L’administration Trump a poursuivi jeudi ses bombardements contre l’Iran pour le troisième jour consécutif, frappant les voies ferrées menant à Mashhad, alors que la foule en deuil enterrait l’ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême assassiné par les forces américaines et israéliennes au premier jour de la guerre.
Les frappes ont retardé l’inhumation de huit heures, a rapporté jeudi le Telegraph. Khamenei a été inhumé au sanctuaire de l'Imam Reza dans sa ville natale, au terme de six jours de cortèges funèbres à travers l’Iran et l’Irak qui, selon les médias d’État iraniens, ont rassemblé jusqu’à 43 millions de personnes. La foule en deuil portait des drapeaux rouges symbolisant la vengeance et des banderoles disant: «Nous tuerons Trump».
L’ampleur de la participation aux funérailles a montré l'échec des efforts déployés par Washington pour renverser le gouvernement iranien et soumettre le pays par la force.
Khamenei, qui occupait le poste de guide suprême depuis 1989, a été assassiné à l'âge de 86 ans le 28 février, lors d'une frappe américano-israélienne contre sa résidence à Téhéran. Les États-Unis et Israël ont également assassiné sa fille, sa belle-fille, son gendre et sa petite-fille âgée de 14 mois.
La frappe qui a assassiné Khamenei est intervenue au beau milieu de négociations, deux jours après que diplomates américains et iraniens aient eu des pourparlers sur le nucléaire à Genève. Assassiner un adversaire sous couvert de négociations est un acte de perfidie, illégal en vertu du droit de la guerre.
Le gouvernement iranien a déclaré que des frappes américaines avaient touché jeudi un pont situé à 55 kilomètres de Mashhad, bloquant les trains de voyageurs en provenance de Téhéran, et que des missiles de croisière avaient frappé un second pont près d’Aqqala, dans la province du Golestan, sur une ligne qui assure le commerce terrestre du pays avec la Russie et la Chine. Le Financial Times a rapporté jeudi qu’il s’agissait des «premières attaques contre les infrastructures iraniennes depuis des mois».
Lundi, à la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump a déclaré: «Nous pouvons détruire leurs ponts en une heure, nous pouvons anéantir leur approvisionnement énergétique. »
Les frappes sur les lignes ferroviaires faisaient suite à deux nuits de bombardements violents. Les attaques ont commencé lundi, lorsque des projectiles ont touché trois navires commerciaux près du détroit d’Ormuz: un méthanier qatari, un pétrolier saoudien et un troisième navire. L’armée américaine a rejeté la responsabilité de ces attaques sur les forces iraniennes; Téhéran n’en a pas revendiqué la responsabilité.
Des avions de combat américains ont frappé plus de 80 cibles mardi soir et environ 90 autres mercredi, touchant les ports de Bandar Abbas, Chabahar, Konarak et Sirik ainsi que, selon le gouvernement iranien, le périmètre de la centrale nucléaire de Bushehr, construite par la Russie. D'autres frappes ont eu lieu jeudi soir.
L’armée américaine a déclaré que les cibles comprenaient des systèmes de défense aérienne, des radars côtiers, des dépôts de missiles et de drones ainsi que plus de 60 embarcations des Gardiens de la révolution. Le ministère iranien de la Santé a indiqué que les bombardements avaient fait 14 morts et 78 blessés répartis dans cinq provinces, dont trois morts au port de Sirik.
Les forces iraniennes ont tiré des missiles et lancé des drones contre des bases américaines au Koweït, à Bahreïn et au Qatar. Selon les Gardiens de la Révolution, elles ont tiré 10 missiles balistiques sur la base aérienne d’Azraq en Jordanie, dont huit auraient été interceptés par l’armée jordanienne. Le prix du baril de pétrole brut Brent a bondi de plus de 5 % mercredi pour atteindre 78 dollars le baril, et l'agence des Nations unies chargée du transport maritime a exhorté les armateurs à tenir leurs navires à l'écart du détroit, invoquant le danger couru par près de 6 000 marins présents dans la zone.
Lors d’une conférence de presse au sommet de l’OTAN à Ankara mercredi, Trump avait déclaré que le cessez-le-feu était terminé. «Pour moi, je pense que c’est fini», a-t-il dit. «Je ne veux plus avoir affaire à eux.» Il a qualifié les dirigeants iraniens de «racaille», de «malades» et de «gens maléfiques», ajoutant: «finissons-en, tout simplement». Il a menacé de s’emparer de l’île de Kharg, le centre des exportations de pétrole de l’Iran, et de bombarder les centrales électriques et les usines de dessalement: «Nous les éliminerons s’il le faut».
Le cessez-le-feu rompu par Trump était entré en vigueur le 17 juin. Les États-Unis avaient alors levé le blocus naval imposé en avril aux ports iraniens, et le gouvernement iranien avait accepté d’ouvrir le détroit d’Ormuz sans droits de passage pour une durée de 60 jours. Mardi, le Trésor américain a révoqué la dérogation autorisant les exportations de pétrole iranien, qui constituait le principal avantage de cet accord pour Téhéran.
Le Congrès avait voté par deux fois pour mettre fin à la guerre – la Chambre des représentants le 3 juin, le Sénat le 23 juin – la première résolution sur les pouvoirs de guerre à être jamais adoptée par les deux chambres. Mais ces votes n’étaient pas contraignants et Trump a repris les bombardements sans l’autorisation qu’ils exigeaient. Interrogé sur ce que cette guerre lui avait appris sur les limites de son pouvoir, il a répondu: «Il n’y a pas de limites.»
La guerre contre l’Iran est un des fronts dans une éruption de violence impérialiste à l’échelle du monde. Trump a supervisé la reprise des attaques depuis le sommet de l’OTAN à Ankara, entièrement voué à l’extension des guerres en cours, avant tout celle contre la Russie.
Au Forum de l’armement de ce sommet, l’OTAN a annoncé le 7 juillet plus de 50 milliards de dollars de contrats d’armement, bien que l’Associated Press ait rapporté qu’aucun prix n’avait été divulgué et que plusieurs de ces contrats étaient d’avant le sommet. Les acheteurs ont fait la queue pour acquérir avions de surveillance GlobalEye de Saab, drones de Northrop Grumman et avions-citernes d’Airbus. La Grande-Bretagne a pris la tête d’une dizaine d’États européens et du Canada, sans les États-Unis, dans un programme de 50 milliards de dollars de construction de missiles capables d’atteindre Moscou. L’OTAN a indiqué que des institutions financières avaient «déjà mobilisé 217 milliards de dollars» pour ce renforcement.
Les dirigeants de l’OTAN se sont réjouis de l’extension de la guerre contre la Russie. Ils ont loué les frappes de drones ukrainiennes loin en territoire russe; notamment celle sur la plus grande raffinerie de pétrole de Russie, à Omsk, à 2 500 kilomètres de l’Ukraine qui, selon le Financial Times a réduit de un à deux cinquièmes le raffinage russe. Le bombardement américain de la ligne ferroviaire iranienne faisait partie de la même offensive. En une seule semaine, Washington a frappé l’infrastructure unissant l’Iran, la Russie et la Chine.
Dans le même temps, Israël poursuit son assaut sur Gaza et le Liban. Un drone israélien a assassiné au moins quatre personnes au Liban le 6 juillet, parmi lesquelles une directrice d’école et sa mère. À Gaza, ce sont désormais plus de 73 000 Palestiniens que les forces israéliennes ont tués. Le ministre israélien de la Défense Israel Katz a déclaré jeudi que les forces israéliennes ne se retireraient ni de Gaza, ni du Liban, ni de la Syrie.
