La Révolution américaine n'a pas seulement libéré ses citoyens de la domination de l'Empire britannique; elle a été une source d'inspiration pour toutes les luttes progressistes de la société britannique, du mouvement anti-esclavagiste au mouvement radical pour la réforme démocratique.
On peut établir un lien direct entre les partisans des révolutionnaires américains et les chartistes, le grand mouvement ouvrier des années 1830 et 1840, dont les plus fervents partisans soutinrent le Nord lors de la guerre de Sécession, qui mit fin à l'esclavage. L'année 1776 fut également un moment crucial dans l'essor de la lutte pour l'indépendance irlandaise.
En 2019, le New York Times a lancé le « Projet 1619 » niant le caractère progressiste de la Révolution américaine et la présentant faussement comme une tentative de défendre l'esclavage, sans aucun intérêt réel pour la démocratie et l'égalité. La lutte pour l'indépendance a été réduite à un simple épisode sordide dans un pays qui portait l’esclavage et le racisme anti-Noirs dans son «ADN». Ce qui passe pour la « gauche » américaine a adhéré à ce désaveu réactionnaire de l'un des événements révolutionnaires les plus importants de l'histoire mondiale.
Saisissant l'occasion, le président Donald Trump et la droite américaine dans son ensemble ont cherché à instrumentaliser l'année 1776 à des fins ultranationalistes. Ils ont utilisé le 250e anniversaire pour revendiquer, au nom de la dictature en devenir de Trump, l'héritage des pères fondateurs qui ont mené une guerre contre précisément le type de «tyrannie» aujourd'hui orchestrée depuis la Maison-Blanche.
Des hommes politiques et des historiens britanniques, et même la monarchie, ont cherché à présenter l'événement comme un terrible malentendu, un incident mineur en fin de compte dans une «relation spéciale» de longue date entre les deux gouvernements, fondée sur des objectifs de politique étrangère communs et, supposément, sur des valeurs démocratiques partagées.
C’est là de l’histoire falsifiée pour servir les intérêts de diverses factions de la classe dirigeante et de la classe moyenne aisée. Ce que tous occultent, c'est la lutte populaire pour les droits démocratiques qui s'est déroulée, de façon étroitement liée, des deux côtés de l'Atlantique. Cette histoire d'effervescence intellectuelle internationale, de vagues réciproques de radicalisation et de collaboration politique transfrontalière est aujourd'hui si terrifiante pour la classe dirigeante et ses acolytes parce que son héritier contemporain est le mouvement socialiste.
L'indépendance américaine et le mouvement abolitionniste britannique
Contrairement à l’affirmation du ‘Projet 1619’ que la Révolution américaine aurait été lancée pour défendre l'esclavage, celle-ci a donné une énorme impulsion au mouvement abolitionniste en Grande-Bretagne.
L'avocat Granville Sharp fut parmi les premiers abolitionnistes britanniques. Il publia en 1769 «A Representation of the Injustice and Dangerous Tendency of Tolerating Slavery » [Une représentation de la tendance dangereuse et injuste de la tolération de l’esclavage]. Il obtint la célèbre décision de justice ‘Somerset contre Stewart’ en 1772, qui déclara l'esclavage sans fondement en droit anglais et entretint une correspondance avec l'abolitionniste pionnier Anthony Benezet de Philadelphie. Il connaissait Benjamin Franklin et correspondait avec Benjamin Rush – deux pères fondateurs – et défendait les droits des colonies américaines contre le gouvernement britannique. Sa brochure de 1774, «A Declaration of the People's Natural Right to a Share in the Legislature» [Une déclaration du droit naturel du peuple au partage de la législature], fut diffusée par Franklin en Amérique. [1]
Après la lutte pour l'indépendance, Franklin fit de l'instauration d'une correspondance avec Sharp et son proche collaborateur Thomas Clarkson une priorité pour la Pennsylvania Abolition Society, dont il fut président à partir de 1785. Tous deux figuraient en 1787 parmi les fondateurs de la Society for Effecting the Abolition of the Slave Trade, qui mena la campagne abolitionniste au Royaume-Uni. Son action consistait notamment à diffuser les détails de la législation contre la traite des esclaves, adoptée par le Rhode Island et le Massachusetts. [2]
John Oldfield écrit dans son ouvrage Transatlantic Abolitionism in the Age of Revolution, que les années qui ont immédiatement suivi la Révolution américaine ont vu l’apparition, des deux côtés de l’Atlantique, d’associations abolitionnistes hautement organisées, dynamiques et à large assise, qui ont formé ensemble une communauté internationale très active et relativement bien intégrée. Il explique:
Le moment de ce «décollage» n'était pas entièrement fortuit. Bien que des facteurs à long terme aient joué un rôle, notamment le développement économique et l'essor de l'humanitarisme, il ne fait guère de doute que la Révolution américaine a modifié les termes du débat. La Déclaration d'indépendance, en particulier, a soulevé des questions cruciales quant à la nature et à l'étendue de la liberté […] En Grande-Bretagne, la Révolution américaine a elle, déclenché un débat passionné sur la représentation politique, souvent formulé en termes d'esclavage (privation du droit de vote) et de liberté (droit de vote). [3]
Un grand nombre de personnes se sont mobilisées. Plus d'une centaine de pétitions sur la question de l'esclavage ont été présentées au Parlement britannique en 1788 et 519 en 1792. Seymour Drescher, dans son ouvrage Abolition: A History of Slavery and Antislavery, écrit qu'une pétition de 10 000 signatures provenant de Manchester « témoignait clairement que les ouvriers de Manchester étaient également acquis à la cause abolitionniste […] Les signataires abolitionnistes de Manchester représentaient environ les deux tiers de ses hommes éligibles.»[4] Selon Oldfield, on estime qu'environ 400 000 personnes au total ont signé une pétition contre l'esclavage en 1792, soit 13 pour cent de la population masculine adulte d'Angleterre, du Pays de Galles et d'Écosse. [5]
Le soulèvement révolutionnaire héroïque d'Haïti (1791-1804) a joué un rôle déterminant dans la pression intérieure exercée par ce mouvement, inquiétant profondément la classe dirigeante britannique. En 1807, le Parlement vota la loi d'abolition de la traite des esclaves, première étape d'une lutte qui allait durer des décennies pour mettre fin à l'esclavage dans l'Empire britannique, lutte alimentée par la poursuite des campagnes abolitionnistes et les révoltes d'esclaves à la Barbade (1816), à Demerara (1823) et en Jamaïque (1831).
