Alors que les États-Unis réimposaient leur blocus naval des ports iraniens et bombardaient le pays pour le quatrième jour consécutif, le président américain Donald Trump a menacé mardi de détruire les centrales électriques et les ponts iraniens
«Nous allons les frapper très fort demain soir. Nous allons les frapper très fort la nuit suivante, et la semaine prochaine, ça va être vraiment terrible pour eux, car la semaine prochaine, ce sont les centrales électriques. La semaine prochaine, ce sont les ponts», a déclaré Trump à Fox News. «Nous allons mettre hors service toutes leurs centrales électriques. Nous allons détruire tous leurs ponts à moins qu'ils ne s'assoient à la table de négociations.»
La destruction délibérée d'infrastructures civiles constitue un crime de guerre au regard du droit international. En avril, Trump a menacé de bombarder l'Iran «pour le ramener à l'âge de pierre». En juin, il a déclaré que les États-Unis pourraient être «obligés de finir le travail par des moyens militaires» et que, si cela se produisait, «la République islamique d'Iran cessera d’exister!»
Les menaces génocidaires proférées par Trump d’anéantir la civilisation iranienne, ainsi que ses attaques répétées, témoignent de l'aggravation de la crise liée à cette guerre. Trump n'a atteint aucun des objectifs de ce conflit, qu'il s'agisse du renversement du gouvernement iranien ou du contrôle du détroit d'Ormuz.
Soulignant la gravité de la crise, Trump a renoncé mardi à l'imposition d'un droit de passage de 20 pour cent pour le détroit d'Ormuz, qu'il avait pourtant annoncé la veille. Lundi, il avait déclaré les États-Unis «GARDIENS DU DÉTROIT D'HORMUZ», pour se faire «rembourser, au taux de 20 pour cent sur toutes les marchandises transitant » par cette voie maritime.
Mardi, évoquant des «conversations très productives avec les dirigeants du Moyen-Orient», il a annoncé qu'il remplacerait «la taxe de remboursement de 20 pour cent des États-Unis par des accords sur le commerce et sur les investissements que les différents États du Golfe allaient réaliser aux États-Unis».
Le blocus renouvelé est entré en vigueur à 16 heures, heure de l'Est des États-Unis, une heure après que les forces américaines eurent lancé une nouvelle série de frappes aériennes sur tout le sud de l'Iran.
Le trafic maritime dans le détroit, par lequel transite habituellement un cinquième du pétrole mondial, est quasiment à l'arrêt. La société d'analyse de données maritimes Kpler a recensé seulement 10 passages lundi, contre plus de 130 par jour avant le conflit.
Selon l’armée américaine, celle-ci avait débuté ses frappes mardi à 15 heures. Des responsables iraniens et des agences de presse ont rapporté des frappes sur la ville de Bushehr, où se trouve la seule centrale nucléaire iranienne en activité, sur la raffinerie de pétrole d'Abadan, à Mahshahr, sur les îles de Qeshm et Kish, ainsi qu'à Sirik et Bandar Abbas.
En trois nuits à compter de samedi, les avions et navires de guerre américains avaient déjà frappé plus de 300 sites, selon les propres chiffres de l'armée.
L'Iran a déclaré le détroit «fermé jusqu'à nouvel ordre» et fait respecter cette fermeture à l'aide de missiles. Mardi matin, des missiles de croisière iraniens ont frappé deux pétroliers de la compagnie pétrolière nationale émiratie, le Mombasa et l'Al Bahiyah, dans les eaux omanaises, tuant un membre d'équipage indien et en blessant huit autres, selon le ministère de la Défense des Émirats arabes unis.
La riposte iranienne a touché tout le Golfe mardi, des missiles et des drones touchant des bases utilisées par les forces américaines. L'armée koweïtienne a annoncé avoir intercepté un missile balistique, cinq missiles de croisière et 33 drones; quatre de ses marins avaient été blessés. La Jordanie a déclaré avoir abattu quatre missiles. Les sirènes ont retenti à Bahreïn.
Les bombardements se sont poursuivis durant la nuit. Les médias d'État iraniens ont rapporté de nouvelles frappes américaines mardi soir le long de la côte sud et ont indiqué qu'un «projectile américain» avait tué trois civils dans une ville de la province d'Hormozgan.
Téhéran a exclu toute négociation sous le feu des attaques. «Si les États-Unis pensent que leurs attaques militaires et leur blocus nous contraindront à demander des négociations, ils se trompent», a déclaré mardi Kazem Gharibabadi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, aux médias d'État iraniens.
