Will Lehman, candidat à la présidence du Syndicat des travailleurs unis de l'automobile (UAW) lors des élections en cours, a reçu une menace de mort de la part d'un haut responsable syndical et proche allié du président actuel de l'UAW, Shawn Fain. Lehman est un socialiste qui se présente avec pour objectif d'abolir la bureaucratie et de donner le pouvoir aux travailleurs de la base.
Raymond Jensen Jr, qui était le représentant régional de l'UAW pour la région de Lehman – un poste pour lequel il a perçu plus de 200 000 $ en 2025 –, a publié une image générée par intelligence artificielle montrant Lehman bâillonné, du sang coulant de sa bouche et les mains liées dans le dos. Un homme armé et masqué est visible, pointant son arme dans le dos de Lehman.
Partout au Canada, les travailleurs ont réagi avec colère à ce comportement brutal de Jensen et ont contacté le World Socialist Web Site pour exprimer leur solidarité avec le travailleur de Mack Trucks.
Dan a écrit :
Je suis facteur au Canada et je soutiens Will Lehman, candidat à la présidence de l’UAW. Lehman mène campagne sur un programme socialiste visant à abolir la bureaucratie syndicale corrompue et à redonner le pouvoir aux travailleurs de l’atelier. Cette vision centrée sur les travailleurs gagne du terrain parmi ses collègues et menace les positions privilégiées des responsables syndicaux qui sacrifient leurs membres en échange d’un « partenariat » avec le patronat.
Le caractère axé explicitement sur la classe ouvrière de la campagne de Will Lehman explique en partie sa popularité auprès de ses collègues de l’automobile et le mépris manifeste dont il fait l’objet de la part des dirigeants de l’UAW. Raymond Jensen Jr, son organisateur régional surpayé et fervent partisan du président de l’UAW, Shawn Fain, a publiquement proféré des menaces de mort contre son adversaire politique. Une culture d'intimidation et de représailles s'est développée et institutionnalisée au plus haut niveau, comme l'a révélé le contrôleur fédéral de l'UAW en 2023. Ce dernier citait une déclaration faite devant des centaines de participants, dans laquelle Fain menaçait de « trancher la gorge » de quiconque s'opposerait à son équipe dirigeante.
A.J., employé de National Steel Car à Hamilton, a commenté :
J'ai été vraiment choqué ! Je me suis demandé si l'on était encore à l'époque des brutes syndicales du film « Sur les quais ». C'est vraiment terrible et cela montre jusqu'où une bureaucratie établie est prête à aller pour conserver son emprise sur le pouvoir. C'est un acte criminel et, jusqu'à présent, je constate que la direction actuelle de l'UAW n'a rien fait pour s'occuper de ce parasite payé 200 000 dollars par an. Il est des leurs, alors je ne pense pas qu'on puisse attendre grand-chose d'eux.
Un travailleur québécois a écrit :
En tant que camionneur canadien, j’appuie pleinement la campagne de Will Lehman visant à remplacer le syndicat corrompu UAW par des comités de travailleurs issus de la base. Par conséquent, je condamne avec la plus grande fermeté les menaces de mort proférées contre Will Lehman. Quiconque profère de telles menaces doit être traduit en justice et puni avec toute la rigueur de la loi. Will Lehman doit pouvoir mener sa campagne sans crainte et par tous les moyens qu’il juge appropriés pour atteindre son objectif. Ce n’est pas parce qu’il a des idées différentes et qu’il croit en un avenir meilleur pour les travailleurs qu’il faut l’intimider et le faire taire. Will Lehman ne se bat pas seulement pour les travailleurs de l’industrie automobile – où il travaille – mais aussi pour tous les travailleurs qui, partout dans le monde, endurent de longues heures de travail dans des conditions dangereuses, des salaires de misère et l’exploitation. C’est pourquoi il est crucial que les travailleurs soient informés de ces menaces de mort et viennent à sa défense. Nous, les travailleurs, devons le soutenir jusqu’à sa victoire !
Dan a souligné que si la menace proférée contre Lehman est mise à exécution, les conséquences pour les travailleurs de tout le pays seront graves.
En tant que membre du Comité de base des travailleurs des postes (CBTP), et plus généralement en tant que travailleur qui critique mon propre syndicat, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), je crains le précédent que l'UAW tente d'établir. Jensen Jr n’a personnellement subi aucune répercussion et l'UAW n'a pas non plus condamné publiquement la menace. Cela envoie un message clair, selon les termes de l'avocat de Lehman, que « la violence extrême contre Will Lehman est encouragée et bénéficie de la sanction de la direction du syndicat ».
Les sympathisants du CBTP au Canada ont été victimes d'intimidation et de diffamation lors de nos récents votes de ratification de la convention collective. Les travailleurs qui comptaient sur nous pour obtenir des conseils et une analyse politique en dehors des votes de ratification de la section locale 503 du STTP à Barrie, en Ontario, ont été confrontés à des voyous du STTP qui nous ont dénoncés, menacés et ont arraché nos tracts des mains. Ce comportement de voyou s'explique par la crainte existentielle que nourrit la direction syndicale de voir les travailleurs s'informer et s'organiser de manière indépendante.