Sharp et Clarkson étaient très conscients de l'impact du processus révolutionnaire en Amérique. Sharp réagit à la loi américaine sur la traite des esclaves (1794) en affirmant qu'elle contribuait à réfuter l'argument avancé en Grande-Bretagne que «si l'Angleterre mettait fin au trafic d'esclaves, l'Amérique, en particulier, s'engagerait dans les branches de ce trafic auxquelles la première renoncerait». [6] Clarkson faisait ce commentaire en 1788: «Tant que l'Amérique nous appartenait, il était impensable qu'un ministre prête attention aux souffrances des fils et des filles d'Afrique, quelque soit la compassion qu’il puisse éprouver face à leur détresse.» [7]
Une part importante et croissante des défenseurs de l'esclavage fut exclue du Parlement britannique à travers la guerre d'Indépendance. Simultanément, les esclaves des colonies américaines furent retirés de l'Empire britannique et intégrés dans un État fondé sur le principe que «tous les hommes sont créés égaux» – une contradiction qui éclata au grand jour lors de la guerre de Sécession, qui mit fin à l'esclavage sept décennies plus tard.
Le mouvement radical britannique et ses liens avec la révolution américaine
Comme l'indique Oldfield, la lutte contre l'esclavage était intimement liée à la lutte pour la réforme démocratique en Grande-Bretagne, elle-même dynamisée par la Révolution américaine. [8] Comme l'écrit David Brion Davis dans The Problem of Slavery in the Age of Revolution, «en 1793, le comte d'Abingdon avertissait que le mouvement abolitionniste s'appuyait également sur «The Rights of Man» (Les Droits de l’Homme) de Tom Paine comme principal et meilleur soutien, et qu'il portait en lui les germes d'autres abolitions, différentes et distinctes de celle qu'il professe». [9]
Paine est, bien sûr, la figure centrale: auteur du très influent Common Sense (Le Bon Sens) (écrit aux États-Unis en faveur de l’indépendance) et The Rights of Man écrit en Grande-Bretagne en défense de la Révolution française. Ces écrits, ainsi que d’autres, s’inscrivant dans la lignée de John Wilkes et James Burgh, sont devenus des textes fondateurs du mouvement radical britannique, mais ils étaient loin d’être isolés. Ils représentaient les moments forts d’un vaste paysage d’écrits et d’organisations politiques soutenant la Révolution américaine et la lutte pour les droits démocratiques en Grande-Bretagne.
The Rights of Man, par exemple, fut largement promu par la Société pour l’information constitutionnelle (SCI), fondée en 1780 par le major John Cartwright, autre figure de proue du mouvement radical fortement inspiré par la Révolution américaine. Officier de la Royal Navy, il refusa une promotion pour éviter de combattre la lutte pour l’indépendance, mettant ainsi un terme à sa carrière. [10] Dans sa première publication, «American Independence the Glory and Interest of Great Britain (L’indépendance américaine: gloire et intérêt de la Grande-Bretagne), paru en 1774, il affirmait que «les colonies ont droit à une indépendance totale vis-à-vis des assemblées législatives britanniques et que seule une déclaration formelle de ces droits, suivie de la formation d’une alliance amicale avec elles, permettra d’assurer le véritable et durable bien-être des deux pays.» [11]
Cartwright publia en 1776 la brochure Take your Choice! (À vous de choisir), défendant des parlements annuels, le vote secret et le suffrage masculin. [12] Un ouvrage ultérieur, The English Constitution (La Constitution anglaise), de 1823, fut adressé au président des États-Unis de l'époque, Thomas Jefferson, qui répondit en souhaitant le rencontrer et en lui assurant de sa «haute vénération et de sa profonde estime pour sa personne et son caractère». [13] Cartwright fut invité à prendre la parole au rassemblement de masse de Manchester qui aboutit au massacre de Peterloo en 1819, mais son âge avancé et sa santé fragile l'empêchèrent d'y assister.
La SCI était l'une des nombreuses organisations contemporaines militant pour la réforme démocratique, toutes étroitement liées à la lutte révolutionnaire américaine. En 1788, la London Revolution Society fut fondée – en référence à la Glorieuse Révolution de 1688 – suivie par d'autres dans d'autres villes. Parmi ses membres les plus éminents, dont beaucoup participaient également à la SCI, figuraient les dissidents Richard Price et Joseph Priestley, ainsi que le radical John Jebb. Tous étaient de fervents partisans de la Révolution américaine et des adversaires de l'esclavage.
