L'administration Trump a convoqué jeudi au département d'État une réunion contre la prétendue menace transnationale du « terrorisme d'extrême gauche », en présence de représentants de 67 pays. La plupart des pays européens avaient été invités, mais n'ont dépêché que des délégations de bas niveau. Des responsables israéliens et certains alliés de Trump en Amérique latine et en Asie de l'Est étaient également présents. Le Brésil et le Mexique, les deux plus grands pays d'Amérique latine, étaient absents.
Les propos du secrétaire d'État Marco Rubio et du chef de la cellule antiterroriste de la Maison-Blanche, Stephen Miller, ont révélé l'hystérie anticommuniste et la peur de l'opposition populaire qui règnent au sein de l'administration. Miller, en particulier, a qualifié l'opposition de gauche au capitalisme de difformité biologique qu'il fallait éradiquer, une formulation utilisée typiquement par le fascisme.
Rubio a commencé son intervention en soulignant que les efforts antiterroristes occidentaux, depuis 2001, s'étaient concentrés sur Al-Qaïda et d'autres groupes terroristes islamistes. Il a toutefois affirmé : « Notre doctrine antiterroriste a un angle mort concernant la violence extrémiste de gauche. Aujourd'hui encore, l'idée même que le terrorisme d'extrême gauche puisse constituer une menace sérieuse est perçue comme une pure fiction de la droite. »
Il a ensuite retracé brièvement l'histoire des violences prétendument perpétrées par la gauche en Amérique et dans le monde, en se concentrant principalement sur les années 1970. Il a notamment évoqué les Weathermen aux États-Unis, la Fraction armée rouge en Allemagne, les Brigades rouges en Italie, ainsi que les Tupamaros et les Monteneros en Amérique du Sud.
Évitant toute discussion sur des attentats terroristes tels que l'attentat d'Oklahoma City, où le fasciste Timothy McVeigh a tué 189 personnes, il a passé directement aux manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd par la police à Minneapolis en mai 2020, affirmant que « des criminels et des extrémistes ont semé le chaos et le pillage dans les grandes villes américaines et ont presque mis le pays à genoux ».
Inutile de préciser qu'il n'a pas été question de la prise d'assaut du Capitole le 6 janvier 2021 par une foule de partisans fascistes de Trump, invités par le président à Washington pour tenter d'empêcher la certification par le Congrès de sa défaite aux élections de 2020.
Le point de vue de Rubio est profondément ancré dans l'anticommunisme virulent du milieu fasciste des exilés cubains du sud de la Floride. Il a déclaré : « Ils peuvent se dire anticapitalistes, anti-impérialistes, communistes, anarchistes ou marxistes, mais leur nature fondamentale reste toujours la même. C'est toujours la même chose : un ressentiment toxique, dissimulé sous le voile de l'égalité, de la justice et de la libération [...] Le monde que le communisme envisage est un monde sans Dieu. »
Il a noté que le département d'État avait désigné quatre groupes d'extrême gauche en Europe comme terroristes en novembre dernier (deux en Grèce, un en Allemagne et un en Italie). Il a ajouté que d'autres désignations de ce type seraient annoncées prochainement et que le gouvernement allemand accueillerait le prochain « atelier » de la campagne anti-gauche.
Si Rubio a exposé les fondements idéologiques de la campagne, Stephen Miller en a exposé les implications dictatoriales. « L'une des caractéristiques de la violence et du terrorisme d'extrême gauche est son appel totalement fallacieux et malhonnête aux libertés civiles », a-t-il affirmé. « C’est la tactique que la gauche utilise toujours pour tenter d’échapper aux poursuites pénales. Il est essentiel que nous soyons suffisamment sages et forts pour comprendre que ces appels resteront vains lorsque le gauchiste [...] proteste que nous violons ses droits. »
Il a poursuivi sur cette lancée menaçante : « Nous devons persévérer et rester inflexibles dans notre quête de justice contre ces ennemis de la civilisation. »
Cela impliquerait de bafouer des procédures juridiques fondamentales telles que le droit à un procès devant jury. Miller a ajouté :
Et dans le même temps, nous devons comprendre qu’il existe une menace réelle : ceux qui ne sont pas eux-mêmes des terroristes, mais qui soutiennent la violence d’extrême gauche, créeront les conditions permettant à cette violence de se perpétuer sans véritable entrave. Plus précisément, dans certaines villes américaines comme Washington et New York, on a constaté un phénomène – il s'agit d'un terme américain, mais connu sous le nom d’« invalidation par le jury ». Cela se produit lorsqu'une personne est manifestement coupable d'un crime, mais que le juré, par sympathie idéologique pour l'auteur présumé, refuse de la condamner pour le crime qu'elle a pourtant manifestement commis.
