Le mardi 21 juillet au soir, Zohran Mamdani, maire de New York et figure de proue des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), a partagé une vidéo dans laquelle il dénonce le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
La première partie de la vidéo constitue une dénonciation de Netanyahou, que Mamdani qualifie de « criminel de guerre, architecte d'un génocide abominable contre le peuple palestinien ». Il décrit le bilan humain : plus de 73 000 Palestiniens tués (le véritable bilan est bien plus élevé) ; des dizaines de milliers d'enfants mutilés, dont beaucoup ont subi des amputations sans anesthésie ; des maternités et des services de néonatalogie délibérément attaqués ; des vivres bloqués à la frontière et la famine utilisée comme arme ; des centaines de travailleurs humanitaires et de journalistes assassinés.
Netanyahou doit assister à une réunion de l'ONU à New York en septembre, et Mamdani avait précédemment déclaré qu'il serait arrêté s'il s'y rendait. Dans la vidéo diffusée mardi, Mamdani a toutefois concédé : « Nous ne disposons pas de l’autorité légale indépendante pour faire appliquer ce mandat. » Il a conclu : « Le gouvernement fédéral, en revanche, a cette autorité, et je l’appelle à se joindre à la CPI [Cour pénale internationale] et à exécuter ce mandat. »
Les dénonciations et les calomnies ont fusé quelques heures plus tard. Mike Huckabee, ambassadeur de Trump en Israël, a qualifié Mamdani d’« antisémite malfaisant qui ment délibérément sur des choses graves comme le “génocide” pour attiser la haine des Juifs » et a ajouté : « S’il y a bien une personne qui mérite d’être arrêtée, c’est le maire de New York pour incitation à la haine. » Les organisations sionistes ont repris le même discours, l’AIPAC déclarant que la vidéo était « fondée sur une accusation de crime rituel moderne et des mensonges éhontés ».
La réaction du public a été tout autre et hautement significative. En une journée, la vidéo de Mamdani avait été visionnée plus de 13 millions de fois. Mamdani a remporté la mairie de New York, ville qui compte la plus importante population juive des États-Unis, grâce notamment aux votes de cette population et à ses critiques de Netanyahou, qu'il a qualifié de criminel de guerre. Ses déclarations sur le génocide palestinien trouvent un écho auprès de millions de jeunes qui manifestent contre ce génocide depuis près de trois ans.
La déclaration de Mamdani, selon laquelle il n'arrêtera pas Netanyahou, constitue, de fait, un revirement. Candidat, il s'était engagé à arrêter Netanyahu s'il venait à New York et, pas plus tard que le 18 juillet, il affirmait dans une interview au New York Times être en « discussion active » avec le service juridique de la ville concernant l'exécution du mandat d'arrêt de la CPI.
Nombreux sont ceux qui, ayant pris ces promesses au sérieux, ont réagi avec colère à ce revirement. Cependant, le principal reproche adressé à Mamdani n'est pas qu’il a trahi tous ses engagements. Ce qui importe bien davantage, c'est la démonstration de la faillite profonde de toute sa perspective politique.
Netanyahou, lorsqu'il arrivera à New York, bénéficiera de la protection du gouvernement fédéral, c'est-à-dire des franges les plus influentes de la classe dirigeante américaine. En juillet dernier, lorsque Mamdani, alors candidat du Parti démocrate, avait soulevé la question de l'arrestation de Netanyahou, Trump, présent à ses côtés à la Maison-Blanche, l'avait balayée d'un revers de main avec le mépris d'un homme qui sait où réside le pouvoir : « [Mamdani] va bien se tenir. Il va bien se tenir. Il a intérêt à bien se tenir. »
Lundi, suite à l'interview de Mamdani dans le New York Times, Trump a publié un message affirmant que Netanyahou « ne sera arrêté d'aucune manière, sous aucune forme, pendant son séjour aux États-Unis d'Amérique ». La gouverneure de New York, Kathy Hochul, démocrate, a adopté la même position, déclarant que l'arrestation de Netanyahou ne relève pas des compétences de la police de New York (NYPD). D'autres figures importantes du Parti démocrate, qui ont voté à plusieurs reprises pour financer le génocide israélien, ont soit fait des déclarations similaires, soit gardé le silence.
L’administration Trump a, de surcroît, sanctionné le procureur et les juges de la Cour pénale internationale dont Mamdani demande à Washington d’exécuter le mandat, et le département d’État s’est engagé à démanteler purement et simplement la CPI.