Price, qui comptait Franklin, Jefferson et John Adams parmi ses amis personnels, publia en 1776 Observations on the Nature of Civil Liberty, the Principles of Government, and the Justice and Policy of the War with America (Observations sur la nature de la liberté civile, les principes du gouvernement et la justice et la politique de la guerre contre l'Amérique). Cette brochure exerça une influence considérable en contribuant à rallier des soutiens à la cause révolutionnaire américaine et à ses idéaux démocratiques dans le contexte britannique. [14] On peut y lire: « Si l'on peut, en toute logique, attribuer l'omnipotence à un corps législatif, elle doit résider là où toute autorité législative prend sa source : dans le PEUPLE. C'est pour lui que le gouvernement est institué; et c'est à lui seul que revient la véritable omnipotence.» [15]
Priestley, également ami de Franklin puis de Jefferson, publia en 1774 un plaidoyer percutant en faveur de la cause des colons, intitulé «Address to Protestant Dissenters of All Denominations, on the Approaching Election of Members of Parlement, with Respect to the State of Public Liberty in General and of American Affairs in Particular » (Adresse aux dissidents protestataires de toutes confessions, à l’approche des élections parlementaires, concernant l’état des libertés publiques en général et des affaires américaines en particulier). Il y mettait en garde contre «les effets que l’oppression de l’Amérique pourrait avoir sur les libertés de ce pays» [16] Son sermon de 1788 sur l’esclavage dénonçait celui-ci comme «le plus grave de tous les abus, peut-être même le plus grand et le plus odieux des maux qui soient» [17]
Jebb, infatigable agitateur et publiciste, fut profondément touché par la révolution américaine qui, confia-t-il à Franklin, avait «pendant sept ans, agité mon esprit de sentiments indescriptibles». Il soutenait qu’avec les «glorieuses institutions» de l’Amérique, «l’espèce humaine trouverait enfin un refuge et chaque individu pourrait jouir d’une plus grande liberté civile et religieuse qu’il n’en a jamais eue à aucune époque ni sous aucun climat». [18] Des brochures tels que son Address to the Freeholders of Middlesex (Adresse aux Propriétaires du Middlesex), de 1779, et le Report of the Sub-committee of Westminster (Rapport de la Sous-commission de Westminster), de 1780, le montrèrent militant pour cela et d’autres mesures encore en Grande-Bretagne, comme une «représentation égale, annuelle et universelle de la Chambre des communes». [19]
Jebb devint par la suite un ami proche de John Adams. Il lui confia qu'il espérait que le «brillant exemple » américain « inciterait le peuple dont ils étaient issus, ainsi que tous les autres États européens, à se libérer du joug du despotisme civil et religieux». Comme le conclut son biographe Anthony Page: «Jebb démontre comment, pour les radicaux britanniques, les notions de liberté religieuse, de vertu républicaine et de droits politiques universels se sont cristallisées autour de la cause américaine.» [20]
Un pont vers le mouvement ouvrier britannique
La SCI et la Revolution Society ont été culturellement et intellectuellement formatrices pour la London Corresponding Society, finalement plus importante, établie en 1792 par un petit groupe de fondateurs comprenant le cordonnier Thomas Hardy, le journaliste John Thelwall, l'avocat Joseph Gerrald et le libraire Thomas Spence. Elle jetait les bases d'une extension des idées démocratiques tant dans le contenu que dans la représentation sociale. [21]
Arthur Sheps note dans «La Révolution américaine et la transformation du républicanisme anglais» que «les documents de la London Corresponding Society [LCS] et d’autres sources indiquent que John Thelwall, Thomas Spence, Joseph Gerrald et Thomas Hardy… reconnaissaient tous l’importance de la Révolution américaine pour stimuler leurs intérêts politiques et façonner leurs idées». [22] Hardy raconte dans son autobiographie comment, inspiré par les travaux de Price, il en est venu à comprendre qu’«il était non seulement nécessaire, pour le bonheur des patriotes transatlantiques eux-mêmes, que la lutte se termine en leur faveur, mais que le bonheur futur de toute l’humanité était également en jeu». [23]
Gerrald avait vécu en Amérique pendant plusieurs années. Sheps écrit que « dans un ouvrage intitulé, A Convention the Only Means of Saving Us From Ruin de 1793 (Une convention, seul moyen de nous sauver de la ruine), il s'appuyait sur sa connaissance des États-Unis pour démontrer que les conventions nationales étaient la seule expression légitime et la seule expression efficace du pouvoir souverain du peuple.» [24] L'influence de la Déclaration d'indépendance, avec son insistance sur la vérité «évidente par elle-même» que «tous les hommes sont créés égaux», et sur le « droit » et le « devoir » de « renverser » un gouvernement despotique, est manifeste dans le discours public fondateur de la LCS. Il commençait ainsi: «L'homme, en tant qu'individu, a droit à la liberté – c'est son droit inaliénable. En tant que membre de la société, la préservation de cette liberté devient son devoir indispensable.» [25]
Parmi les autres membres éminents de la LCS figurait le célèbre esclave affranchi Olaudah Equiano, dont la tournée de conférences en Grande-Bretagne et en Irlande contribua à tisser des liens plus étroits, notamment avec les Irlandais unis (UI). Ces derniers, s'inspirant également de l'exemple de la Révolution française, étaient issus du mouvement des Volontaires irlandais des années 1780, lui-même directement inspiré par la Révolution américaine. Equiano prit la parole lors d'un rassemblement à Belfast en 1791, organisé par Samuel Neilson, membre fondateur des UI. [26] La LCS et les UI furent toutes deux explicitement interdites par la loi sur les Associations illégales de 1799, à la suite d'une violente campagne d'arrestations et de procès.