Si l’UAW peut proférer des menaces de mort, alors la prochaine fois que je critiquerai la façon dont la Société canadienne des postes ou le STTP font les choses, je devrai m’inquiéter pour ma propre sécurité. À l’instar de mon collègue Lehman, mes droits constitutionnels à la liberté d’expression et à la liberté d’association sont remis en question. Céder et accepter la défaite ne fera qu’encourager de nouvelles attaques contre les travailleurs.
La conduite de la bureaucratie du STTP tout au long des récentes négociations contractuelles – qui se sont étalées sur plus de deux ans, ont été marquées par deux grèves et ont abouti à la ratification, en juin 2026, d’ententes quinquennales bourrées de reculs – a été caractérisée par un banditisme systématique et des méthodes antidémocratiques dirigées contre ses propres membres. L’appareil syndical n’a pas agi comme un défenseur des travailleurs postaux, mais comme un instrument de répression au service de la direction de Postes Canada et du gouvernement libéral.
Lorsqu'une grève nationale a éclaté à l'automne 2025 suite à l'annonce par la ministre Lightbound de coupes budgétaires importantes, la bureaucratie du STTP l'a sabotée en imposant unilatéralement une grève « tournante » bidon, limitée à des zones rurales isolées, puis en déclarant une « entente de principe » en novembre. Cet accord ne répondait à aucune de nos revendications et n'était en réalité qu'une promesse de ne pas perturber les profits de la période des Fêtes, alors que les postiers travaillaient dans le cadre d’une convention collective expirée depuis longtemps.
Finalement, en juin 2026, les ententes de principe, véritables trahisons, ont été ratifiées dans des conditions où le syndicat a intimidé les travailleurs pour forcer leur adoption. On nous a menacés de conséquences encore pires en cas de refus, en affirmant : « Ce sont les meilleurs accords que nous puissions obtenir. » Lorsque nous avons enfin eu l'occasion de voter, le syndicat n'a pas encouragé la délibération démocratique, préférant extorquer notre vote et faire taire toute voix dissidente.
Le STTP est un partenaire corporatiste de la direction et de l'État. Sa fonction est de surveiller la classe ouvrière, de promouvoir la recherche du profit et de réprimer toute mobilisation indépendante susceptible de remettre en cause le pouvoir capitaliste.
A.J. a souligné deux points importants révélés par la menace de mort proférée par Jensen :
Premièrement, il ne s’agit pas d’un signe de force, mais bien d’un signe de faiblesse. Si une direction était confiante en son bilan et capable de proposer une solution, elle n’aurait pas recours à de telles méthodes brutales. Deuxièmement, il est clair que les bureaucrates de l’UAW et Fain ressentent la menace que représente la campagne de la base menée par Will Lehman et que son message commence à trouver un écho auprès des militants. Bravo à Will ! Car depuis trop longtemps, les revendications de la base dans tous les syndicats sont ignorées au profit de compromis favorables aux entreprises, censés « sauver des emplois ». Pendant ce temps, nous ne faisons que nous appauvrir et nous sentir de plus en plus impuissants. Lehman est sur la bonne voie et l’UAW craint d’être démasquée [...] Il est grand temps que nous fassions de même chez les Métallos.
Dan a souligné l'importance de passer à l'offensive face aux menaces de mort, en étendant la lutte à l'ensemble de la classe ouvrière contre l'appareil syndical. Il a déclaré :
Plutôt que de baisser les bras alors que l'UAW se sent autorisée à proférer des menaces de mort contre ses propres membres, le confrère Lehman met cette expérience à profit pour renforcer ses liens avec ses collègues et leur expliquer concrètement les enjeux. Toute convention collective comporte évidemment des revendications économiques et de sécurité, et le syndicat souhaiterait en rester là. Mais aujourd'hui, ce sont les revendications politiques qui sont au cœur des débats, et ce sont les droits démocratiques fondamentaux qui sont en jeu.
Le seul moyen de contrer les agissements brutaux de l'appareil syndical est de se solidariser avec les travailleurs comme Lehman, directement menacés. Contactez-nous pour dénoncer vous aussi ces menaces de mort et donnez une expression organisationnelle à votre condamnation en créant dès aujourd'hui un comité de base sur votre lieu de travail. Associés à l'Alliance ouvrière internationale des comités de base (IWA-RFC), nous représentons la seule alternative progressiste aux bureaucraties syndicales pro-patronales qui sévissent en Amérique du Nord et ailleurs. Sinon, on devra se plier à l'intimidation de la bureaucratie syndicale et à la direction qu'elle défend.
(Article paru en anglais le 30 juillet 2026)