Quant à l’instrument auquel il aurait eu recours selon son engagement, le département de police de New York (NYPD), Mamdani lui-même a veillé, parmi ses premiers actes en tant que maire élu, à ce qu’il reste entre les mains de la commissaire de police Jessica Tisch, héritière de la fortune Loews de la famille Tisch, estimée à 10 milliards de dollars, et partisane déclarée de l’État israélien. En mai, Tisch a défilé aux côtés de ministres israéliens lors de la Journée d’Israël. En septembre, c’est le NYPD de Tisch qui assurera la sécurité du cortège de Netanyahou à travers Manhattan, sur ordre du maire qui a déclaré qu’il n’était pas le bienvenu.
Autrement dit, abstraction faite des questions de juridiction liées à l'arrestation de Netanyahou, l'individu que Mamdani déclare criminel de guerre bénéficie de la protection de l'ensemble de l'appareil d'État, y compris de son propre gouvernement.
Il en va de même pour les promesses de Mamdani de défendre le niveau de vie de la classe ouvrière. Son engagement en faveur d'un système de garde d'enfants universel a été revu à la baisse pour s'adapter au budget d'une ville qui ne peut le financer, car il ne peut taxer les plus riches sans l'autorisation d'Albany, qui la lui refuse. Sa promesse de défendre les immigrés n'a pas empêché l'ICE de mener des opérations à New York. Il a maintenu le budget de la police de New York à 6,4 milliards de dollars, alors qu'un déficit de 5,4 milliards de dollars prépare des mesures d'austérité contre les travailleurs qui l'ont élu. Chaque déclaration verbale s'est heurtée à la même réalité. Le pouvoir est entre les mains de la classe dirigeante, et l'élection d'un maire « socialiste » n'y a absolument rien changé.
Toute la perspective des DSA repose sur le rejet du principe fondamental du marxisme, selon lequel l'État n'est pas neutre mais bien un instrument de domination de classe. Les DSA propagent l'illusion que les intérêts de la classe ouvrière peuvent être défendus dans le cadre de l'État capitaliste – et notamment par le biais du Parti démocrate – sans bâtir de mouvement ouvrier d'opposition.
Mamdani en a tiré les conséquences pratiques. Depuis son élection, il a cultivé une relation de travail avec Trump, se rendant deux fois à la Maison-Blanche pour s'engager à collaborer avec lui. Chaque fois que ses promesses électorales se sont heurtées aux intérêts de la classe dirigeante, il a pris le parti de cette dernière. Il a soutenu la réélection de la gouverneure Hochul alors même qu'elle prenait des décrets d'urgence pour fournir de la main-d'œuvre briseuse de grève contre infirmières new-yorkaises en grève, qu'elle déployait la police de New York pour protéger les agents de l'ICE des manifestants et qu'elle accordait des autorisations et une protection policière au défilé pro-génocide de la Journée d'Israël.
Il est nécessaire d'aborder une autre question politique. Le fait de se concentrer sur Netanyahou en tant qu'individu occulte la nature du génocide. Netanyahou mérite d'être poursuivi en justice, mais ses crimes sont ceux de l'impérialisme. Mamdani souligne dans sa vidéo que les bombes larguées sur Gaza sont fabriquées aux États-Unis. Pourtant, il n'inculpe pas l'État américain qui les a financées et larguées, pas plus qu’il n’inculpe le Parti démocrate, qui, sous Biden, a organisé et armé le génocide que Trump poursuit aujourd'hui.
Ce génocide n'est pas un cas isolé. Il est le fer de lance d'une explosion de violence impérialiste à l'échelle mondiale et d'une guerre contre la classe ouvrière aux États-Unis, menée par le biais d’expulsions de masse, de la destruction des droits démocratiques et de la mise en place d'un appareil dictatorial.
La raison d'être des DSA est de constituer un rempart pour bloquer ce qui est nécessaire : l'indépendance politique de la classe ouvrière, organisée à l'échelle internationale, afin de lutter pour le renversement du système capitaliste qui engendre le génocide et la guerre aussi inévitablement qu’il génère le profit. L'État capitaliste, qui existe pour défendre les intérêts de la classe dirigeante, doit être remplacé par un État ouvrier.
Netanyahou et tous les responsables du génocide du peuple palestinien doivent répondre de leurs crimes et cela sera fait. Mais cela se fera non pas par le biais des tribunaux des puissances impérialistes ni par des appels lancés à leurs dirigeants de gauche, mais par la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière internationale contre le système capitaliste lui-même.