Organisée sur des bases démocratiques solides, forte de milliers d'abonnés et d'un auditoire de plusieurs dizaines, voire centaines de milliers de personnes, la LCS a joué un rôle crucial en intégrant de larges pans de la classe ouvrière au mouvement radical, amorçant ainsi un changement de sa base de classe. Cette transformation est manifeste dans l'ouvrage de Thelwall, paru en 1796 et intitulé «The Rights of Nature against the Usurpations of Establishments» (Les droits de la nature contre les usurpations des établissements), où il argumente:
En réalité, l’accumulation monstrueuse de capital entre quelques mains, comme toutes les maladies non absolument mortelles, porte en elle, par son ampleur même, les germes de sa guérison […] Tout ce qui rapproche les hommes […] favorise la diffusion du savoir et, en définitive, promeut la liberté humaine. C’est pourquoi chaque grand atelier et chaque manufacture constitue une sorte de société politique qu’aucune loi du Parlement ne saurait réduire au silence, ni aucun magistrat disperser. [27]
Les personnes réduites à l’esclavage étaient incluses dans cette perspective profondément radicale. Thelwall écrivait avec virulence dans «Lien entre la corruption parlementaire et le monopole commercial» que «actuellement (bien que le troc ouvert n’apparaisse que dans l’infâme traite négrière africaine), presque tous les habitants de l’univers sont réduits, pour ainsi dire, à l’état de marchandises à vendre par quelques monopoles. » [28]
E.P. Thompson affirme dans son ouvrage The Making of the English Working Class: «L’histoire des mouvements réformateurs entre 1792 et 1796 fut (en termes généraux) celle de l’échec simultané des réformateurs bourgeois et du glissement rapide vers la gauche des radicaux plébéiens. Cette expérience marqua la conscience populaire pendant cinquante ans.» Dans les années qui suivirent, «on trouvait des librairies Thomas Hardy dans chaque ville et dans de nombreux villages d’Angleterre, avec un coffre ou une étagère remplie de livres radicaux, attendant patiemment leur heure, glissant un mot à la chapelle, à la forge, chez le cordonnier, dans l’espoir d’une reprise du mouvement.» Cet héritage «contribua largement au chartisme». [29]
Un lien personnel important entre les deux fut tissé par Francis Place, membre de la LCS puis fondateur de la London Working Men's Association, créée en 1836 et l'une des organisations centrales du mouvement chartiste naissant. Tirant son nom de la Charte du peuple de 1838 pour laquelle elle milita et recueillit des millions de signatures, l'influence des premiers radicaux sur le premier mouvement ouvrier de masse de l'histoire est manifeste dans ses revendications: le suffrage universel masculin, le vote secret, la suppression des conditions de propriété, l'égalité de découpage des circonscriptions et des élections annuelles.
Le Chartisme, l’Amérique et l’esclavage
Les idéaux fondateurs de la République américaine constituaient un point de référence central pour les chartistes. Le mouvement a joué un rôle déterminant en mobilisant des pans plus larges de la classe ouvrière autour de campagnes pour une extension tout aussi radicale des droits démocratiques. Par là, selon l'historienne Betty Fladeland, le chartisme « a créé un climat politique propice dans lequel les débats émergents sur le lien entre l'esclavage des Noirs et celui des Blancs ont atteint un nouveau sommet». [30]
Plusieurs décennies avant l'analyse de Marx du caractère particulier du travail salarié, de nombreux auteurs chartistes s'appuyaient fortement sur la comparaison entre l'esclavage et le salariat. Si cela pouvait se traduire par la création d'une fausse opposition entre les deux causes ou par la minimisation de la première, la tendance générale, explique Fladeland, était celle où «de ces échanges vigoureux et souvent acrimonieux émergeaient lentement des sympathies latentes et un sentiment d'objectif commun» [31] Même dans les réflexions confuses de James Bronterre O'Brien sur le sujet – qui ignorait totalement les réalités de l'esclavage, notamment dans le sud des États-Unis – la préoccupation portait sur son abolition conjointe avec ce qu'il considérait comme uniformément pire, le salariat:
Que personne ne s'imagine que nous ayons eu l'intention d'atténuer, en quelque circonstance que ce soit, l'abomination du servage ou de l'esclavage, ni de minimiser la juste aversion que nous éprouvons, sous toutes ses formes, pour ce servage, et que nous sommes persuadés que le lecteur partage avec nous…
Si nous tentons de modifier la condition des esclaves, nous devrions le faire pour leur propre bien, et non […] pour le bien des employeurs et des usuriers. [32]
D'autres étaient plus clairs sur la nature de cette «institution particulière» des États esclavagistes du Sud. William Lovett, ébéniste et membre éminent de la London Working Men's Association aux côtés de Place, a coécrit l'ouvrage Chartism: A New Organisation of the People (Le chartisme: une nouvelle organisation du peuple) pendant son incarcération pour diffamation séditieuse en 1839-1840. Cet ouvrage disait de l'Amérique :
La seule tache sur sa bannière étoilée est ce vestige de la domination royale, l'esclavage de sa population de couleur; lequel, à l'instar de son homologue funeste, l'esclavage des enfants en Angleterre, relève davantage de la domination de richesse et de classe que de l'esprit de son peuple ou de ses institutions démocratiques. Mais à mesure que le savoir étend son influence humanisante sur l'égoïsme de la richesse, le pouvoir et les préjugés engendrés par sa domination, l'esclavage américain sombre finalement dans cet abîme d'oubli où tous les obstacles qui entravent aujourd'hui le bonheur des Noirs et des Blancs sont voués à sombrer à jamais. [33]
Lovett rencontra plus tard l'abolitionniste afro-américain Frederick Douglass lors de sa tournée au Royaume-Uni entre 1845 et 1847, en compagnie de son camarade chartiste Henry Vincent. Ensemble, ils fondèrent en 1846 la Ligue anti-esclavagiste, éphémère mais influente[34]. Bénéficiant d'une large attention et d'une couverture médiatique favorable dans la presse chartiste, Douglass s'intéressa sérieusement au lien entre la lutte pour l'émancipation aux États-Unis et l'élargissement du droit de vote au Royaume-Uni. Déclarant «avec audace qu'il n'y avait pas plus de similitude entre l'esclavage tel qu'il existait aux États-Unis et une quelconque institution britannique qu'entre la lumière et les ténèbres, il parla néanmoins, comme l'explique Richard Bradbury, d'«esclavage politique en Angleterre […] et, considérant la population laborieuse, il la percevait comme des esclaves». [35]
Les relations directes des chartistes avec les abolitionnistes étaient généralement les plus étroites au sein de leur aile «Force morale», mais la faction «Force physique» et le centre du mouvement dirigé par son chef, Feargus O'Connor, rédacteur en chef du Northern Star, s'intéressaient également à la question. Comme le souligne Malcolm Chase dans Chartism: A New History, à propos de William Cuffay, «la presse et la tribune chartistes s'opposaient systématiquement à l'esclavage». Cuffay lui-même, tailleur et fils d'esclave affranchi, était un leader populaire du mouvement, et résolument partisan de son aile «Force physique» [36]. Élu au comité exécutif national de la National Charter Association et à la présidence des chartistes de Londres en 1842, il fut finalement condamné à 21 ans de déportation en Tasmanie.