[...] Les individus membres d’organisations d’extrême gauche, ayant agressé des agents de l’ICE ou des forces de l’ordre fédérales, traduits en justice malgré des preuves accablantes, ont vu leur condamnation refusée par le jury pour des raisons purement politiques.
Toutes ces menaces paraissaient insignifiantes comparées à l’adhésion de Miller à l’un des thèmes centraux de l’idéologie nazie : la représentation des socialistes et des antifascistes non comme des citoyens aux opinions politiques divergentes, mais comme une catégorie de personnes physiquement dégénérées, dont l’apparence même prouverait leur inaptitude à exister. Il a déclaré :
Ce n’est pas un hasard si, lorsqu’on observe ces violentes manifestations antifascistes et qu’on regarde n’importe quelle photo des manifestants – pour être franc, aucun d’entre eux ne ressemble à une personne normale. Pas un seul. Ils sont tous difformes d’une manière ou d’une autre : dans leur apparence, dans leurs vêtements, dans leurs manières. Pourquoi ? Pourquoi ? Si l'on compare deux photos, l'une représentant un Américain normal dans la rue et l'autre une manifestation Antifa, pourquoi les manifestants violents – pourquoi n'y a-t-il pas une seule personne d'apparence normale parmi eux ? Chacun d'eux, au fil de sa vie et de ses choix, a marqué son corps et son apparence de multiples façons, au point que son apparence extérieure devient la manifestation de sa haine intérieure.
Miller ne dit pas que ses adversaires ont de mauvaises idées. Il dit que leurs corps sont physiquement « déformés » et « marqués ». L'opposition politique est ainsi réduite à une condition biologique et physique visible – une inscription sur le corps, visible dans l'apparence, les vêtements et les manières.
Aucune figure politique américaine importante ne s'est jamais exprimée de cette façon. Ce langage trahit l'endoctrinement de Miller à l'idéologie du Troisième Reich. Plus encore que Trump, dont la première épouse aurait rapporté qu'il conservait un recueil de discours d'Hitler sur sa table de chevet, Miller a assimilé et recraché les élucubrations de Josef Goebbels et de Julius Streicher, l'éditeur de Der Stürmer.
La cible n'est pas ici une poignée d'anarchistes confus – si tant est qu'Antifa existe réellement, ce qui est discutable – mais la grande majorité des Américains de la classe ouvrière : les millions de personnes qui ont participé aux manifestations « No Kings », les plus importantes de l'histoire américaine ; la majorité qui, selon les sondages, estime que l'Amérique est sur la mauvaise voie, que le bilan de Trump à la Maison-Blanche est désastreux, et qu'elle s'oppose à la guerre en Iran et à la politique anti-immigration.
Ce sommet, et les diatribes fascistes qui l'ont précédé, se sont tenus quelques semaines seulement après la victoire, aux primaires démocrates de New York et du Colorado, de candidats se réclamant du socialisme. Ces derniers ont détrôné des élus en place car les électeurs souhaitaient élire des socialistes, même si les candidats des Socialistes démocrates d'Amérique ne sont pas de véritables opposants au système capitaliste et proposent des réformes bien moins ambitieuses que celles de personnalités politiques capitalistes comme Franklin Roosevelt, et même Lyndon Johnson.
Le concept de « terrorisme d'extrême gauche » sert d'instrument idéologique pour criminaliser le mouvement ouvrier grandissant contre la guerre et le capitalisme, et la conférence du département d'État est une tentative d'instaurer un mouvement fasciste pour le réprimer.