Le Parlement iranien, réuni lundi soir pour sa première session publique depuis plus de quatre mois, a examiné un projet de loi visant à exiger des permis et des taxes iraniens pour chaque navire transitant par le détroit, les navires américains et israéliens étant purement et simplement interdits d'accès, selon un projet de loi mentionné par Al Jazeera.
Mardi, environ 180 parlementaires ont déclaré nul et non avenu l'accord conclu avec Washington. «Il n'y a plus de protocole d'accord», a déclaré Ebrahim Rezaei, porte-parole de la Commission parlementaire de la sécurité nationale.
L'administration Trump affirme pouvoir reprendre la guerre car il y avait eu trêve. La Maison-Blanche soutient que le «cessez-le-feu» de juin avait mis fin aux hostilités précédentes et que sa lettre du 10 juillet au Congrès avait relancé le délai de 60 jours prévu par la Résolution sur les pouvoirs de guerre, qui contraint l’exécutif à obtenir l’autorisation du congrès pour faire la guerre passé ce délai.
La réaction des principales publications pro-guerre témoigne de l'ampleur de la crise qui secoue l'administration Trump.
« L’administration Trump ne s’attendait pas à un conflit sans fin lorsqu’elle a pris ce risque fin février en rejoignant la campagne militaire israélienne visant à éliminer les dirigeants iraniens et à paralyser son arsenal et ses lanceurs de missiles balistiques», écrit mardi Michael Gordon, correspondant du Wall Street Journal pour la sécurité nationale, dans une analyse intitulée «La bataille d’Ormuz».
«Ce sera un effort de longue haleine», a déclaré au Journal le général Joseph Votel, commandant des forces américaines au Moyen-Orient de 2016 à 2019. Dans le Washington Post, le chroniqueur David Ignatius a évoqué la possibilité d'une guerre qui durerait des années, citant les prévisions d'un négociateur américain selon lesquelles la paix viendrait «dans deux semaines, deux mois ou deux ans».
«Rétrospectivement, il s'agissait clairement d'une guerre fondée sur des hypothèses fatalement erronées», a déclaré John Hannah, ancien conseiller à la sécurité nationale du vice-président Dick Cheney et aujourd'hui chercheur principal à l'Institut juif pour la sécurité nationale des États-Unis, dans une analyse du New York Times publiée mardi. «Aucune n'est plus dommageable que la conviction apparente du président que le régime révolutionnaire iranien était un fragile château de cartes prêt à s'effondrer sous une pluie de frappes aériennes américaines et de publications belliqueuses sur Truth Social».
La rédaction du Financial Times écrit mardi: «Ce bourbier souligne une fois de plus l’absurdité de la guerre lancée par Trump contre l’avis de nombre de ses alliés et sans bien comprendre son ennemi. Cette crise, provoquée par Trump lui-même, confère à Téhéran un avantage inédit dans le détroit, que l’Iran n’avait jamais fermé auparavant.»
D'après un sondage Reuters/Ipsos réalisé dimanche, 79 pour cent des Américains s'attendent à ce que l'implication des États-Unis en Iran «se poursuive pendant une période prolongée». Seuls 37 pour cent approuvent la reprise des frappes.
L'établissement d'un contrôle américain sur le détroit d'Ormuz nécessiterait une escalade massive. Le contrôle du détroit exigerait une guerre terrestre, ont déclaré des analystes militaires à l'Associated Press mardi. «Il est très difficile d'imaginer un scénario permettant de sécuriser le détroit d'Ormuz de manière satisfaisante sans forces terrestres», a déclaré Jason Campbell, de l'Institut du Moyen-Orient et ancien responsable du Pentagone. Une telle opération, a-t-il précisé, nécessiterait des dizaines de milliers de soldats, des mois de préparation et des coûts très élevés.
Les forces nécessaires à une telle opération sont déployées. Les groupes aéronavals Abraham Lincoln et George H.W. Bush, les navires d'assaut Tripoli et Boxer avec des milliers de Marines à leur bord, et plus de 20 navires de guerre au total sont positionnés; il y a plus de 50 000 soldats américains au Moyen-Orient – selon les propres chiffres de l'armée, son plus important contingent dans la région depuis l'invasion de l'Irak en 2003.
(Article paru en anglais le 15 juillet 2026)