Avant cela, Cuffay était responsable du Plan foncier chartiste. Ce point est important, comme le souligne Tom Scriven dans «Esclavage et abolition dans la pensée et la culture chartistes», car ce plan – élaboré de concert avec les radicaux ouvriers américains du mouvement Free Soil – constituait un « pivot » autour duquel de nombreux chartistes ont repensé le lien entre le salariat et l’esclavage américain, et ont fini par rejeter les démocrates pour leur soutien à l’esclavage. O’Connor le décrivait comme un « temple de la liberté » sans « aucune distinction de couleur ». [37]
Dans son ensemble, le mouvement chartiste a joué un rôle essentiel en affirmant que les travailleurs britanniques partageaient une cause commune: l’émancipation. Il ne s’agissait pas seulement d’une question morale, mais aussi d’une lutte pour leur propre liberté. Ce point allait se révéler d’une importance capitale à peine deux décennies plus tard.
Ernest Jones, la classe ouvrière britannique et la guerre de Sécession américaine
Le dernier grand dirigeant du mouvement chartiste, à la fin de son cycle dans les années 1850, fut Ernest Charles Jones (1819-1869), rédacteur en chef de Notes to the People (devenu plus tard People's Paper). Ami de Friedrich Engels et de Karl Marx, ce dernier le qualifia de «représentant le plus talentueux, le plus constant et le plus énergique du chartisme» et contribua de nombreux articles publiés dans ses journaux. [38]
Le rôle le plus important de Jones fut peut-être celui qu’il a joué une décennie plus tard. Il fut un soutien indéfectible de l'Union durant la guerre de Sécession et sut mobiliser les traditions forgées au cours des trente précédentes années de lutte. Son discours lors d'une réunion publique à Rochdale fut enregistré par un observateur américain et transmis au secrétaire d'État américain William Seward. Jones y déclarait que «la seule origine et l'unique objectif de la Guerre de sécession avait été de perpétuer et d'étendre l'esclavage», niant tout droit «constitutionnel, légal ou moral» à celle-ci. Il conclut, comme le rapporte l'observateur:
J'espère que ceux qui luttent aujourd'hui, honorablement et dans le respect de la Constitution, pour la liberté des Noirs, se joindront à tous les efforts visant à une nouvelle étape vers la charte de la liberté pour les Anglais. [Applaudissements.] Ceux qui félicitent les esclavagistes américains aimeraient bien faire de même en Angleterre. [Acclamations.] Je crois que ceux qui, face à cette crise, défendent les droits naturels des Noirs en Amérique défendent en réalité les droits des travailleurs anglais. [Acclamations.] J'espère qu'en instaurant la liberté universellement sur le continent américain, nous parviendrons ici aussi à poser la pierre de faîte sur l’édifice de la liberté. [Applaudissements nourris, prolongés et enthousiastes.] [39]
Dans l'auditoire de Jones on aurait trouvé des ouvriers qui, au prix de grands sacrifices personnels, avaient courageusement maintenu le blocus du coton du Sud, ce qui leur avait valu une lettre de remerciement d'Abraham Lincoln. Le président américain écrivait notamment:
Je connais et je déplore profondément les souffrances que les travailleurs de Manchester, et de toute l'Europe, sont contraints d'endurer en cette crise. On a souvent et sérieusement avancé que la tentative de renverser ce gouvernement, fondé sur les droits de l'homme, et de le remplacer par un autre reposant exclusivement sur l'esclavage, était susceptible d'obtenir le soutien de l'Europe. Par l'action de nos citoyens déloyaux, les travailleurs européens ont été soumis à de dures épreuves dans le but de les contraindre à approuver cette tentative. Dans ces circonstances, je ne peux que considérer vos déclarations décisives sur la question comme un exemple d'héroïsme chrétien sublime, inégalé à aucune époque ni dans aucun pays. Elles constituent en effet une affirmation énergique et vivifiante du pouvoir intrinsèque de la vérité et du triomphe final et universel de la justice, de l'humanité et de la liberté. [40]
Le rassemblement de Rochdale fut l'une des nombreuses réunions ouvrières de masse réunissant à chaque fois des milliers de personnes en soutien à la cause fédérale, tandis que les sécessionnistes peinaient à en organiser. La plus célèbre eut lieu le 26 mars 1863 à St James's Hall. Une résolution adoptée lors de cette assemblée déclarait: «Nous rejetons catégoriquement l'affirmation selon laquelle la guerre qui fait rage actuellement en Amérique serait le résultat des institutions républicaines ou démocrates. Nous croyons bien plutôt que la liberté née de ces institutions a rendu l'esclavage impossible à perpétuer […] Puisque la cause du travail et de la liberté est une dans le monde entier, nous leur souhaitons bonne chance dans leur glorieuse œuvre d'émancipation.» [41] Des comptes rendus de l'événement furent publiés dans la presse du Nord des États-Unis.
