité et de 4 ans de prison dont 2 ans fermes aménageable sous forme de bracelet électronique pour avoir fait travailler les assistants européens sur la politique nationale du RN. Ceci l’empêchait de se présenter à la présidentielle.

La cour d'appel a confirmé sa condamnation mais a rouvert la voie à une candidature de Le Pen. Elle a écopé de trois ans de prison dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, ainsi que de 45 mois d'inéligibilité, dont 15 fermes qu'elle a déjà purgés. Mais elle s'est immédiatement pourvue en cassation, ce qui suspend la décision de la cour d'appel et lui permet de faire campagne sans bracelet électronique.

Ainsi l’État capitaliste français a donné un feu vert à la candidature néofasciste, tout en se réservant la possibilité de stopper à nouveau sa candidature si la Cour de cassation décidait d’intervenir rapidement dans ce sens sur le dossier de Le Pen.

Sur TF1, Le Pen a dit: «J'ai été heureuse qu'on rende aux Français leur liberté de voter et que la Cour me rende mon éligibilité. … nous sommes d'ailleurs en désaccord avec l'application de l'article 432-15 du code pénal au fait que l'on nous reproche. Donc je rappelle que il consiste à pour nos assistants avoir fait de la politique nationale plutôt que d'avoir fait de la politique européenne».

Le Pen a indiqué à la classe dirigeante qu’elle ferait une politique non seulement militariste et anti-immigrée, mais aussi austéritaire. Elle a souligné qu’elle travaillerait étroitement avec le président de son parti, Jordan Bardella, dans la campagne électorale. Or, Bardella a lancé des discussions très publiques avec les milieux patronaux, en dialoguant avec le Medef et en proposant un plan d’austérité de choc à 100 milliards d’euros.

Elle a dit, «nous allons très rapidement, Jordan Bardella et moi-même, démarrer cette campagne présidentielle. Vous savez que nous avons offert aux Français un binôme, un binôme que je crois complémentaire, équilibré, cohérent, solide. … Nous nous sommes préparés, moi à ce rôle éminent de président de la République dont les Français détiennent la clé, et Jordan au rôle non moins éminent de Premier ministre qui nécessite beaucoup de volonté et beaucoup d'énergie.»

Le Pen a affirmé qu’elle pourrait «libérer le géant qu'est la France» en éliminant «toutes les décisions nuisibles qui ont été prises par ceux qui ont été au pouvoir depuis une trentaine d'années». Ceci fait l’écho d’une lettre aux chefs d’entreprise cosignée par Le Pen et Bardella en avril, qui appelait à «lever les verrous normatifs qui freinent le développement économique».

Une pareille candidature témoigne de la crise de la démocratie française et annonce des luttes de classe explosives entre les travailleurs et l’oligarchie capitaliste dirigeante. Il est impossible de comprendre les tâches politiques posées aux travailleurs à partir d’évaluations subjectives des intentions des chefs néofascistes. Les arguments selon lesquels le RN se serait réconcilié avec la démocratie même s’il descend de la collaboration nazie, ou qu’il représenterait les travailleurs parce qu’il a des électeurs ouvriers, n’ont aucune valeur scientifique.

La politique d’une Marine Le Pen au pouvoir serait dictée par l’interaction entre la crise capitaliste internationale et la défense par le RN de l’oligarchie capitaliste française et des traditions de Vichy. Avec l’escalade continue des dépenses militaires des pays de l’OTAN et de leur guerre avec la Russie en Ukraine, et une dette souveraine à plus de 100 pour cent du PIB en France comme de nombreux pays d’Europe, la logique budgétaire la pousserait vers une austérité draconienne.

Ces mêmes forces de classe impulsent la montée de forces néofascistes ou d’extrême-droite à travers l’Europe, de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) aux Frères d’Italie, Vox en Espagne ou encore le parti britannique Reform UK.

Le flirt de plus en plus assumé du RN avec le patronat souligne que cette offensive vise à liquider les droits sociaux des travailleurs en maniant des prétextes militaristes ou xénophobes. Comme l’indique le soutien de Bardella pour des augmentations de la durée, cette politique est incompatible avec la démocratie. Les causes pour lesquelles la classe dirigeante française aurait recours à Le Pen au 21e siècle sont l’écho fidèle des causes qui l’ont amenée à collaborer avec Hitler au 20e siècle.

Si Le Pen et Bardella peuvent progresser dans les sondages, c’est surtout que les milieux politiques dominants cachent ce danger d’une dictature fascisante et n’appellent pas les travailleurs à se mobiliser contre ce danger. En effet, ces milieux partagent en grande partie les politiques d’austérité et de militarisme à outrance et d’État policier de Le Pen.

A propos de la candidature de Le Pen, le président Macron a brièvement déclaré depuis la Syrie que «Le président de la République ne commente pas les décisions de justice.» Son ancien premier ministre Edouard Philippe s’est rangé derrière la décision de Le Pen de candidater, opinant que cette décision «lui appartient», alors qu’un autre premier ministre, Gabriel Attal, a critiqué la «dimension morale» de la décision de Le Pen de candidater alors qu’elle a été condamnée par la justice.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, dirigeant du parti La France insoumise et du Nouveau Front Populaire, il a laissé un commentaire sur X soulignant son appel à une lutte purement électorale et citoyenne contre Le Pen. Il a écrit: «Notre but est de débarrasser le pays du RN et de ses candidats par la voie des urnes et la volonté du peuple lui-même. Rien de changé quelle que soit la candidature. Adage créole: ‘même poil, même bête’ et vice versa. Chassons-les tous!»

Mais une leçon essentielle découle des luttes contre le fascisme au 20e siècle: cette lutte dépend de la mobilisation révolutionnaire de la classe ouvrière de par la base. Les travailleurs ne peuvent confier cette lutte aux partis et aux appareils syndicaux intégrés dans le système et l’appareil d’État capitalistes. Ceux-ci sont incapables de mener une lutte intransigeante contre l’extrême-droite. Une telle lutte dépend de la mobilisation des travailleurs de par en bas et de la construction d’un mouvement politique socialiste pour transférer le pouvoir aux travailleurs.

La classe ouvrière a vécu des expériences majeures en France avec l’impossibilité de stopper l’évolution droitière de la politique officielle à travers les appareils politiques et syndicaux groupés à présent dans le NFP sous Mélenchon. Celui-ci a déclaré, après le premier tour des présidentielles de 2022, qu’il accepterait d’être le premier ministre soit de Macron, soit de Marine Le Pen. Moins d’un an après, les partis du NFP s’accommodaient au bradage syndical des grèves de millions de travailleurs contre la réforme des retraites impopulaire et illégitime de Macron.

Mobiliser contre le danger néofasciste toute la puissance sociale de la classe ouvrière signifie briser le carcan imposé à la lutte des classes par le populisme électoraliste d’un Mélenchon. Il s’agit de construire l’Alliance ouvrière internationale des comités de la base et le Parti de l’égalité socialiste, pour défendre la perspective fondatrice de la IVe Internationale de la lutte contre le fascisme et le capitalisme via la Révolution permanente.

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