Royden Harrison note dans «British Labor and American Slavery» que cette réaction vigoureuse était d'autant plus remarquable compte tenu de « l'existence d'un petit groupe de sympathisants sudistes influents au sein du mouvement ouvrier » et de « la tendance résolument confédérée » de certains médias ouvriers. [42] Malgré cela, écrit Harrison: «Dès la fin de 1862, de nombreux éléments attestent que la grande majorité des ouvriers politiquement conscients étaient pro-fédéraux et fermement résolus à s'opposer à la guerre.» Pour l'avenir, il serait « difficile de surestimer l'importance de la guerre de Sécession pour l'histoire ultérieure du mouvement ouvrier britannique […] la guerre de Sécession a contribué à élargir les horizons des travailleurs britanniques et a préparé leurs dirigeants » à participer à l'Association internationale des travailleurs, la Première Internationale. [43]
George Julian Harney: radical, chartiste, socialiste
Tout en haut de leurs rangs figurait George Julian Harney, un homme qui incarnait la transition du mouvement démocratique radical au socialisme moderne, défendant avec passion les principes démocratiques de la révolution américaine et s'opposant à l'esclavage tout au long de cette période.
Au sein de l'aile radicale du mouvement chartiste, Harney fit ses premières armes dans la «Guerre des non-timbrés», une lutte contre les «taxes sur le savoir» (spécifiquement sur les journaux et les brochures) imposées par le gouvernement de George III pour museler les publications radicales. À 19 ans, il écopa du premier de ses trois séjours en prison. Pionnier du «Grand Jour férié national» de William Benbow (qui s'apparentait à une grève générale) et internationaliste convaincu, il devint rédacteur en chef du Northern Star d'O'Connor entre 1845 et 1850, pour lequel il sollicita de nombreux articles de Marx et d'Engels.
Sous sa direction, comme l'écrit Scriven, «The Northern Star a republié des articles relatant des atrocités et parus dans le Liberator de Garrison à Boston et d'autres journaux abolitionnistes américains ; il s'est engagé à défendre ‘les droits de tous les hommes, sans distinction de couleur, de climat ou de croyance’ et à affirmer que la démocratie ‘inclut tout le monde, aussi bien le Noir que le Blanc’». Impitoyable dans sa condamnation de «l'esclavage social» en Grande-Bretagne et de l'hypocrisie des abolitionnistes qui ignoraient la détresse de la classe ouvrière, Harney s'est opposé aux tentatives de minimiser l'importance de l'esclavage: «L'injustice européenne ne saurait justifier le crime américain». [44] Il a écrit pour le Northern Star en 1846 (article également évoqué comme faisant partie d'un discours prononcé lors d'une réunion de démocrates allemands en 1848):
La cause des peuples de tous les pays est la même: la cause du travail, du travail asservi et spolié […] Les hommes qui créent tout ce qui est nécessaire, tout confort et tout luxe sont eux-mêmes plongés dans la misère. Travailleurs de tous les pays, vos griefs, vos injustices, ne sont-ils pas les mêmes? Votre juste cause n’est-elle pas une et une seule et même […] la véritable émancipation du genre humain. [45]
Durant cette période, Harney était, avec Jones, un membre éminent des Démocrates fraternels. Fondée en 1845-1846, cette organisation se déclarait opposée à «toutes les inégalités politiques héréditaires et distinctions de caste» [46] En 1847, Marx devait s'adresser à ses membres au nom de l'Association démocratique de Belgique. Les Démocrates fraternels lui remirent une lettre de réponse qui disait: «Votre représentant, notre ami et frère Marx, vous dira avec quel enthousiasme nous avons accueilli sa venue et la lecture de votre discours […] Nous sommes convaincus que nous devons nous adresser au peuple, aux prolétaires, à ces hommes qui, chaque jour, versent leur sueur et leur sang sous la pression du système social en place». [47]
Après avoir été contraint de démissionner du Northern Star en raison de ses opinions socialistes, qui allaient au-delà de ce que O'Connor était prêt à accepter, Harney fonda son propre journal, le Red Republican (devenu plus tard le Friend of the People), qui publia la première traduction anglaise du Manifeste du Parti communiste en 1850. Après s'être rendu à Jersey pour rencontrer des socialistes français exilés, l'infatigable Harney devint rédacteur en chef du Jersey Independent, dans lequel il publia la lettre ouverte suivante à Lincoln:
Engagé depuis ma jeunesse dans la cause du progrès politique et social, j'ai toujours considéré l'esclavage américain comme le fléau et la honte de l'Union américaine. Votre élection a marqué un tournant dans l'histoire américaine et a témoigné de la détermination de la majorité des États à empêcher l'expansion du pouvoir esclavagiste. Depuis le début de la Guerre de Sécession, j'ai suivi vos progrès sur la voie qui mènera finalement à l'émancipation de tous les esclaves. À l'instar de tous les amis de la liberté, je me dois de vous exprimer ma profonde gratitude pour votre courage et votre constance. Persévérez, Monsieur, dans cette voie, et vous gagnerez la sympathie et les prières des défenseurs des institutions libres du monde entier, ainsi que la réputation glorieuse de second ‘Père de la République’. [48]
Dans une seconde lettre, Harney souhaitait bonne chance à Lincoln «dans l’accomplissement de la grande mission qui concerne non seulement la sécurité de l’Union américaine, mais aussi le bien-être réel et durable de toutes les nations et de tous les peuples libres qui luttent pour la liberté». [49] En 1863, au plus fort de la guerre de Sécession, Harney se rendit aux États-Unis, où il vécut jusqu’en 1888. Il rencontra Lincoln en personne grâce à l’intervention de Charles Sumner, républicain et figure de proue abolitionniste.
En 1867, Harney, correspondant américain du Newcastle Weekly Chronicle, écrivait au sujet du suffrage universel: «Notre intérêt pour la politique américaine s’est principalement porté sur le désir de voir la libération d’une race opprimée et cruellement lésée. Nous assistons enfin à cette victoire pour l’humanité. Quelle révolution en six ans! L’ouvrier britannique occupera-t-il, d’ici six ans, une position politique aussi glorieuse que celle qu’occupent aujourd’hui les Noirs des États-Unis? Cette question même est une humiliation cuisante pour nous, Anglais.» [50]
Le mouvement marxiste et la révolution américaine
Harney et Jones étaient tous deux membres de l'Association internationale des travailleurs (la Première Internationale), fondée à St Martin's Hall à Londres en 1864. Le groupe des Démocrates fraternels de Harney était un précurseur, tant sur le plan organisationnel que dans sa perspective internationaliste, tout comme le Comité/Association international de Jones, fondé en 1855.
La Première Internationale constituait cependant un bond qualitatif, animée qu’elle était par les nouvelles idées communistes développées par Marx, qui en rédigea les documents fondateurs. L'un d'eux, le «Discours inaugural», faisait spécifiquement référence à «la résistance héroïque […] des classes ouvrières d'Angleterre, qui sauva l'Europe occidentale de plonger tête baissée dans une croisade infâme pour la perpétuation et la propagation de l'esclavage de l'autre côté de l'Atlantique». [51]
À travers le prisme du matérialisme historique développé par Marx et Engels – où l'histoire est appréhendée comme «l'histoire de la lutte des classes» – le rôle de la Révolution américaine et sa continuation dans la Guerre de Sécession ont pu être précisément cernés, et son lien avec les luttes présentes et futures de la classe ouvrière établi. Ces deux aspects ont été brillamment résumés dans l’Adresse de l'Association internationale des travailleurs à Abraham Lincoln, écrite par Marx en 1864 et félicitant celui-ci pour sa réélection.
Marx s'exprimait au nom d'un mouvement socialiste inspiré par les idéaux de «vie, liberté et recherche du bonheur», mais orienté vers les luttes d'une classe ouvrière en pleine expansion, ce qui permettait une réalisation bien plus complète de ces idéaux que sous la direction des révolutionnaires bourgeois américains. Il convient tout à fait de laisser le mot de la fin à un extrait de sa lettre:
Lorsque l’oligarchie des trois cent mille esclavagistes osa, pour la première fois dans les annales du monde, inscrire le mot esclavage sur le drapeau de la rébellion armée; lorsque à même l’endroit où, un siècle plus tôt, l’idée d’une grande république démocratique naquit en même temps que la première déclaration des droits de l’homme qui ensemble donnèrent la première impulsion à la révolution européenne du XVIII siècle – lorsque à cet endroit la contre-révolution se glorifia, avec une violence systématique, de renverser « les idées dominantes de l’époque de formation de la veille Constitution » et présenta « l’esclavage comme une institution bénéfique, voire comme la seule solution au grand problème des rapports, entre travail et capital », en proclamant cyniquement que le droit de propriété sur l’homme représentait la pierre angulaire de l’édifice nouveau – alors les classes ouvrières d’Europe comprirent aussitôt, et avant même que l’adhésion fanatique des classes supérieures à la cause des confédérés ne les en eût prévenues, que la rébellion des esclavagistes sonnait le tocsin pour une croisade générale de la propriété contre le travail et que, pour les hommes du travail, le combat de géant livré outre-Atlantique ne mettait pas seulement en jeu leurs espérances en l’avenir, mais encore leurs conquêtes passées. C’est pourquoi, ils supportèrent toujours avec patience les souffrances que leur imposa la crise du coton et s’opposèrent avec vigueur à l’intervention en faveur de l’esclavagisme que préparaient les classes supérieures et «cultivées», et un peu partout en Europe contribuèrent de leur sang à la bonne cause.
Tant que les travailleurs, le véritable pouvoir politique du Nord permirent à l’esclavage de souiller leur propre République, tant qu’ils se glorifièrent de jouir – par rapport aux Noirs qui, avaient un maître et étaient vendus sans être consultés – du privilège d’être libre de se vendre eux-mêmes et de choisir leur patron, ils furent incapables de combattre pour la véritable émancipation du travail ou d’appuyer la lutte émancipatrice de leurs frères européens. Mais cette barrière au progrès a été balayée par la mer rouge de la guerre civile.
Les ouvriers d’Europe sont persuadés que si la guerre d’indépendance américaine a inauguré l’époque nouvelle de l’essor des classes bourgeoises, la guerre anti-esclavagiste américaine a inauguré l’époque nouvelle de l’essor des classes ouvrières. [52]
(Article paru en anglais le 3 juillet 2026)
[1] Colin Bonwick, English Radicals and the American Revolution (University of North Carolina Press, 1977), 73.
[2] John Oldfield, Transatlantic Abolitionism in the Age of Revolution: An International History of Anti-Slavery (Cambridge University Press, 2013), 81.
[3] Ibid., 13-14.
[4] Seymour Drescher, Abolition: A History of Slavery and Antislavery (Cambridge University Press, 2009), 214.
[5] Oldfield, Transatlantic, 78.
[6] Cité dans ibid., 75-76.
[7] Thomas Clarkson, An essay on the impolicy of the African slave trade (J. Phillips, 1788), 30 [accessible: https://archive.org/details/essayonimpolicyo00clariala/page/6/mode/2up].
[8] H.T. Dickinson, ‘Introduction’ in Britain and the American Revolution, ed. H.T. Dickinson (Longman, 1998), 11.
[9] David Brion Davis, The Problem of Slavery in Western Culture (Oxford University Press, 1988), 101.
[10] Bonwick, English Radicals, 89.
[11] John Cartwright, American Independence the Glory and Interest of Great Britain (Robert Bell, 1776), 1. [accessible: https://archive.org/details/bim_eighteenth-century_american-independence-th_cartwright-john-major_1776/page/n1/mode/2up].
[12] John Cartwright, Take Your Choice! (J. Almon, 1776) [accessible: https://archive.org/details/takeyourchoicere00cart].
[13] Thomas Jefferson to John Cartwright, June 5 1824 [accessible: https://www.gutenberg.org/files/56035/56035-h/56035-h.htm#Page_355].
[14] Bonwick, English Radicals, 92.
[15] Richard Price, Observations on the Nature of Civil Liberty, the Principles of Government, and the Justice and Policy of the War with America (T. Cadell, 1776), 5. [accessible: https://archive.org/details/observationsonna00pric].
[16] Joseph Priestly, Address to Protestant Dissenters of All Denominations, on the Approaching Election of Members of Parliament, with Respect to the State of Public Liberty in General and of American Affairs in Particular (Joseph Johnson, 1774) [accessible: https://oll.libertyfund.org/titles/an-address-to-protestant-dissenters-of-all-denominations-on-the-approaching-election-of-members-of-parliament-with-respect-to-the-state-of-public-liberty-in-general-and-of-american-affairs-in-particular].
[17] Joseph Priestly, A sermon on the subject of the slave trade (Pearson and Rollason, 1788), 23. [accessible: https://archive.org/stream/sermononsubjecto00prie/sermononsubjecto00prie_djvu.txt].
[18] Anthony Page, “‘Liberty has an Asylum’: John Jebb, British Radicalism and the American Revolution”, History 87, no. 286, 218.
[19] John Disney, The works theological, medical, political, and miscellaneous, of John Jebb: Volume 3 (Cadell, Johnson and Stockdale, 1787), 303 [accessible: https://archive.org/details/bim_eighteenth-century_the-works-theological-m_jebb-john_1787_3/mode/2up].
[20] Page, ‘Asylum’, 226.
[21] Bonwick, English Radicals, 217.
[22] Arthur Sheps, “The American Revolution and the Transformation of English Republicanism” Historical Reflections 2, no.1 (1975), 4.
[23] Thomas Hardy, The Memoir of Thomas Hardy (James Ridgway, 1832), 8.
[24] Sheps, “The American Revolution”, 17.
Cité dans Hardy, Memoir, 17.
[26] Nini Rodgers, ‘Equiano in Belfast: A study of the anti‐slavery ethos in a Northern Town’, Slavery and Abolition 18, no.2 (1997), 75.
[27] Thomas Thelwall, The Rights of Nature against the Usurpations of Establishments (Symonds, 1796), 18 [accessible: https://archive.org/details/bim_eighteenth-century_the-rights-of-nature-ag_thelwall-john_1796_0/mode/2up].
[28] Gregory Claeys, The Politics of English Jacobinism: Writings of John Thelwall (Pennsylvania State University Press, 1995), 389.
[29] E.P. Thompson, The Making of the English Working Class ( Penguin, 1976), 200-1.
[30] Betty Fladeland, ‘Abolitionists and Chartism’ in Slavery and British Society, ed. James Walvin (Louisiana State University Press, 1982) 70.
[31] Ibid., 71.
[32] James Bronterre O’Brien, The rise, progress, and phases of human slavery (Reeves, 1885), 54, 93. [accessible: https://archive.org/details/riseprogressphas00obriuoft/mode/2up].
[33] William Lovett and John Collins, Chartism: A New Organisation of the People (1840) [accessible: https://www.chartistcollins.com/complete-text.html]
[34] Richard Bradbury, ‘Frederick Douglass and the Chartists’ in Liberating Sojourn: Frederick Douglass and Transatlantic Reform (eds. Alan J. Rice and Martin Crawford) (University of Georgio Press, 1999), 179.
[35] Ibid., 182-183.
[36] Malcom Chase, Chartism: A New History (Manchester University Press, 2007), 307.
[37] Tom Scriven, ‘Slavery and Abolition in Chartist Thought and Culture’ in The Historical Journal 65, no.5 (2021), 16-18.
[38] Karl Marx, ‘The Chartists’, The New York Tribune, August 10, 1852 [accessible: https://www.marxists.org/archive/marx/works/1852/08/25.htm].
[39] ‘Mr. Ernest Jones on the American Slaveholders’ War’, Legation of the United States, London, March 18, 1864 [accessible: https://history.state.gov/historicaldocuments/frus1864p1/d144].
[40] ‘Lincoln's Letter to the Working-Men of Manchester, England’, January 19, 1863 [accessible: https://acws.co.uk/archives-misc-lincoln_letter].
[41] Cité dans Speeches of John Bright (Little, Brown and Company, 1865), 189.
[42] Royden Harrison, ‘British Labor and American Slavery’, Science and Society 25, no. 4 (1961), 315.
[43] Ibid., 317.
[44] Scriven, ‘Chartist Thought’, 19.
[45] George Julian Harney, Northern Star, 14th February, 1846.
[46] Cité dans G.D.H. Cole, Chartist Portraits (Macmillan, 1941), 284.
[47] Cité dans Franz Mehring, Karl Marx: The Story of His Life (London, 1936), 142.
[48] Cité dans Scriven, ‘Chartist Thought’, 1.
[49] Ibid., 2.
[50] Cité dans Owen R. Ashton and Joan Hugman, ‘George Julian Harney, Boston, U.S.A., and Newcastle upon Tyne, England, 1863-1888’, Proceedings of the Massachusetts Historical Society 107 (1995), 181.
[51] Inaugural Address of the International Working Men’s Association (London, 1864) [accessible sur: https://www.marxists.org/archive/marx/works/1864/10/27.htm] ou: https://www.marxists.org/francais/marx/works/1864/09/18640928.htm
[52] ‘Address of the International Working Men's Association to Abraham Lincoln, President of the United States of America’ The Beehive Newspaper, January 7, 1865 [accessible sur: https://www.marxists.org/archive/marx/iwma/documents/1864/lincoln-letter.htm] ou: https://www.marxists.org/francais/ait/1864/12/km18641230.htm
